Corridor méditerranéen (Espagne)

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PaysDrapeau de l'Espagne Espagne
Vitesse maximale
commerciale
220 km/h ou 350 km/h
Écartementslarge (1 668 mm) et
standard (1,435 m)
Corridor méditerranéen
(Espagne)
Ligne de Tunnel du Perthus à Algésiras
Image illustrative de l’article Corridor méditerranéen (Espagne)
Plan du corridor méditerranéen
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Villes desservies Gérone, Barcelone, Tarragone, Valence, Murcie, Carthagène, Almería, Grenade, Malaga, Algésiras
Caractéristiques techniques
Vitesse maximale
commerciale
220 km/h ou 350 km/h
Écartements large (1 668 mm) et
standard (1,435 m)
Électrification 3000 V continu
Trafic
Propriétaire ADIF
Exploitant(s) Renfe Operadora
Trafic Euromed, Talgo, AVE

Le corridor méditerranéen est un ensemble de lignes ferroviaires parallèles à la côte méditerranéenne. Sa partie en Espagne relie la France à Algésiras (près du détroit de Gibraltar)[1]. C'est un des corridors les plus importants d'Europe. Il est utilisé par des trains de voyageurs et de marchandises, sur une distance de 1 300 km. Ce corridor traverse quatre communautés autonomes : du nord au sud, Catalogne, Pays Valencien, Murcie et Andalousie[2].

C'est un des trois principaux corridors de l'Espagne, les deux autres étant le corridor central (es) et le corridor atlantique (es).

Le corridor fait partie du projet « Grand Œil Ferrmed », un projet pensé par Ferrmed (ca), une association internationale et multisectorielle qui promeut la construction d'un corridor européen allant de Saint-Pétersbourg à Algésiras, en passant par les environs de la Mer Baltique et de la Mer du Nord, par la France et par le fameux corridor méditerranéen en Espagne[3].

Un des principaux freins au développement de ce corridor est la politique centraliste de l'État espagnol, qui privilégie les liaisons radiales à Madrid, au détriment des transversales[4].

Les lignes espagnoles ont un écartement ibérique (1 668 mm), différent de l'écartement standard en place dans le reste de l'Europe (1 435 mm), or la concrétisation de ce corridor suppose une unification technique des lignes ferroviaires, donc un changement d'écartement pour les lignes espagnoles[3].

Ce corridor sera conçu pour connecter les lignes ferroviaires aux infrastructures portuaires, notamment les ports de Rotterdam, Anvers et Hambourg, permettant d'améliorer le transport de marchandises dans toute l'Europe.

Histoire

TGV à Figueres-Vilafant, sur le corridor méditerranéen

Le Pla de Transport Ferroviari de 1987 parlait déjà d'une ligne entre Barcelone et La Encina, à double voie et parcourable jusqu'à 200 km/h. À l'heure actuelle, seuls certains tronçons de la ligne sont modernisés. Plus récemment, des projets de nouvelles liaisons entre des villes mal reliées par le train ont émergé.

En 2002, le gouvernement espagnol présidé par José María Aznar demande à l'Union Européenne que le corridor méditerranéen ne soit pas prioritaire[5].

En 2004, l'ingénieur industriel Francisco García Calvo et l'ex-directeur de Nissan Espagne Joan Amorós réfléchissent à une infrastructure pour transporter le matériel automobile pour améliorer la compétitivité de l'État espagnol. Amorós a par la suite formé le lobby Ferrmed pour lancer l'idée du corridor méditerranéen. Un de ses autres fondateurs est le Col·legi Oficial d'Enginyers Industrials de la Comunitat Valenciana (Collège Officiel d'Ingénieurs Industriels de la Communauté Valencienne en français). En , ce lobby n'a pas obtenu grand chose de plus que des promesses non tenues de la part des politiciens[1].

Le gouvernement espagnol prévoit que le corridor méditerranéen soit inclus dans le Réseau transeuropéen de transport. En 2011, le Ministère de l'Équipement présente l'étude technique du corridor méditerranéen[2].

En 2012, le corridor méditerranéen a reçu les premiers financements. En 2014, la ministre de l'Équipement dit qu'il y aura bientôt une ligne de train qui connecte Gandia et Oliva[6]. Le ministre suivant l'a confirmé en 2017[7].

Début 2016, le gouvernement valencien met en place un lobby pour accélérer le projet du corridor méditerranéen, le Fòrum Valencià pel Corredor Mediterrani (Forum Valencien pour le Corridor Méditerranéen). Ce groupe est composé de diverses organisations publiques et privées[8].

La même année, l'Associació Valenciana d'Empresaris s'unit à Ferrmed[1] tandis que l'Union Européenne fait remarquer que le Ministère de l'Équipement priorise le Corridor Central (qui passe par Madrid) au détriment du méditerranéen. Il note aussi que le programme électoral de Podem aux élections générales ne parle pas du corridor méditerranéen ailleurs qu'à Murcie, et parle plutôt de la traversée ferroviaire des Pyrénées[9].

En , la politique centraliste du réseau espagnol saute aux yeux. Cela déclenche l'indignation des présidents des communautés autonomes, qui constatent notamment les travaux sur le nœud madrilène (quadruplement des voies au sud d'Atocha, tunnel Atocha - Chamartín), alors que les investissements sur des liaisons transversales sont beaucoup moins importants[10].

