Dermatose nodulaire contagieuse
maladie bovine
From Wikipedia, the free encyclopedia
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ou dermatose bovine est une maladie infectieuse virale qui touche les bovins (dont les vaches et les buffles). Elle n’est pas transmissible à l’humain.
| Domaine | Varidnaviria |
|---|---|
| Règne | Bamfordvirae |
| Phylum | Nucleocytoviricota |
| Classe | Pokkesviricetes |
| Ordre | Chitovirales |
| Famille | Poxviridae |
| Sous-famille | Chordopoxvirinae |
| Genre | Capripoxvirus |
Elle est causée par un poxvirus à ADN double brin de la famille des Poxviridés, le virus Capripoxvirus lumpyskinpox aussi connu sous le nom de virus de Neethling. C’est une maladie à déclaration obligatoire pour l'Organisation mondiale de la Santé animale.
La maladie, principalement transmise par des insectes et acariens (tiques) hématophages a un impact économique majeur car elle diminue drastiquement la production animale et le rendement du bétail, et s'accompagne de restrictions commerciales.
La DNC provoque de fortes fièvres, des nodules douloureux et une grande souffrance chez les animaux, avec une mortalité faible. Les animaux infectés par la dermatose nodulaire se rétablissent généralement complètement et aucun porteur chronique du virus n’est documenté. L'émergence de variants modifiant le mode de transmission complique le contrôle et le diagnostic de la maladie.
Le contrôle et l'éradication de la maladie passent par l'application de mesures sanitaires spécifiques, qui dépendent du statut de la maladie dans les zones touchées. Ces mesures incluent la vaccination préventive, la limitation des déplacements de bovins entre zones infectées et zones indemnes, ainsi que l'abattage de troupeaux atteints, cette dernière mesure étant controversée.
Historiquement en Afrique depuis un siècle, la DNC s'étend à partir des années 2000 au Moyen-Orient puis vers le Sud-est européen, et est devenue ainsi émergente en Europe vers 2019. Des cas sont en effet repérés en Grèce, Bulgarie et d'autres pays des Balkans. En France, un premier cas est diagnostiqué le en Savoie[2], et plus récemment en début au sud de Toulouse (Haute-Garonne), ce qui a engendré une manifestation agricole.
Histoire

La première épizootie recensée a lieu en Zambie en 1929. Depuis, la maladie affecte le bétail de tout le continent africain et de Madagascar[3]. Elle touche ainsi principalement l'Afrique[4] puis l'Asie à partir des années 2000.
En 1989, un foyer est confirmé en Israël[5]. L'île de Chypre présente plusieurs foyers de DNC en 2014 et 2015[6]. La Turquie et la Grèce sont touchées en 2015, puis différents pays des Balkans sont atteints en 2016 et 2017, entraînant la mise en place d'un programme de vaccination généralisé[7],[8] et d'un contrôle du déplacement des animaux[9]. En 2020, l'Asie centrale est touchée et la dermatose nodulaire y devient endémique[10].
Des vaccins contaminés ont joué un rôle désastreux dans la diffusion de la maladie[11] comme au Kazakhstan (2017-2019)[12], en Inde (2022) probablement par des importations illégales de vaccin[13], en Russie[14] et en Chine[12].
En 2018, 2019 et 2022, plusieurs études ont estimé le risque d’introduction de la dermatose nodulaire contagieuse en France[15],[16]. Une étude a examiné le risque d’introduction de la maladie par des vecteurs arthropodes transportés via des camions de transport d’animaux. Le risque annuel d’introduction de la dermatose nodulaire par Stomoxys calcitrans (la mouche charbonneuse) voyageant dans des véhicules de transport d’animaux était estimé entre 0,004 % et 0,32 %. Cette même étude estimait que la probabilité de survenue d’un premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse (LSD) en France à la suite de l’introduction de vecteurs infectieux transportés avec des bovins vivants destinés à l’abattoir était quasi nulle. Ce risque était principalement lié à la probabilité que des insectes transportés par les véhicules proviennent de zones à haut risque et pénètrent ensuite dans des exploitations françaises. Une autre analyse de risque s’est concentrée sur l’importation de bovins en France[17]. Les auteurs ont estimé que la probabilité de survenue du premier foyer de LSD à la suite de l’importation de bovins vivants infectés destinés à l’élevage ou à l’engraissement était de 0,54% en été, et de 0,18% hiver.
En , la maladie apparaît en France[18] ; en Savoie, 143 bovins sont abattus, et un plan de vaccination obligatoire est mis en place pour contenir la maladie et éviter une crise durable. « Autour de chaque foyer, une zone de restriction de 50 kilomètres interdit les mouvements d’animaux. Cela correspond à 2 156 élevages et 225 000 bovins »[19]. En octobre, 80 foyers y sont identifiés[20].
