Crogny
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Crogny est un domaine et un château sur la commune de Les Loges-Margueron, dans le département français de l'Aube.
Avant la Révolution
Appelée à l’origine le Champ de l’Orme, puis le Petit Mérobert, cette seigneurie était la propriété dès 1504 de Jean le Festuot. L’un de ses deux enfants, Jean de Festuot, était seigneur du Petit Mérobert en 1608. La fille aînée de ce dernier épousa Jacques Crosnier ou de Crosnier (d’où le nom de Crogny), élu en l’élection de Bar-sur-Seine, écuyer, et conseiller du roi[1]. C'était alors un domaine regroupant bois, moulin, château et une verrerie[2].
Le domaine de Crogny passa alors entre diverses mains : César Charles Douynet d’Autrey, le vend en 1738 à Marguerite Parizot qui le vend à son tour à Martin Paynot, laboureur. Jean Barbuat de Maison-Rouge s’en rend acquéreur en 1766 et le revend en 1779 à Louis Marie, duc d’Aumont, seigneur d’Isle (Isle-Aumont près de Troyes).
L'époque Dûchatel
Le , les époux Dûchatel-Berthelin achetèrent une vaste partie du domaine en forêt d’Isle appartenant à Louis-Marie Guy d’Aumont résidant à Guiscard, près Noyon (dans l’Oise). Celui-ci était lieutenant général des armées de la République et franc-maçon de la loge Le contrat social (une loge maçonnique était une structure locale regroupant typiquement quelques dizaines de francs-maçons). Cet achat représentant une surface totale de 5 500 arpents (2 321 ha) leur coûte 1,4 million de francs et se décompose ainsi :
- 3 218 arpents de bois dans la forêt d’Aumont (soit 1 358 ha)
- le domaine de Palluau (le grand Palluau appartenant à la Caisse d’Epargne fait aujourd’hui 292 ha
- le domaine de la Courtançon
- le domaine de Crogny.
Cette propriété comprenait une maison bourgeoise, six étangs, quatre fermes, un moulin à grain, et un moulin à tan. Jacques J.B. Dûchatel, né à Reims en 1757, était écuyer, conseiller secrétaire du roi au parlement de Provence. Il fut député de l’Aube au Conseil des Cinq-Cents (ex-assemblée législative) de 1795 à 1799, et membre de l’Assemblée législative pendant les Cent-Jours ( au ). En 1803, c’était le négociant le plus imposé de Troyes, payant 12 300 francs de contribution.
Cet homme fut à l’origine de la construction du château de Crogny en 1815 pour la somme de 127 777 francs. Des Russes, des Bavarois, des Anglais et des prisonniers de toutes les nations même jusqu’à des baskirs habitant au bas de la Grande Muraille de Chine y ont été employés.
C’est en 1810 que fut planté le sophora japonica entre le château et le réfectoire actuel. Ce serait le deuxième plus vieux de France après celui du Jardin des plantes de Paris[réf. nécessaire].
De 1823 à 1925
Crogny changea encore de propriétaire pour appartenir vers 1823 à Albert Louis Jacques de Calonne, marquis de Courte Bourne (du Pas-de-Calais semble-t-il). C’est à cette époque que fut installée une verrerie à bouteilles, composée d'un four à huit pats, et des halles et magasins nécessaires à l'exploitation, autorisée par ordonnance du roi Louis XVIII du [3]. Dans le document Voyage du roi dans les départements de l'est et au camp de manœuvres de Lunéville de , on peut lire : « MM Raux et Royer, entrepreneurs de la verrerie de Crogny, ont exposé des bouteilles et bocaux de leur verrerie très bien réussis ».
Cette verrerie a fonctionné jusqu’en 1858. L'Aube comptait alors quatre verreries, Crogny étant la seule pour les bouteilles. Ses ruines sont encore visibles derrière l’atelier de l’actuel lycée forestier.
