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DAU (projet)

projet artistique From Wikipedia, the free encyclopedia

DAU (Дау) est un projet multidisciplinaire du réalisateur russe Ilia Khrjanovski entamé dans les années 2000, dont la phase finale commence en 2018. Il mêle cinéma, art contemporain et anthropologie.

En ressort quinze films, dont DAU. Degeneration (présenté à partir de 2019) et DAU. Natasha (présenté en 2020).

Le projet fait l'objet de plusieurs controverses sur les conditions de tournages et sa valeur esthétique. Il reçoit plusieurs récompenses lors de ses présentation en festivals.

En 2026, un film-somme, DAU est présenté à la Mostra de Venise.

Historique

Mise en place et concept

Le projet DAU est ébauché en 2004[1] et commence vraiment en 2006[2]. Il s'agit d'un projet biographique sur la vie du physicien soviétique Lev Landau (1908-1968), prix Nobel de physique 1962, ayant vécu une moitié de sa vie à Kharkiv (Ukraine), à étudier le comportement de la matière à très basse température (état de la matière, physique de la matière condensée, superfluidité).

Le réalisateur Ilia Khrjanovski projette de reconstituer la vie de son institut de recherche. Le projet est au croisement du cinéma, de l'art contemporain et anthropologie[2].

Le scénario original du film est tout d'abord basé sur Akademik Landau: kak my zhili, livre de mémoires de Cora Landau-Drobantseva, épouse de Lev Landau[3]. Il est co-écrit dans la difficulté avec Vladimir Sorokine, puis abandonné[4].

Au final, le projet présente les vies croisées d'une centaine de personnages historiques, dont une vingtaine jouent un rôle important, et qui ont tous vécu au moins un temps à l'institut entre 1938 et 1968. Ils forment une reconstitution du monde soviétique sur ces trois décennies.

Il est décrit comme un « Truman Show stalinien »[5].

Production

En 2007, le budget prévisionnel du film s'élève à 3,5 millions de dollars[6]. Le budget total sera finalement de 10 millions d'euros[7].

Il sera en coproduction par :

Tournage

Le tournage a lieu à Saint-Pétersbourg puis Kharkiv[9], sur un terrain de 12 000 m² à l'emplacement de l'ancien Dynamo Aquatic Stadium[10].

Initialement, le tournage doit durer 63 jours[4]. Il a pu être comparé au sujet du film Synecdoche, New York de Charlie Kaufman[11].

Les auditions pour DAU ont impliqué 392 000 non-acteurs[12],[13]. 200 à 300 non-acteurs vivaient à tout moment sur le plateau[14] et environ 400 ont été filmés, dont des scientifiques, des musiciens, des artistes, des compositeurs, des chefs religieux et des philosophes, ainsi que des serveuses, des nettoyeurs, des agents de la police secrète, des cuisiniers et des coiffeurs[15],[16],[10],[17]. 40 000 unités de costumes ont été faites et achetées pendant le tournage[14],[9].

L'architecture, les costumes, les objets et la nourriture ont créé une reconstitution fantasmagorique de l'ère soviétique des années 1930 à 1960[18],[19],[9],[20],[21]. Le processus non scénarisé a été filmé par intermittence d' à , période pendant laquelle aucun vêtement moderne, y compris les sous-vêtements, aucun produit sanitaire moderne ni aucun autre objet ou vocabulaire moderne n'était autorisé sur le plateau et les costumes, maquillages et coiffures d'époque étaient exigés de tous, y compris de l'équipe, que le tournage ait lieu ou non[14],[18],[7],[22],[23]. Sans scénario ni prises, les personnages agissaient et réagissaient dans les circonstances méticuleusement conçues, restant parfois sur le plateau pendant des mois[14],[24],[25],[18].

Tous, à l'exception de Dau (le chef d'orchestre Teodor Currentzis), de sa femme (l'actrice Radmila Chtchegoleva), de leur fils (comme jeune adulte — le musicien Nikolaï Voronov) et de Krupitsa, directeur de l'institut de 1938 à 1953 (le metteur en scène Anatoli Vassiliev), vivaient à l'Institut sous leurs propres noms. Leurs biographies réelles ont été adaptées aux réalités soviétiques[26],[27],[18]. Parmi les employés et les invités de l’Institut — des physiciens théoriciens, biologistes et neurobiologistes, entre autres David J. Gross, lauréat du prix Nobel, Shing-Tung Yau, lauréat de la médaille Fields, Nikita Nekrassov, Dmitri Kalédine, Andreï Losev, Samson Chatachvili, Carlo Rovelli, Erik Verlinde, James H. Fallon, autant que des artistes médiatiques et de performance, dont Marina Abramović, Carsten Höller, Boris Mikhaïlov, Peter Sellars, Romeo Castellucci, Alexei Blinov, et les personnes spirituelles comme Rav Adin Steinsaltz, chaman péruvien Guillermo Arévalo et d'autres[10],[23].