Étiologie

Le LSDV, pour Lumpy Skin disease virus, est un virus du genre Capripoxvirus[21], genre responsable de la plupart des maladies virales provoquant d'importantes pertes économiques en Asie et en Afrique[22]. Ce genre comprend trois espèces, outre le LSDV qui touche les bovins, le SPPV (sheepox virus qui touche les ovins donnant la clavelée ou variole ovine) et le GTPV (goatpoxvirus qui touche les caprins donnant la variole caprine).
Il s'agit d'un virus enveloppé à ADN qui contiendrait 156 gènes répartis sur un génome de 151 kilo-paires de bases[22]. Résistant dans l'environnement, il persiste dans les nodules et les croûtes desséchées qu'il cause chez les animaux, jusqu'à 35 jours.
Depuis la première description du virus en 1929 en Zambie, le génome du virus est resté remarquablement stable, comme l’illustrent les analyses génétiques des isolats de terrain africains ne montrant que des différences mineures. De plus, la comparaison des isolats de terrain du Moyen-Orient en 2012 et d’Europe en 2015 avec les isolats africains a également mis en évidence la stabilité génétique du virus[23],[24].
Depuis 2017, plusieurs virus recombinants sont apparus:
- En 2017, un nouveau recombinant a été isolé lors d’un foyer actif à Saratov, en Russie. La caractérisation génomique de ce virus a révélé une ossature génétique issue de la souche vaccinale Neethling/LW1959, avec 27 événements majeurs de recombinaison impliquant l’intégration de segments apparentés à la souche vaccinale KSGPO [25]. Un virus présentant une forte identité de séquence avec Saratov/2017 a été isolé à Saratov à la fin de l’année 2019, indiquant la capacité de ce recombinant du virus à survivre à l’hiver rigoureux et aux conditions de gel en Russie[26].
- Une seconde souche recombinante du virus a été isolée et caractérisée en en Oudmourtie (Russie), également dans des conditions hivernales rigoureuses. Contrairement au premier recombinant, Saratov/2017, cette seconde souche (Udmurtia/2018) présentait une ossature génomique identique à celle des souches de type KSGPO, avec des segments de Neethling/LW1959 intégrés à la suite d’événements de recombinaison spécifiques entre les deux souches[27]. Ces deux recombinants étaient génétiquement distincts et semblaient limités à des foyers localisés dans des régions spécifiques[28].
- Un troisième recombinant nouveau a été identifié à Tioumen, en Russie, en 2019, avec une ossature génomique identique à celle du vaccin Neethling et des motifs génétiques apparentés à la souche vaccinale KSGPO intégrés[29].
- Peu après, la description d’un quatrième recombinant nouveau a été rapportée en Chine à partir de 2019[30]. Ce virus s’est rapidement propagé à travers la Chine vers des pays voisins, notamment le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Mongolie, la Russie et la Thaïlande. Cette lignée est actuellement la lignée dominante se propageant en Asie du Sud-Est, y compris en Malaisie, à Singapour et en Indonésie.
Le LSDV est sensible aux rayons lumineux et à plusieurs détergents comme l'éther, le phénol, l'hypochlorite de sodium (eau de Javel), les composants iodés, et les détergents à base d'ammonium quaternaire[22]. Dans les endroits sombres, il peut cependant survivre plusieurs mois[22].
Physiopathologie

Le virus de la dermatose nodulaire contagieuse infecte l’animal par la piqûre d’un vecteur ou par contact direct à travers des abrasions ou des coupures cutanées. La réplication initiale du virus se produit dans les kératinocytes des couches dermique et épidermique. Par la suite, le virus se propage vers les ganglions lymphatiques régionaux via les vaisseaux lymphatiques, où il infecte différents types de cellules immunitaires. À partir des ganglions lymphatiques régionaux, le virus se dissémine par voie lymphatique vers divers organes et tissus. La virémie survient lorsque le LSDV pénètre dans la circulation sanguine, soit par infection directe des cellules endothéliales tapissant les vaisseaux sanguins, soit par l’intermédiaire de cellules immunitaires infectées qui migrent dans le sang. À partir du sang, le virus se propage ensuite vers de nombreux organes, notamment la peau, les poumons, le foie, l’intestin, la rate et les reins, ce qui conduit finalement au développement de signes cliniques plus sévères, caractérisés par une lymphadénopathie généralisée, de la fièvre et des lésions cutanées étendues.
