Mouvement artistique

ensemble d'artistes et d'œuvres artistiques ayant des traits communs affichés From Wikipedia, the free encyclopedia

Un mouvement artistique ou courant artistique est un ensemble d'artistes et d'œuvres artistiques ayant une esthétique ou une démarche commune. Les historiens de l'art utilisent généralement la notion de mouvement lorsque le groupe qui y est associé se réclame d'un corpus théorique défini (souvent par un manifeste). La notion de « courant » désigne des tendances plus larges, identifiées souvent a posteriori.

Définition

La notion du mouvement dans l'art peut recouvrir plusieurs définitions. L'acception générale est qu'un mouvement artistique est identifié par un groupe d'artistes ayant adopté un style commun, dont on reconnaît les caractéristiques. Il peut aussi s'agir d'une réunion d'artistes de styles différents, mais ayant la même démarche de création ou de pensée. Ce regroupement peut se faire autour d'un artiste dont l'influence suscite des émules ou des imitateurs, notamment parce qu'il est un chef de file du mouvement. Le mouvement peut aussi avoir pour origine un texte ou un manifeste esthétique (Cobra, Dada). Quand le groupe lance ou est à l'origine d'un style, le terme mouvement devient synonyme de courant ou de tendance. Quand le groupe a pour origine une même formation artistique, provient d'une même académie, on parle alors d'école[1].

Les mouvements sont nommés de différentes manières. Certains sont désignés selon le lieu de leurs origines (école de Barbizon, école de Pont-Aven), d'autres le sont à partir d'une remarque péjorative ou ironique (impressionnisme, rococo, art pompier), ou plus rarement selon le nom de l'artiste qui représente le mouvement (caravagisme, ingrisme)[1]. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, pratiquement tous les mouvements sont nommés a posteriori, par l'histoire de l'art ou par des critiques, voire par des artistes. D'autre part, certains artistes refusent d'être identifiés selon tel ou tel mouvement, ainsi pour Gustave Courbet : « le titre de réaliste m'a été imposé, comme on a imposé aux hommes de 1830 celui de romantique. »[1].

Classification par dynamiques historiques

Ce tableau constitue le registre des courants artistiques, articulant leurs fondements théoriques, leurs acteurs clés et leur rôle dans l'évolution de la représentation et de la matérialité.

Mouvements et écoles historiques

La classification des mouvements artistiques repose sur le regroupement d'artistes autour d'un style commun, d'une école technique ou d'un manifeste esthétique. Jusqu'à la fin du XXe siècle, ces mouvements marquent les grandes ruptures de l'histoire de la représentation.

