Classe Visakhapatnam

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Classe Visakhapatnam
illustration de Classe Visakhapatnam
L'INS Visakhapatnam, navire de tête de sa classe, lors d'essais en mer le .
Caractéristiques techniques
Type Destroyer à missiles guidés
Longueur 163 m
Maître-bau 17,4 m
Tirant d'eau 6,5 m
Déplacement 7 400 t
Propulsion CODAG
Vitesse 33,5 nœuds (62 km/h)
Caractéristiques militaires
Armement
Embarcations 4 × RHIB
Aéronefs 2 × hélicoptères HAL Dhruv ou Westland Sea King Mk. 42B
Rayon d'action 9 000 milles marins (16 700 km) à 18 nœuds (33 km/h)
Autres caractéristiques
Électronique
Équipage 300 (dont 50 officiers)
Histoire
Chantier naval Mazagon Dock Limited
A servi dans  Marine indienne
Période de
construction
2013 - 2025
Période de service Depuis 2021
Navires construits 4
Navires prévus 4
Navires en activité 4

La classe Visakhapatnam, également nommé classe P-15 Bravo, ou simplement projet 15B (P-15B), est une classe de destroyers à missiles guidés en service dans la marine indienne[1]. Cette classe est une version améliorée de la classe Kolkata, intégrant des avancées en matière de furtivité, d'automatisation et d'armement[2].

Conçue par le Warship Design Bureau, la classe comprend quatre navires construits par Mazagon Dock Limited dans le cadre de l'initiative « Make in India »[3]. Le premier navire, l'INS Visakhapatnam, est mis en service le [4], tandis que le dernier, l'INS Surat, est commissionné le [5].

Développement

Les destroyers sont conçus par le Warship Design Bureau (WDB), une branche de la marine chargée de la conception des navires de guerre. Ce bureau est également à l'origine de plusieurs autres bâtiments majeurs, dont les sous-marins de la classe Arihant – les premiers sous-marins nucléaires lanceurs d'engins conçus en Inde –, le porte-avions INS Vikrant – le premier porte-avions de conception indienne – ainsi que les destroyers de la classe Kolkata[6].

La classe est conçue sous le nom de code projet 15B. Il est lancé afin de développer une classe de destroyers plus avancée que celle des Kolkata (P-15A), tout en n'y apportant que des modifications limitées mais progressives. Cette approche vise à réduire les coûts et les délais de développement[7].

Les plans de conception des quatre navires sont achevés par le WDB à la mi-2013[8].

Comparaison avec les destroyers de la classe Kolkata

Une comparaison entre les destroyers de la classe Visakhapatnam et ceux de la classe Kolkata, mettant clairement en évidence leurs différences de conception.

Le P-15B est une évolution des destroyers de la classe Kolkata (P-15A), une série de trois destroyers furtifs lance-missiles qui constituent actuellement l'avant-garde de la flotte de la marine indienne. Les deux classes présentent plusieurs différences sur le plan de la conception. Parmi les changements connus, on peut citer :

  • Considéré comme l'un des éléments les plus distinctifs, le P-15B se distingue du P-15A par une configuration de passerelle différente ; celle du P-15B est conçue pour réduire la signature radar du navire (RCS) et améliorer sa résistance[9].
  • Contrairement au P-15A, le P-15B est équipé d'un système de déplacement d'hélicoptère sans rails, destiné à sécuriser l’appareil en cas de conditions météorologiques défavorables.
  • Le P-15B adopte également une architecture centrée sur le réseau, intégrant un Ship Data Network (SDN), un Automatic Power Management System (APMS) et un Combat Management System (CMS).

