Complexe nuragique de S'Arcu'e Is Forros
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Complexe nuragique de S'Arcu'e Is Forros | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Sardaigne |
| Province | Province de Nuoro |
| Commune | Sassari |
| Coordonnées | 40° 00′ 09″ nord, 9° 24′ 02″ est |
| Altitude | 890 m |
| Histoire | |
| Époque | Âge du Bronze, âge du fer |
| modifier |
|
Le complexe nuragique de S'Arcu'e Is Forros est un site archéologique situé à Villagrande Strisaili, dans la province de Nuoro en Sardaigne. Le site correspond à un village sanctuaire de la culture nuragique comprenant trois temples « à mégaron » et de nombreux ateliers de fonderie.
Le site est inclus dans la liste des 31 sites sardes candidats[1] à un classement au patrimoine mondial de l'UNESCO[2],[3].
Le site
Le site est installé sur une haute colline (890 m d'altitude)[4] appelée Inter Abbas, en raison de la proximité du rio Baccu Alleri à l’ouest et du fleuve Iscra Abbatrula à l’est, tous deux affluents du Flumendosa. Ces cours d’eau assuraient l’approvisionnement hydrique des habitants et attiraient le passage des populations transhumantes qui franchissaient le col de Corr’e Boi avec leurs troupeaux pour rejoindre les pâturages des plaines de l’arrière-pays côtier de l’Ogliastra et du Sarrabus[5].
S'Arcu'e Is Forros était à la fois un village sanctuaire et probablement unimportant centre métallurgique de la Sardaigne à l'époque de la culture nuragique, tout en étant aussi un lieu d’échanges du commerce avec l'Étrurie et la Méditerranée orientale. Dans une amphore retrouvée sur le site, des caractères en langue philistine attestent de relations entre la Sardaigne et le Levant.
Village
Le village est composé de nombreuses cabanes construites dans la partie haute de la colline, lors d’une première phase de fréquentation remontant au Bronze moyen évolué (vers )[5]. Les fouilles, limitées à quelques secteurs, ont mis au jour un îlot d'habitat composé de douze pièces disposées autour d’un espace central. Certaines pièces correspondent à des « rotondes » cultuelles, dotées d’un siège périphérique et d’un bassin en pierre au centre[4].
Temples « à mégaron »
Les trois temples « à mégaron » furent édifiés dans le village au cours du Bronze final ()[5].
Temple n°1
Le temple n°1 est un édifice de plan rectangulaire avec entrée orientée au sud (longueur totale 17 m ; 5,50 à 6,50 m de largeur). Dans la première phase de construction, attribuable au Bronze final (), le temple comportait un vestibule rectangulaire in antis ouvrant sur deux pièces délimitées par des avant-murs construits avec des assises irrégulières constituées de gros blocs fortement en saillie dans leur partie supérieure. L’édifice présentait un prolongement des murs à l’arrière (« double in antis »), obtenu par l’accolement de murs épais. Dans sa configuration actuelle, le temple comprend une façade rectiligne avec une entrée rectangulaire conduisant à quatre pièces alignées sur l’axe de l’entrée principale. Les pièces conservent d’abondants restes de l’enduit originel qui masquait les irrégularités des parois. Les sols des pièces sont en terre battue (argile)[5]. La fouille du secteur postérieur a mis en évidence une couche charbonneuse laissée par un violent incendie, qui poussa les constructeurs à renforcer l’ensemble de l’édifice par l’ajout des avant-murs postérieurs, à obturer le vestibule antérieur par la construction d’un mur et à subdiviser l’espace des deux pièces internes[5].
Dans l’angle gauche de la pièce A et dans les angles de la pièce C reposaient les bases de trois grandes jarres ouvertes, encastrées sous le sol, destinées à conserver de l'eau destinées aux ablutions rituelles. Les rites devaient inclure l’usage de petits bassins en grès, retrouvés en fragments autour d’un canal qui traverse l’épaisseur du mur du côté droit de la pièce B. L’eau s’écoulait vers l’extérieur dans un canal délimité par des dalles orthostatiques, à l’intérieur duquel furent retrouvés un bol renversé et un poignard en bronze, déposés lors d’un rite propitiatoire ou de fondation. À gauche du canal gisait un bronze figurant un archer coiffé d’un casque caréné surmonté de longues cornes, couvrant une chevelure soignée et de longues favoris. Le guerrier porte une double collerette, une double tunique, un pectoral décoré, une plaque rectangulaire de protection, des cnémides décorées et lacées aux mollets, un carquois avec flèches et poignard, ainsi que deux élégantes bandes frangées sur les épaules[5].
À l’extérieur, à la base des murs du périmètre, on peut voir un banc servant de renfort et de support pour les nombreux ex-voto exposés sur des socles en grès perforés, retrouvés en grand nombre dans la dernière pièce. À l’extérieur, sur le côté droit, les offrandes étaient déposées sur un modèle réduit de nuraghe en calcaire (hauteur 18 cm ; diamètre 15 cm), muni d’un trou central et de six perforations périphériques[5].
Dans la partie antérieure du temple, les vestiges du téménos sont encore visibles : de forme elliptique, il est délimité par un mur en pierres sèches qui a en partie englobé une cabane circulaire construite lors de phases antérieures. L'entrée du téménos comporte un large seuil en calcaire, pourvu de petites cupules qui supportaient de petits vases en tôle de bronze soudés au plomb, retrouvés encore en place. Un siège court le long du mur intérieur du téménos. Les niveaux les plus profonds des fouilles archéologiques ont livré des fragments de plat à décor peigné imprimé et un pendentif en bronze représentant une hache[5].