Épidémiologie
Espèces atteintes
La dermatose nodulaire contagieuse affecte principalement les bovins d'élevage mais touche également les girafes, les buffles d'Afrique et les impalas[31]. La maladie ne touche pas les petits ruminants[21] excepté dans des conditions expérimentales[22]. Le virus ne provoque pas de signes cliniques chez les moutons ou les chèvres ; toutefois, certaines souches de virus peuvent se répliquer chez ces espèces après inoculation expérimentale[32].
Avec l’expansion géographique récente de la maladie, des signes cliniques et l’identification moléculaire du virus ont été rapportés chez les chameaux et les gazelles indiennes (Gazella bennettii) vivant à l’état sauvage en Inde en 2022[33],[34]. En outre, la dermatose nodulaire a entraîné une forte mortalité chez les yaks en Chine[35], ainsi que des signes cliniques chez le gaur (Bos gaurus), le saro continental (Capricornis sumatraensis) et le banteng (Bos javanicus) en Thaïlande en 2021[36].
Les races domestiques semblent plus impactées que les races sauvages. La majorité des cas de la maladie sont rapportés chez les bovins. Il a été observé que la race, l’âge, la couleur et le sexe de l’animal jouent un rôle dans la susceptibilité à la maladie[37],[38]. Malgré ces facteurs intrinsèques, la maladie peut être contrôlée par la restriction des mouvements des animaux malades et prévenue par des campagnes annuelles de vaccination[39].
Il ne s'agit pas d'une maladie zoonotique ; l'être humain ne peut pas être infecté[4].
Morbidité et mortalité
La morbidité et la mortalité varient selon les groupes d'animaux touchés, en fonction de la race des animaux, de leur statut immunologique, ainsi que des insectes vecteurs de la maladie[22]. La mortalité est faible, comprise entre 1 et 5 %[4].
Dans les pays où la dermatose nodulaire contagieuse est endémique, la morbidité atteint les 10 %.
Transmission

Depuis les premières flambées de dermatose nodulaire contagieuse en Afrique australe, le mode et le mécanisme prédominants de transmission ont fait l’objet de débats. Cela est en partie dû à la nature même de la maladie, ainsi qu’aux différentes conditions dans lesquelles elle a été décrite. Les foyers initiaux observés en Afrique du Sud dans les années 1940 étaient très différents de ceux rapportés au Kenya dans les années 1950[40],[41]. En Afrique du Sud, l’épidémie s’est propagée à travers le pays en l’espace d’un an, tandis qu’au Kenya, sur une période de 12 mois, elle est restée confinée à 58 exploitations dans un rayon de 25 miles. Cette différence pourrait s’expliquer par les conditions sociopolitiques, le niveau de préparation et les réponses des pays face à la maladie, ou encore par des différences dans les populations bovines, les pratiques d’élevage ou les souches virales[42],[41].
Contrairement aux mesures de quarantaine strictes mises en place au Kenya, les foyers observés en Afrique du Sud étaient concentrés le long des voies ferrées et des routes, ce qui concorde avec le déplacement des animaux comme source de nouvelles infections[43]. La flambée initiale au Kenya n’a pas pu être reliée à l’introduction de bovins, bien que la première exploitation touchée ait signalé l’importation de moutons à queue grasse[41]. Les cas observés au Kenya étaient moins sévères qu' en Afrique du Sud. Dans ce dernier pays, la maladie persistait tout au long de l’année, avec une incidence maximale durant les mois d’été. Bien qu’elle diminuât pendant l’hiver, de nouveaux foyers étaient signalés dans des exploitations où survenaient de fortes gelées, suggérant l’existence de modes de transmission alternatifs à la transmission vectorielle[43]. Néanmoins, l’incapacité des mesures de contrôle à prévenir efficacement la propagation de la dermatose nodulaire, combinée à une prévalence plus élevée de la maladie durant les étés humides, en particulier dans les zones de basse altitude, a conduit les chercheurs à supposer que les insectes jouent un rôle important dans la transmission.
Parallèlement, il est noté des infections survenues en l’absence d’insectes, ce qui est possible soit par transmission directe, soit indirectement par l’intermédiaire de fomites, impliquant potentiellement la salive infectée[43]. Plusieurs foyers sont apparus à de grandes distances de la source connue de l’infection, ce qui pourrait s’expliquer davantage par les mouvements de bovins que par la dispersion d’insectes[43]. D’autres éléments en faveur de modes de transmission alternatifs sont apportés par l’inefficacité des insecticides à empêcher la propagation de la dermatose nodulaire[43]. Différentes voies de transmission de la dermatose nodulaire ont été rapportées dans des conditions de laboratoire (expérimentales). L’excrétion du virus dans les nodules cutanés des animaux atteints, ainsi que dans la salive infectée, les sécrétions oculaires et nasales et le sperme, a été décrite comme des sources potentielles de virus. De plus, la transmission a été obtenue lorsque des bovins naïfs partageaient un abreuvoir avec des animaux sévèrement infectés dans des installations exemptes d’insectes[37],[44].
