Stanley Motta
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Stanley Beresford Brandon Motta (5 octobre 1915, Saint Andrew – 22 mars 1993, Vancouver) est un producteur musical et entrepreneur jamaïcain, fondateur du Motta's Recording Studio, premier studio d'enregistrement privé de Jamaïque.
Vancouver, Canada
| Naissance | |
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| Décès |
(à 77 ans) Vancouver, Canada |
| Nom de naissance |
Stanley Beresford Brandon Motta |
| Nationalité | |
| Activité |
producteur musical, entrepreneur |
| Propriétaire de |
Motta's Recording Studio (d) |
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| Genre artistique |
Origines et biographie
Stanley Motta est issu d'une famille juive séfarade de Kingston. Sa mère, Iris Selma Brandon[1], appartient à l'une des familles séfarades établies de l'île[2]. Son prénom Brandon reflète l'usage, courant dans les familles juives jamaïcaines, de porter le nom de famille maternel en prénom.
Son père, Alfred Evelyn Motta (1882–1932), est avocat près la Cour suprême de Jamaïque[3],[1]. Formé au Munro College puis au St. George's College de Kingston[2], Stanley Motta crée en 1932 son activité de commerce de matériel radio et électronique, incluant la vente d'appareils et un service après-vente[4], l'année même du décès de son père[3]. Passionné de photographie, de lecture et de musique[2], il développe en parallèle la Stanley Motta Woodwork Ltd., manufacture de cadeaux et d'objets décoratifs en bois destinés au marché touristique, installée au 43 Hanover Street[4]. En 1933, à dix-sept ans, il est élu au conseil paroissial de Kingston, où il siège jusqu'en 1936[2]. Il épouse Dorothy Henriques en 1936[2], dont il a un fils, Brian[5].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Motta est délégué militaire de la Jamaïque à la conférence des Antilles britanniques (1944)[2]. C'est durant cette période qu'il acquiert plusieurs jukeboxes qu'il loue et entretient, amorçant ainsi son premier contact avec l'industrie du disque[6]. En 1950, il fait l'acquisition d'un graveur de disques acétate, et en décembre 1951 ouvre au 93 Hanover Street à Kingston la première structure d'enregistrement commercial de l'île[6], le Motta's Recording Studio (abrégé MRS). Son entreprise devient également le distributeur des premiers postes de radio à transistors importés en Jamaïque, fabriqués par Sony[7].
Au fil des années 1950, Motta étend ses responsabilités dans la vie économique et institutionnelle jamaïcaine. Directeur et vice-président de la Jamaica Chamber of Commerce[8], vice-président de la Chamber of Commerce of the Americas en 1953[8], membre du conseil de la Coconut Control Authority[8], du conseil d'administration de la Banque de Jamaïque[1] et du conseil du Jamaica Tourist Board[5]. Au sein de la communauté israélite, il occupe successivement les fonctions de trésorier[2], directeur[8], puis président et directeur de la United Congregation of Israelites de Duke Street à Kingston[5].
Stanley Motta décède le 22 mars 1993 à Vancouver, où il avait installé ses affaires commerciales à la fin des années 1970[9].
Le Motta's Recording Studio
Contexte et fondation
Avant l'ouverture du MRS, ZQ1, alors unique station de radio de l'île, dispose d'une capacité d'enregistrement audio dès les années 1940, vraisemblablement au moyen d'un enregistreur à fil utilisé pour les besoins de la radiodiffusion[6]. La réception des stations de radio américaines reste par ailleurs très aléatoire en Jamaïque durant les années 1950 et 1960, souvent tributaire d'antennes spéciales ou de récepteurs à ondes courtes, et de qualité médiocre[7]. Avant l'ouverture du MRS, il n'existait pratiquement aucun enregistrement réalisé sur l'île à des fins commerciales[10].
Au début des années 1950, dans les dancehalls du centre de Kingston, le rhythm and blues américain occupe la première place, aux côtés du jazz des grands orchestres de swing et d'artistes tels que Billy Eckstine, Sarah Vaughan, Dizzy Gillespie ou Charlie Parker. Le mento n'y bénéficie que d'une plage spécifique, la « mento suite », durant laquelle quelques titres locaux sont diffusés. C'est dans ce cadre restreint que les vedettes du genre enregistrent leurs disques, au MRS ou aux studios de Radio Jamaica and Rediffusion[11].
