Comités d'organisation (régime de Vichy)
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Les comités d'organisation sont un ensemble d'instances créées par le régime de Vichy pour contrôler et diriger l'économie française pendant la période d'occupation par l'Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale. D'abord destinés à protéger les intérêts français, ils deviennent rapidement un outil de la collaboration économique.
Création et fonctionnement
La loi du crée les comités d'organisation, chargés d'organiser la production industrielle du pays après l'armistice. Ils sont rapidement placés sous l'autorité supérieure de l'office central de répartition des produits industriels, ou OCRPI, institué par la loi du . Ils sont par là rattachés au Secrétariat d'État à la répartition du Ministère du Commerce et de l'industrie[1].
Les comités d'organisation, également appelés CO, organisent la « répartition secondaire » entre les différentes entreprises relevant de leur responsabilité des ressources qui leur sont affectées par l'OCRPI, qui assure quant à lui la « répartition primaire ». Cette dernière va, au fil du temps, correspondre de plus en plus aux besoins exclusifs de l'industrie allemande[2].
Les différents comités
Le nombre de comités d'organisation, également appelés CO, est très important. On en compte quinze fin 1940, et plus de deux-cents au printemps 1944[3].
Comités liés à la musique
Entre 1941 et 1943, trois comités sont créés par le gouvernement de Vichy en vue de contrôler les professions musicales.
Le rôle de ces comités est loin de se contenter de rôles techniques ou organisationnels. Ils appliquent avec rigueur les consignes allemandes relayées par le Gouvernement de Vichy. En particulier, ils mettent en œuvre le décret du qui réglemente, en ce qui concerne les juifs, les professions d’artiste dramatique, cinématographique ou lyrique. Ce décret précise que « les juifs ne peuvent tenir un emploi artistique dans des représentations théâtrales, dans des films cinématographiques ou dans des spectacles quelconques, ou donner des concerts vocaux ou instrumentaux ou y participer... ».
Les musiciens considérés comme juifs par les nazis sont répertoriés dans le Lexikon der Juden in der Musik dont la première version date de 1940 et la troisième et dernière de 1943. (Bernard Hahnefeld Verlag, Berlin, 404 pages en 1943)
Comité d'organisation des industries et commerces de la musique
Fondé par décret du , ce comité est présidé par René Dommange, avocat, éditeur musical et homme politique. Le comité Dommange dispose en son sein d'un Bureau spécialisé du disque, dirigé par Jean Bérard, directeur de Pathé-Marconi.
Comité professionnel des auteurs dramatiques, compositeurs et éditeurs de musique
Dirigé par le compositeur et chef d'orchestre Henri Rabaud, celui-ci est conçu comme un organisme d’État. Il est chargé de percevoir les droits d'auteur.
Ce comité réorganise la SACEM et, selon Jean Mattéoli et Yannick Simon[4], le comité organise systématiquement, à la demande des Allemands, le séquestre des droits d’auteur considérés comme des biens ennemis. Les sociétaires concernés sont outre les juifs, des Anglais, des Américains et des Russes mais aussi des Français ayant quitté le territoire pour se réfugier, dans la plupart des cas, aux États-Unis. Parmi tous ces sociétaires, certains auraient vraisemblablement été considérés comme juifs s’ils étaient restés en France.
Dès 1940, Les maisons d’éditions musicales appartenant à des juifs sont placées sous administration provisoire dans le cadre de l’aryanisation économique. Les éditeurs juifs n’ont plus le pouvoir de toucher leurs droits issus de l’édition.
Comité d'organisation professionnel de la musique / Comité professionnel de l'art musical et de l'enseignement musical libre de la musique
Baptisé Comité d'organisation professionnel de la musique à sa création en 1941, il est en 1943 remplacé par le Comité professionnel de l'art musical et de l'enseignement musical libre de la musique. Dits comités Cortot, ces deux institutions sont successivement présidées par le pianiste français Alfred Cortot.
Ce comité doit faire respecter les interdictions de représentations. L'interdiction concerne non seulement les artistes et exécutants juifs, mais aussi leurs œuvres. De plus cette interdiction est étendue à l'Art dégénéré (Entartete Kunst). La théorie était la suivante : l'art héroïque a symbolisé l'art racial pur, la libération de la déformation et de la corruption, alors que les modèles modernes déviaient de la norme prescrite de la beauté classique. Les artistes de races pures ont produit l'art racial pur, et les artistes modernes d'une contrainte raciale inférieure ont produit les travaux qui étaient dégénérés. D'abord appliqué aux arts plastiques, le terme d'art dégénéré est ensuite étendu à la musique (Schönberg, Bartok, et Darius Milhaud par exemple, mais aussi la musique swing).
