Cosmologie biblique

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Dieu créant le cosmos. Bible moralisée de Vienne, manuscrit français, vers 1215-1230.

La cosmologie biblique est la conception biblique du cosmos en tant qu'entité organisée et structurée, ayant une origine, un ordre, un sens et un destin[1],[2]. La Bible a été constituée au cours de nombreux siècles par plusieurs auteurs, et reflète l'évolution de la croyance religieuse ; par conséquent, sa cosmologie n'est pas toujours uniforme[3],[4]. Les textes Bibliques ne représentent pas nécessairement les convictions de tous les Juifs ou Chrétiens de l'époque ou ils ont été mis par écrit : la majorité des textes qui forment la Bible hébraïque ou l'Ancien Testament en particulier, représentent les croyances d'un petit segment d'une ancienne communauté israélite, les membres d'une tradition religieuse tardive de Judée basée à Jérusalem, et exclusivement consacrée au culte de Yahvé[5].

Les anciens Israélites envisageaient un univers composé d'une terre plate en forme de disque flottant sur l'eau, les cieux au-dessus, l'au-delà en-dessous. Les humains habitaient la Terre au cours de leur vie et l'au-delà après la mort  qui était un endroit moralement neutre[6]. Ce n'est qu'à l'époque hellénistique (v. 330 avant notre ère) que les Juifs commencent à adopter l'idée grecque d'un lieu de punition pour les mauvaises actions, et d'un paradis pour les vertueux[7]. Dans cette période également, l'ancienne cosmologie à trois niveaux fut dans une large mesure abandonnée pour le concept grec d'une terre sphérique suspendue dans l'espace, au centre de plusieurs sphères concentriques[8].

Les premiers mots du récit de la création dans la Genèse (Genèse 1:1-26) résument la façon dont le cosmos aurait été conçu : « au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ; Yahweh, le Dieu d'Israël, était le seul responsable de la création et n'avait pas de rivaux »[9]. Plus tard les penseurs juifs, en adoptant les idées de la philosophie grecque, conclurent que la Sagesse de Dieu, sa Parole et son Esprit ont pénétré toutes choses et leur ont donné une unité[10]. Le christianisme à son tour adopta ces idées et identifia Jésus à la parole créatrice : « au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu » (Jean 1:1)[11].

Bataille divine contre discours divin

La Destruction de Léviathan, Gustave Doré, (1865).

Deux modèles différents du processus de création existaient dans l'ancien Israël.

Dans le modèle du logos (discours), Dieu parle et crée l'ordre et l'existence à partir d'une matière dormante. (Psaume 33 : « Les cieux ont été faits par la parole de l’Éternel, Et toute leur armée par le souffle de sa bouche ; Il amoncelle en un tas les eaux de la mer, Il met dans des réservoirs les abîmes. »)

Dans le second modèle, l’agon (lutte), Dieu bataille contre les monstres marins au début du monde, afin de marquer sa souveraineté et sa puissance[12]. Le psaume 74 évoque le modèle de l'agon : il s'ouvre avec une complainte sur le peuple que Dieu abandonne et leurs tribulations, puis lui demande de se souvenir de ses actes passés : « Tu as fendu la mer par ta puissance, Tu as brisé les têtes des monstres sur les eaux, Tu as brisé les têtes du Léviathan, tu l'as donné en viande au peuple des habitants des déserts... » Dans cette vision du monde, les mers sont les forces primordiales du désordre, et le travail de création est précédé par un combat divin (ou théomachie)[13].

La création dans le modèle de l’agon suit l'intrigue suivante :

  • (1) Dieu en tant que guerrier divin combat les monstres du chaos, qui comprennent la Mer, la Mort, le Tannin et Leviathan ;
  • (2) le monde de la Nature se joint à la bataille et les monstres du Chaos sont vaincus ;
  • (3) Dieu est intronisé sur une montagne sacrée, entouré de quelques divinités ;
  • (4) Il parle, et la nature fait naître le monde créé[14], ou pour les Grecs, le cosmos.

Ce mythe a été repris plus tard par la littérature apocalyptique juive et chrétienne et le projette dans l'avenir, de sorte que la bataille cosmique devient l'acte décisif de la fin de l'histoire du monde[14] : ainsi, le Livre de l'Apocalypse (fin du Ier siècle de notre ère) raconte comment, après la victoire finale de Dieu sur les monstres marins, de nouveaux Cieux et une nouvelle Terre seront inaugurés dans un cosmos dans lequel il n'y aura « plus de mer » (Apocalypse 21:1)[15].

Le récit de création de la Genèse (Genèse 1) est la quintessence du mythe du logos. Comme l'agon, il commence avec les ténèbres et un océan incréé primordial[16]: Dieu sépare et retient les eaux, mais il ne les crée pas à partir de rien[17]. Dieu initie chaque acte créatif avec un mot parlé (« Dieu dit : qu'il y ait... »), et finalise en donnant un nom[18]. La Création par la parole n'est pas propre à l'Ancien Testament : il n'est pas souligné dans la pensée mésopotamienne cosmologique, mais fut important dans certaines traditions Égyptiennes[19]. Il y a cependant une différence entre les mythologies du logos hébraïques et égyptiennes : dans la Genèse, la parole divine de l'Élohim est un acte de « fabrication » ; la parole du dieu créateur égyptien, en revanche, est une activation quasi-magique de quelque chose d'inhérent à la pré-création.[réf. nécessaire]

Dieu, la Sagesse, la Torah et le Christ

Dans le monde antique, les choses n'existaient pas jusqu'à ce qu'elles soient nommées : « Le nom d'un être vivant ou un objet était... l'essence même de ce qui a été défini, et prononcer un nom servait à créer ce qui était dit »[19]. L'Ancien Testament pré-Exilique (586 avant J.-C.) ne permet aucun égal à Yahweh dans les cieux, en dépit de l'existence d'une assemblée de serviteurs divins qui l'ont aidé à prendre des décisions pour le ciel et la terre[20]. Les auteurs post-Exiliques de la tradition de la Sagesse (par exemple, le Livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, etc.) ont développé l'idée que la Sagesse, plus tard identifiée avec la Torah, existait avant la création et fut utilisée par Dieu pour créer l'univers : « Présente depuis le début, la Sagesse assume le rôle de maître constructeur, tandis que Dieu établit les cieux, restreint les eaux chaotiques, forme les montagnes et les champs »[21]. Empruntant les idées des philosophes grecs qui soutenaient que la raison liait l'univers ensemble, la tradition de la Sagesse enseigne que la Sagesse de Dieu, sa Parole et son Esprit sont la base de l'unité cosmique. Le christianisme a à son tour adopté ces idées et les a appliquées à Jésus : l'Épître aux Colossiens appelle Jésus « ...l'image du Dieu invisible, premier-né de toute la création... », tandis que l'Évangile de Jean l'identifie avec la parole créatrice (« au commencement était la parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu »).

Cosmographie (la forme et la structure du cosmos)

Annexes

Notes et références

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