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Mouvement / École Période Racine / Fondement (Synthèse) Artistes clés Caractéristiques et rendu visuel (selon Larousse)
I. Périodes Fondatrices
Art roman1000-1150Peinture murale et subordination à l'architecture.Maîtres de Cluny, GislebertusEmploi de formes schématiques, de cernes noirs marqués et absence de perspective spatiale[2].
Art gothique1150-1400Naturalisme et style courtois.Abbé Suger, Giotto, DuccioÉlongation des figures, élégance des lignes courbes et recherche de réalisme dans l'expression des sentiments[2].
Renaissance1400-1520Humanisme et redécouverte de l'antique.Léonard de Vinci, RaphaëlMaîtrise de la perspective linéaire, de l'anatomie scientifique et du modelé par la lumière (sfumato)[2].
II. L'Ère Classique et Baroque
Maniérisme1520-1580Crise de la Renaissance et rupture de l'harmonie.Pontormo, Le ParmesanCompositions instables, membres allongés (figura serpentinata) et usage de couleurs acides ou arbitraires[2].
Baroque1580-1750Triomphe de la courbe et de la théâtralité.Le Caravage, Le BerninCompositions en diagonale, effets de mouvement, emphase décorative et contrastes violents de clair-obscur[2].
Classicisme1660-1715Doctrine de l'Académie et de la raison.Nicolas Poussin, Charles Le BrunPrimauté du dessin sur la couleur, clarté de la composition et recherche d'un idéal de mesure inspiré de l'antique[2].
Rococo1715-1750Réaction contre le "grand style" de Louis XIV.Antoine Watteau, Jean-Honoré FragonardTouche légère et divisée, prédominance des tons pastels et thématiques galantes, champêtres ou frivoles[2].
Néo-classicisme1750-1830Retour à l'ordre et à la vertu antique.Jacques-Louis David, IngresFacture lisse (sans traces de pinceau), linéarité du dessin et sujets exaltant le civisme et l'héroïsme[2].
Romantisme1770-1850Prédominance de la sensibilité et du sentiment.Eugène Delacroix, Caspar David FriedrichEmploi de couleurs vives, compositions tourmentées et importance de la touche expressive et dynamique[2].
III. Modernité et Avant-gardes
Réalisme1848-1875Observation directe du fait social.Courbet, MilletReprésentation des classes populaires, rejet de l'idéalisation et emploi de couleurs terreuses et sombres[2].
Impressionnisme1874-1886Peinture de plein air et études de la lumière.Monet, RenoirDivision de la touche (petites touches juxtaposées), suppression du noir et rendu des variations atmosphériques[2].
Fauvisme1905-1910Libération de la couleur pure.Matisse, DerainUsage de couleurs éclatantes et arbitraires, simplification des formes et refus du modelé traditionnel[2].
Expressionnisme1905-1930Projection de l'angoisse et de l'émotion.Kirchner, MunchDéformation de la réalité, cernes marqués, couleurs violentes et recherche d'une intensité psychologique brute[2].
Art abstrait1910-Libération des formes et des couleurs.Kandinsky, MondrianSuppression totale de la référence au monde visible au profit d'un langage plastique autonome[2].
Futurisme1904-1920Culte de la vitesse, de la machine et du progrès.Boccioni, Giacomo BallaTraduction du mouvement par la répétition des formes et la fragmentation des plans colorés en lignes de force[2].
Cubisme1907-1914Déconstruction de l'espace classique et volume.Picasso, BraqueReprésentation simultanée de l'objet sous plusieurs angles ; géométrisation et analyse des volumes par plans[2].
Dadaïsme1916-1922Révolte radicale contre les valeurs établies.Marcel Duchamp, PicabiaRecours au hasard, au collage de matériaux hétéroclites et au détournement d'objets (ready-made)[2].
Surréalisme1924-1966Exploration de l'inconscient et du rêve.Dalí, MagritteJuxtaposition d'objets sans lien logique et précision du rendu figuratif au service de l'insolite[2].
IV. Post-modernité et remise en cause de l'objet
Pop art1955-1970Imagerie de la société de consommation.Warhol, LichtensteinEmploi de couleurs vives et plates, de la sérigraphie et de motifs issus de la publicité ou de la BD[2].
Art minimal1960-Réduction aux structures primaires.Donald Judd, Robert MorrisUsage de formes géométriques simples, de matériaux industriels et répétition modulaire sans subjectivité[2].
Postmodernisme1977-Pluralisme, citations et retour à l'histoire.Cindy Sherman, Jeff KoonsMélange des styles et des époques, usage de l'ironie, du pastiche et de la citation d'œuvres célèbres[2].
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Pratiques et courants méthodologiques contemporains

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, la classification par styles cède la place à des approches fondées sur le dispositif, le protocole ou l'interaction avec le réel. L'œuvre n'est plus seulement un objet à contempler, mais le résultat documenté d'un processus.

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Pratique / Courant Émergence Méthodologie (Fondement) Figures de référence Caractéristiques et processus techniques
Land art1960Travail in situ et matériaux naturels.Robert Smithson, Richard LongUtilisation du paysage comme support ; manipulation de matériaux bruts (terre, roche) soumis à l'érosion et au temps[3].
Fluxus1961Événement (Event) et partition.George Maciunas, Nam June PaikRéalisation d'actions brèves fondées sur des instructions simples ; usage d'objets du quotidien et refus de l'œuvre finie[3].
Art conceptuel1965Analyse du langage et retrait de l'objet.Joseph Kosuth, Sol LeWittSubstitution de l'idée à la forme plastique ; emploi de textes, de diagrammes et de documents administratifs comme médiums[4].
Performance1960Action directe et temporalité.Marina Abramović, Chris BurdenUtilisation du corps de l'artiste comme matériau unique ; mise en avant de la durée, de la fatigue ou de l'effort physique[5].
Art urbain1970Intervention dans l'espace citadin.Ernest Pignon-Ernest, BanksyUsage du pochoir, de l'affiche ou de la peinture murale ; l'œuvre est indissociable de son contexte social et architectural[3].
Art protocolaire1960 (Origines)
2020 (Manifeste)
Règle administrative et « densification ».Roman Opalka, Claude RutaultExécution d'un programme préétabli (règle) ; production d'un certificat d'effort documentant une dépense biologique ou temporelle répétitive[6],[7].
Bio-art2000Processus biotechnologiques.Eduardo Kac, Joe DavisManipulation de tissus vivants, de bactéries ou d'ADN ; intégration des protocoles de laboratoire dans la création plastique[8].
Art Résilience2014Fonction réparatrice de l'art.Ksenia MilicevicUtilisation de la création comme processus de reconstruction psychique et de maintien du lien au monde réel[9].
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En sculpture