Temple n°2

Le temple n°2 est situé à proximité du temple n°1, à une altitude légèrement supérieure. Il s’agit d’un édifice de plan rectangulaire (longueur 9,63 m) avec un mur de fond en forme d'« abside », composé de trois pièces de respectivement 2,20 m, 4,63 m et 2,83 m de longueur pour une largeur moyenne de 3,50 m). Plusieurs phases de construction sont documentées. Dans la première phase, datée de la fin du Bronze récent (1300‑), les constructeurs édifièrent un temple rectangulaire in antis avec un fond en abside et deux pièces reliées par des ouvertures alignées, délimitées par de robustes avant-murs fortement en saillie. La maçonnerie, peu soignée, conserve dans les interstices des traces de couches d’enduit encore bien visibles. Dans une seconde phase de construction, au Bronze final, l’entrée in antis originelle fut obturée par un mur afin de créer une façade rectiligne, tandis que lui fut adossé le mur d’un enclos rectangulaire aux angles arrondis (longueur 7,60 m), dont l’entrée était alignée sur celle du temple. Cet enclos était équipé d’un siège recouvert d’une couche d’argile et de gros galets plats et lisses. Sur le côté droit de l’enclos, un petit couloir mène à un espace de service de plan rectangulaire. L’espace interne du téménos conserve plusieurs portions d’un sol battu originel qui uniformisait le substrat rocheux irrégulier, parfois affleurant. Le sol est marqué par les traces de foyers. Un foyer circulaire en pierre est conservé dans la partie postérieure, près du mur en abside[5].
Dans la dernière phase de construction, entre la fin de l’âge du Bronze et le début de l’âge du fer (Xe et IXe siècles av. J.-C.), à l’intérieur de la petite pièce à paroi à abside, les nuragiques construisirent un autel sur une plateforme de galets fluviaux évoquant symboliquement la présence de la divinité des eaux. L’autel est constitué d’une première couche de blocs quadrangulaires en roches volcaniques non locales. Dans la seconde couche, en basalte, un bloc central comporte un protomé de bélier sculpté en haut relief. Une protomé, semblable mais légèrement plus grand, est sculpté sur le bloc central de la quatrième assise, parfaitement aligné avec le protomé inférieur. L'assise est complétée latéralement avec des blocs de roches de couleurs différentes. Deux perforations réalisées sous les têtes de bélier servaient peut-être à insérer des ex-voto ou des objets utilisés lors des cérémonies religieuses. La dernière assise de l'autel comporte au centre plusieurs corbeaux, dont la face est marquée de profondes incisions, qui reproduisent le couronnement d’une tour nuragique. La composition singulière de l’autel révèle un goût pour les variations chromatiques obtenues par l’usage de pierres d’origines diverses, ainsi qu’une grande habileté technique compte tenu des dimensions réduites de la pièce[5].
Dans la dernière phase de construction, le local de service accessible depuis l’enclos fut divisé par une cloison, tandis que d’autres pièces annexes furent construites à l’extérieur du temple. Le long des parois des pièces reposaient plusieurs grandes jarres fragmentées[5].
Temple n°3
Le temple n°3 est un bâtiment rectangulaire (longueur 11,50 m ; largeur 3,90 m) correspondant aux vestiges d’un temple qui a subi d’importantes modifications lorsqu’il fut transformé en atelier de fondeur. Le bâtiment conserve, sur le côté droit, un tronçon du vestibule originel et, à l’intérieur, une partie du pavement en dalles de granite portant des traces évidentes de feu. Sur le côté gauche se trouvaient d’épais niveaux d’argile brûlée correspondant à l’installation d’une batterie de petits fours à basse température adossés au mur longitudinal de l’édifice. Durant le première âge du fer (IXe siècle av. J.-C.), dans l’angle gauche du mur du fond, les artisans fondeurs construisirent un four à cheminée, de forme quadrangulaire (largeur 1,80 m; hauteur maximale 0,90 m)[5].
Ateliers de fonderie
Le site de S'Arcu'e Is Forros a accueilli une intense activité métallurgique, produisant de grandes quantités de bronzes nuragiques, qui s’est progressivement développée grâce à la présence des édifices de culte. De petits lingots d’étain, ont été découverts dans la zone en pente située entre les temples n°1 et n°2 et le temple n°3 fut transformé en atelier de fonderie. L’importante activité métallurgique est également attestée au sein d’un agglomérat de cabanes construit à proximité du temple n°1. Dans la zone extérieure comprise entre le téménos et deux fours de fonderie ont été recueillis des scories de minerai de fer, un petit lion accroupi en bronze, trois haches à bords relevés, un fragment de trépied chypriote, une fibule à arc épaissi, de nombreux fragments de lingots de cuivre de tradition égéenne en forme de « peau de bœuf », un lingot de plomb circulaire pesant environ 15 kilos, et un énorme bassin en tôle de bronze, maintes fois réparé à l’aide de plaques de bronze fixées par des rivets, probablement en raison de sa grande valeur et de son rôle important dans les rites célébrés dans le temple[5]. Dans les pièces du temple n°1, dans trois dépôts distincts, on a découvert plus de 400 kilos d’objets variés en cuivre, bronze, fer et plomb, de production locale et d’importation[5].
La richesse des bronzes figurés produits démontre que les ateliers de fusion locaux étaient capables de réaliser des objets de grand prestige artisanal. La production d’objets métalliques, commencée durant le Bronze récent dans le village de S’Arcu ’e is Forros, se poursuivit sans interruption jusqu’à la fin de l’âge du fer (VIIIe et VIIe siècles av. J.-C.), lorsque les artisans fondeurs, grâce à des contacts avec des forgerons d’origine médio‑orientale et étrusque, apprirent également à produire des objets en fer, lesquels exigeaient des compétences professionnelles et des connaissances technologiques bien plus complexes que celles requises pour le travail du bronze[5].