Conférence de Berlin (6-7 décembre 1917)

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TypeRéunion stratégique
LocalisationBerlin
Date6 et
Conférence de Berlin (6 et )
Image illustrative de l’article Conférence de Berlin (6-7 décembre 1917)
La chancellerie du Reich en 1910.

Type Réunion stratégique
Pays Reich impérial
Localisation Berlin
Date 6 et
Participant(s) Guillaume II
Georg von Hertling
Richard von Kühlmann
Paul von Hindenburg
Erich Ludendorff
Max Hoffmann

La conférence de Berlin des 6 et 7 décembre 1917 est un conseil de la couronne impériale allemande convoqué à la chancellerie impériale par l'empereur Guillaume II afin d'entériner les conditions auxquelles les membres de la quadruplice seraient prêts à accepter un armistice avec le Conseil des commissaires du peuple au pouvoir en Russie après la révolution d'Octobre.

Cette conférence, réunissant civils et militaires, constitue également une nouvelle occasion de confrontation entre les membres du gouvernement civil, d'une part, et les militaires de l'autre, opposés sur la nature de la paix à imposer à la Russie défaite ; les premiers souhaitent imposer des conditions modérées, alors que les seconds se montrent partisans de la conclusion d'une paix tenant compte de la réalité du rapport de force militaire sur le front de l'Est, favorable aux puissances centrales. Cette opposition se cristallise également autour de la question du contrôle des territoires abandonnés par la Russie.

La situation en Russie

portrait par Ilia Répine
Alexandre Kerensky, ici portraituré par Ilia Répine, lance une dernière offensive russe sur le front de l'Est le .

Depuis la révolution de Février, le Reich cherche à déstabiliser le gouvernement provisoire russe qui a succédé au pouvoir de Nicolas II tandis que l'armée russe se délite et perd rapidement toute capacité opérationnelle[1].

Rapidement, le nouveau pouvoir en Russie se prononce en faveur de la poursuite de la participation russe dans le conflit, décevant le souhait de la majeure partie de la population[2]. Cette politique déçoit également les Allemands, qui attendaient du gouvernement provisoire une demande de suspension des opérations[3]. Ainsi, dès le mois d'avril, le gouvernement allemand permet aux socialistes de gauche (bolcheviks) en exil, notamment à Lénine et à ses proches, de traverser l'Allemagne en train pour rejoindre la Russie afin d'y créer un courant pacifiste structuré, dans un contexte marqué par la lassitude de la population russe face au conflit qui se prolonge[4],[5].

Parallèlement à cette agitation, l'armée russe mène une dernière offensive, en Galicie austro-hongroise, qui, après quelques succès initiaux, donne le signal de la dissolution de l'armée russe à partir du mois de , privant le gouvernement provisoire de toute capacité de mener efficacement la guerre contre les puissances centrales[6].

Les 6 et , les bolcheviks réussissent un coup d’État à Petrograd et installent un pouvoir qui se maintient dans des conditions précaires[7]. Ce n'est qu'au début du mois de que Lénine et son gouvernement parviennent à stabiliser leur pouvoir, non seulement dans la capitale mais aussi à Moscou : les efforts de Kerenski, alors le plus dangereux de leurs rivaux, pour restaurer son autorité, se sont soldés par des échecs, l'armée n'étant pas intervenue[8].

Une paix proche

soldats dansant
Les fraternisations entre soldats allemands et russes sont dans un premier temps encouragées par le commandement allemand.

Depuis le mois de mars, le gouvernement impérial allemand multiplie les pourparlers, en son sein et avec ses alliés de la quadruplice, afin de définir un programme de buts de guerre alors que les puissances centrales ont perdu l'initiative stratégique l'année précédente[Note 1],[9].

La révolution de Février, en Russie, fait espérer la fin des opérations sur le front de l'Est, mais ces espoirs sont rapidement déçus par les déclarations des membres du gouvernement provisoire, partisans de la poursuite de la guerre[10]. Le , cependant, alors que les Bolcheviks ont assuré leur pouvoir à Petrograd, Lénine demande l'ouverture de négociations en vue du rétablissement de la paix, aussitôt refusées par les Alliés ; cette proposition est acceptée sur les conseils de Max Hoffmann, chef d'état-major d'Erich Ludendorff, et sous la pression d'Ottokar Czernin, ministre austro-hongrois des Affaires étrangères[8].

