Dino Fiorelli
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Dino Fiorelli, né le à Prato et mort le dans la même ville, est un écrivain, poète et journaliste italien.
Famille et éducation (1904-1920)
Dino Fiorelli naît le à Prato, dans un appartement du centre-ville, via del Corso. Son père, Giovacchino, est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale, propriétaire d’une entreprise de publicité et d’affichage, et titulaire d’un poste au théâtre Metastasio[1].

Sa mère, Amedea Cavaciocchi, est couturière, un métier appris auprès de sa sœur aînée Vittoria. À la suite de l’accouchement, sa mère contracte une fièvre puerpérale et une pneumonie. Son grand-père est employé comme scribe dans un bureau public, tandis que son arrière-grand-père était teinturier et propriétaire de plusieurs jardins potagers[1].
En 1906, la famille déménage via Cairoli à Prato, où Dino reste pendant 25 ans. Il aurait aimé fréquenter le lycée classique, mais après des études irrégulières, il obtient seulement un diplôme technique dans des écoles privées, ayant été recalé auparavant[1]. Lors de la Grande guerre, il est envoyé chez sa grand-mère à Florence tandis que son père est envoyé au front. Le , son petit-frère Pierino meurt, probablement de la grippe espagnole, seulement huit mois après sa naissance le [1].
L'hésitation face au fascisme et les premiers pas en littérature (1920-1928)
À 16 ans, Dino Fiorelli participe à la réunion fondatrice du fascio fasciste de Prato, le , dans le palais Inghirami, avec plusieurs jeunes élevés dans le mythe de l'Entreprise de Fiume et de Gabriele D’Annunzio[1].

Cependant, quatre ans plus tard, en , Fiorelli démissionne du Parti national fasciste (PNF), geste qu'il jugera de façon postérieure comme irrationnel. Durant cette période, il commence à fréquenter la Bibliothèque nationale de Florence, où il rencontre pour la première fois Giuseppe Rigacci[1]. En 1926, rêvant de quitter l’Italie, de nouer des relations utiles et de publier, idéalement en français, un livre, il part à Paris pour éditer son premier ouvrage, Borghesismo : paradosso contro il mio tempo. Mais ses projets s’effondrent : on le trouve trop jeune, et les éditeurs français refusent les œuvres de jeunes étrangers, même traduites[1]. Déçu, Fiorelli rentre à Prato, emportant avec lui manuscrit de Parigi non esiste, roman autobiographique écrit entre 1929 et 1930 :
« Je suis venu à Paris après une défaite sentimentale, pour me relever, pour perdre tout enthousiasme léger, pour devenir plus homme, désenchanté… Maintenant, il faut rebrousser chemin, il ne reste qu’à abandonner Paris. »[1]
Journalisme, antifascisme et condamnations (1927-1937)
Après Paris, il s’intéresse à la littérature russe contemporaine et lit Lénine, partageant ses lectures avec des amis comme Egidio Bellandi, futur dirigeant de la cellule communiste de Prato. De retour en 1927, il rencontre Arrigo Del Rigo et commence à fréquenter les représentants de l'« École de Prato » : Arrigo Del Rigo, Oscar Gallo, Leonetto Tintori, Quinto Martini, Giulio Pierucci, Gino Brogi, Sergio Fiaschi[1]. En 1926, grâce à Ardengo Soffici, ils entrent en contact avec Mino Maccari et le groupe Strapaese. Au début de 1927, Fiorelli rejoint le groupe et rédige un programme de vie artistique intitulé « Amis du Bisenzio »[1].
En , il s’installe à Rome, fréquente le Théâtre expérimental des Indépendants (Teatro sperimentale degli indipendenti) d’Anton Giulio Bragaglia. Ne trouvant pas d’éditeurs, il publie à compte d’auteur, avec les fictives « Edizioni Sigfrido », Della natura degli Italiani e il dramma dell’intelligenza[1]. Il reçoit des critiques positives de Giustino Fortunato, Luigi Einaudi et des Edizioni del Baretti, qui publient ensuite à Turin son livre Borghesismo : paradosso contro il mio tempo. Dès , il lance la revue littéraire Strabisenzio, publiée à Rome mais imprimée à Prato[1].

Persévérant dans son engagement antifasciste et anticonformiste, il se trouve impliqué, entre 1930 et 1931, dans une enquête policière contre la cellule communiste clandestine de Prato, liée à la fabrication de faux passeports pour des militants en exil[1]. Le , il est arrêté avec quatre de ses compagnons et envoyé pendant 27 jours en isolement à la prison des Murate de Florence. De cette expérience naît sa première œuvre poétique, Ballata dal carcere (inédite)[1].