L’excrétion prolongée du virus dans le sperme bovin, y compris chez des taureaux asymptomatiques, soulève des inquiétudes quant à une transmission vénérienne[45]. Par ailleurs, la transmission par insémination artificielle à partir de sperme expérimentalement contaminé a été démontrée[46], tandis qu’une transmission intra-utérine a été rapportée sur le terrain[47].
Transmission vectorielle
La transmission mécanique ( la transmission du virus ne dépend pas de sa capacité à se multiplier dans le vecteur) par les arthropodes (certaines espèces de tiques, Stomoxys, Aedes et Culex) est considérée comme le mode de transmission viral le plus important, en l’absence de preuves d’une réplication active du virus chez les insectes ou les tiques[48],[49].Ce qui est indirectement corroboré par la saisonnalité des foyers, principalement associés aux mois chauds et pluvieux, avec des occurrences beaucoup plus rares en hiver[50].
Les éléments soutenant la transmission par les arthropodes incluent l’apparition de la maladie à plusieurs centaines de kilomètres du foyer initial sur une courte période, associée à l’observation que les épidémies surviennent principalement durant les saisons des pluies et le long des cours d’eau, en lien avec une augmentation de l’activité des insectes. Alternativement, la propagation plus rapide du virus vers de nouvelles régions pourrait être liée aux mouvements d’animaux (en particulier lorsqu’ils sont facilités par l’homme), aux aliments pour animaux et/ou aux produits d’origine animale, autrement dit à une transmission par fomites.
Les moustiques femelles Aedes aegypti et les mouches Stomoxys calcitrans sont capables de transmettre efficacement le virus[51],[52]. En revanche, dans d’autres études, la transmission du virus de bovins infectés vers des bovins sensibles à l’aide de moustiques (Anopheles stephensi), de mouches d’étable (Stomoxys calcitrans) et de moucherons piqueurs (Culicoides nubeculosus) n’a pas pu être démontrée[53].
Les variations observées dans les résultats expérimentaux sont probablement dues aux faibles niveaux de virémie dans le sang des animaux infectés, ce qui contribue à l’inefficacité de la transmission du virus par les mouches hématophages se nourrissant uniquement de sang. Il a été suggéré que les insectes piqueurs doivent se nourrir sur des lésions cutanées, ou sur des sécrétions nasales et oculaires, afin d’acquérir une charge virale suffisante pour permettre une transmission ultérieure. Les insectes se nourrissant sur un animal subclinique ont 97 % moins de risque d’acquérir le virus que ceux se nourrissant sur un animal présentant des signes cliniques[54].
Le virus persiste dans la peau et peut être isolé jusqu’à 38 jours après l’infection[37], tandis que l’ADN viral a été détecté par PCR dans les lésions cutanées pendant plus de 90 jours[55]. Les questions relatives à la source et à la forme les plus appropriées du LSDV pour permettre une transmission vectorielle — à savoir l’origine virale à partir du sang et/ou de la peau, ainsi que les formes virales intracellulaire mature et/ou extracellulaire enveloppée — demeurent sans réponse.
Il ne fait guère de doute que les bovins présentant des lésions cutanées permettent la transmission du virus par les vecteurs. Toutefois, la question de la capacité des bovins virémiques sans lésions cutanées à transmettre le virus sur le terrain demeure non résolue[11].
La distance maximale de transmission du virus par les vecteurs est actuellement inconnue. Il est établi que le virus s’est propagé le long des voies navigables en Asie du Sud-Est et qu’il continuera probablement à se diffuser à travers les îles de la région[56]. Les moussons et les cyclones peuvent accroître la distance de dispersion des vecteurs. Le risque d’introduction du virus en Australie, pays actuellement indemne du virus, est élevé, et la transmission naturelle par des insectes transportés par le vent est actuellement considérée comme le mécanisme le plus probable d’introduction.
Les insectes vecteurs peuvent héberger le virus et le transmettre pendant 2 à 8 jours[21]. Les insectes vecteurs identifiés sont la mouche des étables (Stomoxys calcitrans), la mouche domestique, la fausse mouche des écuries, les taons (genres Tabanus, Chrysops, Haematopta), et des moustiques[21]. Les tiques pourraient constituer des réservoirs du virus[21].
Transmission non vectorielle
La propagation sans précédent de la dermatose nodulaire en Russie, vers le nord et l’est, a mis en évidence les lacunes existantes dans la compréhension des mécanismes de transmission du virus, notamment les mécanismes de survie hivernale aux latitudes septentrionales, tels que la contamination environnementale des pâturages , la propagation en dehors des zones de forte abondance supposée des vecteurs insectes, le rôle des fomites, ainsi que les différences dans la distribution des foyers du virus entre les élevages laitiers et les élevages de bovins de boucherie[50],[57]. Les données épidémiologiques actuellement disponibles suggèrent une transmission par des voies non vectorielles[57],[27].
