Wikiwand AI

Conspiracy Watch

site web d'information sur le conspirationnisme From Wikipedia, the free encyclopedia

Conspiracy Watch[N 1] est un blog français et francophone fondé et édité en 2007 par Rudy Reichstadt puis depuis 2014 par l'association L'Observatoire du Conspirationnisme.


Type de siteInformation spécialisée
Faits en bref Adresse, Commercial ...
Conspiracy Watch
Logo de Conspiracy Watch

Adresse conspiracywatch.info
Commercial non
Publicité non
Type de site Information spécialisée
Langue français
Inscription non
Siège social Paris
Drapeau de la France France
Rédacteur en chef Rudy Reichstadt
Lancement 2007
État actuel Actif
Fermer

Sa ligne éditoriale est axée sur la dénonciation des théories conspirationnistes et antisémites, ainsi que du négationnisme. Il contribue également à la démystification des infox. Il est animé par son fondateur Rudy Reichstadt et par Valérie Igounet, historienne spécialisée dans l'étude de l'extrême droite et l'histoire du négationnisme.

Fonctionnant d'abord bénévolement, le site se professionnalise avec le soutien financier de la Fondation pour la mémoire de la Shoah à partir de 2017[1]. En 2018, il accède au statut de service de presse en ligne. Le contenu du site donne souvent lieu à des polémiques mais est peu évalué dans les milieux universitaires.

Histoire

Conspiracy Watch est créé et édité en 2007 par Rudy Reichstadt, qui s'y consacre d'abord bénévolement[2]. Reichstadt a alors pour objectif de documenter et de dénoncer le conspirationnisme, l'antisémitisme et le négationnisme, thèmes récurrents dans la sphère complotiste durant les années 2010. Il enquête aussi sur leurs canaux d'expression[2]et leurs protagonistes.

En , la députée Martine Wonner exige que Conspiracy Watch retire de son site tout article traitant de sa personne, ce que refuse Rudy Reichstadt au nom de la liberté d'information[3].

Identité visuelle

Reconnaissance par les autorités

Après les attentats de janvier 2015 en France, la ministre Najat Vallaud-Belkacem affirme sur RTL qu'« un jeune sur cinq adhère à la théorie du complot »[4]. Ce chiffre, qu'elle tient d'un entretien avec Rudy Reichstadt dans le cadre de la « mobilisation de l'école pour les valeurs de la République », concerne en fait les personnes croyant en particulier à l'existence des Illuminati[4]. La déclaration provoque néanmoins une explosion des visites sur le blog[4].

À la suite de cela, le Service d'information du gouvernement sollicite Rudy Reichstadt, en tant que principal rédacteur de Conspiracy Watch, pour participer à l'élaboration du contenu du site ontemanipule.fr, qui vise à lutter contre la diffusion des théories du complot[réf. nécessaire].

Le blog est cité sur la page internet du ministère de l'Éducation nationale dans la section Focus, ce qui laisse perplexe Benoìt Bréville du Monde diplomatique[5].

Financement public

En 2017, la Fondation pour la mémoire de la Shoah apporte son soutien à l'association L'Observatoire du conspirationnisme[2]. Rudy Reichstadt quitte alors son poste à la mairie de Paris et obtient un contrat à durée indéterminée au même titre que Valérie Igounet, historienne spécialiste du négationnisme et de l’extrême droite[2]. Reichstadt et Igounet sont les premiers salariés de l'association et resteront rédacteurs en chef tout au long du développement du blog[6]. Une troisième personne est engagée en CDD en 2022 puis une quatrième en 2023. En 2026, l'équipe tourne avec une dizaine de contributeurs ponctuels (pigistes et stagiaires compris) dont Tristan Mendès France.

En 2018, Conspiracy watch est reconnu comme service de presse en ligne[7]. A ce titre, il bénéficie d'avantages fiscaux et d'un subventionnement par le Fonds stratégique pour le développement de la presse, subvention plafonnée à 50% au maximum des charges[7],[8].

En 2021, Rudy Reichstadt reçoit le soutien de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) et est mandaté pour la réalisation et la diffusion de vidéos [9],[10] intitulées Déconspirateurs.

En 2023, Rudy Reichstadt lors de son audition au Sénat [11] indique que le budget de Conspiracy Watch est d'environ 203 000 €, financé à près de 50 % par des subventions publiques[12]. Ces subventions ont permis de renforcer leur présence sur les réseaux sociaux pour contrer les discours de haine en ligne[13].

Enquête liée au Fonds Marianne en 2023

Conspiracy Watch est l'une des dix-sept associations sélectionnées par le comité du Fonds Marianne, créé en 2021 à l'initiative de Marlène Schiappa sous le gouvernement de Jean Castex, suite à l'Assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020 et ayant pour objet officiel de soutenir la lutte contre la radicalisation[14] : Conspiracy Watch a bénéficié d'une subvention de 60 000 euros pour la production de notices d’information sur de grands thèmes complotistes et la mise à jour de notices existantes[15].

