Ferronnerie
art et la technique du travail du fer à la forge, à l'étampe ou au marteau.
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La ferronnerie est l'art et la technique du travail du fer à la forge, à l'étampe ou au marteau. Les ouvrages de ferronnerie sont réalisés par un ferronnier ou un forgeron.

Typologie
On peut distinguer :
- la ferronnerie du bâtiment qui produit des objets et des ornements architecturaux en fer forgé (garde-corps, grilles, rampes, ou objets d'art). La ferronnerie a constitué le prolongement décoratif naturel des bâtiments de toutes les époques.
Simultanément au perfectionnement des techniques d'extraction du fer, la ferronnerie, plus légère et plus résistante, a remplacé les protections de bois ou de pierre qui sécurisaient les édifices ;
- la ferronnerie domestique qui regroupe les ustensiles culinaires (tournebroches, chenets) et la ferronnerie funéraire ;
- la ferronnerie du travail liée à la production agricole ou artisanale (charrues, bêches, herses, outillages).
Histoire
Formé sur le mot d'ancien français désignant le métier de "ferron", à savoir le marchand de fer, le fabricant de fers ou l'ouvrier mettant en forme le matériau fer, le terme "ferronnerie" est attesté en 1297 selon le glossaire de latin médiéval du sieur Du Cange[1]. La ferronnerie par son appellation originelle en français couvre une large gamme d'activité du travail du fer. Mais, selon Jean-François Fyot, il est aisé de distinguer, ne serait-ce que par l'outillage, dès l'époque médiévale, les fèvres, ouvriers par excellence qui travaillent le fer et les métaux, des autres forgerons ou des méticuleux orfèvres[2]. L'art des ferronniers concerne presque exclusivement le fer à l'origine, en réalisant à l'origine par exemple des armatures ou des pièces fines de support. Le forgeron travaille ou épure des masses de fer plus lourdes alors qu'à l'autre extrême, l'orfèvre œuvre avec finesse et précision[3]. Le livre des métiers d'Étienne Boileau vers 1270 renseigne ces métiers du fer et du feu, déjà fortement spécialisés et rarement interchangeables. Il distingue :
- les viellers, fabricants de petits outils ou ustensiles, vis et forets.
- les serruriers, concevant l'ensemble des serrures avec les éléments de divers mécanismes, des heurtoirs ou marteaux de porte, des girouettes.
- les greffiers, grossiers ou taillandiers, métiers différents qui effectuent les gros travaux spécialisés en fer et parfois des décorations typiques. Les taillandiers, à l'instar des couteliers aux travaux plus fins sur les armes blanches ou les couteaux domestiques, ici non mentionnés dans cette catégorisation, sont déjà des fabricants d'outils de coupe, au service de l'artisanat ou du monde rural. Les grossiers s'occupent des grosses commandes de fers ou de l'élaboration d'armatures d'ampleur[4]. Les greffiers mettent en forme le fer préalablement aminci et battu au grafe ou grefe, c'est-à-dire un poinçon, burin ou petit couteau, qui permet de marquer, plier ou modeler, rayer, couper ou trouer le matériau[5].
Si les ferronniers, à l'instar des viellers et des serruriers, peuvent concevoir par défaut des boucles de ceintures, des petits objets en fer, des pièces de petites dimensions sans fioriture, il semble qu'ils s'imposent, avant de s'affirmer en sculpteurs sur métal, dans le champ de l'architecture ou de la charpente : grilles extérieures, pièces de clochers, rampes d'escaliers ainsi que les pentures, pièces d'assemblage destinées à maintenir entre eux les éléments de bois pour faire pivoter les portes. Le maître ferronnier Briscourt s'illustre en réalisant des portes de Notre-Dame de Paris. Il utilise l'étampage à chaud, une technique qui consiste à imprimer le métal avec un outil faisant apparaître le motif en creux[6]. Le ferronnier formé à l'art des cathédrales impose une sculpture de fer, et le minutieux travail à chaud du métal s'apparente bien à de l'orfèvrerie, ne serait-ce que dans les miniatures des bestiaires de l'art gothique. Les pentures sont richement décorées, l'homme de l'art réalise aussi des petits objets fonctionnels pour valoriser les guichets, les judas, les heurtoirs de porte, les manches de couteaux, les cuillers ou encore les serrures. Les grilles alors toujours placées à l'extérieur des édifices évoluent du XIVe siècle au XVe siècle : le ferronnier effectue d'abord, entre les pièces verticales, un enroulement savant de volutes qui rejoignent les montants par des bagues et reliés entre eux par des colliers, ensuite, au siècle suivant, les enroulements en fer forgé disparaissent pour mettre en exergue des motifs en couronne : fleurons, feuillages, tête, parfois en simple tôle découpée.