En , il est de nouveau arrêté, jugé et condamné, le , par le tribunal de Naples, à 10 mois de prison, pour protestation contre une ordonnance à Ponza ; peine confirmée en appel. Il est incarcéré à Poggioreale puis assigné à résidence sur l'île de Ponza[1].
Rupture avec l'antifascisme, « confessions » et collaboration avec La Verità (1937-1944)
Le , il est libéré du confino avec une quarantaine d’autres. Il rentre le après trois ans. Il écrit alors Sovversivi italiani a Ponza et va alors approfondir sa remise en question, entamée à Ponza, quant à l’antifascisme avec lequel il a définitivement rompu[1]. En , il entre à la régie communale des impôts et demande sa réadmission au Parti national fasciste (PNF), demande refusée en 1939[1].
Le fascisme comme « révolution en acte »
À partir de , et jusqu'à [1], il entame une intense collaboration dans La Verità, revue fasciste fondée par l'ancien dirigeant communiste Nicola Bombacci, désormais converti au corporatisme. En effet, c'est dans cette revue, déclarée comme œuvrant « pour une diffusion et une pénétration toujours plus grandes des idéaux révolutionnaires du fascisme », que Fiorelli va publier un grand nombre d'articles dont un, daté de , dans lequel il opposait l’illusion communiste à la réalité du corporatisme italien[2]. Tandis que l’URSS n’était « un exemple qui puisse nous illusionner ou nous enseigner quoi que ce soit ; mais seulement un avertissement », le fascisme n’était « ni une révolution accomplie, “épuisée” », ni « “concentration capitaliste”, capitalisme d’État, supercapitalisme », mais « révolution en acte » et « orientation, disciplinement des forces productives, adaptation à la réalité en vue d’une conception collectiviste supérieure de la vie »[2].
Fascisme et Risorgimento
En , Fiorelli publia « I nemico di Mussolini : Risorgimento e fascismo », un article dans lequel il synthétisa plusieurs thèmes étroitement liés : la vision révolutionnaire du fascisme et l’antibourgeoisisme[3]. De la même manière que Felice Chilanti, il présentait la révolution fasciste comme une révolution avant tout antibourgeoise, car « la bourgeoisie ne pourra survivre qu’à condition de renoncer à ses propres égoïsmes et à son intérêt de classe, en les subordonnant à la nouvelle éthique sociale du fascisme au service de la Nation »[3]. Dans le même article, Fiorelli rattachait explicitement le Risorgimento au fascisme, qu’il considérait comme son aboutissement complet :
« Le Risorgimento du peuple italien trouve son achèvement dans le fascisme, qui intègre toutes les aspirations patriotiques et sociales italiennes du siècle précédent, le ferment populaire des mouvements de “classe” du début de ce siècle, et résout définitivement le problème social des “masses”. »[3]
L'antifascisme comme ignorance et les « confessions » d'un repenti
Très critique vis-à-vis de ses anciennes convictions antifascistes, Fiorelli publia ses « confessions » dans La Verità en . Fiorelli citait la lettre que le confino de Ponza avait envoyée au podestat de Prato le , dans laquelle il retraçait son itinéraire inhabituel : de l'« individualisme chrétien idéaliste », il était passé au libéralisme de Gobetti, puis au marxisme[3]. Il affirmait également que, durant son confino, il avait découvert et reconnu le génie Mussolini et la validité du corporatisme :
« Le fascisme pour moi est un fait nouveau : né aujourd’hui et non hier. Son origine, ses vicissitudes ne m’intéressent pas : je le regarde, si possible, dans ses aspects présents, corporatistes, face à l’inquiétante et obscure situation internationale. »[3]
Selon Fiorelli, la critique antifasciste présentant le fascisme comme un phénomène anti-historique était totalement dépassée, le fascisme étant un phénomène « très historique » (storicissimo)[3]. Fiorelli écrivit également plusieurs lignes sur la question de sa conversion politique et sur son expérience à Ponza, qu'il appelait ironiquement « L’île de l’Enfer », dans lesquelles il ridiculisait les antifascistes :
« tous prétendaient avoir tenu une pioche en main, avoir mangé un morceau de pain sec ou avoir été des prolétaires honoraires. »[3]
Il écrivit également, concernant l'antifascisme, que celui-ci n'était qu'une :
« condition d’esprit particulière des classes moyennes. Celles-ci, qui ne se sont jamais demandé sur quelles conditions historiques et sur quels rapports de production repose le monde, ont encore une fois donné la preuve de leur déficience organique et intellectuelle dans l’examen des causes complexes des événements modernes et de ceux à venir. »[4]
L’adhésion au bolchevisme était, selon Fiorelli, le fruit de l’ignorance de ces classes, qui « attendaient et espèrent peut-être encore de Moscou leur propre redressement économique en tant que classes moyennes, comme si la "dictature du prolétariat" n’était pas, entre autres, un instrument de lutte dirigé également contre elles »[4].