En 1836, Joseph Moreau, marchand de bois à Paris, acheta l’important domaine de Crogny qui faisait vivre une grande partie de la population des Loges Margueron, dont il devint maire et commandant de la Garde nationale (milice de citoyens formée dans chaque ville). C’était le contribuable le plus imposé du canton. Sa popularité était telle que lors des réélections, aucun candidat ne s’était présenté contre lui. Les autorités, reconnaissant ses éminents services, l’avaient élevé à la dignité de chevalier de la Légion d'honneur en 1853, puis d’officier en 1854[4]. Il fut également conseiller général en 1854.
Moreau se livra à l’exploitation intensive de la forêt en donnant du travail aux habitants de la commune qui étaient employés comme bûcherons, charbonniers ou ouvriers d’entretien du domaine. Il faisait aussi venir des bûcherons de la Nièvre qui logeaient l’hiver dans des cabanes dans les bois et repartaient chez eux au printemps. Il créa des routes forestières pour faciliter le débardage des grumes, effectué par des ouvriers venus du Morvan, avec des bœufs, plus robustes que les chevaux pour ce genre de travail.
En 1861, il racheta le Grand Palluau au comte de Bourbon-Busset, propriétaire d’une partie de l’ancien domaine de Duchâtel.
Au décès de Joseph Moreau, la propriété échut à ses héritiers Félix et André Ouvré, sénateur et député de Seine-et-Marne, qui continuèrent l’exploitation de la forêt par l’intermédiaire du régisseur Deviras, construisant en 1875, une ligne forestière dite ligne Félix Ouvré, reliant le carrefour du Guidon aux Vendues l’Evêque.
Dans une Revue des eaux et forêts de 1892, on peut lire que « Jusqu'en 1875, sur la propriété de Crogny, un attelage de six bœufs avait peine à débarder une corde (4 stères) de bois dans sa journée. La propriété de Crogny, sous le rapport de la facilité des transports et de la surveillance, peut maintenant être citée comme un modèle ».
Le domaine de Crogny, confié à la régie de M. Jannès, possède à partir de 1884 un élevage de truite des lacs en étang. En 188, 3 000 œufs sont en incubation, et Jannès en attend de 12 à 25 000[5]. C’est aussi Félix Ouvré qui en 1890, se lança dans la commercialisation d’une eau de table, provenant d’une source sise sur le versant sud de la vallée de l’Armance, territoire de la commune de Metz-Robert. Cette eau, mise en bouteilles sous la direction de M Henri Jannès, intendant du château, était acheminée vers la gare de Jeugny pour être vendue ensuite dans les grands hôtels de la capitale. L’exploitation cessa vers 1910.
Le domaine de Crogny fut repris en 1925 après le décès de Félix Ouvré par une Société civile d’exploitation forestière de Crogny.
En 1928, il se décomposait ainsi :
- château, vieux parc et dépendances, fermes, terres, prés, fruitiers et divers : 221,13 ha
- Grand Palluau : 1 149,12 ha
- Petit Palluau : 426,42 ha
- Grand Aumont : 263,71 ha
- Petit Aumont : 246,86 ha
- Crogny : 236,72 ha
- Étangs et carpières de la forêt : 29,25 ha
Ce qui faisait un total de 2 573,21 ha. Il fut partagé par la suite entre plusieurs propriétaires.
En 1944
Vers le , le commandant maquisard Montcalm[6], venant de la région de Mussy-Grancey (sur la route de Châtillon-sur-Seine), voulant se rapprocher de Troyes en vue de la libération de cette ville, installe son P.C. au château de Crogny. Ces maquisards appartenaient aux FFI. C’est à Crogny que seront passés par les armes, en représailles du massacre de Buchères par les S.S., le général Edgar Arndt (commandant de la 708e Division d’infanterie basée à Bordeaux appartenant à la 1re armée de Rommel), le capitaine W Shöps et le lieutenant A Jordan, capturés le sur la route de Chennegy (Pays d'Othe) et revenant du front de l’ouest.
Le , une colonne américaine passe à Chaource et après avoir pris contact avec les FFI stationnées à Crogny, se dirige vers Bar-sur-Seine et les Riceys.

