Classe Kaiser (paquebots)
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La classe Kaiser, ou Kaiserklasse, est une classe de quatre paquebots transatlantiques de la compagnie maritime allemande Norddeutscher Lloyd. Mis en service de 1897 à 1907, ces navires étaient conçus pour figurer parmi les plus grands et les mieux équipés de leur époque. Ils étaient surnommés les Four Flyers par les Britanniques. Trois d'entre eux ont arboré le prestigieux Ruban bleu, que les Britanniques détenaient depuis de nombreuses années. Ils se sont tous avérés populaires auprès des riches voyageurs transatlantiques. Ils ont également largement profité des masses d'émigrants souhaitant quitter l'Europe.
La Kaiserklasse impose de nouveaux standards pour la conception des paquebots, en lançant notamment la mode des paquebots à quatre cheminées[Lien 1], et marque l'arrivée de l'Allemagne sur la scène maritime internationale.
Le premier de ces « super paquebots » est le Kaiser Wilhelm der Grosse, unique en son genre, car il est le premier paquebot construit avec quatre cheminées[Lien 1]. Il est considéré comme le déclencheur de la course à la suprématie maritime entre la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, qui donne rapidement naissance à certains des navires les plus célèbres de l'histoire[Lien 1].
Bien que le Kaiser Wilhelm der Grosse ne soit initialement pas prévu pour avoir des sister ships, trois autres paquebots sont construits. Le Kronprinz Wilhelm (1901), le Kaiser Wilhelm II (1903) et le Kronprinzessin Cecilie (1906), connaissent tous de bonnes carrières. Cependant, lors de la Première Guerre mondiale, le premier est coulé en , et les trois autres saisis en 1917 par les États-Unis, pour ne jamais revenir aux mains des Allemands[Lien 2].
Caractéristiques
À la fin du XIXe siècle, la concurrence sur l'Atlantique Nord est féroce. Le transport maritime à destination et en provenance d'Europe est dominé par les compagnies maritimes britanniques, notamment la Cunard Line et la White Star Line. Le plus grand paquebot jamais construit est le Great Eastern britannique. Entre 1892 et 1893, la Cunard Line avait lancé ses sister ships, RMS Campania et Lucania, les plus rapides de la mer. Ils étaient également les plus lourds. La Norddeutscher Lloyd fut chargée par l'empereur Guillaume II de développer la puissance maritime de l'Allemagne, afin de rivaliser et surpasser celle de la Grande-Bretagne. Le SS Teutonic de la White Star, laisse une impression durable sur l'empereur.