Ce tableau répertorie les mutations, marquant le passage de la représentation du corps à l'affirmation de la présence matérielle et spatiale.

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Mouvement Période Racine / Fondement (Densité) Artistes clés Rôle et Dynamique Ontologique
Sculpture réaliste1850-1900Rupture avec l'idéalisme académique ; rendu des tensions musculaires.Auguste Rodin, Camille ClaudelInscrire la vérité de la chair et de l'effort biologique dans le matériau.
Futurisme1912-1920Manifeste futuriste ; fascination pour la vitesse ; rejet de la ligne fermée.Umberto BoccioniReprésenter la dynamique et la décomposition du mouvement.
Constructivisme1917-1930Esthétique de l'ingénieur ; matériaux industriels ; l'espace comme vide actif.Vladimir Tatline, Naum GaboRemplacer la masse statique par la structure dynamique.
Art minimal1960-Phénoménologie de la perception ; réduction géométrique ; refus du symbole.Donald Judd, Robert MorrisAffirmer la présence pure de la matière : « l'objet est ce qu'il est ».
Land art1960-Sortie des musées ; intervention directe sur le paysage et la géologie.Robert Smithson, Michael HeizerRé-ancrer l'œuvre dans la dimension planétaire et l'érosion du réel.
Arte Povera1967-1977Matériaux « pauvres » et organiques ; retour à l'énergie primaire.Giuseppe Penone, Jannis KounellisRetrouver une friction sensible et archaïque avec la matière brute.
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En architecture

Ce tableau répertorie les mutations de l'espace bâti, de la synthèse des styles historiques vers la mise à nu de la structure.

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Mouvement Période Racine / Fondement (Densité) Architectes clés Rôle et Dynamique Ontologique
Éclectisme1860-1920Révolution industrielle ; capacité de copier les styles du passé (historicisme).Charles Garnier, Richard Morris HuntSynthétiser les codes historiques pour les nouveaux programmes sociaux.
Néogothique1870-Romantisme nationaliste ; quête d'une identité spirituelle médiévale.Eugène Viollet-le-Duc, Augustus PuginRestaurer la vérité constructive à travers l'arc brisé et la verticalité.
Art nouveau1890-1910Rejet de l'imitation ; inspiration biologique ; Art Total.Victor Horta, Antoni GaudíFusionner l'ornement et la structure dans une continuité organique.
Art déco1910-1930Âge de la machine ; géométrisation cubiste et luxe industriel.William Van Alen, Robert Mallet-StevensConjuguer la modernité technologique avec une élégance symétrique.
Mouvement moderne1919-1950Bauhaus ; fonctionnalisme ; usage du béton armé, acier et verre.Le Corbusier, Walter GropiusRationaliser l'espace pour une utilité sociale universelle.
Brutalisme1950-1970Reconstruction ; éthique de la vérité des matériaux ; béton brut.Alison et Peter Smithson, Le CorbusierAffirmer une présence physique monumentale et honnête.
Minimalisme1965-« Less is more » ; réduction aux volumes élémentaires et à la lumière.Mies van der Rohe, Tadao AndoÉpurer l'espace pour atteindre une clarté ontologique pure.
Déconstructivismefin XXe-Post-structuralisme ; remise en cause de la stabilité de la structure.Frank Gehry, Zaha HadidFragmenter les volumes pour exprimer l'instabilité du monde contemporain.
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Notes et références

Voir aussi

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