Céphale et Procris (Jacquet de la Guerre)
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| Genre | Opéra |
|---|---|
| Nbre d'actes | 5 |
| Musique | Élisabeth Jacquet de la Guerre |
| Livret | Joseph-François Duché de Vancy |
| Langue originale |
Français |
| Sources littéraires |
Ovide, Métamorphoses |
| Durée (approx.) | 120 minutes |
| Partition autographe |
Ballard, 1694 |
| Création |
Théâtre du Palais-Royal (1641–1781), Paris |
Personnages
Céphale et Procris est une tragédie lyrique en un prologue et cinq actes de la compositrice française Élisabeth Jacquet de La Guerre sur un livret de Joseph-François Duché de Vancy d'après le mythe de Céphale et Procris dans les Métamorphoses d'Ovide. L'œuvre a été représentée pour la première fois en public le au Théâtre du Palais-Royal. C'est le premier opéra composé par une femme en France, mais il n'a pas rencontré le succès à sa création[1]
L'auteur du livret, Joseph-François Duché de Vancy s'inspire à la fois de la thématique des amours de Céphale et Procris, mais aussi des Métamorphoses et de L'Art d'aimer d'Ovide[2]. Il reprend notamment l'histoire et les personnages principaux, mais développe aussi la place accordée à l'Aurore et la mise en scène de Borée. Il tire aussi de son imagination la mort de Céphale ainsi que les amours des personnages secondaires Arcas et Dorine, dont la mise en scène comique est un contrepoint au couple tragique de Céphale et Procris[3]. Ce mélange de genre ramène à l'opéra italien de Claudio Monteverdi ou de Francesco Cavalli, ainsi qu'aux premières tragédies de Jean-Baptiste Lully comme Alceste ou le Triomphe d'Alcide ou encore Isis[4].
Le librettiste n'est pas considéré comme un grand poète, et la réception de l'opéra montre qu'il a déçu : il n'aura que cinq ou six représentations, et ne sera plus rejoué ensuite[5]. Wanda R. Griffiths explique ce manque de succès par un livret embrouillé et la présence d'une intrigue comique entre Dorine et Arcas, alors que le comique était exclu des tragédies. De plus, peu de tragédies lyriques rencontrent le succès à l'époque[5]. Sur un exemplaire imprimée d'époque, un auteur anonyme a écrit « Les Paroles en sont très foibles, le Poëme mal conduit »[6]. Le livret ne présente pas une augmentation crescendo de la tension dramatique, mais au contraire une succession d'événement qui viennent interrompre la tension et non la soutenir[6]. Certains effets semblent même très artificiels, comme le revirement de l'Aurore ou la mort subite de Procris[6]. Cependant, l'épaisseur psychologique de l'Aurore est donnée bien plus musicalement que textuellement[6].
L'œuvre, jamais reprise à l'Académie Royale de Musique, sera jouée, dans son prologue uniquement, en 1696, sous la houlette de Sébastien de Brossard, au concert de l'académie de musique de Strasbourg[6]. Cependant, l'échec de cette œuvre entraînera un silence de treize ans avant que la compositrice redonne une nouvelle œuvre au public[7].
L'opéra a été rejoué et enregistré en 2008, ce qui a permis de le réhabiliter : « De ces différents épisodes et atmosphères, et malgré les maladresses du livret de Joseph-François Duché de Vancy, la musique arrive à atteindre des sommets d’expressivité. […] Espérons que, contrairement à sa création, l’opéra d’Elisabeth-Claude Jacquet de la Guerre obtienne aujourd’hui le succès tant mérité…[8] »
Intrigue
Prologue
Flore et Pan célèbrent le plus puissant des rois et chantent sa valeur immortelle. Ils sont relayés par deux nymphes puis par le dieu Nérée.
Acte I
Fille du roi d'Athènes, Procris se réjouit auprès de ses confidents Dorine et Arcas de s'unir par le mariage à Céphale. Mais une prêtresse coupe court à son allégresse : Borée, fils de la déesse Aurore et roi des Thraces, veut épouser la belle Procris.
Acte II
Les amoureux se rendent à la décision des dieux à contrecœur. Céphale exprime son dépit devant Borée. L'Aurore ordonne aux zéphyrs d'emporter Céphale. Elle avoue à son confident Iphis qu'en fait, c'est elle qui est derrière le changement de leur sort.
Acte III
La déesse Aurore, amoureuse de Céphale, lui fait croire à l'infidélité de Procris. Mais il demeure inconsolable, même quand Iphis fait défiler devant lui la Volupté et les plaisirs.
Acte IV
L'Aurore décide alors de précipiter Procris aux enfers, face à la Jalousie, à la Rage et au Désespoir. Procris rejette alors Céphale, puis accepte d'épouser Borée. Seule, elle déclare préférer mourir.
Acte V
L'Aurore, touchée par le désespoir de Procris, se résout à leur accorder le bonheur. Mais Céphale, en voulant chasser Borée d'un coup de javelot, blesse son aimée par accident. Elle meurt dans ses bras en lui faisant promettre de ne pas essayer de la rejoindre. Céphale déclare cependant vouloir la rejoindre aux enfers.