Montage et liste de films

Le montage des 700 heures de rushes est constitue un travail titanesque[28], menée à Londres par le réalisateur[29], mais aussi par Ilia Permiakov, Ekaterina Oertel et d'autres.

Des ébauches sont présentées à divers festivals, dont Cannes en 2014.

Il en ressort quinze films[22] :

  1. DAU. Dau, réalisé par Ilia Khrjanovski
  2. DAU. Brave People, réalisé par Ilia Khrjanovski et Aleksei Sliusarchuk
  3. DAU. Nora Mother, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  4. DAU. Empire, réalisé par Ilia Khrjanovski et Anatoliy Vasiliev
  5. DAU. Katya Tanya, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  6. DAU. Conformists, réalisé par Ilia Khrjanovski et Aleksei Sliusarchuk
  7. DAU. Three Days, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  8. DAU. Sasha Valera, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  9. DAU. Nikita Tanya, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  10. DAU. String Theory, réalisé par Ilia Khrjanovski et Aleksei Sliusarchuk
  11. DAU. New Man, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ilia Permiakov
  12. DAU. Nora Son, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  13. DAU. Natasha, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  14. DAU. Degeneration, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ilia Permiakov
  15. DAU. Regeneration, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ilia Permiakov

Il existe également un montage au format sériel[22] :

  • DAU. Nora, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  • DAU. Menu, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ekaterina Oertel
  • DAU. Degeneration, réalisé par Ilia Khrjanovski et Ilia Permiakov
  • DAU. Science, réalisé par Ilia Khrjanovski et Dmitry Kaledin
  • DAU. Concerts
  • DAU. Experiments

Un film-somme unique est monté sous le titre DAU et présenté à la Mostra de Venise 2026 en sélection officiel en compétition.

Diffusion

Conférences (à partir de 2017)

En 2017, une série de conférences a débuté à Londres pour explorer le large éventail de questions culturelles, sociales et politiques soulevées dans DAU[30],[31], et s'est poursuivie à Paris lors de la première du projet en 2019[32]. Parmi les participants des conférences — des historiens, scientifiques, personnalités politiques, diplomates, dont les professeurs Théodore Chanine, Alexandre Etkind, Robert Service, James H. Fallon, le premier président de l'Ukraine Leonid Kravtchouk, le premier sécretaire d’État de Russie Guennadi Bourboulis, le premier président de la république de Biélorussie Stanislaw Chouchkievitch, ambassadeur britannique en URSS Sir Roderick Braithwaite, ambassadeur de l'Allemagne de l'Ouest en URSS Andreas Meyer-Landrut, l’ancien chef d'état-major général de l'Empire britannique Sir Michael David Jackson, l’ancien directeur de la publicité à Sinn Féin Daniel Gerard Morrison et d’autres[33],[30],[34]. Les conférences ont eu lieu à l'École économique de Londres, Chambre des communes, Chambre des lords, London Royal Society[34]. En 2019, lors de la première parisienne du projet DAU, les conférences ont eu la suite, y participant écrivain Jonathan Littell, futurologue Real Milled, professeur de physique, spécialiste de théorie des cordes Nikita Nekrassov, écrivain et critique social Evgueni Morozov, photographe Reza Deghati, écrivain, Alexandre Etkind et d'autres.

Projet d'exploitation (2018)

À partir de 2018, un projet d'installation est mis en place dans des lieux uniques pour des projections limitées.

Trois capitales européennes sont choisies : Berlin, Paris et Londres (renommées Freiheit, Égalité, Brotherhood par Ilia Khrjanovski et démesure, violence, confusion par des journalistes du Monde[35]).

En septembre 2018, l'expérience berlinoise est annulée pour des raisons de sécurité[24],[36]. Le dessein consistait à reconstruire une partie du mur de Berlin pour créer «un mini-État fermé, avec contrôle des visas pour les visiteurs»[37]. Sur ce territoire fermé, les visiteurs devaient s'immerger dans des performances et des concerts d'artistes tels que Romeo Castellucci, Carsten Höller, Massive Attack et en particulier une performance de Marina Abramović et Teodor Currentzis qui avaient une idée de laver les gens en faisant référence à la procédure dans les camps de concentration, quand on disait aux prisonniers emmenés aux caméras à gaz qu'ils allaient prendre une douche[24]. Le point final de l'événement devait être la destruction du mur, chaque participant emportant un morceau avec lui[24].

