L'itinéraire passant par Condate est la voie Bolène, un tronçon de la voie reliant Lyon à Cahors d'où partent deux embranchements vers Bordeaux et Toulouse. Condate se trouve sans doute, compte tenu des distances indiquées sur la table, à «la frontière» des peuples Vellaves et Gabales, en admettant que les limites des civitates se retrouvent dans celles des diocèses, puis des départements, le cours de l'Allier constituant une frontière naturelle[2]. Plusieurs localisations sont toutefois proposées pour Condate[4], toutes situées en Haute-Loire et basées sur des critères topographiques à défaut de preuves archéologiques[3],[5].
Cette voie de Lyon à Cahors puis Toulouse et/ou Bordeaux, dite abusivement «voie d'Agrippa»[n 1], est bien attestée dans le secteur de Chapeauroux.
Il n'en est pas de même pour la voie Régordane: certains auteurs la voient franchir l'Allier en coupant la «voie d'Agrippa» au niveau de Chapeauroux. Un axe est-ouest y existe bien, mais son caractère antique n'est pas attesté[2].
Dans les gorges de l'Allier , le site de Condate se développe au confluent du Chapeauroux et de l'Allier, sur la rive gauche de ce dernier, à une altitude de 742 m. L'Allier décrit une courbe resserrée vers le nord et l'est et, à ce niveau, sur sa rive droite, l'emprise du site archéologique se poursuit dans la boucle du Nouveau Monde, sur la commune de Saint-Haon (Haute-Loire)[2].
La faible surface sur laquelle des vestiges sont trouvés ne permet pas de dire que Condate a été une véritable agglomération secondaire. Peut-être s'agit-il d'un simple relais routier, occupant toutefois une position particulière puisque situé à la limite des territoires de deux peuples[3].
Toponymie
Le toponyme d'origine gauloise Condate indique la proximité d'un confluent, en l'occurrence celui de l'Allier et du ruisseau de Chapeauroux. Son évolution a donné Condres, hameau communal situé à environ 2,3 km au sud du présumé site antique[6],[7]. Plusieurs auteurs indiquent d'ailleurs de manière erronée Condres comme lieu de découverte des vestiges au XIXesiècle[3].
Le site n'a fait l'objet que de fouilles très partielles, réalisées en 1867-1868 à l'occasion de la construction du viaduc de Chapeauroux qui le traverse[3]. Aucun plan, excepté celui réalisé par Étienne Étiévant à l'occasion des fouilles, n'est publié. Ce document est accompagné d'une coupe schématique de la vallée de l'Allier au niveau de l'emprise du viaduc[8]. La faible surface fouillée (environ 100 m2 sur la rive gauche de l'Allier) en raison de l'épaisseur des éboulis, atteignant plusieurs mètres par endroits[9], ne permet pas de déterminer l'organisation générale du site qui peut s'étendre sur 9 ha, ni sa voirie ou ses bâtiments[10]. Il est possible qu'une partie du site soit immergée dans le lit de l'Allier[11].
Plan des fouilles d'Étienne Étiévant. En grisé foncé, les secteurs fouillés.
Ce sont trois structures qui sont repérées mais non identifiées, l'une d'elles pouvant appartenir à un balnéaire. De nombreux tessons de poterie dont certaines proviennent de l'atelier de Banassac, des monnaies, une lampe à huile en plomb sont inventoriés[12]. Un «pavage régulier» et des tessons de poteries sont également trouvés lors des terrassements des piles du viaduc. Sur la rive droite, les fouilles du XIXesiècle mettent au jour des briques et des monnaies, sans plus de détails[10]. La présence de cendres et de charbons de bois est notée sur l'ensemble des zones fouillées[13].
Des vestiges de ponts, dont le caractère antique ne peut être attesté, mais qui sont peut-être édifiés à la place de ponts antiques, semblent assurer le franchissement de la voie d'Agrippa au niveau du méandre de l'Allier[14].
En 2004, une campagne de prospection de surface permet de recueillir des fragments de tegulae et de briques antiques[10].
Historique du site
Une monnaie gauloise de la première moitié du Iersiècleav. J.-C. et des fragments d'amphores indiquent que le site est occupé dans le dernier siècle avant notre ère. Quelques céramiques sigillées et une monnaie de Gallien semblent montrer que l'époque gallo-romaine est représentée du Ier au IIIesiècle apr. J.-C. L'histoire plus récente du site, son évolution, la date et les raisons de son abandon sont inconnues au regard des recherches effectuées[3].
↑Alain Trintignac (dir.), Emmanuel Marot (dir.) et Alain Ferdière (dir.), Javols-Anderitum (Lozère), chef-lieu de la cité des Gabales: une ville romaine de moyenne montagne: bilan de 13 ans d'évaluation et de recherche, Montagnac, Monique Mergoil, coll.«Archéologie de l'histoire romaine» (no21), , 560p. (ISBN978-2-3551-8018-7), p.424.
↑Jean-Joseph-Marie Ignon, «Notice sur les monumens antiques et du Moyen Âge...», Mémoires et analyse des travaux de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts de la ville de Mende, chef-lieu du département de la Lozère, 1840-1841, p.141-146 (lire en ligne[sur books.google.fr]).
↑Marius Balmelle, Répertoire archéologique du département de la Lozère: Période gallo-romaine, Montpellier, Manufacture de la Charité, 57p., p.41.
Pour approfondir
Bibliographie
[André 1867] Ferdinand André, «Des voies romaines dans le Gévaudan. Station de Condate», Bulletin de la Société d'agriculture, industrie, sciences et arts du département de la Lozère, 2e série, t.XVIII, no2, , p.295-305 (lire en ligne).
[Baret 2015] Florian Baret, Les agglomérations «secondaires» dans le Massif Central (cités des Arvernes, Vellaves, Gabales, Rutènes, Cadurques et Lémovices): Iersiècleav. J.-C. - Vesiècle apr. J.-C., vol.1 (mémoire de thèse de doctorat en archéologie), Université Blaise-Pascal, , 498p. (lire en ligne).
[Étiévant 1869] Étienne Étiévant, «Les voies romaines de la Lozère» (Rapport de M. Étiévant, conducteur des ponts et chaussées, membre de la Société d'agriculture de la Lozère, sur les fouilles exécutées à l'emplacement de l'ancienne station romaine de Condate), Bulletin de la Société d'agriculture, industrie, sciences et arts du département de la Lozère, t.XX, , p.15-25 (lire en ligne)..
[Ferdière, Marot, Trintignac 2009] Alain Ferdière, Emmanuel Marot et Alain Trintignac, «Une petite ville romaine de moyenne montagne, Javols/Anderitum (Lozère), chef-lieu de cité des Gabales: état des connaissances (1996-2007)», Gallia, t.66, no2, , p.171-225 (lire en ligne, consulté en ).