Dans des conditions contrôlées, au sein d’installations protégées contre les insectes, la souche Saratov/2017 du virus a démontré sa capacité à se transmettre à des animaux en contact partageant les mêmes abreuvoirs et mangeoires. Les animaux en contact sont devenus virémiques environ trois semaines après le début de la virémie chez les animaux inoculés. Il s’agit de la première démonstration expérimentale de la transmission indirecte du virus. Les souches classiques de terrain du virus (appartenant aux clusters 1.1 ou 1.2) se propagent principalement par des vecteurs se nourrissant sur les bovins [11].
Les souches Saratov/2017 et Dagestan/2015 ont été évaluées pour leur capacité de transmission par voie orale. Les résultats obtenus ont mis en évidence les caractéristiques uniques de la souche Saratov/2017, capable d’infecter les bovins après une inoculation orale, tandis que les bovins inoculés par voie orale avec la souche non recombinante Dagestan/2015 n’ont pas été infectés. La comparaison directe réalisée dans cette étude met en évidence une différence nette d’efficacité de transmission entre les isolats classiques et recombinants[11].
La transmission du virus de la dermatose nodulaire contagieuse entre bovins par contact direct n'est prouvé qu’expérimentalement[58]. Dans cette étude, les bovins ont été infectés à l’aide d’une souche recombinante virulente du LSDV dérivée d’un vaccin (Saratov/2017), et des animaux infectés ainsi que des animaux sains ont été hébergés ensemble pendant une période de 60 jours . La transmission par injection si le matériel médical est commun à plusieurs animaux. Le vent permettrait une propagation de la maladie sur une longue distance[21].
Le virus est excrété par tous les fluides de l'animal ainsi que par les lésions cutanées qu'il provoque[22].
Sur la base des résultats récents issus de l’épidémiologie moléculaire, il apparaît clairement que les déplacements d’animaux associés aux activités humaines jouent le rôle le plus important dans la propagation de la maladie. Cette observation avait déjà été faite en 1949, qui avait indiqué que la dermatose nodulaire se propageait principalement le long des voies ferrées et des routes. La propagation de la maladie sur de longues distances et au-delà des frontières est attribuable au mouvement d’animaux infectés, tandis que la propagation à courte distance peut résulter de contacts directs ou d’une transmission mécanique par les insectes[59]. L’impact de la faune sauvage dans la propagation de la maladie n’a pas encore été étudié de manière approfondie[60].
Symptômes
La période d'incubation dure de une à quatre semaines[31],[61],[62].
L'animal atteint présente dans un premier temps une hyperthermie, avec un jetage nasal, un jetage oculaire ainsi que du ptyalisme[10]. Ces signes s'accompagnent d'un abattement, d'un gonflement important des ganglions lymphatiques ainsi que d'anorexie[10] pouvant engendrer un amaigrissement[22]. La production laitière chute chez les vaches laitières[63], il est de plus possible d'observer des mammites ainsi que des avortements ou la mise-bas de veaux présentant des lésions cutanées[22].
Des nodules cutanés bien délimités, dont le diamètre est compris entre 5 mm et 5 cm, apparaissent ensuite sur le corps de l'animal[10]. Ces nodules sont fermes, indolores, en relief mais plats, remplis d'une substance crémeuse blanchâtre et du sérum peut en exsuder[10],[4]. Ils peuvent parfois être internes et toucher le pharynx, la larynx, la trachée, les poumons comme les organes du système digestif[10],[22]. Les nodules se nécrosent et forment ensuite des croûtes adhérentes qui en tombant provoquent des lésions ulcéreuses[4]. Ils peuvent également se résorber[4]. Un oedème des membres peut également se développer[63].
Les lésions cutanées provoquées par les nodules peuvent cicatriser ou se sur-infecter[63].
Chez les animaux sévèrement touchés, des symptômes généraux peuvent également survenir (toxémie, broncho-pneumonie secondaire), des orchites, une sténose trachéale, ou bien des mammites secondaires et des atteintes du système reproducteur[63].
Les animaux infectés par la dermatose nodulaire se rétablissent généralement complètement et aucun porteur chronique du virus n’est documenté[64].
