Conférence de Spa (2-3 juillet 1918)

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Photohgraphie ancienne de l'Hôtel britannique à Spa, où se tint la conférence.
L'Hôtel britannique à Spa, où se tient la conférence des 2 et .

La conférence de Spa des 2 et , appelée par Fritz Fischer « la grande conférence de Spa », est la seconde des quatre principales rencontres entre différents responsables politiques et militaires du Reich impérial[N 1] ; elle se tient entre les deux grandes offensives allemandes de la fin de la Première Guerre mondiale, au printemps et à l'été 1918. Réunis à Spa autour de l'empereur Guillaume II, les participants réaffirment les objectifs poursuivis dans le conflit qui en est alors à sa cinquième année. Les derniers partisans d'une paix de compromis encore présents au gouvernement du Reich sont désavoués par l'empereur, et leur principal représentant, le secrétaire d'État Richard von Kühlmann, se voit obligé de démissionner. Parallèlement, le commandement suprême de l'armée allemande (l'OHL) prépare sa dernière offensive du conflit, après les coups de boutoir infligés aux Alliés au printemps. Tenue durant les derniers jours de préparation de la Friedensturm[N 2], cette conférence constitue la dernière occasion, pour les responsables allemands, d'affirmer leur croyance ferme en la victoire du Reich.

Le discours du 24 juin 1918

Depuis le début de l'année 1918, les Allemands enregistrent des succès importants sur le front de l'Ouest ; ceux-ci, non décisifs, voient leurs effets remis en cause par l'absence de projets offensifs sur les autres fronts ; ces succès ne constituent pas les victoires décisives dont rêvent les stratèges allemands pour imposer une paix conforme à leurs aspirations impérialistes.

Cette absence de succès décisifs pousse le gouvernement du Reich, confiné à un rôle de plus en plus décoratif, à rechercher une certaine indépendance à l'égard des buts de guerre poursuivis par les chefs militaires de l'OHL ; ainsi, depuis le début de l'année 1918, le gouvernement tente de recouvrer une part d'autonomie, au grand mécontentement des responsables militaires duReich[N 3]. Partisan d'une paix de compromis, Richard von Kühlmann apparaît fragilisé par la révélation de détails compromettants sur sa vie privée dans la presse pangermaniste soumise aux Dioscures, Hindenburg et Ludendorff, alors à la tête du grand état-major général[1],[2].

Ainsi, conscient de l'impasse militaire et économique grandissante dans laquelle se trouvent le Reich et ses alliés, Richard von Kühlmann, alors secrétaire d'État aux affaires étrangères tente depuis des mois de préparer l'opinion allemande à une paix de compromis avec les Alliés[1].

La recherche des conditions de cette paix lui vaut la haine des militaires, Erich Ludendorff le premier. Le , Kühlmann, visiblement fatigué, officialise sa position en prononçant un discours au Reichstag, dans le cadre du vote des crédits de son ministère ; à cette occasion, il exprime son scepticisme quant à la victoire du Reich, appelant de ses vœux une paix de compromis[3].

Haï depuis des mois par les milieux pangermanistes et impérialistes, Kühlmann, qualifié par la presse bavaroise de « cadavre ambulant »[4], déclenche avec ce discours la curée qui aboutit à son éviction du gouvernement dans les jours qui suivent[5] : la majorité du Reichstag, notamment les nationaux-libéraux, menés par Gustav Stresemann[6], se détache de lui[7]. Dès le lendemain, Paul von Hindenburg fait connaître au chancelier du Reich Georg von Hertling la possible réaction des soldats face aux positions du secrétaire d'État[N 4],[8]. Soutenu alors par les partis de gauche favorables à une paix de compromis, Richard von Kühlmann se voit cependant obligé de se dédire dès le lendemain, sous la pression des militaires : il ne parvient alors qu'à faire douter ses soutiens, tandis que la majorité de droite ne lui sait pas gré de sa reculade[4].

Parallèlement à ce contexte allemand, les négociations entre le Reich et l'Autriche-Hongrie semblent au point mort, les représentants de la double monarchie étant en effet parvenus à vider de leurs substances les accords conclus par les deux empereurs au printemps précédent[9].

Attente de la victoire du Reich

Photographie en noir et blanc d'un homme en uniforme militaire travaillant à un bureau
Erich Ludendorff, à sa table de travail en 1918, souhaite mener la bataille d'anéantissement des forces franco-britanniques, recherchée par les stratèges du Reich depuis 1914.