L'expérience londonienne est également annulée[38]. Seul l'expérience parisienne est maintenue.

Expérience parisienne (2019)

L'expérience parisienne est prévue du au , dans théâtre du Châtelet et le théâtre de la Ville, reliés par une passerelle, et au Centre Pompidou[35]. Les théâtres sont alors ouverts en permanence pour des projections, des conférences et des animations. Un bar-restaurant nommé Shitty Hole est installé pour l'occasion et sert de la vodka et de la cuisine géorgienne dans de la vaisselle soviétique[35]. Les participants doivent se munir d'un « visa » à durée variable – six heures, vingt-quatre heures ou illimitée (de 20 à 150 euros)[35]. Pour les deux dernières catégories, les participants doivent participer à un entretien et se voient proposer un parcours personnalisé[35].

Le 23 janvier, d'importants cafouillage perturbent la présentation à la presse. Le 24 janvier, l'ouverture est reportée pour des raisons de sécurité et d'attente d'autorisation préfectorale[39].

Les films DAU y sont projeté (a l'exception du premier et de la deuxième partie du quatrième).

Exploitation des films

Parmi les quinze films, DAU. Degeneration et DAU. Natasha sont présentés à la Berlinale 2020.

Un film-somme, DAU est présenté à la Mostra de Venise 2026.

DAU. Digital

DAU. Digital est une plateforme en ligne permettant d'explorer les 700 heures de rushes[18].

Livres

À la première parisienne des conversations des personnages étaient disponibles, enrégistrées et transcrites lors et hors du tournage[40],[41]. Thames & Hudson, en préparant la publication du DAU Document[42], a recueilli des photos (sélectionnées de 1.5 million) prises aux plateau avec des caméras Leica de l’ère soviétique et des résultats des expériences scientifiques faites dans le film. Les essais qui explorent de tels thèmes que la nature de la société, le pouvoir, l’amour, les états modifiés de la conscience et la violence entrecoupent le récit visuel chronologique. La section finale comprend 80 000 costumes et accessoires de l’époque, ainsi que des personnages qui populaient le projet, les images de toute la séquence présentées en ordre chronologique[42].

En 2018, Comme des Garçons a collaboré avec le projet DAU pour publier un album de photographies dans le cadre de leur initiative annuelle de publication du travail d'artistes et de photographes[43]. En 2018, l'édition spéciale Les Salons DAU at Le Châtelet a été publiée comme « un cadeau à la ville de Paris », contenant les œuvres de Bakst, Larionov et Natalie Gontcharova à côté des fragments d'installations de DAU, avec des avant-propos de la maire de Paris Anne Hidalgo, de la directrice artistique du Théâtre du Châtelet Ruth Mackenzie et d'autres personnes[44],[45].

Controverses

Plusieurs femmes témoignent des conditions difficiles sur le tournage du projet et accusent le réalisateur Ilia Khrjanovski[46]. Celui-ci nie la réalité de ces accusations à l'occasion de la présentation de DAU. Natasha à la Berlinale 2020[46].

Accueil

Les premières projections provoquent des réactions virulentes[16],[47]. Il est difficile de saisir la trame narrative des films (dont la durée cumulée dépasse les 30 heures, impliquant des dizaines de personnages et se déroulant sur une période de plus de 30 ans) sans avoir vu plusieurs d'entre eux dans leur intégralité, ce que peu de spectateurs ou de journalistes ont la possibilité de faire.

Le projet est qualifié d'« immersif et sulfureux » par Le Monde[35]. Il se révèle de très vastes dimensions; quelques scènes violentes (peu nombreuses) ou sexuellement explicites (plus fréquentes) déconcertent les spectateurs et nourrissent rumeurs et fantasmes. La longueur des films, la lenteur de certains d'entre eux, l'omniprésence de longues scènes de dialogues amènent la plus grande partie du public à ne pas assister aux projections jusqu'à leur terme.

Le réalisateur Ilia Khrjanovski compare le projet à une « rivière sacrée » pouvant être « dégoutante à voir »[46].

Du côté de la critique russe venue pour l'expérience parisienne, DAU est considéré comme un événement esthétique d'envergure[48].

Notes et références

Voir aussi

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