Count Lasher
chanteur jamaïcain
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Count Lasher, parfois orthographié Count Lasha, est le nom de scène de Terence Parkins (vers 1926 – 1977), chanteur et auteur-compositeur jamaïcain. Originaire de la paroisse de Saint-Thomas, il s'inscrit d'abord dans la tradition du mento rural, avant de contribuer à son évolution vers une forme urbaine, puis d'enregistrer, en fin de carrière, quelques titres de ska et de reggae.
Également entrepreneur, il fonde son propre label discographique, Lasher Disc Records, participant au développement de l'industrie musicale jamaïcaine naissante. Artiste prolifique, il publie plus d'une cinquantaine de singles sans toutefois enregistrer d'album.
Biographie
Formation et débuts à Kingston
Autodidacte, Terence Parkins[Note 1] apprend seul à jouer du piano et de la guitare. Il découvre le mento lors d'une visite à Kingston où il décide de s'installer, se produisant pour les touristes à bord des bateaux amarrés dans le dans le port de Kingston[1]. Artiste infatigable, il se produit dans des hôtels, lors de soirées de plage, d'événements caritatifs et, à l'occasion, dans des salles de cinéma avant les projections[2]. Au milieu des années 1950, il s'impose comme une tête d'affiche dans les principaux cabarets de l'île.
Son nom de scène, « Count Lasher » relève de l'argot jamaïcain. Le terme « lasher » désigne dans l’anglais des Antilles[3]un « coureur de jupons », une figure de séducteur à la manière de Don Juan[4][Note 2]. Il s'inscrit dans une tradition caribéenne des noms de scène à connotation aristocratique, illustrée notamment par Lord Flea, Lord Tanamo, Lord Composer ou Lord Power.
Carrière discographique
Ses premiers enregistrements sont produits par Stanley Motta, figure centrale de l'industrie musicale jamaïcaine des années 1950. Count Lasher grave au moins sept disques pour le label MRS (Motta's Recording Studio), puis d'autres pour Chin's et Caribou, parfois sous le nom « Count Lasha » ou même sans crédit explicite. Au total, il enregistre une vingtaine de 78 tours pour différents labels jamaïcains. Il est accompagné au fil de sa carrière par différentes formations dont les noms varient : Count Lasher's Seven, Count Lasher's Calypso Quintet, Royal Calypsonians, Calypso Quartet, Porter Calypso Star Band[5]. Bien que son style relève techniquement du mento, les artistes jamaïcains de cette époque publiaient souvent leurs disques sous des noms évoquant le calypso, terme plus familier pour les touristes[2].
Entrepreneur, Count Lasher fonde son propre label, Lasher Disc Records, à l'instar de Duke Reid (Trojan, Hi-Lite) et d'Ivan Chin (Chin's Radio Service)[6].
Compétitions et reconnaissance locale
Count Lasher participe aux compétitions musicales organisées régulièrement dans les salles jamaïcaines. Lors d'un concours réunissant plus de vingt-cinq groupes, il est désigné favori du public, bien que la victoire revienne, sur des critères de costume et de présence scénique, à Monty Reynolds and his Silver Seas Calypsonians, orchestre résident de l'hôtel Silver Seas à Ocho Rios[6]. Une autre compétition le voit remporter la première place avec Calypso Cha Cha, devançant notamment Lord Tanamo, Sir Horace et Chin's Radio Quintet[7].
Le 20 avril 1957, le Ward Theatre de Kingston accueille un « Federated Calypso Clash » opposant des artistes trinidadiens — Lord Pretender et Lord Melody — à des représentants jamaïcains, dont Count Lasher et Lord Messam[2].
