Collection d'art de Jacques Goudstikker
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La collection d'art de Jacques Goudstikker fait partie des grandes collections d'art néerlandaise de l'entre-deux-guerres. Cette collection témoigne du goût et du regard du galeriste Jacques Goudstikker (1897–1940). Elle comprend de nombreuses pièces réalisées par des artistes majeurs de l'Histoire de l'art comme Jérôme Bosch, Salomon van Ruysdael, Rembrandt, Hans Memling, Lucas Cranach l'Ancien, Gerard ter Borch, Johannes Vermeer, Frans Hals, Jacopo del Casentino, Pietro Longhi ou encore François Boucher. La notoriété de cette collection a attiré la convoitise de Hermann Göring pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ces spoliations ont fait l'objet d'une procédure judiciaire ayant menée à la restitution de la majorité de sa collection aux héritiers de Jacques Goudstikker.
Ses goûts en matière de collectionnisme

En 1919, Jacques Goudstikker intègre la galerie d'art de son père à Amsterdam, puis à la fin des années 1920, il devient président de l’association des marchands d’art ancien des Pays-Bas[1]. Il développe rapidement la galerie familiale et accroît sa collection d'œuvres d'art ainsi que sa fortune personnelle. En 1939, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, sa collection atteint un peu plus de 1000 œuvres, qui vont connaître pour la plupart un destin tragique[2].

Jacques Goudstikker est un amateur d'œuvres qui sortent de l’ordinaire, toutefois il a un goût particulier pour les tableaux de maîtres anciens. La peinture hollandaise du XVIIème siècle est sa spécialité, notamment les tableaux de paysages tonaux comme Jan Van Goyen et Salomon Van Ruysdael. Il affectionne particulièrement les œuvres figuratives, celles des portraitistes Jan Antonisz van Ravesteyn ou encore Johannes Cornelisz Verspronck et les peintres de sujets comme Hans Bol, Aert de Gelder ou Jan Steen. Sa collection comprend également quelques huiles sur toile de l’école française du XVIIIème siècle, sans oublier les peintres de la Renaissance italienne. Il expose notamment La vierge à l’enfant de Francesco Squarcione, ce qui représente quelque chose d’inédit à l’échelle nationale, à une époque où le directeur du Rijksmuseum, Adriaan Pit, déclare en 1906 : « Nous sommes devenus chauvins en matière d’art. Ce culte de notre ancienne école de peinture, qui a débuté il y a trente ans, est toujours vivace et semble nous empêcher d’apprécier l’art étranger. »[3]
Le collectionneur dispose d’un ensemble de media variés, les panneaux et peintures étant très largement majoritaires, toutefois l’on y trouve également des sculptures et des tapis. L’ensemble de sa collection se compose de plusieurs centaines d’œuvres, des peintures du siècle d’or néerlandais sont placées en dialogue avec des panneaux de peintres néerlandais, flamands et italiens des XIVe, XVe et XVIe siècles, la valeur de ses biens atteignant plusieurs millions d’euros[1].
Les œuvres phares de sa collection


La collection de Jacques Goudstikker comprend un tableau de Jérôme Bosch, Le portement de croix, réalisé entre 1515 et 1516 ou entre 1510 et 1535, et conservé à Gand au musée des Beaux-arts. Cette œuvre est vendue par Frederik Muller et Cie à Jacques Goudstikker au début du XXème siècle, puis elle est ensuite acquise par le musée viennois. Le collectionneur possède une autre oeuvre du même artiste intitulée Tête d’une vieille femme, réalisée vers 1500 et conservée à Rotterdam au musée Boijmans van Beuningen. Le tableau est vendu en 1933 pour 7 000 florins par le marchand d’art amstellodamois Jacques Goudstikker à l’homme d’affaires et collectionneur d’art néerlandais Daniël George Van Beuningen puis entre ensuite au musée de Rotterdam en 1958 grâce au legs de ce collectionneur. L'œuvre Buste d’un homme portant un gorgerin et un béret à plumes est vendu à Goudstikker en 1929 par Arnoled Van Buuren (marchant d’art néerlandais), qui la vend lui-même à Heinrich Thyssen en 1930.
En 1928, Jacques Goudstikker acquiert deux fragments du Combat de Carnaval et Carême (suiveur de Bosch) après avoir été découvert chez un antiquaire milanais par l’historien de l’art Max J. Friedländer. En 1929, les deux fragments sont finalement acquis par Heinrich Thyssen pour sa collection au château de Rechnitz.
Les œuvres du collectionneur proviennent de différents artistes pionniers du continent européen. Parmi les artistes néerlandais et hollandais, on peut trouver L'entrée d'un port de Simon de Vliegler, Le bac transportant du bétail sur la rivière Vecht près de Nijenrode de Salomon van Ruysdael,Vaste paysage avec arbres et chaumière de Philips Koninck et Jeune fille à la flûte de Johannes Vermeer qui est finalement acquise par Joseph Widener pour être donnée à la National Gallery of art de Washington en 1942. Parmi les tableaux italiens, le collectionneur possède Sainte Lucie de Jacopo di Casentino, Le Vendeur de fritoles de Pietro Longhi, La Vierge à l'Enfant de Giacomo Pacchiarotti mais aussi L'Assomption de la Vierge avec saint Michel et saint Benoît de Luca Signorelli, acquis par le Metropolitan Museum de New York en 1929, et le Roi David de Pesellino. Une œuvre phare de l'artiste français François Boucher, Le Jugement de Pâris, est également visible dans sa galerie.
Les expositions des années 1920-1930
Le collectionneur devient un marchand d'art réputé et acquiert suffisamment de fortune pour acheter un château, celui de Nijenrode situé à Breukelen, qu’il ouvre au public pour y donner des réceptions. L’objectif est d’ouvrir ses collections à des spectateurs moins fortunés.

La même année, Jacques Goudstikker s’installe dans le domaine d’Oostermeer à Ouderkerk aan de Amstel où il organise de nombreuses expositions thématiques telles que « Paysages d’hiver hollandais », « Salomon van Ruysdael » et l’Exposition Princesse Juliana ». Ses expositions ne se contentent pas de l’accrochage des œuvres mais sont de véritables mises en ambiance, avec des sculptures et tapisseries mettant en valeur les tableaux.
En 1929, il organise une exposition au Rijskmuseum puis organise en 1933 une exposition consacrée à Rubens. Il œuvre également à la présentation de collections au sein du Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1934, dans une exposition intitulée Peintures italiennes dans les collections néerlandaises.

À l’internationale, il organise plusieurs expositions prestigieuses dans les années 1920 et 1930. A New York, dans la galerie Anderson, en 1923, il expose avec l’aide de la Kamer van Koophandel néerlandaise, des peintures hollandaises et flamandes, du XVème au XXème siècles. Parmi elles, on compte cinq Van Gogh, deux Van Dongen et un Mondrian ainsi que des œuvres du XVIIème siècle, dont un paysage boisé de Philipps Koninck[4]. Il diffuse sa collection d’art dans toute l’Europe en publiant ses catalogues en français plutôt qu’en Néerlandais, la langue nationale. Ses catalogues sont en eux-mêmes de véritables œuvres d’art dans leur conception.
