Collage féministe

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Un collage de la phrase "On ne tue jamais par amour" sur un mur avec une lumière de coucher de soleil.
Un collage féministe sur un mur du boulevard de Grenelle à Paris, en .

Un collage féministe est un moyen d'expression militant, consistant à coller sur les murs de l'espace public des messages féministes. Ce mode d'action est particulièrement utilisé afin de dénoncer les féminicides et violences sexistes et sexuelles, à travers l'action directe, par des collectifs le plus souvent autonomes et organisés en non-mixité ou en mixité choisie.

En France cet activisme est apparu à partir de , sous forme de tags et d'affiches sobres, sous forme de collages de feuilles A4, avant de s'étendre à plusieurs autres villes du monde. Cette forme d'activisme a été popularisé par le collectif Collages contre les féminicides, fondé par Marguerite Stern.

Les collages prennent la forme de phrases aux lettres noires inscrites sur des feuilles blanches et collées sur les murs[1] d'immeubles ou de maisons[2], parfois à des endroits jugés stratégiques[3]. Ils sont conçus pour attirer l'attention, faire réagir et sensibiliser le public aux violences faites aux femmes[4], plus particulièrement aux violences sexistes, sexuelles, mais aussi familiales et pédocriminelles[5].

Ils sont réalisés par des groupes de colleuses autonomes, généralement organisés en non-mixité ou en mixité choisie sans homme cisgenre[2],[6]. Les participantes sont libres de créer leurs propres slogans[2], même s'ils peuvent être ensuite discutés au sein des groupes[5].

Histoire

Colleuses en action à la Marche des fiertés à Paris, le .

Les collages s'inscrivent dans un renouveau du féminisme, né dans la lignée des mouvements Ni una menos Pas une de plus ») contre les féminicides en Amérique du Sud en , et #MeToo contre les agressions sexuelles en [7].

En France, un collectif anonyme de femmes féministes, Insomnia, se lance en dans des actions de taggage et d'affichage pour dénoncer spécifiquement les propos sexistes, les féminicides et violences contre les femmes. Elles s'illustrent notamment sur les devantures de restaurants Bagelstein, une vingtaine à Paris en , puis une quinzaine dans tout le pays en . Elles jugent en effet que la campagne de communication de l'enseigne de restauration rapide, sous couvert d'humour, est misogyne, raciste et homophobe[8],[9],[10],[11]. En , elles affichent les noms de victimes de féminicides sur les espaces publicitaires des abribus parisiens[12],[13],[14],[15],[16],[17],[18]. Les affiches sont alors caractérisées par leur sobriété.

Les premiers collages féministes sous la forme de lettres noires sur fond blanc apparaissent en à Marseille, à l'initiative de Marguerite Stern, militante féministe d'extrême droite et ancienne Femen[3]. Son premier slogan dénonce la sexualisation de son corps par les hommes et leur regard depuis son adolescence. En , à la suite de l'assassinat de Julie Douib, Marguerite Stern réalise son premier collage dédié à un féminicide. Elle continue les collages à Marseille, avant d'aller à Paris et de les y importer[6],[19]. En , le collectif Collages Féminicides Paris est créé. Marguerite Stern dit s'être retirée du collectif après un mois, en continuant à coller seule[20]. En , une divergence au sein des colleuses se manifeste : en réaction à un collage « Des sisters pas des cis terfs » du collectif Collages Féminicides de Montpellier, Marguerite Stern critique la place prise par les femmes trans dans le mouvement féministe et nie leur identité de femmes. Le collectif Collages Féminicides de Paris se désolidarise de ce point de vue, jugé transphobe[20], et il affirme ses positions en faveur de l'inclusivité et de l'intersectionnalité[6],[21].

Collage rue Nollet à Paris en , pendant le procès des viols de Mazan. « M'endors pas » fait référence au mode d'action de Dominique Pelicot, qui sédatait son épouse Gisèle à son insu pour la livrer à des viols collectifs.

Les collages traitent parfois de sujets d'actualité, comme la nomination aux César de Roman Polanski, et le départ de l'actrice Adèle Haenel de la cérémonie en signe de protestation, le choix de Gérald Darmanin comme ministre de l'Intérieur en France la même année[22], ou le confinement pendant la pandémie de Covid-19, associé à une nette augmentation des violences conjugales[23].

Ils sont le sujet du film documentaire Riposte féministe de Marie Perennès et Simon Depardon, présenté en lors de la 75e édition du Festival de Cannes[24] puis sorti en salles en de la même année.

Diffusion

Les collages féministes sont retrouvés dans plusieurs villes de France[3], mais aussi en Allemagne, en Italie, en Pologne, au Portugal, en Syrie, ou en Belgique[1]. En , on dénombre 200 villes en France présentant de tels collages[25]. Le concept est également repris par d'autres groupes militants dans le cadre d'autres luttes sociales : luttes LGBT+, antiracisme, lutte contre le validisme, le génocide des Ouïghours[6].

En Israël, Illana Weizman est la fondatrice du groupe de colleuses de rues HaStickeriot[26] (hébreu : הסטיקריות).

Légalité

En France, le collage sur les murs ou le mobilier urbain est assimilé à de la dégradation légère de bâtiments selon l'article 322-1 du code pénal. Certains collages ont été suivis par des gardes à vue de colleuses[6].

Galerie : exemples de collages par ville

Publications de colleuses

Notes et références

Voir aussi

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