Chronologie de l'infection
Des études expérimentales basées sur une inoculation intradermique du virus ont permis de définir des chronologies précises pour les différents événements cliniques[65]:
- entre 4 et 7 jours post-infection , des nodules ou plaques de 1 à 3 cm apparaissent au site d’inoculation ;
- entre 6 et 18 jours post-infection, une excrétion virale par les voies orale et nasale est observée, accompagnée d’une virémie ;
- entre 7 et 19 jours post-infection, une lymphadénopathie régionale et des nodules cutanés généralisés se développent ;
- enfin, 42 jours après l’apparition de la fièvre, le virus peut être détecté dans le sperme .
Diagnostic
La maladie peut être facilement confondue dans ses premiers stades avec la maladie d'Allerton causée par un herpèsvirus, le Simplexvirus bovinealpha2 ou BHV2.
Des outils diagnostiques rapides et fiables ont toujours été essentiels au contrôle et à l’éradication des maladies. Les premiers tests PCR appliqués au virus de la dermatose nodulaire reposaient sur des approches de PCR conventionnelle ciblant des gènes spécifiques du genre Capripoxvirus[66], suivies par le développement de PCR en temps réel permettant la détection des capripoxvirus[67]. L’expansion géographique du virus au-delà de l’Afrique vers le Moyen-Orient et l’Europe, ainsi que l’utilisation de vaccins vivants atténués contre le virus, ont rendu nécessaire la mise au point de diagnostics capables de différencier les isolats de terrain du virus des souches vaccinales vivantes atténuées utilisées.
Avec l’émergence de virus recombinants de type vaccinal, le diagnostic se complique, car les réarrangements génomiques dus aux événements de recombinaison ont entraîné une dégradation des performances de l’ensemble des tests et kits existants. Les connaissances actuelles en épidémiologie moléculaire indiquent clairement la nécessité de poursuivre les efforts afin d’identifier des cibles génétiques appropriées, liées à la virulence et à la transmission, permettant de différencier efficacement les lignées actuelles du virus à l’aide de tests PCR[11].
Prise en charge
Traitement
Le seul traitement de la dermatose nodulaire bovine est symptomatique, mais il est cependant coûteux. La prévention de la maladie est donc fortement encouragée[22]. Des antibiotiques peuvent être utilisés pour éviter des complications microbiennes, ainsi que des anti-inflammatoires, des solutions antiseptiques et des traitements de soutien[22].
Les animaux qui ne meurent pas de la maladie se rétablissent généralement complètement et aucun porteur chronique du virus n’est documenté[64].
Gestion des troupeaux
Le traitement des troupeaux atteints varie selon les pays. Dans l'Union européenne, la réglementation oblige à abattre le troupeau entier dès qu'un des animaux y est atteint. En Turquie, seuls les animaux atteints sont abattus. En Israël, l'épidémie est maîtrisée en vaccinant et en euthanasiant l'animal pour des raisons de bien-être, selon le rapport de l'European Food Safety Authority[68].
Selon le manuel de la FAO, l'abattage complet ne saurait remplacer une vaccination tout en soulignant que « l’unité épidémiologique concernée peut souvent correspondre à un village entier plutôt qu’à une exploitation individuelle, ce qui réduit l’efficacité des politiques d’abattage sanitaire total ou partiel ». De même, une décision d'éradication par abattage doit s'accompagner d'un juste programme d'indemnisation (sinon les animaux atteints ne sont pas déclarés et circulent illégalement) tout en tenant compte des réactions des éleveurs, du public et des médias[69].
En raison de sa forte contagiosité, la maladie est classée en catégorie A par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et par l’Union européenne, ce qui signifie que l’abattage total du troupeau est prescrit dès le premier cas, pour éviter sa propagation. Cette mesure, bien que jugée nécessaire pour enrayer l’épidémie, suscite des débats chez les éleveurs qui réclament des solutions plus ciblées comme l’isolement temporaire[70].
Prévention et mesures de contrôle
Le contrôle de la maladie repose sur la vaccination, le diagnostic précoce de la maladie, et des mesures de biosécurité incluant le contrôle des déplacements des animaux[4] ainsi que des mesures s'appliquant aux praticiens vétérinaires[10]. Les insecticides n'empêchent pas la propagation de la dermatose nodulaire[43].
Vaccination
La vaccination est la seule technique de prévention efficace en régions endémiques comme en régions nouvellement infectées[22],[71].
La propagation incontrôlable du virus vers de nouvelles régions, malgré l’utilisation de vaccins, met en évidence la nécessité de comprendre comment mettre en œuvre un plan de contrôle approprié. Contrairement au virus de la variole ovine et au virus de la variole caprine, qui peuvent être éradiqués par abattage sanitaire, cette stratégie, en l’absence de vaccination, n’a pas permis d’éradiquer le virus. L’Europe a été la première à démontrer que le virus pouvait être éradiqué grâce à la vaccination, en combinaison avec d’autres mesures de contrôle[11],[68].
