Conférence de Berlin (11 novembre 1915)
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| Conférence de Berlin () | ||||||||
La Chancellerie impériale en 1895. | ||||||||
| Type | Réunion stratégique | |||||||
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| Pays | Reich | |||||||
| Localisation | Berlin | |||||||
| Date | ||||||||
| Participant(s) | Theobald von Bethmann Hollweg Gottlieb von Jagow Stephan Burián von Rajecz Leopold von Andrian-Werburg |
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| Résultat | répartition des conquêtes entre le Reich et la double monarchie | |||||||
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La conférence de Berlin du est une rencontre gouvernementale germano-austro-hongroise destinée à définir la dévolution de la Pologne russe, alors occupée par le Reich[a] et la double monarchie. Initialement réunis pour traiter les divergences germano-austro-hongroises en Pologne, les participants à la conférence abordent la question du partage des Balkans et le rôle du Reich à l'issue du conflit ; les négociateurs allemands, partisans de la constitution d'une Mitteleuropa sous direction allemande, souhaitent imposer ainsi à leurs homologues austro-hongrois des participations allemandes dans le capital des entreprises d'extraction serbes, ainsi que la mise en place de lignes ferroviaires.
La Pologne russe, but de guerre allemand et austro-hongrois
Depuis le déclenchement du conflit, le Reich et la double monarchie aspirent à exercer un contrôle direct, politique, économique et militaire, sur la Pologne russe. En effet, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, les territoires polonais de l'Empire russe comptent parmi les régions les plus industrialisées et les plus riches de l'Empire russe, et, à ce titre, attisent les convoitises du Reich et de la double monarchie[1],[2].
Cependant, la réalité du rapport de forces entre les deux Empires allemand et austro-hongrois oblige la double monarchie à revoir à la baisse ses prétentions et à accepter de voir le Reich occuper une place prépondérante en Pologne[3].
Les conquêtes de l'été et de l'automne

L'année 1915 est marquée par des succès importants pour les puissances centrales, face aux Russes et face aux Serbes.
Au printemps, une offensive conjointe germano-austro-hongroise libère les territoires allemand et austro-hongrois conquis par les Russes depuis le déclenchement du conflit : des districts de Prusse orientale et la Pologne austro-hongroise. Cet important succès permet également aux puissances centrales d'occuper la Pologne russe, les gouvernements de Vilna, de Kovno et de Courlande[4]. À la fin du mois d'août, les positions se figent à nouveau, les troupes des puissances centrales se heurtant à une défensive russe d'autant plus coriace que les unités russes sont positionnées à proximité de leurs bases d'approvisionnement ; cette résistance incite les stratèges des puissances centrales à stopper les opérations de grande ampleur sur le front[1].
Durant l'automne, la Serbie est conquise et occupée par des unités germano-austro-hongroises venant du Nord du royaume et d'autres, bulgares, surgissant de l'Est, conformément aux clauses du traité d'alliance germano-bulgare signé le [5]. Les opérations conjointes germano-austro-hungaro-bulgares débutent le [6] ; les unités germano-austro-hongroises venant du Nord et bulgares surgissant de l'Est font leur jonction le dans le centre de la Serbie. Pour faire face à cette situation, l'armée serbe tente de se maintenir sur le plateau de Kosovo au début du mois de novembre, sans succès[b],[5].
Occupation de la Pologne

Depuis le , le Reich et la double monarchie préparent non seulement l'occupation de la Pologne russe, mais aussi son partage[7].
Le , le chancelier impérial annonce à la tribune du Reichstag la constitution d'un gouvernement général ; le territoire polonais est ainsi promis à être administré par les militaires allemands comme une colonie jusqu'à la fin du conflit[8].
Les autorités austro-hongroises occupent le sud de la Pologne : un gouverneur général s'installe à Lublin à partir du ; les autorités austro-hongroises s'attachent à faire de ce territoire occupé une vitrine de la domination autrichienne en Pologne, tentant ainsi de rallier l'ensemble des Polonais à la cause austro-hongroise[9].
En dépit d'une bonne entente de façade, les deux gouverneurs généraux, représentant les intérêts de leur Empire respectif, ne s'entendent guère. La politique menée par le Reich se trouve rapidement incompatible avec celle menée par la double monarchie, les Polonais exerçant alors une forte influence sur la politique intérieure autrichienne, le « club polonais »[c] constituant même le plus ferme soutien du gouvernement autrichien depuis la mise en place du dualisme austro-hongrois[10],[11].
Participants

