Climate Whistleblowers
association française de protection des lanceurs d'alerte
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Climate Whistleblowers (CW) est une association de loi de 1901 créée en 2023 dans le but de protéger et soutenir les lanceurs d'alerte qui détiennent des informations sur des pratiques aggravant la crise climatique[1].
| Fondation |
Juin 2023 |
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| Sigle |
CW |
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| Forme juridique | |
| Siège |
Paris |
| Pays | |
| Langue de travail |
| Fondateur |
Gabriel Bourdon-Fattal et Henri Thulliez |
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| Site web |
Depuis 2023, Climate Whistleblowers a accompagné les lanceurs d'alerte à l'origine de plusieurs révélations : GreenFakes sur les pratiques des cabinets d'audits environnementaux[2],[3] ou l'histoire de Polina Zabrodskaya relative au greenwashing dans l'industrie de la publicité[4].
Protéger les lanceurs d'alerte climatiques
Climate Whistleblowers revendique l'idée que même un lancement d'alerte isolé peut avoir un impact significatif. Elle estime qu'avec un accompagnement spécialisé, l'émergence d'une nouvelle génération de lanceurs d'alerte climatiques pourrait susciter des changements importants dans la lutte contre les dérèglements climatiques[5].
Or, lancer l'alerte peut s'avérer dangereux et ces personnes peuvent s'exposer à des représailles. Climate Whistleblowers cherche donc à protéger (physiquement, financièrement, légalement, médiatiquement, psychologiquement)[6]. Au-delà de ce soutien, Climate Whistleblowers cherche à maximiser l'impact des révélations de ces lanceurs d'alerte pour espérer mettre un terme aux pratiques dénoncées[7].
Portée internationale
Climate Whistleblowers est une organisation travaillant à l'échelle internationale. Ses conseils d'administration et stratégiques sont composés d'avocats, d'activistes, de scientifiques ou encore de journalistes originaires et actifs depuis divers pays à travers le monde[6]. On y trouve par exemple le scientifique américain Peter Kalmus, l'économiste français Lucas Chancel ou encore l'avocate mexicaine Alejandra Ancheita.
Son siège se trouve à Paris, la France disposant d'un cadre réglementaire ambitieux pour la protection des lanceurs d'alerte et des organisations qui les soutiennent[8].
Elle est étroitement liée à la Plateforme de Protection des Lanceurs d'Alerte en Afrique (PPLAAF)[1].
Révélations de lanceurs d'alerte soutenus par Climate Whistleblowers
Affaire de l'incinérateur Dawn Meats
L'affaire de l'incinérateur de « Dawn Meats » désigne une controverse environnementale en Irlande concernant un projet d'incinérateur de sous-produits animaux porté par l'entreprise agroalimentaire « Dawn Meats » à Ballyhaunis, dans le comté de Mayo. L'affaire a pris de l'ampleur en 2024 à la suite de révélations montrant que les émissions prévues de dioxyde de soufre de l'incinérateur pourraient dépasser les limites légales fixées par l'Union européenne[9],[10].
Contexte
Dawn Meats, l'un des principaux fournisseurs de viande en Europe, a proposé la construction d'un incinérateur destiné à traiter des déchets animaux, notamment en réponse à l'impossibilité d'exporter ces déchets vers le Royaume-Uni après le Brexit[9]. L'installation devait produire de l'énergie pour le site de Ballyhaunis.
Dans ce cadre, l'Environmental Protection Agency (EPA) irlandaise a délivré en 2024 une autorisation fixant une limite d'émissions à 50 mg/m³ de dioxyde de soufre (SO2)[9].
Révélations sur les émissions prévues
Selon les documents internes obtenus par Climate Whistleblowers et rendus publics par SourceMaterial et The Irish Times, l'entreprise espagnole Valfortec, conceptrice de l'incinérateur, avait estimé les émissions à environ 80 mg/m³ de SO2[10]. Cette estimation est donc significativement supérieure à la limite réglementaire et aux déclarations faites aux autorités.
Ces révélations ont soulevé la question d'un possible non-respect des normes européennes en matière de pollution atmosphérique.
Conséquences et réactions
A la suite de la publication de ces informations, l'EPA a annoncé qu'elle réexaminerait la licence délivrée afin de s'assurer que les limites d'émission respectent les standards européens les plus stricts[9].
Enjeux soulevés et rôle de Climate Whistleblowers
Climate Whistleblowers a collecté et transmis les documents internes aux médias, permettant ainsi de souligner les risques potentiels pour la santé publique et l'environnement liés à un dépassement des seuils réglementaires d'émissions industrielles[11].
Affaires GreenFakes
L'affaire GreenFakes est une enquête journalistique révélée en février 2025 par un consortium de médias composé notamment de Médiapart, Africa Uncensored et Mongabay, en partenariat avec Climate Whistleblowers[2],[3]. L'enquête met en lumière la collusion entre certains bureaux d'études environnementaux et des multinationales, visant à produire des audits écologiques complaisants pour faciliter des projets industriels destructeurs sur le plan environnemental.
Contexte
Le nom "GreenFakes" (littéralement "faux verts") fait référence à la falsification ou à la manipulation d'évaluations environnementales. L'affaire révèle comment ces pratiques permettent à des entreprises d'obtenir plus facilement des financements ou autorisations, notamment dans le cadre de projets en Afrique, tout en dissimulant ou minimisant les impacts négatifs de ces derniers sur la biodiversité[2].
Acteurs et projets impliqués
Parmi les bureaux d'études cités figurent le français Biotope et le britannique The Biodiversity Consultancy[12]. Leurs clients incluaient plusieurs multinationales telles que TotalEnergies, Eiffage, Rio Tinto et Chanel[2], impliquées dans des projets en Ouganda, au Mozambique, en Guinée, en Côte d'Ivoire ou encore à Madagascar.
Les rapports d'audit concernés reconnaissaient souvent la richesse écologique des zones étudiées et les risques pour la biodiversité, mais proposaient des mesures de mitigation jugées insuffisantes, voire inapplicables. Dans certains cas, les mesures préconisées étaient subordonnées à l'accord explicite du commanditaire, limitant tout réel engagement de protection de l'environnement dans le cadre des projets[12],[13].
Rôle de Climate Whistleblowers
Dans l'affaire GreenFakes, Climate Whistleblowers a joué un rôle central en collectant et analysant des centaines de documents internes provenant de bureaux d'études ; en coordonnant le travail d'investigation avec plusieurs rédactions indépendantes ; en assurant la sécurité et l'anonymat des lanceurs d'alerte[12].
Méthode d'investigation
Les révélations sont issues d'un corpus documentaire interne (contrats, rapports, correspondances) complété par des enquêtes de terrain, des entretiens avec les communautés locales, des analyses OSINT et l'utilisation d'image satellite pour corroborer les constats[12].
Enjeux soulevés
L'affaire a mis en évidence des failles structurelles dans le secteur des audits environnementaux, en soulignant l'absence de régulation et de contrôle indépendant. Climate Whistleblowers et les médias impliqués estiment que ces pratiques contribuent à un phénomène de "permis de détruire" l'environnement accordés aux industriels, malgré leurs engagements affichés en matière de responsabilité écologique[12],[2].
Affaire Polina Zabrodskaya
L'affaire Polina Zabrodskaya désigne un litige opposant l'ancienne Creative Partner de l'agence de publicité britannique AMV BBDO à son ex employeur, autour d'accusations de greenwashing et de représailles[4],[14]. Elle bénéficie du soutien de Climate Whistleblowers.
Contexte
Polina Zabrodskaya, originaire d'une région russe fortement polluée[15], rejoint AMV BBDO pour travailler sur des campagnes de publicité internationales, notamment pour les marques Galaxy et Sheba, appartenant à Mars Inc[4],[14]. Ces campagnes mettaient en avant des engagements environnementaux et de durabilité, notamment via des certifications tierces telles que la Rainforest Alliance et le Marine Stewardship Council (MSC).
Cependant, ses recherches personnelles ont mis en évidence des problèmes graves dans les chaînes d'approvisionnement de ces marques, incluant du travail d'enfants dans la culture du cacao et des pratiques de pêche destructives pour l'environnement[4],[14]. Dans ce cadre, elle affirme que certaines certifications utilisées pour valider les campagnes publicitaires produites par AMV BBDO étaient trompeuses.
Révélations et représailles présumées
Après avoir exprimé ses préoccupations en interne, Zabrodskaya déclare avoir été progressivement écartée de ses responsabilités, exclue de réunions et critiquée pour son attitude[16],[4]. Elle est finalement suspendue. Estimant que ses alertes n'avaient pas été prises en compte, elle quitte AMV BBDO en 2024.
Procédure judiciaire
En 2025, Zabrodskaya engage une procédure devant un tribunal du travail, alléguant un licenciement abusif et des représailles en raison de son lancement d’alerte en interne[16]. Elle est soutenue par le cabinet d’avocats Equal Justice Solicitors et le cabinet de juristes Doughty Street Chambers[16].
Parallèlement, notamment via le soutien de Climate Whistleblowers, elle décide de lancer l'alerte publiquement[15]. Son histoire fait l'objet d'un article dans le Financial Times[4], ainsi que d'une interview plus personnelle pour De Smog[15].
Enjeux soulevés
Cette affaire met en lumière le rôle des agences de publicité dans la diffusion de messages environnementaux par des entreprises, ainsi que les risques de greenwashing lorsque ces messages reposent sur des données ou certifications contestées ou peu fidèles à la réalité. Elle soulève également la question de la protection des lanceurs d’alerte dans le secteur publicitaire[15].
Financement
Climate Whistleblowers bénéficie de financements des fondations Tides, Broad Reach Foundation, Open Society, ou encore OLIN[17].
Partenaires
Climate Whistleblowers bénéficie de partenariats avec diverses organisations de divers pays telles que les associations Notre Affaire à Tous et Les Amis de la Terre[1]; organisations de journalisme d’investigation comme Bureau of Investigative Journalism (TBIJ), Global Witness ou encore l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) ; organisations juridiques comme le Human Rights Law Center[18] ou Protect ; ou enfin d’organisations spécialisées sur le lancement d’alerte comme le Whistleblowing International Network (WIN)[19] ou la Maison des Lanceurs d’Alerte (MLA).