Comité d'organisation des entreprises du spectacle (COES)
Le décret du confie à sept membres permanents le soin de régler l'activité théâtrale de la nation[5]. Il s'agira essentiellement d'écarter le personnel et les acteurs déclarés de « race juive », de gérer les fonds de fonctionnement des salles de spectacles, de délivrer ou refuser les autorisations de se produire, et de se coordonner avec l'occupant, principalement l'ambassadeur Otto Abetz et son organe de censure, l'Institut allemand.
Le , le ministre Jérôme Carcopino nomme à la présidence du COES l'administrateur de la Comédie-Française Jean-Louis Vaudoyer[6]. Celui ci est remplacé en , au changement de gouvernement, par René Rocher.
Comité d'organisation de l'industrie cinématographique (COIC)
Créé par la loi du , le COIC a pour vocation de normaliser et contrôler la production cinématographique sous le régime vichyste. Placé sous l'autorité du ministère de l'information, son champ d'action est défini par un texte du et quelques décrets d'application.
Comité d'organisation des industries, arts et commerces du livre (COIACL)
Le Comité d'organisation des industries, arts et commerces du livre (COIACL) est créé par un décret du signé par Jérôme Carcopino[7]. Il comprenait quatre secteurs : industries graphiques, librairies, édition, imprimerie.
La convention d'auto-censure signée en 1940 par René Philippon, président du Syndicat des éditeurs, donnait aux éditeurs une certaine liberté de publier, à condition de censurer eux-mêmes tout ce qui était susceptible de nuire aux intérêts allemands.
Au mois d’, la Propaganda-Abteilung se préoccupe de la question du papier d’édition et « y voit un moyen de renforcer le contrôle des publications » [8].
L’ordonnance allemande du impose aux éditeurs, imprimeurs et directeurs de publications de passer devant la « Commission de contrôle du papier d’Édition » créée par décret du régime de Vichy du pour obtenir un bon d’attribution de papier.
Jean Vallier indique : « Gerhard Heller va, très habilement, amener toutes les maisons que l’aryanisation des biens juifs a laissées en activité (ou dotées d’un partenariat adéquat avec des actionnaires d’Outre-Rhin) à collaborer à des degrés divers à l’épuration de l’édition française, de tout ce qui déplaît à l’occupant ou ne rentre pas dans sa politique anti-juive, anti-anglaise, et bientôt anti-américaine, en matière de publications[9]. »
Les éditeurs furent contraints de réduire vertigineusement leur production, celle-ci de plus en plus étroitement contrôlée par l’ambassade à Paris (Otto Abetz) et l’Institut allemand (Karl Epting)[10].
Comité d'organisation de l'industrie textile (COIT) et Comité d'organisation des soies et rayonnes (COSR)
Le Comité d'organisation des industries textiles (COIT[11]) participe à la mise au point des différents accords franco-allemands en matière de textile, les plans « Kehrl » et « Grüber ». Il existe plusieurs départements, dont le département « fibres artificielles », dirigé par Ennemond Bizot, également président du conseil d'administration de France-Rayonne[12].
Le Comité d'organisation des soies et rayonnes participe lui aussi à la mise au point de ces accords, avec Jean Barioz à la tête de la branche « soie »[12].
Comité d'organisation de l'industrie aéronautique (COIA)
Il a à sa tête le général Bergeret, également secrétaire d'État à l'aviation au sein du gouvernement de Vichy. Il participe à la mise au point — en fait, acquiesse purement et simplement aux exigences allemandes — du programme franco-allemand de construction aéronautique, ratifié le [13].
Comité d'organisation de l'automobile et du cycle (COAC ou COA)
Le COA est créé le . Il est dirigé par François Lehideux, et constitue l'interlocuteur privilégié du Generalbevollmächtigte für das Kraftfahrwesen (GBK), office allemand chargé de l'organisation de l'industrie automobile. Toutefois, le contrôle exercé par le COA est limité, puisque 85 % des commandes automobiles passées se font directement entre le GBK et les constructeurs automobiles français[14],[15].
Comité d'organisation du bâtiment et des travaux publics (COBTP)
Il est présidé par Octave Rousseau, et on compte notamment parmi ses membres Gaston Haelling et Lucien Pitance. Ce dernier est contraint de quitter le COBTP lorsqu'en il est interné à la prison Montluc à Lyon, pour ses fortes résistances face aux réquisitions de main-d'œuvre par les Allemands[16].
Comité d'organisation des industries chimiques (COIC)[17]
Mode de fonctionnement
Les comités d'organisation se font le relai des instructions du gouvernement de Vichy. Par exemple, Pierre Laval leur adresse le une ordonnance leur demandant de relayer ses instructions auprès des entreprises que chacun des comités d'organisation coordonne pour améliorer le rendement de la relève[18].