La Norddeutscher Lloyd, communément appelée « North German Lloyd », charge donc son constructeur naval habituel, AG Vulcan, de Stettin, de construire un paquebot démontrant la puissance de l'empereur et de l'Empire allemand. N'ayant jamais commandé de paquebot de cette taille, la construction est suivie de près, et le navire va bientôt devenir la fierté du peuple allemand. À l'avènement du Kaiser Wilhelm der Grosse, le monde est stupéfait par l'idée d'un paquebot à quatre cheminées. Cette nouveauté fascine le monde entier, et le paquebot connait rapidement un grand succès. Ses intérieurs, typiquement allemands, furent tous conçus par Johann Poppe (en), architecte d'intérieur et architecte du siège social du SS Deutschland. Le succès du Kaiser Wilhelm der Grosse incite l'autre compagnie maritime allemande, HAPAG, à commander son propre superliner. Le Deutschland ravit rapidement le ruban bleu à son rival, et consolide davantage la suprématie allemande sur les mers[1]. Suite à cette compétition, un sister ship est mis en service en 1901. Deux autres suivent. Cependant, en 1912, avec l'arrivée de plusieurs superliners britanniques, tels que RMS Olympic (1910), RMS Lusitania (1906) et RMS Mauretania (1906), les four flyers semblent vieux, leurs intérieurs étouffants et leur technologie dépassée.
Le succès initial du Kaiser Wilhelm der Grosse étant incertain, il est initialement prévu comme seul paquebot de sa classe. Par conséquent, les trois navires suivants étaient légèrement plus grands. Mesurant 14 349 tonneaux de jauge brute, il est près de 50 % plus grand que le Teutonic, et un peu plus de 3 000 tonnes de plus que le Lucania, son principal concurrent au moment de son lancement. Ainsi, lorsque le Deutschland est conçu pour être plus grand que les trois, la Norddeutscher Lloyd réplique en lançant le Kronprinz Wilhelm, censé être plus rapide que le Deutschland. Au total, le poids moyen des four flyers était d'environ 16 000 tonnes, pour une vitesse moyenne de 22 nd (41 km/h)[1]. Leur déplacement moyen varie de 20 000 tonnes à 24 000 tonnes. Leur longueur totale diffère d'environ 52 pi (15,85 m). Le Kaiser Wilhelm der Grosse étant le plus petit avec 655 pi (199,64 m), Kronprinz Guillaume à 664 pi (202,39 m) et les deux derniers mesurant tous deux 707 pi (215,49 m)[1].
Les quatre paquebots sont tous très similaires, en apparence et en intérieur. Ils sont tous dotés, pour les passagers de première classe, de salles à manger s'élevant sur au moins un étage[1]. Les quatre navires mettent l'accent sur l'idée d'un « grand escalier », ainsi que de salles à manger attenantes[1], que l'on retrouve bientôt sur le Lusitania et le célèbre Titanic. À bord des quatre navires se trouvent des portraits de la famille impériale allemande, ainsi que de résidences royales, telles que Potsdam et Sanssouci[Lien 3] . Des installations pour les enfants sont également prévues, les plus jeunes passagers disposant de leur propre salon[Lien 3]. Les trois derniers navires popularisent également l'idée d'un café ou d'un restaurant à bord, autre que la salle à manger principale[1].
En matière de sécurité, tous les navires sont équipés d'installations pour la nouvelle communication sans fil, une technique qui permet au navire de transmettre des messages à un port par télégramme, renforçant ainsi son image de sécurité. Les trois derniers navires sont équipés de moteurs à quadruple expansion, totalisant 33 000 hp (24 608 kW)[Lien 3].
Les navires

Le Kaiser Wilhelm der Grosse
Article principal : Kaiser Wilhelm der Grosse
La quille du Kaiser Wilhelm der Grosse est posée en 1896. Lancé le par l'empereur lui-même, le navire est un hommage à Guillaume Ier, empereur d'Allemagne[Lien 1]. En septembre de la même année, il effectue son voyage inaugural et connait un succès immédiat. Sa taille procure un grand sentiment de sécurité en mer, et bientôt, des passagers refusent de voyager sur des paquebots dépourvus des quatre cheminées « habituelles »[1]. En , il obtient le Ruban bleu pour l'Allemagne, mais cette récompense lui est reprise en 1900 par le SS Deutschland de la HAPAG. Subissant une remise en état en 1900, il est l'un des premiers navires à installer la communication sans fil[Lien 1]. Quelques mois plus tard, alors qu'il est amarré à New York, il est endommagé par un incendie, qui fait plusieurs morts. Il est également victime d'un éperonnage par le vapeur Orinoco à Cherbourg en 1906, qui tue cinq personnes[Lien 1].
Avec l'arrivée de ses sister ships, il est converti en navire de troisième classe en 1913. Demeuré à ce poste jusqu'à la Première Guerre mondiale, il est rapidement transformé en croiseur auxiliaire, avant d'être impliqué dans la bataille du Río de Oro. Son capitaine le saborde pour éviter d'être capturé par l'ennemi[Lien 1]. Les restes du navire ne sont ferraillés qu'en 1952[Lien 4].
Le Kronprinz Wilhelm

Article principal : Kronprinz Wilhelm
En réponse au succès du Kaiser Wilhelm der Grosse et de leur rival Deutschland, un sister ship du premier est commandé[Lien 5]. Lancé le , nommé en l'honneur du prince héritier Guillaume, il aura une carrière variée. Son voyage inaugural transatlantique le l'amène de Bremerhaven, via Southampton et Cherbourg, à New York. En 1902, il transporte le prince Henri de Prusse en Amérique, et reçoit également la visite de son homonyme. En septembre de la même année, il remporte le Ruban bleu [Lien 5], que rapidement, le Deutschland lui reprend. À partir de 1914, il est croiseur auxiliaire pour la marine impériale allemande, opérant comme raider commercial pendant un an. Ayant eu beaucoup de succès dans ce rôle[Lien 4], lorsque les États-Unis entrent en guerre, le navire est saisi en , et sert de transport de troupes de l'US Navy jusqu'en 1919. Rebaptisé USS Von Steuben (ID-3017) lors de sa capture, il est désarmé et remis au United States Shipping Board, où il reste en service jusqu'à sa démolition en 1923[Lien 5].
Le Kaiser Wilhelm II

