Dayr Tarif

village palestinien expulsé en 1948 From Wikipedia, the free encyclopedia

Dayr Tarif (دير طريف, également transcrit Deir Tarif) est un village palestinien du sous-district de Ramle, en Palestine mandataire. Comme des centaines d’autres villages, il a été dépeuplé lors du nettoyage ethnique opéré par l’armée israélienne lors de la guerre de Palestine, le 10 juillet 1948.

Faits en bref Pays, Sous-district ...
Dayr Tarif
Vestiges de Dayr Tarif.
Géographie
Pays
Sous-district
Superficie
8,76 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
1 750 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
199,8 hab./km2 ()
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Étymologie

Selon Palmer, le nom du village signifie « le monastère de Tureif », Tureif signifiant la fin[1].

Géographie

Dayr Tarif se trouvait dans le sous-district de Ramle, à 10 kilomètres au nord de Ramle, dans la plaine côtière palestinienne[2].

Les villages voisins de Dayr Tarif étaient, au nord, la colonie templière allemande de Wilhelma et At-Tira, à l‘est Bayt Nabala, au sud Jindas, à l‘ouest al-Safiriyya et Kafr 'Ana. La ville de Lydda était très proche ainsi que l’aéroport de Lydda. Un bon réseau routier desservait le village : route principale vers Tulkarem, plus le triangle de routes allant vers Jaffa, Lydda et Jérusalem. De plus, le village bénéficiait de la voie ferrée des chemins de fer de Palestine aboutissant à Bayt Nabala[2]. Le village avait une forme trapézoïdale et était divisé en deux quartiers séparés par des terres vacantes[2].

En 1945, la superficie totale des terres du village était de 8756 dounams (8,8 km²)[3] dont la propriété était répartie entre 418 dounams (42 hectares) de terres publiques et 8338 dounams (834 hectares) de terres privées appartenant à des Arabes[2]. Sur cette superficie, 871 dounams (87 hectares) étaient incultes, 1410 dounams (141 hectares) étaient consacrés aux plantations d’agrumes et de bananiers, 486 dounams (49 hectares) classés comme plantations ou terres irrigables, et 5989 dounams (599 hectares) consacrées aux cultures céréalières[4].

Histoire

Le site a été identifié avec le Bethariph mentionné par Eusèbe de Césarée dans son Onmasticon (en), au début du IVe siècle[5]. Des traces de ruines, des citernes et des tombes taillées dans le roc « évidemment chrétiennes », en rapport avec un monastère, sont signalées au sud-ouest du village par le rapport du Palestine Exploration Fund[6].

Des céramiques d’époque byzantine ont été trouvées à Dayr Tarif[7].

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

Selon le defter (registre fiscal) de 1596, Dayr Tarif relève de la nahié (sous-district) de al-Ramla et de la liwa de Gaza. Ce document recense 49 foyers, soit environ 270 personnes, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 25% sur leurs productions agricoles, blé, orge, légumes et fruits, vignes, vergers, sésame, chèvres et ruches, plus des taxes diverses, pour un total de 9000 akçe[8].

Selon Marom, au 18e siècle ou au 19e siècle, les habitants de Dayr Tarif étaient affilié au clan des Yamani lors des guerres opposant (en) les Qaysites aux Yaman (en), aux côtés des habitants de Qibya et d’une partie de ceux de Bayt Nabala. Ils ont combattu lors de quelques escarmouches contre leurs rivaux de Deir Abu Mash'al et Jayyous[9].

En 1870, Victor Guérin estime la population de Deir Tharif village à environ 400 habitants. Il note quelques colonnes antiques près de la mosquée, ombragée par un acacia mimosa[10]. Une liste de villages ottomane de la même année recense 374 hommes à Dayr Tarif, dans 93 maisons, ce document ne recensant pas les femmes[11],[12].

En 1882, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit le village comme « un très petit hameau sur le bord de la plaine »[13].

Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Dayr Tarif est conquise en décembre 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Dayr Tarif a une population de 836 habitants, tous musulmans[14] qui augmente au recensement de 1931 à 1246, tous musulmans, dans 291 maisons[15].

Une école primaire est fondée en 1920 ; en 1947, elle avait 171 élèves inscrits[16]. Le village avait aussi plusieurs boutiques et une mosquée[2]. De nombreux puits artésiens fournissaient l‘eau d’irrigation[2].

Dans les statistiques de Village de 1945, la population de Dayr Tarif est estimée à 1750 habitants, tous musulmans[17],[3].

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Dayr Tarif est attribué à l’État arabe[18].

Durant la guerre israélo-arabe de 1948, une attaque aérienne vise Dayr Tarif dès le 14 avril 1948 : un avion du Sherout HaAvir largue une bombe sur le village, faisant cinq blessés dont un enfant de deux ans[2].

Dayr Tarif est dépeuplé le 10 juillet 1948 par le 9e bataillon de commando de la brigade blindée Sheva, lors de l’opération Dani. Le village, dont la population est alors estimée à 2030 habitants, est défendu par l’armée jordanienne[19]. L’Encyclopédie interactive de la Question palestinienne livre un autre récit, basé en partie sur l’histoire officielle de la Haganah : des unités de la brigade Sheva et un bataillon de la brigade Kiryati s‘emparent du village le 9 juillet, au début de l‘opération Dani. Ils sont très vite repoussés par la légion arabe transjordanienne. Le 11 juillet, la brigade blindée occupe les positions dominant le village et repousse la légion arabe vers Badras. Le village n’est pas occupé immédiatement, mais lors de la défense de Wilhelma par l’armée israélienne. Dayr Tarif est définitivement conquis le 13 juillet après une journée de combats acharnés qui s’étendirent jusqu’à Bayt Nabala[2].

Après la conquête, la population palestinienne est expulsée. Manquant de troupes pour tenir le village, le commandant Zvi Ayalon demande l‘autorisation de le détruire avec un groupe de 13 autres villages du secteur, autorisation qui est accordée[16],[19]. Dayr Tarif est entièrement détruit, à l’exception de l‘école, reconvertie en étable[16] et annexé à Israël.

Le moshav de Beit Arif est fondé dès 1949 à la place de Dayr Tarif[16], sous le nom initial d’Ahlama, du nom d’une pierre sacrée du judaïsme. Il change ensuite de nom[20].

Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste du village en 1992 : « Le site, couvert de débris des maisons détruites, est envahi d’épineux et de plantes sauvages. Plusieurs vieux oliviers et des cyprès poussent sur le site. L’école sert d’étable. Du coton et des agrumes sont cultivés par les Israéliens[16]. »

Annexes

Bibliographie complémentaire

Articles connexes

Liens externes

Notes

Bibliographie

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