Caractéristiques

  • Les destroyers sont équipés d’un système de contrôle total de l'atmosphère (TAC) leur permettant d'opérer dans des zones exposées à des retombées nucléaires[10]. Ils disposent également d'un équipement de protection contre les menaces nucléaires, biologiques et chimiques (NBC), l'ensemble de l'air nécessaire à bord étant filtré par des filtres NBC[11].
  • On estime que 72 % des composants des destroyers sont d'origine nationale, contre 59 % pour ceux de la classe Kolkata et 42 % pour ceux de la classe Delhi[12],[13].
  • Les navires sont dotés de plusieurs zones coupe-feu, de systèmes de contrôle des avaries de combat et de réseaux de distribution d’énergie, afin d'améliorer leur résistance et leur fiabilité en situation d’urgence[14].
  • Enfin, les destroyers offrent des espaces de vie conçus selon des principes modulaires et ergonomiques, garantissant un confort accru pour l'équipage[15].

Appellation

Conformément aux traditions navales, les destroyers du projet P-15B reçoivent les noms de grandes villes indiennes possédant une importance historique et culturelle : Visakhapatnam, Mormugao, Imphal et Surat, représentant respectivement les États de l'Andhra Pradesh, du Goa, du Manipur et du Gujarat[16]. Il est à noter que l'INS Imphal et l'INS Mormugao sont les deux premiers destroyers à porter les noms de villes majeures issues des régions du nord-est de l'Inde et du Goa, respectivement[17],[18].

Instrumentation

Armement

  • Lutte anti-surface

Pour leurs capacités de lutte anti-surface (ASuW), les navires de cette classe sont équipés de seize missiles de croisière antinavires BrahMos, capables d'atteindre des vitesses allant jusqu'à Mach 3[19]. Fabriqué par BrahMos Aerospace[20], le BrahMos est largement considéré comme l'un des missiles antinavires les plus redoutables actuellement en service, grâce à sa grande polyvalence et à sa manœuvrabilité exceptionnelle[21].

De plus, les navires de cette classe sont équipés d'un canon naval OTO Melara de 76 mm, fabriqué par Bharat Heavy Electricals Limited dans leurs installations de Haridwar[20]. À l’origine, la marine indienne prévoyait d'installer le canon naval Mk-45 de 127 mm produit par BAE, mais ce projet a été abandonné en 2021 en raison de contraintes budgétaires[22].

  • Lutte antiaérienne

Dans le cadre de leurs capacités de défense antiaérienne (AAW), les navires de cette classe sont équipés de trente-deux missiles sol-air Barak 8, disposés en quatre configurations VLS « 2 x 4 » silos — deux situées à la proue et deux à la poupe. Les lanceurs sont fabriqués par Bharat Electronics dans leurs installations de Bangalore[23],[20].

Le Barak 8, également désigné sous le nom de LR-SAM, est conçu pour neutraliser divers types de menaces aériennes, notamment les avions de chasse, les hélicoptères, les missiles antinavires, les missiles de croisière, les missiles balistiques et les drones. Cette variante a une portée d'environ 100 / 150 km[24].

Pour la défense rapprochée, les navires sont équipés de quatre systèmes d'armes rapprochées AK-630M (CIWS), avec deux installations de chaque côté de la superstructure[25].

  • Lutte anti-sous-marine

Pour leurs capacités de lutte anti-sous-marine (ASM), les navires de cette classe sont équipés de deux lance-torpilles doubles, conçus pour tirer des torpilles lourdes, telles que la Varunastra, développée par l'Organisation de recherche et de développement pour la défense (DRDO)[26]. La classe dispose également de deux lance-roquettes anti-sous-marines RBU-6000 (RPK-8), capables de tirer des projectiles ASM à des profondeurs allant jusqu'à 1 000 mètres. Les systèmes RBU-6000 ainsi que les tubes lance-torpilles sont fabriqués dans les installations de Larsen & Toubro de Mumbai[20].

  • Installations aéronautiques

Dans le cadre de leurs installations aéronautiques, les navires disposent d'un pont d'envol et d'un hangar fermé pouvant accueillir deux hélicoptères de taille moyenne, principalement le HAL Dhruv ou le Westland Sea King Mk. 42B. De plus, les bâtiments sont équipés d’un système de déplacement d'hélicoptère sans rails, conçu pour sécuriser l'appareil en cas de conditions météorologiques défavorables en mer[27].