Article principal : Kaiser Wilhelm II
Nommé d'après l'empereur régnant, le Kaiser Wilhelm II est le troisième des quatre Four Flyers de la flotte de la Norddeutscher Lloyd[Lien 6]. Il est considérablement plus grand, de 50 pieds (15,24 mètres), et plus lourd (5 000 tonnes), que ses aînés. De fait, il est le premier navire allemand à dépasser la taille du célèbre SS Great Eastern. .
Il est lancé le et effectue son voyage inaugural le . Il est lauréat du Ruban bleu en direction de l'est entre 1904 et 1907.
Son apparence générale est très similaire à celle de ses futurs compagnons de course[Lien 6], mais son intérieur est critiqué comme étant trop flamboyant[1]. Ses vibrations, qui rendent les passagers nerveux[1], constituent son autre problème. Le navire est amené à recevoir un nouveau jeu d'hélices en 1904.
En comparaison d'un billet de suite en première classe à 2 500 dollars, un passager de troisième classe voyage pour seulement 25 dollars[1].
Saisi à New York le , le même jour que ses sister ships, il est rebaptisé USS Kaiser Wilhelm II (ID-3004), puis Agamemnon, et devient un transport de troupes. Sous ce nom, il effectue neuf voyages entre septembre et , transportant près de 42 000 militaires. Désarmé fin août, il est remis au ministère US de la Guerre, pour servir de navire de transport de l'armée américaine.
Désarmé après le milieu des années 1920, il est rebaptisé Monticello en 1927, mais ne sert plus. Considéré comme trop vieux pour la Deuxième Guerre mondiale, le navire est vendu à la démolition en 1940, avec son sister ship, le Kronprinzessin Cecilie, avec lequel il est resté vingt et un ans[Lien 6].
Le Kronprinzessin Cecilie

Article principal : Kronprinzessin Cecilie
Le Kronprinzessin Cecilie, construit à Stettin en 1906 par AG Vulcan, est le dernier des quatre Four Flyers de la flotte de la Norddeutscher Lloyd[Lien 2]. Il est baptisé du nom de Cécile de Mecklembourg-Schwerin. Il est lancé le . En , il est prévu qu'il quitte Bremerhaven pour son voyage inaugural, mais il coule dans le port et n'en part que le . Seul de ses sister ships à ne pas remporter le Ruban Bleu, il est cependant considéré comme ayant les plus beaux intérieurs[Lien 2]. Poppe en était le concepteur principal, mais à la suite d'un concours de design, de nombreuses cabines de première classe furent conçues par un groupe d'architectes plus modernes[2]. Le Kronprinzessin Cecilie est également le plus grand des quatre paquebots[Lien 4].

En 1914, alors qu'il transporte environ 10 millions de dollars en or et 3,4 millions de dollars en argent[Lien 2] vers l'Allemagne, il apprend le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Pour éviter sa capture par la marine britannique, il retourne aux États-Unis, alors pays neutre. Il est interné à Bar Harbor, dans le Maine[Lien 7], puis transféré à Boston. Réquisitionné par la marine américaine le , il est rebaptisé USS Mount Vernon . Il resta sous autorité américaine après l'armistice de 1918. Il effectue un voyage jusqu'à Vladivostok par le canal de Panama, afin d'évacuer des réfugiés et des soldats[Lien 2]. Désarmé en 1919 avec son sister ship, le SS Kaiser Wilhelm II, il est proposé comme transport de troupes aux Britanniques pendant la Deuxième Guerre mondiale. Jugé trop vieux, il est vendu à la ferraille avec le SS Kaiser Wilhelm II, en 1940 à Baltimore.
Le Kronprinzessin Cecilie est le dernier paquebot allemand à posséder quatre cheminées.
Voir aussi
- Les paquebots de la classe Olympic
- Les paquebots de la classe Lusitania