En , Fiorelli écrivit une lettre à Nicola Bombacci, directeur de La Verità, publiée dans le dernier numéro de la revue de 1939, dans laquelle il reconnaissait l’« intelligence » de Mussolini :
« Avec lui [Mussolini], même eux [ses anciens ennemis] se sont mis en mouvement, et ils se sont repentis, car le seul but de leur existence – la nôtre – n’était pas de rester “superflus” ni exclus de la nouvelle praxis révolutionnaire. Ces hommes, le cœur battant, avec eux – sentent que, sans avoir trahi aucune bannière, ils peuvent continuer à œuvrer pour la révolution historique inspirée par le génie politique ultrarévolutionnaire du Duce. »[3]
L'alliance germano-soviétique et le processus de convergence révolutionnaire
Dans le contexte de la signature du pacte germano-soviétique, Fiorelli écrivit que cette alliance aurait bénéficié indirectement aussi à l’Italie, en renforçant les positions stratégiques de l’Axe. Cette prévision reposait sur un élément fondamental :
« À savoir que les États autoritaires sont des États typiquement anticapitalistes en lutte contre les derniers grands bastions de la défense oligarchique capitaliste et impérialiste mondiale qui exploite et détient les richesses de la plus grande partie du monde. […] Que l’Allemagne, l’Italie d’une part, et la Russie soviétique d’autre part, sont les trois seules puissances mondiales qui, depuis le conflit de 1914-1918, cherchent, bien qu’avec des moyens différents et opposés, une solution historique et humaine aux plus grands problèmes économiques et politiques qui tourmentent actuellement le monde. »[4]
Ainsi, Fiorelli prédisait à terme la convergence entre les révolutions totalitaires était un processus inéluctable, enclenchée par une nécessité historique : la manifestation d’une confluence des forces « révolutionnaires, créatrices et rénovatrices du monde », pour lesquelles il serait toujours possible une entente pacifique « au-dessus de toute idéologie ou tendance politique »[4].
En 1940, il quitte la régie communale, publie Squadrismo e sindacato, demande l’autorisation pour Europa in marcia. Il travaille au ravitaillement jusqu’en 1942, puis à l’Union industrielle jusqu’en [1]. En 1943, il adhère à la République sociale italienne (RSI) durant laquelle il attaque les Alliés, vus comme l’expression du capitalisme mondial, et écrit alors voir le Troisième Reich comme un alliés pour une Europe libre des hégémonies capitalistes, anglaises et américaines[1].
L'activité littéraire et poétique dans l'après-guerre (1946-1979)
De 1944-1945, il vit quelques mois à Carrare. Le , il rentre à Prato après 30 mois d’absence, mais vit surtout à Florence jusqu’en 1948, date de son retour définitif[1]. Après-guerre, il reprend publications d’essais et de poésie dès 1954 avec Archivio Storico Pratese, en 1953 Misticismo e poesia nella vita di Giuseppe Rigacci, Elegie del tempo perduto (1957), Commiato (1964), Fermenti popolari e classe dirigente a Prato (1964), La pace perduta (1971)[1].
À partir de 1956, Fiorelli collabora à la revue des « fascistes de gauche » de Pensiero Nazionale, fondée par Stanis Ruinas, publiant des articles sur des faits et figures liés à Prato entre la fin du XIXe siècle et les années 1920[1].
En 1969, il demande une pension de mérite, refusée. Il entretient une correspondance avec Fiorenza Kern Capuano et une probable relation avec Katja Kopke (traductrice de ses poèmes en allemand). Atteint d’un lymphome non hodgkinien[1] dès 1978, Dino Fiorelli meurt à Prato le .
Publications
- Della natura degli Italiani e il dramma dell’intelligenza, Roma, Edizioni Sigfrido, 1928.
- Borghesismo : paradosso contro il mio tempo, Torino, Edizioni del Baretti, 1929.
- Squadrismo e sindacato, 1940.
- Misticismo e poesia nella vita di Giuseppe Rigacci : 1907-1947, 1953.
- Elegie del tempo perduto, Prato, Cupolin degli Ori, 1957.
- Commiato, 1964.
- Fermenti popolari e classe dirigente a Prato, dall’1896 all’armistizio del 1918, Prato, 1964.
- E mai devi temere di perderti, 1966.
- Con gli occhi per piangere, 1967.
- La pace perduta, 1971.
- Lasciatemi divertire, Prato, Bechi, 1972.