Affaires révélées

Conspiracy Watch suit l’actualité des théories conspirationnistes et tente de démontrer qu'il existe une uniformité entre elles[16].

En , il est à l'origine de l'affaire Olivier Sauton, quand il exhume dans le passé du comédien des tweets antisémites et une collaboration en 2011 dans un film de Dieudonné, avec l’essayiste d’extrême droite Alain Soral et le négationniste Robert Faurisson[2].

En 2017, Conspiracy Watch accuse le blog les-crises.fr d'Olivier Berruyer de relayer une caricature anti-israélienne « qui court sur le web complotiste depuis 4 ans ». À la suite de cette dénonciation, les-crises.fr corrige son erreur. Selon The Times of Israel, les débats entre Rudy Reichstadt et Olivier Berruyer « ne datent pas d’hier »[17].

En , Conspiracy Watch dénonce un passage conspirationniste présent dans un nouveau manuel scolaire d'histoire[N 2] destiné aux étudiants de Sciences Po et de classes préparatoires. On peut lire à la page 204 du manuel, à propos des attentats du 11 septembre 2001, que « cet événement mondial – sans doute orchestré par la CIA (services secrets) pour imposer l’influence américaine au Moyen-Orient ? – touche les symboles de la puissance américaine sur son territoire »[18]. À la suite de cette révélation, la maison d'édition publie un correctif formel dans les exemplaires du livre qui n'ont pas encore été distribués en librairie ainsi que sur son site Internet[18].

Enquête de 2018 sur le complotisme

En 2017, Conspiracy Watch et la Fondation Jean-Jaurès commandent à l'Ifop une enquête d’opinion. Elle est réalisée en ligne du 19 au 20 décembre 2017 par questionnaires auto-administrés auprès de 1 252 personnes dont une majorité de jeunes[19],[20]. Son but est d'estimer la façon dont le complotisme se diffuse dans la société française, et d'obtenir des renseignements sur le profil de ceux qui adhèrent à ce type de contenus.

Les personnes sondées doivent donner leur avis sur des thèmes considérés comme complotistes tels que « la consultation de l’horoscope, le doute sur la "version officielle" de l’attaque de Charlie Hebdo ou l’adhésion à l’idée que l’homme ne serait pas allé sur la Lune »[21].

Les résultats sont publiés le 7 janvier 2018 et provoquent une polémique. Qualifiés d’inquiétants par une partie de la Presse[21], ils sont considérés comme inutiles par l’autre partie en raison des biais méthodologiques[22],[23],[24],[25] de l'enquête. Cette critique sera développée principalement par les chercheurs Julien Giry (politologue), Pascal Froissard, Emmanuel Kreis (historien), Mathieu Foulot et Coralie le Caroff[26], ainsi que l'anthropologue Didier Fassin.

Baptiste Campion, docteur en information et communication, commente quant à lui la polémique quelques semaines après la parution des résultats[21].

Résultats

Selon les résultats de l'enquête, 79 % des Français adhérent à au moins une « théorie du complot ». La plus populaire, recueillant 55 % d'adhésions, serait celle selon laquelle « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins »[27]. La part de la population adhérant à plus de cinq thèses définies par Conspiracy Watch comme complotistes est elle de 25%[20].

D'après France 24, si « l'étude de l’Ifop dresse le portrait d’une France très friande de théories du complot », les résultats montrent aussi que l'adhésion à ces théories ne dépend pas du niveau d'éducation et que la proportion de la population séduite est non seulement stable mais aussi comparable au reste de l'Union Européenne. La Fondation Jean-Jaurès estime que « le ventre mou du pays penche plutôt du côté des non-complotistes »[20].

Évaluation du contenu éditorial

Accueil du blog par les médias français

Dans les années 2010, Conspiracy Watch est régulièrement cité par des médias français de notoriété nationale, lors d'affaires impliquant des théories du complot, à l'image de celles concernant la mort d'Oussama ben Laden[28], la religion de Barack Obama[29], l'affaire DSK[30][31][32] ,les attentats du 11 septembre 2001[33] ou l'affaire Merah[34]. Caroline Fourest sur Radio France présente le site comme « ultra-documenté et terriblement bien informé sur les désinformateurs de notre époque : [les] conspirationnistes »[35].

Dans les années 2020, le journaliste et directeur de rédaction de Libération, Laurent Joffrin, estime dans un article d'opinion que Conspiracy Watch est devenu une référence[36] dans son domaine, de même que Philippe Foussier[37], Challenges[38], Les Jours[39] ou Radio France[40].