Héritage et transition vers le ska et le reggae
Count Lasher est l'un des chanteurs de mento à avoir effectué la transition vers le ska, aux côtés de Lord Tanamo, Lord Flea et Lord Fly[8]. Sa chanson Calypso Cha Cha Cha (Caribou Records, 1959) est reprise par Bob Marley and the Wailers sous le titre Rocking Steady en 1966. La version des Wailers en conserve la mélodie tout en modifiant le rythme et l'objet de la célébration, du cha-cha-cha au rocksteady[9]. Le titre Sam Fi Man est, quant à lui, repris par l'artiste de mento Stanley Beckford[10].
Malgré une popularité considérable en Jamaïque, Count Lasher demeure largement méconnu à l'étranger, contrairement à Lord Flea dont la célébrité dépasse les frontières de l'île. Count Lasher décède en 1977, à l'âge de 51 ans[2].
Style et thèmes
Place dans le mento
Count Lasher est considéré comme l'un des meilleurs vocalistes du mento, comparable à Harold Richardson, et l'un de ses auteurs-compositeurs les plus remarquables, aux côtés d'Everard Williams. Il navigue avec aisance entre les styles traditionnels et modernes du mento et enregistre aussi bien des compositions originales que des chansons traditionnelles jamaïcaines[2]. Sa popularité n'est, parmi les artistes de mento, surpassée que par celle de Lord Flea[2].
Sur le plan instrumental, plusieurs de ses 78 tours mettent en avant des percussions traditionnelles d'inspiration africaine et kumina[11]. Par ailleurs, le médley « Dalvey Gal-Parson » (Count Lasher's Calypso Quintet) illustre le jeu de banjo sur le contretemps (offbeat), un élément rythmique qui contribue à la genèse du ska[8].
Folklore et patois jamaïcain
À l'instar de la plupart des auteurs de mento, Count Lasher est conteur et commentateur social autant qu'interprète[12]. Le patois jamaïcain y est abondamment employé, et ses chansons, parfois proches des working ou digging songs, abordent des thèmes et références immédiatement reconnaissables par les habitants de l'île.
Le refrain de Mango Time dresse une liste de cultivars de mangues locaux, témoignant d'une connaissance précise des variétés cultivées sur l'île[2].
Sa version de la chanson traditionnelle The Weed (ou Man Pyabba) met en scène un homme affamé rencontrant une vieille femme proposant toute une série d'herbes médicinales aux noms insolites en patois, tels que « Tomtom Callback », « Deadman Get-up », « Granny Back Bone », « Granny Crack Cracks », « Guzzu Weed », « Puss in Boots » ou « Ducky Batty »[2].
D'autres titres témoignent de sa verve satirique : Final Test Decision et Tribute to Sobers rendent hommage à la passion des Antillais pour le cricket, tandis que Trek to England, aux arrangements mettant en valeur clarinette, guitare et banjo, adopte avec ironie une position sur l'émigration massive vers la métropole britannique[13][14].
Double sens et chansons grivoises
De nombreux artistes de mento recouraient à des paroles équivoques, et le nom de scène de Count Lasher, terme désignant un séducteur en argot jamaïcain, annonce lui-même la couleur. The Man with the Tool, Female Boxer, The Ole Man's Drive et Water the Garden comptent parmi les titres où les doubles sens sont volontiers exploités[15]. Dans Robusta Banana, le texte décrit les qualités d'un fruit dont la taille et la fermeté le rendent particulièrement apprécié[15][16]. Dans Maintenance, Lasher narre une affaire de pension alimentaire en affirmant avec humour que l'enfant, étant blanc, ne peut être le sien[17][18].