Distribution
Par ordre d'apparition :
- Flore
- Pan
- nymphes
- Nérée
- Un dieu de la mer
- Borée
- Procris
- Dorine
- Arcas
- Troupe d'Athéniens
- Le roi
- Céphale
- Deux Athéniennes
- La prêtresse
- Troupe de Thraces
- Troupe de pâtres et bergères
- L'Aurore
- Iphis
- La Volupté
- Suite de la Volupté
- Troupe de Plaisirs, de Grâces et quatre Amours
- La Jalousie
- La Rage
- Le Désespoir
- Les démons
Analyse
La musicologue Catherine Cessac y voit notamment les ingrédients de la tragédie lyrique telle que Jean-Baptiste Lully l'a conçue vingt ans auparavant[4]. De plus, jusqu'à Jean-Philippe Rameau, la plupart des compositeurs et des compositrices feront la même chose[4]. L'action se déroule en un prologue et cinq actes tout comme dans la tragédie récitée[4]. Le premier et le dernier actes sont les plus important puisque le premier met en place l'intrigue et le dernier la résout à la manière de la « catastrophe » du théâtre antique[4]. Chaque acte présente un divertissement où le merveilleux prend place, aidé de chœurs, de danses et de machines[4]. Le prologue et les cinq actes sont une suite de récitatifs, d'airs, d'ensemble, de chœurs et de pièces instrumentales dont les tonalités s'organisent pour assurer à la fois diversité et cohésion[4].
De par l'issue fatale, le sadisme de Borée envers Céphale, les revirements de l'Aurore, ou encore le monologue de Procris au début de l'acte V, tout concourt à faire de cet opéra une tragédie sur la fidélité autant que sur la cruauté[6]. Les airs, qui sont d'une longueur exceptionnelle, portent la marque personnelle de la compositrice et sauvent la pièce d'un pâle épigone de Jean-Baptiste Lully[6]. De plus, les divertissements des actes III et IV font partie des meilleures pages de l'œuvre[6].
Ouverture
L'Ouverture de Céphale et Procris dévie un peu de celle du modèle à la française de Jean-Baptiste Lully[9]. La première partie, à ![]()
et en rythmes pointés est suivi de deux sections ternaires : la première, à ![]()
est en cinq parties et reprend l'idiome de l'entrée en imitation, tandis que la seconde, à ![]()
établit un dialogue entre le petit chœur (deux dessus et la basse continue) et le grand chœur d'instruments[9]. Les deux sections sont reprises ensemble et non alternativement[9].
Prologue
Le prologue est à la façon des tragédie lyriques de l'époque, un chant de gloire à Louis XIV, où l'on retrouve les formules consacrées telles que « le plus puissant des Rois », « chantons sa valeur immortelle » ou encore « héros glorieux »[4]. Les personnages du prologue ne réapparaîtront pas par la suite et sont constitués de figures de la pastorale : Flore, déesse des végétaux, Pan, dieu des bergers ou encore Nérée, dieu de la mer[10]. Au milieu de l'honneur fait au roi, Flore et Pan évoquent l'amour de l'Aurore et Nérée les « tragiques amours » de Procris[9].
La structure du prologue est celle d'une vaste forme rondeau, où la tonalité est un élément organisateur du discours : Flore et Pan sont dans la tonalité de sol mineur, Nérée dans celle de si bémol majeur, avant de revenir en sol mineur pour clore le prologue[9]. Le ton de si bémol majeur est annoncé par un bref duo de Flore et Pan qui annoncent l'arrivée du dieu de la mer[9]. Le prologue présente d'abord des solos et des duos des nymphes, de Flore et de Pan, un chœur des nymphes et des faunes, puis des danses avec rondeau, passe-pied, loure et gigue[9]. L'ouverture est reprise à la fin du prologue comme il est d'usage[9].
Acte I
Chacune des interventions des personnages est traités à la façon d'un récitatif, s'enchaînant parfois à un air sans qu'il n'y ait de rupture[11]. L'air peut être de forme ABB' ou AABB'[11]. Dans la partie B, le texte est repris avec des variations plus ou moins importantes de la musique dans la partie B'[11]. Les airs peuvent être accompagnés de la basse continue ou de deux dessus[11]. L'air de Borée est ainsi accompagné de deux violons[11]. D'autres airs sont plus libres, comme ceux de Procris ou de Dorine[11]. La cinquième scène présente les noces de Céphale et Procris, laissant place au divertissement qui s'ouvre par une marche des trompettes[11]. Le divertissement est interrompu par la prêtresse qui empêche le mariage de Céphale et Procris, et l'acte se clôt sur les mots de Céphale « Ah ! Dieux cruels ! où me réduisez-vous ? »[11].