Critiques et débats

Dramatisation et biais de confirmation

En 2019, dans un article de Marianne, Brice Perrier estime que « Conspiracy Watch donne le “la” dans la lutte contre le complotisme. Mais, en dramatisant à l’aune d’un filtre politique militant, son travail pourrait s’avérer contre-productif. » Perrier cite le politologue Julien Giry[41] pour qui dramatiser la situation amène non seulement un résultat ni rigoureux ni neutre mais revient aussi à « légitimer son (complotisme) existence »[9]. Au niveau méthodologique, Giry affirme que « Ce qui ne va pas dans leur sens a tendance à être écarté, y compris la plupart des travaux de recherche (...) Dans son livre, Reichstadt cite essentiellement Popper, Hofstadter et Taguieff, qui convergent vers une vision individualiste et libérale, avec une volonté de disqualifier toute critique radicale de l’ordre établi, taxée d’irrationalité et vite renvoyée au complotisme. » Giry reconnaît les connaissances factuelles de Reichstadt mais déplore le manque de « volonté de compréhension sociale et sociologique ». Giry définit le complotisme comme « Symptôme et produit de la défiance vis-à-vis des institutions, le conspirationnisme est un problème sérieux qui peut avoir des conséquences radicales et néfastes. Il faut donc l’aborder sans en rajouter, ni traiter tous ceux qui vous déplaisent de complotistes. » Giry émet alors l'avis que Conspiracy Watch contribue à la radicalisation de gens qui doutent, en les associant à des propagandistes dangereux. Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités de la fondation Jean-Jaurès, dont Rudy Reichstadt est membre, relativise : « On partage ou pas la grille de lecture de Conspiracy Watch. Mais ça reste un pôle de ressources utile car personne d'autre ne fait ce travail »[9]. L'article cite aussi Emmanuel Kreis pour qui « des sujets sont privilégiés par Conspiracy Watch, comme la critique de Mélenchon ou du Venezuela ».

Reproches de parti pris et manque de neutralité

Dans un article critique du Monde diplomatique (2018), le journaliste Benoît Bréville reproche au fondateur de Conspiracy Watch un certain manque de neutralité dans le choix des personnalités mises en cause, l'accusant de cibler plus particulièrement des personnalités de la gauche radicale[42].

En , à la suite de la diffusion du reportage Les Obsédés du complot de Caroline Fourest, dans lequel cette dernière interrogeait entre autres Rudy Reichstadt, Pascal Boniface souligne la proximité de Reichstadt avec la revue ProChoix de Fourest et considère que le site Conspiracy Watch « est principalement consacré à la dénonciation des critiques de la politique israélienne »[43].

Dans le média Blast, en 2024 et 2026, le journaliste Laurent Dauré reproche au site un biais libéral, atlantiste et pro-israélien, ainsi qu'une proximité avec le Printemps Républicain[44]. Il suggère que les financements publics reçus depuis l'élection d'Emmanuel Macron sont motivés par une proximité idéologique avec Reichstadt et compromettent l'indépendance éditoriale du site[6].

Critiques des sondages IFOP/Conspiracy Watch de 2018 et 2020

biais méthodologiques

Sont principalement critiqués d’une part, le choix de procéder uniquement par questions de type fermé et binaire vrai/faux[45], choix qui ne laisse pas l’alternative au sondé de suspendre son jugement lorsqu’il le souhaiterait et, d’autre part le flou autour de la définition de l’objet de l’enquête, flou responsable d’un amalgame entre simples croyances et réelles théories du complot[23],[24],[45]ces dernières souffrant elles aussi d’un amalgame englobant autant les théories à moindre portée car locales que les théories dont les effets peuvent être majeurs car se répandant à l’échelle planétaire[46]. En 2021, les chercheurs Julien Giry et Emmanuel Kreis qualifie l’enquête d’« un exemple emblématique de l'usage « fourre-tout » de la catégorie « théorie(s) du complot »[47] . Ils réitèrent leurs critiques sur le manque de définition rigoureuse de l'objet d'étude lors de la parution du sondage de 2020 sur les perceptions du Covid-19[48].

Possibilités d’analyse limitées

En janvier 2018, Baptiste Campion publie une étude sur le sondage et sa réception dans La Revue nouvelle. Selon lui, cette enquête illustre « la difficulté à mesurer de manière fiable des croyances, en particulier lorsqu'elles sont marginales (ou marginalisées) ou peuvent porter sur des objets très distincts et impliquer des degrés d’adhésion différents ». L'opposition binaire du « vrai » et du « faux » évacue des processus psychologiques complexes qui peuvent entraîner une croyance infondée pour des raisons autres qu'un penchant au complotisme[21].

Risque de stigmatisation

Dans une étude de 2021, Didier Fassin dénonce une enquête sensationnaliste qui gonfle artificiellement le nombre de complotistes. Didier Fassin reproche aussi à ce sondage d'avoir pointé du doigt les catégories pauvres et peu instruites de la population comme étant particulièrement réceptives aux théories paranoïaques[49].

En 2018, Julien Giry et Pascal Froissard mettent en garde contre la tentation de stigmatiser les jeunes. "Il ne faut pas assimiler toute critique sociale à une adhésion à des théories du complot", affirme Julien Giry. Pour Pascal Froissard, "les jeunes ont des croyances, parfois discutables, mais qui sont normales à cet âge". Il serait donc abusif d’en déduire qu’ils sont forcément conspirationnistes en raison de leurs remises en causes des thèses officielles[20].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks