Club helvétique de Paris

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Dissolution3 août 1791
TypeSociété politique révolutionnaire
SiègeParis
Club helvétique de Paris
Situation
Dissolution 3 août 1791
Type Société politique révolutionnaire
Siège Paris

Le Club helvétique de Paris (en allemand : Helvetischer Klub) appelé aussi Club des patriotes suisses, est une société politique révolutionnaire fondée en 1790 à Paris au début de la Révolution française par des patriotes suisses exilés. Premier club étranger fondé en France — aucun autre ne le fut avant —, il constitue le principal canal par lequel les démocrates suisses émigrés et leurs correspondants restés au pays cherchent à diffuser les idées révolutionnaires en Suisse et à contester les régimes aristocratiques des cantons.

Le club regroupe principalement des réfugiés gruériens originaires de Fribourg[1] ayant quitté leur pays après la répression de la révolte de Pierre-Nicolas Chenaux[2] en 1781[3]. Il mène des actions politiques auprès de l'Assemblée nationale constituante et dans les milieux des Gardes suisses stationnées à Paris. Les séances du Club se tiennent dans plusieurs locaux successifs du quartier Saint-Germain. Le Club occupe d'abord la boutique de François Rouillier marchand de vin rue du Regard, avant de se réunir chez Gardoux, autre marchand de vin, dans une salle de l'abbaye Sainte-Marguerite, rue du même nom. Il s'installe enfin rue du Sépulcre, au numéro 19 (actuelle rue du Dragon). Le bureau de la correspondance générale helvétique s'installe, quant à lui, rue des Boucheries-Saint-Honoré, au numéro 20, près du Palais-Royal[4]. Rouillier, aubergiste établi depuis vingt-six ans en France, anime le Club durant une longue période malgré des talents politiques limités[5]. Parmi les membres fribourgeois, on trouve aux côtés de Castella, premier président, Huguenot, Sudan, Gardoux et Ignace Kolly. Les « suisses de porte » — concierges et portiers de grandes maisons parisiennes — y sont si nombreux ; l'un d'eux, Niquille, succède d'ailleurs à Castella comme président. Le banquier zurichois Jean-Caspar Schweizer, proche de Mirabeau, compte parmi les membres les plus influents du Club[6].

La première séance officielle a lieu le [7]. Parmi ses figures centrales figure l'avocat Jean-Nicolas-André Castella, réfugié en France après avoir été condamné à mort dans son canton pour des raisons politiques, principal idéologue du mouvement et président des séances, aux côtés de François Rouiller, cofondateur. Les effectifs ne dépassent jamais deux cents membres et déclinent rapidement, les difficultés à percevoir les cotisations décourageant une partie d'entre eux. Le club se dissout le à la suite de difficultés financières, de divisions internes entre modérés et éléments plus radicaux, et de pressions politiques exercées par les autorités des cantons de Berne et de Fribourg.

Idéologie

Le Club helvétique défend un programme de « régénération » politique de la Suisse, fondé sur la souveraineté populaire, la critique de l’aristocratie cantonale et la revendication de l’égalité civique. Son objectif politique, résolument opposé aux oligarchies patriciennes qui gouvernent les cantons suisses, est clairement affiché dans la déclaration de foi de Rouiller, qui souhaite « que la Suisse soit le premier pays qui suive l'exemple de la France »[8].

Le Club fait circuler des prospectus en terres helvétiques, en s'appuyant sur des imprimeurs locaux et des réseaux transfrontaliers fondés sur des liens de parenté et une expérience commune de contestation, dans le but d'encourager ses compatriotes à conquérir les droits de l'homme. Son texte politique majeur est présenté dans les prospectus des Lettre aux communes des villes, bourgs et villages de la Suisse et de ses alliés, ou l’Aristocratie suisse dévoilée (1791), rédigée par Jean-Nicolas-André Castella.

Activités

Le Club diffuse des idées révolutionnaires par des publications politiques et des réseaux de correspondance entre Paris et la Suisse. Le moment le plus favorable se situe en , lorsque ses interventions en faveur de deux citoyens fribourgeois condamnés aux galères par leur gouvernement pour des faits politiques trouvent un écho favorable à l'Assemblée nationale. Grégoire, Mirabeau et Robespierre prennent la parole contre cette détention, et un décret interdit toute mise aux galères prononcée sur jugement étranger. Les deux prisonniers sont libérés[9].

Ses tentatives pour soulever les soldats suisses contre les gouvernements aristocratiques des cantons se soldent en revanche par un échec quasi total : l'Assemblée nationale et les municipalités lui interdisent de distribuer des tracts dans les casernes. Lors de la mutinerie du Régiment de Châteauvieux — que le Club se montre d'abord réservé à soutenir, s'attirant la fureur de Marat —, il se révèle impuissant. En , sous l'impulsion de Joseph-Antoine Rengguer, alors à Paris, la société organise une expédition clandestine en principauté de Bâle, avec l'objectif de chasser le prince-évêque de Bâle et de favoriser une intervention française. Le prétexte invoqué est que celui-ci a fait venir cinq cents soldats autrichiens pour maintenir l'ordre dans ses États. L'un des membres du Club, Antoine-Joseph Chaney, est envoyé en tant qu'agent chargé de lever une troupe parmi les paysans du Jura et de mobiliser émigrés suisses et Franc-Comtois contre le prince-évêque. Dans la nuit du 30 au , il tente de rassembler quelques centaines d'hommes en vue d'une insurrection à Porrentruy, mais l'initiative tourne à la débâcle : les groupes mobilisés se dispersent sans combattre, et Chaney est arrêté par le maire de Delle, soupçonné de connivence avec les Autrichiens, avant d'être enfermé dans la maison de sûreté de Saint-Hippolyte[10].

Le Club bénéficie d'un relais dans la presse grâce à Robert au Mercure national et surtout à Marat, originaire de Neuchâtel, dans L'Ami du peuple. Ce dernier défend cependant des positions souvent plus radicales que celles du Club, et sa virulence à l'égard des officiers suisses et des régimes patriciens nuit parfois à l'image du mouvement en lui donnant un caractère prématurément « exagéré ».

Héritage

Malgré son existence brève et ses succès limités en particulier ses vaines tentatives pour gagner les soldats suisses à la cause révolutionnaire[11], le Club helvétique contribue à la circulation des idées républicaines en Suisse et participe à la préparation intellectuelle de la République helvétique instaurée en 1798.

Notes et références

Bibliographie et source

Liens externes

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