L'époque moderne fait évoluer l'art de la ferronnerie. Au XVIe siècle, les finitions délicates et la maîtrise des motifs sont exigées. Les travaux soignés s'effectuent au marteau, mais aussi à la lime et au burin, parfois à l'eau-forte. L'art des coffres, serrures, luminaires connaît un summum.
Aucun traité de serrurerie antérieur au XVIIe siècle n'a été conservé[7] ; le premier traité qui nous soit parvenu fut écrit par Mathurin Jousse en 1627, suivi en 1762 par l'Art du serrurier rédigé par Henri Louis Duhamel du Monceau.
Dans la seconde partie du XVIIe siècle, un art de grand style extérieur s'impose, avec les grilles qui entourent, délimitent les palais ou hôtel particulier, avec les balcons, les rampes et les balustrades. Suivent la production de heurtoirs, de pommeaux notamment de canne. Le beau XVIIIe siècle représente l'âge d'or de la ferronnerie[8]. Aucun architecte n'ignore le fer forgé et ses dentelles de fer. L'adage suivant a pris corps : "Il n'est belle maison sans grilles, sans clôture, sans portail, rampe ou balcon. Jean Lamour, à la fois ferronnier et orfèvre d'art, descendant de deux générations de maîtres serruriers et taillandiers ardennais, façonne les fers ensuite dorés de la Place Royale de Nancy.
La ferronnerie traditionnelle a connu une régression importante au XIXe siècle avec l'apparition de la fonte de fer moulée qui surpasse le fer forgé[9]. La ferronnerie d'art réapparaît au début du XXe siècle, comme le prouvent les souvenirs écrits de Jean Prouvé, décrivant son apprentissage chez un maître forgeron et ses débuts professionnels.
Les divers types de ferronnerie
- Garde-corps, fenêtre ancienne cure de Brain-sur-Longuenée, travail artisanal (fer forgé).
- Délicates ferronneries d'un meuble de sacristie gothique du XIVe siècle provenant de la Somme.
- Grille en épis tranchée à chaud, au burin.
- Balcon vénitien vers 1600, château d'Ambleville (Val-d'Oise).
- Modèle de ferronnerie domestique, 1879.
- Grilles en fer forgé de la place Stanislas de Nancy par Jean Lamour, 1755.
- Grille en fer moulé, Palais d'Hiver, Saint-Pétersbourg (Russie), 1762.
- 1888, Alcalá de Henares.
- Heurtoir de la porte cochère de l'hôtel de Basquiat à Bordeaux.
Ferronnerie populaire

La ferronnerie populaire recouvre la production des artisans locaux, généralement maréchaux-ferrants, qui disposaient des moyens techniques — forge et enclume — et du savoir-faire pour travailler le fer.
Cette production rustique à vocation essentiellement utilitaire se retrouve encore dans les bâtiments ruraux. Les modèles les plus évolués à tendance décorative furent produits à petite échelle pour embellir les maisons des notables, les devantures des commerces, les tombes et pour réaliser des calvaires.
Dans ces œuvres artisanales, les volutes sont tournées sur gabarits, leurs extrémités sont roulées ou martelées à chaud ; elles sont assemblées par rivetage ou par soudage à la forge. Les assemblages sont parfois consolidés et masqués par un collier en plomb coulé dans un moule démontable directement sur la grille.