  • Leurres

Concernant leurs capacités défensives, chaque destroyer est équipé de deux systèmes de leurres antimissiles Kavach, destinés à neutraliser les menaces aériennes à courte portée[25].

Capteurs

  • Radar

La classe est équipée du radar IAI EL/M-2248 MF-STAR à réseau phasé actif (AESA), en bande S, comme système radar principal. L'EL/M-2248 est un radar multifonction à réseau phasé, offrant une couverture de 360 degrés et capable de suivre à la fois des cibles aériennes et de surface sur une portée de plus de 450 km[28].

La classe est également équipée du radar secondaire Thales LW 08 (BEL RAWL-02)[29]. Le LW-08 est un radar de surveillance à semi-conducteurs, bidimensionnel, à longue portée fonctionnant dans la bande D, conçu pour l'acquisition de cibles aériennes et de surface. Il est capable de fonctionner dans un environnement électronique saturé et dispose d'une portée instrumentale de 270 km, tout en étant apte à suivre aussi bien des missiles de croisière que des avions de chasse[30].

  • Sonar

La classe est équipée du sonar BEL HUMSA-NG, un système intégré « actif et passif » monté sur la coque et développé par la DRDO[31],[32]. Le HUMSA-NG est capable de détecter, de classer et de suivre des cibles sous-marines en modes actif et passif, avec la possibilité de suivre simultanément jusqu'à huit cibles[33]. Les destroyers sont également dotés du sonar remorqué actif BEL Nagin[34].

  • Guerre électronique

Pour la guerre électronique (EW), les destroyers sont équipés de la suite DRDL Shakti, conçue pour offrir aux bâtiments indiens une couche de défense électronique contre les radars modernes et les missiles antinavires. Shakti intègre des moyens d'interception et de contre-mesures électroniques (ESM/ECM) large bande, destinés à intercepter, classifier et brouiller les radars conventionnels et modernes[35]. De plus, la suite comporte une fonction d'empreinte radar et d'enregistrement/relecture des données pour l'analyse et l'évaluation post-mission[36].

Construction

Contexte

En , le Conseil d’acquisition de la défense (DAC), organe chargé des achats d'armement au sein du ministère indien de la Défense, approuve la construction de quatre destroyers de 6 800 tonnes, qui seront réalisés par Mazagon Dock Shipbuilders (MDL)[37].

Conçu comme un projet de « succession » à la classe Kolkata, le nouveau programme de destroyers prévoyait d'apporter uniquement des améliorations progressives à la classe précédente, afin de réduire le temps et les coûts de développement. Au moment de son approbation, il était prévu que ces quatre nouveaux destroyers soient moins coûteux que d'autres classes de destroyers alors en construction, notamment les classes Hobart, Daring et Akizuki[38].

Aucun appel d'offres n’a été organisé pour le développement des navires, car le chantier Mazagon Dock Limited (MDL) était alors le seul en Inde capable de construire des destroyers[39].

Le contrat portant sur la construction des quatre navires de guerre est signé le , pour un coût estimé à 29 643,74 crores de roupies (soit environ 610 milliards de roupies ou 7,2 milliards de dollars américains en 2023)[40].

Mise en chantier

La coque inachevée de l'INS Visakhapatnam, le jour de son lancement.

La quille du navire de tête, l'INS Visakhapatnam, est posée par le chantier MDL en , et le bâtiment est lancé le lors d'une cérémonie en présence du chef d’état-major de la marine indienne de l'époque, Robin K. Dhowan (en)[41]. Initialement prévu pour entrer en service en 2018, le navire voit sa livraison retardée de trois ans en raison de délais dans la fourniture de ses capteurs et de son armement par des fournisseurs étrangers[42].

En , un incendie mineur se déclare à bord du Visakhapatnam alors encore en construction, causant la mort d'un ouvrier contractuel et en blessant deux autres[43]. Cependant, l'incident n'a pas eu d’impact sur le calendrier de construction du navire, les activités du chantier naval reprenant rapidement sans retard[44].

Le Visakhapatnam achève ses essais en bassin en , avant d'entamer ses essais en mer en 2021. Initialement prévue pour une livraison en , celle-ci est finalement effectuée le , en raison des retards causés par la pandémie de Covid-19[45]. Le , l'INS Visakhapatnam est officiellement admis au service actif au sein de la marine indienne[46].

Le second navire de la classe, l'INS Mormugao, voit sa quille posée en et est lancé en septembre de la même année[47],[48]. Après avoir achevé ses essais en bassin au début du mois de , le destroyer effectue sa première sortie en mer le , coïncidant avec le 60e anniversaire du Jour de la libération de Goa[49]. Le Mormugao est livré à la marine indienne près d'un an plus tard, le , puis officiellement admis au service actif le [50].

Les travaux de construction du troisième navire, l'INS Imphal, débutent avec la pose de sa quille en . La coque est ensuite lancée le lors d’une cérémonie en présence du chef d’état-major de la marine indienne de l'époque, Sunil Lanba (en)[51], et les essais en mer commencent le [52]. Le navire est livré à la marine indienne le , puis officiellement admis au service actif le [53],[54].

La construction du dernier navire de la classe, l'INS Surat, débute en . Sa coque est lancée le lors d’une cérémonie coïncidant avec celle du lancement de l'INS Udaygiri, une frégate de la classe Nilgiri[55]. Le Surat entame ses essais en mer le [56] et est finalement admis au service actif le [5].

Historique

Lancement d'un BrahMos lors de l'opération Sindoor.

Le , seulement deux mois après sa mise en service, l'INS Visakhapatnam procède avec succès au tir d’essai d'une version améliorée du missile antinavire BrahMos, suivi d'un second tir concluant le [57],[58]. Par la suite, le destroyer participe à la 12e édition du « Presidential Fleet Review » de la marine indienne, le , un événement auquel assistent le président indien Ram Nath Kovind et le chef d'état-major de la marine, l'amiral R. Hari Kumar (en)[59].

Le , l'INS Mormugao procède avec succès au tir d'un missile de croisière supersonique BrahMos[60]. Le , il réussit également l'interception d'une cible supersonique rase-mottes en mer grâce à son missile MRSAM[61].

En avril et , le groupe aéronaval de la marine indienne, conduit par le porte-avions INS Vikrant et son groupe aérien embarqué, est déployé dans le nord de la mer d'Arabie. Escorté par des destroyers de la classe Visakhapatnam, des frégates de la classe Talwar et au moins un sous-marin, ce dispositif a joué un rôle déterminant lors de la crise indo-pakistanaise de 2025, en maintenant la marine pakistanaise dans une posture défensive[62]. Selon des sources officielles, cette force a été positionnée de manière à rester à portée d'éventuelles cibles pakistanaises et à appuyer les opérations conjointes de l'armée de l'air et de l'armée de terre indiennes. Dans ce cadre, les bâtiments engagés ont effectué plusieurs exercices de tir réel 96 heures après l'attentat de Pahalgam, à l'origine du conflit, démontrant ainsi leurs capacités opérationnelles tout en adressant un message de dissuasion et en validant divers systèmes d'armes et procédures en situation de tension[62].

Nom N° de fanion N° de chantier Constructeur Pose de la quille Lancement Commission Statut
Visakhapatnam D66 12704 Mazagon Dock Shipbuilders Limited 12 octobre 2013[63],[64] 20 avril 2015[65] 21 novembre 2021[66],[67] Actif
Mormugao D67 12705 4 juin 2015[68] 17 septembre 2016[69] 24 décembre 2022[70],[71]
Imphal D68 12706 19 mai 2017[72] 20 avril 2019[73],[74] 26 décembre 2023[75]
Surat D69 12707 19 juillet 2018[76] 17 mai 2022[77],[78],[79] 15 janvier 2025[5]

Galerie de photos

Notes et références

Voir aussi

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