Durant le mois qui précède la conférence, les responsables politiques du Reich multiplient les déclarations appelant à l'ouverture de négociations de paix, mais, ces pourparlers doivent débuter après une victoire éclatante sur les Alliés. Ces déclarations se heurtent aux souhaits de Hindenburg et Ludendorff, partisans de la signature d'une paix de victoire.

Pour imposer des conditions de paix conformes aux buts de guerre du Reich, Erich Ludendorff, principal porte-parole des jusqu'au-boutistes allemands, partisans de la réalisation du programme des buts de guerre[10], souhaite mener la grande bataille d'anéantissement dont rêvent les stratèges allemands depuis le déclenchement du conflit à l'Ouest, la rupture devant être obtenue par des troupes de choc et leur exploitation tactique et stratégique illimitée une fois le front allié rompu[N 5],[11].

Le , lors de la célébration du trentième anniversaire de son avènement, Guillaume II, souhaitant mobiliser les Allemands pour la nouvelle bataille annoncée et destinée à être décisive, affirme que la victoire du Reich est à portée de main et marquerait un changement de civilisation[12]. Ces positions sont relayées par une partie importante de la classe politique représentée au Reichstag : le Centre catholique, les nationaux libéraux et les pangermanistes[4].

L'occupation de vastes portions de territoires des puissances alliées, ainsi que les paix victorieuses imposées à la Russie à Brest-Litovsk et à la Roumanie à Bucarest, confortent les officiels allemands dans leur politique, mais les trompent sur la réalité du rapport de force : l'arrivée massive de soldats américains sur le front de l'Ouest inverse en réalité ce rapport de force en défaveur du Reich et de la quadruplice[12].

Contexte militaire

Depuis des mois, les responsables militaires multiplient les tentatives pour parvenir à emporter la décision sur le front de l'Ouest. Après l'échec du mois de mai, Erich Ludendorff se montre partisan de lancer une offensive contre l'armée britannique[8].

Cependant, les succès rencontrés par les troupes des puissances centrales laminent les effectifs et contribuent à la crise de moral que subissent les unités allemandes depuis le début de l'année 1918[10] ; en effet, le caractère non décisif des succès remportés depuis le mois de déçoit les soldats du front, ainsi que leurs officiers. Cette déception transparaît dans les rapports parvenant aux dioscures, qui rapportent les propos échangés par des soldats dans les trains, insistant sur l'aspiration des soldats à la conclusion de la paix[10].

Enfin, le laminage des effectifs oblige les stratèges allemands à déployer en première ligne des hommes de plus en plus jeunes ou de plus en plus âgés, et tous de moins en moins motivés. Les jeunes hommes sont parfois contraints à monter au front, tandis que les soldats âgés, membres des unités déployées pour l'occupation des territoires conquis, ne montrent aucun enthousiasme pour le service en première ligne[11].

Contexte économique

Depuis près de trois années, les puissances centrales souffrent d'un blocus allié de plus en plus contraignant, pesant sur l'approvisionnement en nourriture et en matières premières de l'économie de guerre du Reich et de ses alliés.

Pour connaître l'état des réserves de matières premières stratégiques du Reich, les ministères économiques lancent le une grande enquête, dont les résultats parviennent aux commanditaires le . Les enquêteurs insistent sur la réalité du contrôle exercé par les Alliés sur le commerce de matières premières et sur les conséquences de ce contrôle sur l'effort de guerre du Reich[13].

Participants

Photographie de trois hommes en uniforme militaire penchés sur des cartes géographiques.
Guillaume II, au centre, et les dioscures, Hindenburg à gauche et Ludendorff à droite, à Spa en 1918.

Lors de cette réunion, présidée par l'empereur Guillaume II au siège de l'OHL à Spa, l'hôtel Le Britannique accueille des civils et des militaires acteurs de la politique allemande de guerre. Cependant, les dioscures font rapidement savoir à l'empereur et au chancelier du Reich leur souhait de ne plus participer au conseil de la couronne, si le secrétaire d'État, Richard von Kühlmann, est présent[4].

Civils

En plus de Guillaume II, la conférence réunit le chancelier, Georg von Hertling, le sous-secrétaire d'État à la chancellerie, Wilhelm von Radowitz, le ministre impérial chargé de la marine, Eduard von Capelle, et le représentant de l'Auswärtiges Amt auprès de l'OHL, Frederic von Rosenberg[14].

À ces représentants du gouvernement impérial se joint Hermann von Stein, ministre de la guerre prussien[14].

Militaires

Sont aussi présents les Dioscures, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff[N 6], assistés de leurs principaux collaborateurs, Paul von Bartenwerffer, Erich von Oldershausen et Detlof von Winterfeldt[14].

Décisions

Notes et références

Voir aussi

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