Acte II
Le deuxième acte débute par l'air de Procris « Lieux écartez, paisible solitude » où elle exprime la douleur d'être séparée de Céphale[11]. Cet air est un da capo italien accompagné par l'orchestre[12]. Le prélude montre la souffrance de Procris par une courbe mélodique comprenant sixte mineure, quarte diminuée et tierce mineure[12]. Le chant reprend le matériau musical du prélude[12]. La tessiture nécessaire pour cet air en fait l'un des sommets vocal de l'œuvre[12]. Harmoniquement, l'air présente de fausses relations, mais aussi des accords de secondes[12]. La partie centrale de l'air est plus proche du récitatif, tandis qu'il est marqué par de nombreuses cadences modulantes[12]. S'en suit le duo de Céphale et Procris « Le Ciel m'avoit flatté » où la compositrice emploie une profusion d'imitations sur le mot « Hélas »[13]. Le divertissement est donné par Borée et son bonheur d'avoir emporté Procris, divertissement auquel participe la troupe de Thraces, une bergère et un pâtre[13]. Entre les parties de l'air se trouvent une marche à trois temps des violons et des flûtes, un air à danser pour les pâtres et une bourrée[13]. Après des échanges houleux entre Céphale et Borée, l'Aurore descend « dans une machine brillante »[13]. Pour convaincre Céphale de son amour, elle insuffle le doute sur la fidélité de Procris et réussi à le convaincre[13]. Les Zéphirs enlèvent Céphale et un entretien entre l'Aurore et Iphis sa confidente dévoile que l'Aurore a fait usage de ses pouvoirs pour empêcher les noces des deux amants[13].
Acte III
L'acte trois débute cette fois par l'air de Céphale « Amour, que sous tes lois cruelles », qui exprime toute sa souffrance[13]. Cet air a la forme d'un rondeau (ABACA'A)[13]. Le divertissement arrive, de façon assez artificielle, lorsqu'Iphis invite Céphale à profiter des plaisirs de la Volupté[13]. La scène est alors l'occasion d'un ballet faisant intervenir la Volupté, les Grâces et quatre Amours[13]. Ce ballet présente une scène à la fois dansée et chantée[13]. Malgré le spectacle, Céphale n'est pas consolable et la jalousie de l'Aurore s'accroît[13].
Acte IV
La scène est cette fois donnée à Arcas et Dorine qui discutent de l'inconstance des amants avec une écrite non pas en récitatif mais en forme de petit air galant[14]. La transition du mode majeur au mode mineur ramène au cœur du drame, par un prélude sombre, descriptif et dramatique[14]. Le divertissement de cet acte est l'occasion d'une scène infernale, faisant usage des registres graves, de longues tenus et de rythmes pointés[14]. L'Aurore demande à la Jalousie d'éprouver l'amour de Procris pour Céphale[14]. Le récitatif de l'Aurore est entrecoupé d'une ritournelle, et se conclut avec une symphonie lugubre, où les cordes s'agitent[14]. Procris apparaît et son air « Funeste mort, donnez-moy du secours » est l'occasion d'une autre magnifique plainte en fa mineur[14]. L'air est interrompu par un bruit sous-terrain sur le même rythme que celui du prélude de l'Aurore[15]. Procris est précipitée aux Enfers et la Jalousie lui apparaît[16]. L'accompagnement se fait sur une ligne inexorable de croches à la basse continue tandis que la Jalousie convainc peu à peu Procris qui tombe évanouie[16]. Viennent ensuite la Rage et le Désespoir ainsi qu'un Chœur de Démons qui jouent sur les rythmes de l'orchestre[16]. Le complot de l'Aurore fonctionne, lorsque Céphale revient vers Procris, celle-ci l'écarte[16].
Acte V
Le dernier acte débute sur un air de Procris qui se lamente de la trahison de Céphale sur un texte d'une rare qualité et dont la musique a su mettre les vers en exergue[16]. Procris se résout aux noces avec Borée, réjouissant la Thrace[16]. Procris souhaite se donner la mort, mais l'Aurore l'interrompt, émue du malheur de la pauvre femme[16]. L'Aurore rassure Procris et lui promet qu'elle pourra épouser Céphale[16]. Mais ce dernier a été cruellement blessé par Procris[16]. Il apparaît alors, accablé par le chagrin[16]. Son dernier air est un rondeau (forme ABACA) proche de celui de l'acte III[17]. Cependant, Procris meurt et Céphale recueille ses derniers soupirs[17]. Il cherche alors à la rejoindre aux Enfers[17]. Dans cette dernière scène, l'écriture de la compositrice se fait de plus en plus épurée à mesure que la mort approche[17].
Discographie
- Céphale et Procris, Tragédie en musique - Raphaële Kennedy (Procris) ; Camilla de Falleiro (Dorine) ; Achim Schulz (Cephale) ; Lisandro Abadie (Arcas) ; Daniel Issa (la Jalousie) ; Musica Fiorita, dir./clavecin et orgue, Daniela Dolci (7-, 2 CD ORF 3033)[8]
- Céphale et Procris, solistes, Chœur de chambre de Namur, A Nocte Temporis, direction Reinoud Van Mechelen. 2 CD CVS 2024. Diapason d’or.