Ferronnerie industrielle
Apparue au XIXe siècle, la ferronnerie industrielle va de pair avec l'extension des fonderies et la baisse de prix qui en résulte. Elle donne lieu à un large catalogue de pièces moulées standard destinées aux balcons et grilles des demeures bourgeoises, mais aussi à celles des tombes.
Ce modèle de décoration et de délimitation de propriété, importé de la ville, se diffuse au milieu du XIXe siècle jusqu'au fond des campagnes françaises, s'intégrant au monde rural traditionnel (habitat et art funéraire) chez tous les paysans qui en avaient les moyens. Balcons et rambardes en fer moulé, grilles d'entrée et portails monumentaux sur catalogue remplaceront ainsi le fer forgé utilitaire des forgerons locaux.
Ferronnerie d'art

Un certain nombre d'artistes se sont investis dans le travail du métal. Portés par la demande des édifices publics, cathédrales, palais, demeures de prestige de la noblesse ou de la haute bourgeoisie, ils connaissent parfois la notoriété.
Des travaux de ferronnerie spectaculaires datant du Moyen Âge sont visibles sur les portes ouest de Notre-Dame-de-Paris. Sur ces portes, la ferronnerie reste encore un renfort et une protection du bois. Il faudra attendre le XVIe siècle pour que la ferronnerie s'affranchisse du support du bois[10].
Sous Louis XIII et surtout sous le règne de Louis XIV, la ferronnerie française atteint le plus haut niveau d'excellence.
En 1788, Buffon fait construire par l'architecte Verniquet une gloriette dans le Jardin du Roy[11]. Cet édifice est l'une des toutes premières constructions métalliques au monde. Elle est majoritairement réalisée avec du fer provenant des Forges de Buffon.
L'Angleterre du XVIIe siècle connaît de son côté un fort développement de la ferronnerie à la suite de l'arrivée du ferronnier Jean Tijou. Cet artisan français protestant, qui avait fui son pays comme nombre de ses compagnons à la suite de la révocation de l'édit de Nantes en 1685, gagna la confiance de William III. On lui doit la multitude de grilles du château de Hampton Court[10].
Le style rococo, apparu à la fin du XVIIIe siècle, relance l'intérêt pour la ferronnerie en imposant de nouveaux défis techniques aux artisans. Les grilles de la place Stanislas à Nancy, réalisées par Jean Lamour, sont un exemple de ces productions.
Liée à l'engouement pour l'Art nouveau et les arts décoratifs, la ferronnerie d'art connaît en France et en Belgique un renouveau spectaculaire dans la dernière partie du XIXe siècle et la première partie du XXe siècle. Le style Art nouveau exploitera les possibilités de la fonderie pour développer des ferronneries à motifs végétaux qui se répandent des jardins publics aux entrées de métro parisiennes.
Artistes et artisans ferronniers célèbres

- Biscornet, auteur légendaire des pentures des portes latérales de la façade occidentale de Notre-Dame de Paris au XIIIe siècle
- Jean Bérain
- Joseph Bosc
- Pierre François Marie Boulanger
- Edgar Brandt
- Hector Guimard
- Gyula Jungfer
- Paul Kiss
- Jean Lamour
- Jean Lepautre
- Daniel Marot
- Alessandro Mazzucotelli
- Bernard Ortet
- Gilbert Poillerat
- Jean Prouvé
- Émile Robert
- Raymond Subes
- Adalbert Szabo
- Jean Tijou
- Jean Veyren
- Richard Georges Desvallières
- André Valentin, Meilleur ouvrier de France en ferronnerie d'art (1955)
Galerie
- Ferronnerie de bâtiment industriel (Lille, France).
- Colliers décoratifs en plomb moulé sur un portail (Laruns, France) XXe siècle.
- Grilles en fer forgé (Florence, Italie) XVIIe siècle.
- Grille du collège Jules Ferry à Maisons-Alfort, représentant les matières enseignées : chimie, histoire, etc. Gilbert Poillerat (1932).