Équipement et échelle de production
L'installation du MRS est sommaire. Situé à l'arrière de la boutique de Motta, le studio présente des murs tendus de vieux tapis et de toile de jute pour absorber le son[12]. Il emploie un ou deux microphones à ruban Reslo et un graveur de table Presto, modèle N6[13] L'activité d'enregistrement semble dans un premier temps, représenter pour Motta davantage un hobby qu'une priorité commerciale. Le label publie au total plus d'une cinquantaine de 78 tours, quelques 45 tours, cinq albums dix pouces et trois albums douze pouces entre 1951 et 1957[5];[13]. Motta dirige alors un groupe commercial de grande taille, dont le studio et le label ne constituent qu'une activité marginale[14].
Modèle de production
Pour recruter ses artistes, Motta exploite le réseau des hôtels jamaïcains, qui emploient alors de nombreux musiciens locaux, et sélectionne ceux qu'il juge les plus aptes à être enregistrés et commercialisés[6]. Les musiciens sont engagés selon un contrat de commande (work-for-hire) : un paiement unique leur est versé en échange de la cession exclusive des droits sur leur enregistrement[15].
Les premières sessions commerciales du MRS remontent à 1952[10]. Le premier disque jamaïcain jamais enregistré est attribué à Lord Fly (Bertie Lyons), qui grave un medley de morceaux de mento[5]. Le guitariste Ernest Ranglin aurait pour sa part réalisé des enregistrements sur cylindres de cire pour un entrepreneur non identifié, antérieurement à ces premières sessions[5].
Les prises de son sont réalisées sur la machine à graver des disques acétate, puis les matrices sont expédiées au Royaume-Uni, où Decca fabrique les disques par l'intermédiaire de la société Melodisc Records d'Emil Shallit, la Jamaïque ne disposant d'aucune infrastructure de pressage locale[16][10][15]. Les 78 tours ainsi pressés sont réexportés vers la Jamaïque[16] et distribués dans les magasins de Motta, dont la clientèle visée est en priorité le marché touristique[15] ; une sélection est également licenciée à Hart's, à Montego Bay, pour le même marché[5]. Le studio enregistre principalement du mento et du calypso[17].
Le MRS et les sound systems
Vers la fin de l'activité du studio, le MRS enregistre également des artistes pour le compte des sound systems naissants de Kingston. Derrick Harriott rapporte y avoir enregistré en 1956 une chanson de rhythm and blues de sa composition, Lollipop Girl, avec pour seule instrumentation une voix, un piano et des claquements de mains[18]. Le disque acétate ainsi produit est vendu directement à l'un des plus petits sound systems de Kingston, où il connaît un certain succès local[18]. La sobriété de l'instrumentation et les contraintes techniques du studio confèrent à cet enregistrement une sonorité brute caractéristique[18].
Des artistes repérés lors des concours de Vere Johns sont enregistrés au MRS[19]. Ces enregistrements s’inscrivent dans l’émergence des premiers producteurs indépendants de Kingston, tels que Clement « Coxsone » Dodd et Arthur « Duke » Reid, qui diffusent la musique sur leurs sound systems[18].
Parmi les artistes enregistrés au MRS figurent Count Lasher, qui y publie son premier album, ainsi que Lord Tanamo, Lord Flea, Laurel Aitken et Roland Alphonso, présent dès 1954[10]. Le studio accueille par la suite Theophilus Beckford, Alerth Bedasse du Chin's Calypso Sextet, le clarinettiste Bertie King, Mapletoft Poulle à la tête d’un big band réunissant plusieurs futurs musiciens de ska et anciens élèves de l’Alpha Boys School, ainsi que les frères Claude Sang Jr. et Herman Sang du groupe Jiving Juniors[20].
Fermeture
À la fin des années 1950, le studio est considéré comme dépassé techniquement. Aucune pratique de location à des tiers, ni dans le cas du MRS ni dans celui d'aucun autre studio de Kingston n'est mentionné à cette période[14]. Motta n'envisage pas de développer le studio au-delà de sa vocation initiale d'enregistrement du mento et ne met pas l'espace à la disposition de producteurs indépendants, faute d'équipement et de compétences techniques adaptés à d'autres répertoires[14].
Le dernier enregistrement publié sur le label MRS est celui du Jamaican Military Band : trop nombreux pour le MRS, les musiciens sont enregistrés dans les studios de Radio Jamaica and Rediffusion[5]. Le mento continue néanmoins à se vendre en Angleterre grâce à l'accord de licence conclu avec Melodisc, dont Emil Shallit fonde au tournant des années 1960 le label dérivé Blue Beat Records, consacré aux enregistrements jamaïcains de rhythm and blues et de ska à destination du marché britannique[5].
Le studio ferme au début des années 1960[14].