Discographie sélective
Count Lasher n'a jamais publié d'album ni de compilation. La liste ci-dessous, probablement incomplète, recense une sélection de ses singles[2] :
| Face A | Face B | Label | Crédit |
|---|---|---|---|
| « Sam Fi Man » | « Things Gone Up » | Motta's Recording Studio (SM 141) | Count Lasher's Calypso Quintet |
| « Mango Time » | « Breadfruit Season » | Motta's Recording Studio | Count Lasher's Seven |
| « Water The Garden » | « Trek To England » | Motta's Recording Studio | Count Lasher's Calypso Quintet |
| « Two Timing Lennie » | « The Saturday March » | Motta's Recording Studio | Count Lasher's Calypso Quintet |
| « Pick Your Choice » | « Shepherd Rod » | Motta's Recording Studio | Count Lasher's Calypso Quintet |
| « Perfect Love » | « Mother Bad Mine » | Motta's Recording Studio | Count Lasher's Calypso Quintet |
| « Man A Yard » | « The Ole Man's Drive » | Motta's Recording Studio | avec George Moxey & His Calypso Quintet |
| « You Got To Pay » | « Time For A Change » | Motta's Recording Studio | avec George Moxey & His Calypso Quintet |
| « Calypso Cha Cha Cha » | « Perseverance »[Note 3] | Caribou Records (CRC 100, 1959) | Count Lasher & His Calypsonians |
| « Slide Mongoose » | « Miss Constance » | Caribou Records (CRC 105, 1959) | Count Lasher's Calypso Quintet |
| « Calabash » | « Dalvey Gal – Parson » | Caribou Records (CRC 106) | Count Lasher with Orch |
| « Talking Parrot » | « Doctor » | Kalypso Records (RL 15) | avec Charlie Binger & His Calypsonians |
| « Sally Brown » | « Cinemascope » | Kalypso Records (RL 15) | avec Charlie Binger & His Calypsonians |
| « Man With The Tool » | « Final Decision » | Melotone Records (FTM 2607, 1963) | Count Lasher & His Band |
| « Lasher Rides Again » | « Love Friction » | Melotone Records (1963) | Count Lasher & His Band |
| « Fish And Ackee » | « Please Louise » | Melotone Records (1963) | Count Lasher & His Band |
| « Robusta Banana » | « Mo-Bay Chinaman » | Chin's Records (C 1006) | Count Lasher's Calypso Quintet |
| « Jamaica Bananas » | « Don't Fool Roun' Me Gal » | Chin's Records | — |
| « Jolly Jolly Shilling » | « Count Lasher Rides » | Lasher Disc Records (LD 01) | Count Lasher & His Pepsters |
| « Natta Bay Road » | « Female Boxer » | Lasher Disc Records (LD 02) | Count Lasher & His Pepsters |
| « Hooligans » | « Jump Independently » | Dutchess/WIRL (1964) | avec Lynn Taitt et le Baba Brooks Band |
| « Ring Ding '67 » | « Winnie The Whip » | PEP Records (1967) | — |
| « Dry Weather House » | « Tribute To Sobers » | SEP Records (1966) | — |
| « Peace, Peace, Peace » | « Things Gone Up » | SEP Records (1966) | — |
| « Bam Bam » | — | Dutchess Records | avec Lynn Taitt et le Baba Brooks Band |
| « Clean Face Rasta » | — | Bongo Man (BM 00035, 1974) | — |
| « A Change Me Mind » | — | Bongo Man (BM 00041, 1974) | — |
| « Font Hill Duppy » | « Duppy Dub » | Bongo Man (BM 00037, 1974) | Count Lasher And The New Establishment |
| « Time To Sow » | — | Bongo Man (BM 00030, 1974) | — |
| « Water The Garden » | « Tenor In The Garden » | Sight & Sound Records | — |
| « Maintenance » | « Maintenance Part Three » | Bongo Man (BM 00040) | — |
| « Jamaica Holiday » | « The Real Calypso » | Synco | — |
Notes
- L'orthographe du patronyme varie selon les sources : « Parkins » est retenu par Wikipedia anglophone, Discogs et la plupart des sources spécialisées ; « Perkins » apparaît chez Moskowitz.
- Cassidy & Le Page, Dictionary of Jamaican English, 2e éd., 1980, p. 124.
- « Perseverance » est une chanson de travailleurs agricoles (digging song) adaptée pour le mento.