Dès l'annonce de l'acceptation de la proposition russe, le , Nikolaï Krylenko, chef d'état major de l'armée russe nommé par le Conseil des commissaires du peuple, annonce aux troupes russes la fin des hostilités avec les puissances centrales, remettant en cause les capacités opérationnelles de l'armée russe : les soldats russes, pensant la paix signée, fraternisent avec les troupes austro-allemandes ; ces fraternisations sont encouragées dans un premier temps par l'OHL, le haut-commandement allemand, en dépit des réserves de l'Ober Ost, chargé des opérations sur le front de l'Est, et de l'AOK, le commandement suprême austro-hongrois[11].

Participants

photographie de militaires
Paul von Hindenburg, Guillaume II et Erich Ludendorff le

La conférence réunit à la chancellerie impériale, sous la présidence de l'empereur Guillaume II, des représentants du haut commandement d'une part, et des membres du cabinet impérial d'autre part.

Les Dioscures, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, accompagnés de leur chef d'état-major et principal conseiller, Max Hoffmann, l'« incontournable homme de l'Est »[Note 2] assistent, au nom du haut-commandement allemand à ce conseil de la couronne[12],[13].

Le chancelier impérial, Georg von Hertling, accompagné de Richard von Kühlmann, le secrétaire d’État aux affaires étrangères, représente le gouvernement civil[14]. En dépit de la prééminence de sa fonction, le chancelier, vieil homme fatigué[Note 3],[15], délègue à son ministre le détail des échanges avec les militaires : les relations entre le ministère et l'OHL sont exécrables[16].

Discussions

Hésitations allemandes

Richard von Kühlmann
Richard von Kühlmann doute de la solidité du pouvoir mis en place après la Révolution d'octobre.

La demande du gouvernement bolchevik suscite quelques réserves chez les responsables de la quadruplice.

Richard von Kühlmann est le plus circonspect à l'égard des propositions russes. Il est en effet parfaitement informé de la précarité du nouveau pouvoir de Petrograd, en place depuis une quinzaine de jours et qui ne contrôle pas le territoire russe[8].

Le programme révolutionnaire de Lénine et de son gouvernement semble effrayer certains responsables allemands et austro-hongrois ; en effet, les proclamations pacifistes de Lénine font craindre une contagion au sein des puissances centrales[4]. Le programme d'une « paix sans annexions ni indemnités », qui trouve des échos dans l'opposition au Reichstag[17], rebute le gouvernement et les militaires allemands, tous favorables au renforcement de la puissance allemande en Europe et en Afrique. De plus, ce programme exacerbe les tensions entre civils et militaires, les civils souhaitant la mise en place d'États indépendants liés à l'Allemagne par des accords de longue durée, les militaires souhaitant l'annexion au Reich ou à la Prusse des régions baltiques et polonaises de l'ancien Empire russe[Note 4],[18].

Politiques envisagées

Les présents hésitent entre deux politiques face à la proposition russe ; certains, notamment les membres du gouvernement civil, se prononcent en faveur de l'ouverture de négociations avec le nouveau pouvoir en place à Petrograd, alors que les militaires souhaitent reprendre les hostilités, interrompues de fait depuis un mois et, selon le mot de Ludendorff, « rétablir l'ordre » en Russie[8].

Les civils souhaitent la fermeture du front de l'Est et l'accès à long terme aux richesses agricoles et minières de la Russie, permettant la mise en place d'un bloc continental en Europe de l'Est, appuyé sur des États indépendants détachés de la Russie et liés au Reich par des accords politiques, techniques et économiques de longue durée ; ils souhaitent également ne pas intervenir dans la vie politique russe[19]. Pour arrimer solidement la Russie au Reich, des clauses commerciales sont également envisagées : le gouvernement russe doit s'engager à accepter le retour au tarif douanier en vigueur en 1914[20].

Le programme des civils ne peut que heurter les militaires, toujours partisans d'annexions dans les pays baltes et de l'occupation militaire de vastes portions de territoires russes, dont le siège du gouvernement, réduit à un rôle de figurant et de garant de la bonne administration de la Russie[21]. Pour légaliser cette occupation militaire, les militaires envisagent des clauses précises dans le traité de paix entre la Russie et les puissances centrales, la réorganisation de son armée sur le modèle prussien et l'occupation pérenne de certaines villes ou régions russes. Des clauses douanières et commerciales sont également envisagées. Le gouvernement russe doit ainsi s'engager à adopter les normes commerciales allemandes, à rédiger des règlements en matière de circulation ferroviaire et sur les fleuves et canaux sur le modèle de ceux en vigueur dans le Reich[22].

Décisions

Notes et références

Voir aussi

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