En 2017, une campagne #QuieroCorredor (de l'espagnol Quiero corredor, traduction Je veux un corridor en français) est lancée par l'Asociación Valenciana de Empresarios (AVE) et l'Asociación Murciana de la Empresa Familiar (Amefmur) avec la participation de cinq cents entreprises valenciennes, andalouses et murciennes[11]. Le corridor méditerranéen sera également défendu par Carles Puigdemont, le président de la Catalogne[12], ainsi que par l'équipe sportive Valence Basket Club[13]. Les maires de Valence et de Barcelone, Joan Ribó et Ada Colau signent un manifeste pour exiger la construction de l'infrastructure[14]. La même année, le Ministère de l'Équipement renonce à construire une nouvelle ligne entre Castelló et Vandellòs, et explique que comme les infrastructures ne sont pas saturées, il suffit de convertir l'écartement des lignes existantes[15]. Le président de l'Espagne, Mariano Rajoy, approuve un projet de 2 milliards d'euros pour développer le corridor[16].

En 2018, la Généralité valencienne met en place un Programme Stratégique pour améliorer la mobilité, les infrastructures et les transports, où le corridor méditerranéen est mentionné[17]. En février, le président de l'Espagne dit que c'est son gouvernement qui fera du corridor méditerranéen une réalité[18]. En mai, le Ministre de l'Équipement espagnol prévoit le changement de l'écartement des rails pour 2020 et la finalisation du corridor pour 2023[19]. En juillet, Josep Vicent Boira est nommé coordinateur du corridor méditerranéen par José Luis Ábalos, le ministre de l'équipement[8].

Cette même année, le gouvernement de Mariano Rajoy enlève le corridor méditerranéen du plan financier pluriannuel de l'Union Européenne 2021-2027, ce qui isole de fait le territoire valencien. Il a essuyé des critiques négatives l'accusant de ne développer que les axes radiaux par rapport à Madrid. Ce corridor s'est retrouvé sans financement malgré son soutien des entreprises et des politiciens valenciens, tandis que d'autres régions ont reçu des financements plus importants[5].

En 2019, l'axe Barcelone - Valence voyait passer plus de voyageurs que huit des lignes d'AVE, ce qui en faisait le septième axe le plus important en nombre de passagers[20].

José Luis Ábalos, qui a beaucoup critiqué le peu d'investissements pour le corridor méditerranéen du gouvernement, a changé de discours lors de son arrivée au pouvoir et a beaucoup moins défendu le corridor[21].

En , Adif a concédé à Unión Temporal de Empresas la construction du tronçon entre Murcie et Almeria[22], et a investi 6,6 millions d'euros pour convertir le tronçon Castelló - Vandellós à l'écartement standard[23]. En avril, la Généralité Valencienne a cédé des terrains pour le Terminal Intermodal et Logistique de Valence Font de Sant Lluís, qui fait partie du corridor[24].

Un rapport de l'Union Européenne préconise aux gouvernements français et espagnol d'accélérer le développement du corridor, car le réseau trans-européen étant incomplet, cela se traduit par une compétitivité moindre[25].

Euromed

Un Euromed Barcelone - Valence à Camp de Tarragone en 2009

Euromed est un service de trains à grande vitesse exploité par Renfe, qui relie Figueres à Alicante, en passant par Gérone, Barcelone, Tarragone, Castelló de la Plana et Valence. Ces trains circulent en partie sur les LGV, ce qui assure une vitesse élevée. Ils relient Barcelone et Valence en 2h35.

Les trains Euromed peuvent être vus comme la base sur laquelle le corridor méditerranéen sera réalisé.

Débat sur le corridor méditerranéen

Avantages

  • augmentation de la compétitivité de l'Espagne méditerranéenne, et par extension, de l'économie espagnole en général[26]. Selon José Vicente Morata, le président de la Chambre de Valence, "No competim ni amb catalans ni murcians, sinó amb els 4 ports europeus que tenen gran capacitat d'atraure inversions." (Traduction : "Nous ne sommes pas en compétition avec les Catalans ou les Murciens, mais avec les quatre grands ports européens qui attirent les investissements."
  • réduction des émissions de dioxyde de carbone à cause du trafic routier[27].
  • augmentation de la part modale du ferroviaire dans le transport de marchandises, l'augmentation du nombre de voyageurs et la réduction des temps de trajet[2]
  • le ferroviaire aura accès aux ports méditerranéens espagnols, ce qui leur donnera une place importante dans les échanges internationaux, avec pour objectif de concurrencer les ports d'Anvers, Rotterdam et Hambourg avec les ports de Barcelone, Tarragone, Valence[2], Algésiras, Alicante, Carthagène et Castelló[27]
  • rapprochement de nombreuses régions où l'activité industrielle est très développée. L'axe Algésiras - Stockholm fait 3 500 km de long et relie 245 millions d'européens (soit 54% de la population de l'Union Européenne) et 66% du PIB européen[27]
  • selon la Confederación Española de Organizaciones Empresariales, la connexion entre les centres urbains dynamiques va rapprocher les entreprises et les travailleurs, et permettra de séparer les types de marchandises entre la route et le ferroviaire
  • selon l'Association Valenciennes des Entreprises, l'exportation de fruits et légumes vers le reste de l'Europe sera moins chère

Inconvénients

Selon Gregorio Martín, un professeur de l'Université de Valence :

  • le projet ne sert que les intérêts particuliers du groupe Ferrmed
  • Algésiras n'a pas besoin d'une ligne ferroviaire en plus puisque son seul potentiel économique réside dans son port
  • la concurrence avec les ports du nord de l'Europe sera trop rude et le corridor méditerranéen sera de toutes façons perdant[1]

Pedro Costa Morata, le Prix National de l'Environnement pense que le réseau existant n'a pas besoin d'être dupliqué[28].

Tronçons

Notes et références

Voir aussi

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