Claudine Cordani
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Écrivaine, journaliste |
La Justice dans la peau |
Claudine Cordani, née en 1966 à Aubervilliers, est une journaliste et écrivaine française, militante écoféministe.
Victime d'un viol en réunion en , à l'âge de dix-sept ans, elle est la première mineure en France à refuser le huis-clos lors du procès des accusés.
Claudine Cordani est journaliste et écrivaine[1], militante écoféministe.
Victime d'un viol en réunion alors qu’elle est mineure[1], elle met des années à se reconstruire en silence et décide de sortir de l'anonymat en . Alors âgée d’une cinquantaine d’années, elle témoigne et milite pour que les victimes de violence soient mieux accompagnées par la justice[2].
En , elle publie un ouvrage intitulé La justice dans la peau, dans lequel elle décrypte « son état d'esprit d'après-viol, son refus des portes fermées, l'aide précieuse du juge »[3], ainsi que sa confiance en la justice et son engagement féministe actuel. Cet ouvrage est préfacé par Jean-Pierre Getti, le juge chargé de l'instruction du dossier[3].
À travers la réalisation de collages graphiques, elle pratique l'art-résilience[4] et propose des ateliers aux femmes victimes de violences[3].
Faits
En [1],[2], alors qu'elle est âgée de dix-sept ans et lycéenne[2], Claudine Cordani est enlevée par ses agresseurs à la sortie du métro, puis victime d'un viol en réunion. Elle est séquestrée, violée et torturée pendant plus de trois heures[1].
Ce soir-là, alors qu'elle vit chez ses parents dans le 19e arrondissement parisien, elle s'apprête à rejoindre une bande d'amis et son amoureux. Sur le chemin, elle est enlevée dans la rue par Michel Marcq et André Benoit, deux hommes âgés d'une vingtaine d'années[5]. Ils l'abordent dans la rue en lui lançant : « Toi la bourgeoise, on va te niquer, on va baiser la bourgeoisie ! »[3], ce qu'elle mentionne comme « raté », car elle vient d'un milieu ouvrier. Lorsqu'elle informe ses agresseurs de son âge, ceux-ci ne la croient pas[2]. Ils l'emmènent dans un appartement où un troisième homme, Moïse Hergerman[5], est présent. Elle est séquestrée et violée, sur le trajet et dans l'appartement[3].
Deux heures après sa libération, elle dénonce ses agresseurs à la police. Elle veut être « la dernière à qui ils faisaient du mal ». Dans la même soirée, elle obtient le nom de ses agresseurs, de deux connaissances dont l'un sera tué avant le procès. Les noms, les examens médicaux immédiats et l'intervention rapide de la police lui permettent de bénéficier de la protection conférée par le flagrant délit. Elle explique que « tout s'est passé vite, donc personne ne pouvait remettre ma parole en question, et j'ai laissé personne le faire »[1]. En moins de 24 heures, deux de ses agresseurs sont arrêtés. « Il y en a un qui était retourné chez sa copine, l'autre chez sa mère » détaille Claudine Cordani[1].
Après l'agression, la jeune femme reste cloîtrée chez elle pendant des mois. Certains membres de son entourage la rendent responsable du viol car elle portait une jupe ou minimisent en lui disant que ce n'est « qu'un coup de bite »[1].
Procès et jugement
À l'époque des faits, elle souhaite garder l’anonymat[1]. Au moment du procès, elle est présentée sous un nom d'emprunt dans les médias, afin de préserver ses parents qui ne sont au courant de rien[2]. Lorsqu'elle se rend au procès, un groupe de garçons — frères et cousins des agresseurs — la suit pour l'intimider et prend place dans la salle[1].
Depuis , soit quatre ans avant son agression, le viol est considéré comme un crime. L'affaire est donc jugée aux assises. Lorsque les victimes sont mineures, la règle veut que le procès se déroule à huis clos. Claudine Cordani ne comprend pas ce terme. Jean-Pierre Getti, le juge chargé de l'instruction du dossier, lui explique que « les huis sont les grandes portes en bois que l'on ferme quand la victime est mineure »[3]. Elle choisit alors de refuser ce huis-clos et exige que les trois jours d'audience soient ouverts au public[2], afin de faire changer la honte de camp[1].
« Parce que c'est pas à moi d'avoir honte, et je voulais que tout le monde le sache. C'est pas parce que des gens pensent nous salir, ou pensent que nous avons été salies, qu'il faut que nous, nous le croyions. Et pour ne pas le croire, il faut le dire à tout le monde. Dans un viol, qui doit avoir honte ? Les violeurs, point. Les choses sont super claires, faut pas essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes »[1].
Elle est la première victime mineure à faire ce choix en France, car elle souhaite alors demander des comptes et « refuse d'offrir le luxe à ses bourreaux d'être protégé du monde extérieur par ces grandes portes »[3]. Pour elle, ce viol, est un viol de classe, un viol politique. L'inégalité criante a enfanté la violence dont elle a été la cible et elle veut qu'on l'entende, les coupables comme les victimes[1].
« Ce problème, c'est devenu mon problème, parce que c'est un problème de société. […] on va être deux à régler ça : moi, et la société. J'ai des choses à dire aux gens. Je veux ouvrir les portes »[1].
Deux des accusés sont condamnés à dix et douze ans de réclusion, ce qui, à l'époque, représente une peine assez lourde. Le troisième, considéré comme au bénéfice de circonstances atténuantes, obtient un sursis[1].
Elle dénonce également ceux qui, cette nuit-là, ne l'ont pas aidée, ont baissé les yeux devant ses regards de détresse, sont passés en voiture alors que ses violeurs la forçaient à défiler jupe déboutonnée dans la rue, ceux qui n'ont pas appelé la police[1].
Selon FR3 Régions, le viol subi par Claudine Cordani est présenté comme une exception. En effet, son agression a lieu dans la rue, ce qui ne concerne que 12 % des viols. De plus, seuls 17 % des viols sont commis, comme dans son cas, par des inconnus.