Vaccins
La majorité des vaccins contre la DNC, recommandés et sur le marché, en 2024 sont des vaccins vivants atténués considérés comme les plus efficaces[71]. Cependant leur utilisation en pays non endémique fait perdre le statut de pays indemne, ce qui peut limiter l'exportation d'animaux vivants et de leurs produits[72] (du fait qu'on ne peut guère distinguer, dans le cas de la DNC, un animal vacciné d'un animal infecté[73]). Il existe aussi un risque potentiel de recombinaison entre virus vaccinal et virus sauvage, lorsqu'un animal infecté (en phase d'incubation ou présentant une forme peu apparente de la maladie) est vacciné[74].
Vivants homologues
Ces vaccins vivants sont qualifiés d’homologues lorsqu’ils sont dérivés d'une souche de Capripoxvirus lumpyskinpox (agent spécifique de la DNC des bovins) dite souche Neethling. Cette souche a été atténuée par passages en série sur des cellules de rein d'agneau et sur œuf embryonné. Ce vaccin a été élaboré en Afrique du Sud dans les années 1950-1960 par l'institut vétérinaire d'Onderstepoort. Ce type de vaccin (Neethling et Neethling-like) est le seul autorisé en Union Européenne[11].
Leur avantage est d'être les plus efficaces en procurant une immunité solide (au bout de trois semaines environ) et durable (estimé à deux ou trois ans, mais pour des raisons pratiques de sûreté, la vaccination recommandée est annuelle)[75]. Les inconvénients sont un risque d'effets indésirables : réaction cutanée au site d'injection, réaction fébrile ou forme atténuée de DNC, réduction transitoire de la production de lait[76],[77].
Autres vaccins
Les vaccins vivants sont hétérologues lorsqu’ils proviennent d’autres capripoxvirus différents (du mouton ou de la chèvre). Ces vaccins fonctionnent par immunité croisée[71]. Ils sont utilisés contre la DNC dans les pays où ces autres capripoxvirus circulent[69].
En général, les vaccins homologues ont la meilleure efficacité, mais sont plus coûteux, avec plus d'effets secondaires, alors que les vaccins hétérologues sont moins efficaces, moins chers avec moins d'effets secondaires[75].
Il existe aussi des vaccins inactivés, plus sûrs que les vaccins vivants, mais nécessitant deux injections, de durée de protection limitée (revaccination tous les six mois) ce qui les rend coûteux[74].
Il convient de noter qu’il existe des différences d’efficacité et de sécurité non seulement entre les vaccins homologues et hétérologues, mais également au sein de chacun de ces groupes. Il est donc essentiel de préciser le vaccin utilisé lors de toute description ou analyse[78].
Politiques vaccinales
L’éradication de la dermatose nodulaire en Europe a été obtenue grâce à l’utilisation de vaccins homologues vivants atténués provenant d’Afrique du Sud, combinée à d’autres mesures de contrôle, notamment l’abattage des bovins cliniquement atteints[68]. En revanche, malgré l’utilisation des mêmes vaccins, le virus demeure endémique en Afrique du Sud. Cette situation n’est pas due à un manque d’efficacité vaccinale, mais plutôt à une couverture vaccinale insuffisante pour interrompre le cycle de transmission[39].
D’autres facteurs pouvant influencer le succès des campagnes de vaccination incluent les « échecs vaccinaux », souvent associés à la vaccination d’animaux déjà en période d’incubation, à la confusion avec la pseudo-dermatose nodulaire (virus Allerton, BHV-2), à l’infection de veaux non vaccinés après la disparition des anticorps maternels vers l’âge de trois mois[39], à une mauvaise gestion de la chaîne du froid entraînant une baisse d’efficacité vaccinale, ainsi qu’à des calendriers de vaccination inadaptés, notamment des vaccinations réalisées en hiver, bien avant la saison de circulation du virus, ce qui conduit certains éleveurs à considérer la vaccination comme inutile[11].
Par ailleurs, des perceptions culturelles défavorables à la vaccination existent, tous les éleveurs ne croyant pas à son efficacité[79]. L’utilisation irrégulière ou incorrecte des vaccins — notamment la réutilisation d’aiguilles — ainsi que la disponibilité limitée de certains vaccins dans le pays contribuent également à une couverture vaccinale insuffisante. De plus, la sensibilité accrue des races bovines européennes à forte production par rapport aux races africaines peut influencer les décisions de vaccination[80].
En août 2016, sur la base d'une étude de modélisation de l'efficacité relative de diverses mesures de lutte contre la DNC, les experts mandatés par l’Autorité européenne de la sécurité des aliments concluent dans un rapport[81] que la vaccination associée à des abattages partiels (des animaux cliniquement atteints et pas de troupeaux entiers) constitue la méthode la plus efficace pour lutter contre la propagation de la maladie[82]. Ils recommandant ainsi une vaccination systématique, la jugeant encore plus efficace si elle est effectuée avant l'apparition de la maladie dans une région[82].