Le chancelier impérial, Theobald von Bethmann Hollweg, assure la présidence de la conférence ; le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Gottlieb von Jagow, est le principal négociateur allemand lors de cette conférence[12].
Stephan Burián von Rajecz, ministre commun des Affaires étrangères, représente les intérêts de la double monarchie lors de cette rencontre gouvernementale ; il est assisté de son chef de cabinet, le baron Leopold von Andrian-Werburg[13].
Discussions
Alors que la guerre dure depuis plus d'une année, les hommes d'État allemands et austro-hongrois commencent à avoir des divergences sur la façon de mener la guerre, sur l'opportunité de poursuivre les hostilités et sur leurs buts de guerre respectifs. De plus, originellement destinée à définir le sort de la Pologne occupée depuis l'été précédent, la conférence constitue le prétexte pour évoquer le devenir de la Serbie, alors en pleine déroute, du Monténégro, de plus en plus isolé, et de l'Albanie, promise à une occupation austro-hongroise.
Pressions allemandes
Le chancelier allemand, à la tête de la principale puissance de la quadruplice, est en mesure de faire pression sur la double monarchie afin d'imposer son point de vue, en Serbie et en Pologne[9].

En effet, alors que les opérations en Serbie et en Albanie ne sont pas achevées, des heurts sont déjà recensés entre Bulgares et Austro-Hongrois : en effet, le traité du , conclu entre le Reich, ses alliés austro-hongrois et ottoman d'une part, et la Bulgarie, d'autre part, mentionne un partage de la Serbie entre une zone d'occupation austro-hongroise et une zone d'occupation bulgare, mais ne fixe pas précisément les frontières entre les deux administrations d'occupation[14]. Or le roi Ferdinand, « très porté sur les agrandissements territoriaux »[d], utilise ce flou juridique pour repousser le plus possible la zone d'occupation bulgare en Serbie, en faisant occuper des localités dont la dévolution n'a pas été définie et en demandant au chancelier allemand d'arbitrer ces différends en sa faveur[15].
Les Balkans ne constituent pas le seul point de divergence entre le Reich et la double monarchie. En effet, la dévolution de la Pologne constitue l'autre point d'achoppement entre les deux alliés. En effet, le territoire du royaume du Congrès est un but de guerre allemand et austro-hongrois, chacun des deux Empires aspirant à son contrôle pour son propre compte[12]. Dans ce différend, les représentants du Reich, forts des succès allemands et du soutien du Reich aux armées austro-hongroises, imposent rapidement à leurs homologues austro-hongrois leurs revendications[16].
Constitution de la Mitteleuropa

Cette conférence permet également aux négociateurs allemands de mettre en avant leur projet d'union douanière à l'échelle du continent.
En effet, alors que la ligne ferroviaire directe est rétablie entre Berlin et Constantinople[e], les négociateurs allemands envisagent de traduire les liens commerciaux entre le Reich et la double monarchie dans un accord bilatéral, prélude à un accord plus global intégrant la Bulgarie et l'Empire ottoman[17]. Lors de cette conférence sont en effet posées les bases de la circulation d'un train, le Balkanzug, confié à une compagnie ferroviaire alors en cours de constitution, la Mitropa[18]. Le capital de cette compagnie doit être réparti entre les compagnies ferroviaires d'État prussienne, bavaroise, austro-hongroise et bulgare, auquel doit se joindre l'État ottoman[19].
Les Allemands n'aspirent à aucune prise de contrôle direct de territoires, en Serbie, au Monténégro ou en Albanie ; les négociateurs allemands espèrent apaiser la méfiance austro-hongroise en proposant des accords techniques, par exemple, l'adoption d'une réglementation ferroviaire inspirée de celle en vigueur en Prusse sur le trajet du Balkanzug[18].
De même, le chancelier impérial défend l'opportunité de la mise en place d'une union douanière avec la double monarchie ; le traité proposé par Theobald von Bethmann Hollweg à Stephan Burián stipule la dénonciation du traité de commerce germano-austro-hongrois et la mise en place progressive d'une union douanière entre les deux Empires[20].
Résistances austro-hongroises

Placés dans la situation inconfortable de devoir négocier en position de faiblesse, les représentants austro-hongrois tentent de faire valoir leur point de vue. Ils proposent de répartir les conquêtes de l'été et de l'automne en deux sphères d'influence, une allemande et une austro-hongroise[21].
Cette proposition ne rencontre pas d'opposition de la part du gouvernement allemand, à ce stade du conflit[21], les Allemands espérant se tailler la part du lion en raison du rôle prépondérant des troupes allemandes dans la campagne en Serbie[22]. Cependant, si le principe est acquis, Burian souhaite voir garantie une zone d'influence austro-hongroise dans les Balkans : appuyé sur le gouvernement hongrois, le Hongrois Stephan Burián von Rajecz, ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, aspire à voir la double monarchie se frayer un chemin jusqu'à Salonique, grâce à une politique de contrôle indirect de la Serbie et de la Macédoine grecque, l'une et l'autre liées à la double monarchie par des accords politiques, économiques et techniques de longue durée[f],[23].