Mesures de contrôle
Outre la vaccination, plusieurs mesures sanitaires sont utilisées selon les pays et les réglementations. Quand la DNC est détectée pour la première fois dans un pays ou une région, en général la première urgence est l'isolement et la quarantaine des animaux, la limitation et interdiction de transport des bovins, des déplacements, et l'abattage sélectif (animaux atteints) ou total (animaux en contact)[83].
Les autres mesures sont l'incinération des carcasses, la décontamination et désinfection (évacuation des excréments, nettoyage des mangeoires et des abreuvoirs), contrôle des vecteurs de la maladie[84]. La lutte contre les insectes vecteurs peut réduire la transmission, mais pas en élevage intensif à grande échelle[71].
En Europe, lors d'une épizootie de DNC, les limitations de déplacement et la mise en quarantaine des animaux destinés à l'export ont une durée de 3 à 4 semaines minimum[71].
En 2016, des experts européens de l'OIE recommandent d'inclure une formation des travailleurs de l'élevage pour reconnaitre rapidement la DNC, la création de laboratoires régionaux et nationaux pour produire des tests de diagnostic rapide et le stockage de vaccins[85].
Conséquences socio-économiques
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est à l'origine d'importantes pertes économiques. Si elle ne s’accompagne pas d'une mortalité importante (généralement de 1 à 3 %), elle provoque cependant une morbidité (proportion d'animaux malades) variant de 3 à 85 % dans le monde[76]. Ces variations dépendent de la présence plus ou moins forte des insectes vecteurs et de la susceptibilité des animaux hôtes. En général, les races évoluées de vaches laitières européennes sont plus sensibles que les races rustiques de bovins africaines et asiatiques plus résistantes[22].
La DNC entraîne des coûts directs : perte de production laitière des troupeaux atteints, baisse de production de viande bovine (amaigrissement et troubles reproducteurs – infertilité, avortement –)[22],[77]. Elle diminue également la qualité et la valeur du cuir de l'animal, animal qui peut perdre sa valeur économique[10].
Les coûts indirects concernent les frais d'abattage, les restrictions de commerce, les soins vétérinaires (tests de diagnostic, vaccination, traitements…), la biosécurité agro-alimentaire , etc.[71]. Ces charges sur la filière bovine peuvent aller jusqu'à la disparition des plus petits éleveurs[76].
Une épidémie de DNC dans un pays jusque là indemne comme l'Australie peut coûter des millions de dollars AUD et dans des pays endémiques comme le Bangladesh près de cent millions de dollars US par an[76].
Crise agricole générée en France en 2025
Détectés en Savoie et Haute-Savoie fin , les premiers cas ont été éradiqués dans les deux départements par « dépeuplement » (abattage total systématique)[86]. Le , après intervention de 175 gendarmes contre une manifestation d'environ 250 personnes sur le site[87], 83 vaches laitières ont été euthanasiées à Pouilley-Français dans le Doubs où seule une vache était atteinte et que le troupeau était vacciné.
Le aux Bordes-sur-Arize en Ariège dans un GAEC tenu par deux frères, une vache est morte de la maladie localisée dans cet élevage sédentaire, éloigné des grands axes routiers, sans contact direct avec les animaux d’élevages voisins. Cette situation selon la stratégie de l'État en la matière ouvre aussitôt la perspective de l'abattage des 207 blondes d'Aquitaine de cette ferme, mesure contestée le par la Chambre d'agriculture de l'Ariège et par environ 200 personnes réunies sur le site en recherche d'un protocole expérimental, hypothèse non acceptée par les services de l'État[88].
La situation se tend sur place où commence une occupation avec un appel à la mobilisation des agriculteurs régionaux de tous les syndicats agricoles et des citoyens pour empêcher l'abattage total systématique. Le , plus de 500 personnes s'opposent aux forces de l'ordre mobilisées avec des moyens importants (blindés, hélicoptère) et les médias nationaux se mobilisent ; un assaut est donné à 23 heures, permettant l'accès. Les bovins sont abattus dès le sans inflexion de la ministre de l'agriculture Annie Genevard[89]. La contestation continue notamment par un détournement de l'autoroute A64 à Carbonne et devient un événement national persistant et élargi à plusieurs autres sites en France[90].
Bibliographie
- (en) E. Tuppurainen, T. Alexandrov et D. Beltrán-Alcrudo, Lumpy skin disease – A field manual for veterinarians, FAO, coll. « FAO Animal Production and Health Manual », (ISBN 978-92-5-109776-2, lire en ligne)