Djelloul Ben Lakhdar
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Djelloul Ben Lakhdar (famille Ferhat), dit le Khalifa Djelloul, né en 1856 à Laghouat (Algérie) et mort le à Alger, est une des plus grandes figures du monde musulman algérien durant l'Algérie française[1].
Chef de la confédération des Larbaa de Laghouat, il est le premier Algérien musulman à être élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur au cours du XXe siècle, décoré le à Paris par le président Gaston Doumergue[2].
Famille

Il est le fils aîné des six fils de Lakhdar ben Mohammed ben Tayeb (famille Ferhat), bachagha, grand officier de la Légion d'honneur[3], né en 1836 et décédé le , et de Messaouda bent Yahia[4].
Sa famille appartient à la tribu des Maamra, l’un des quatre groupements d’origine de la confédération des Larbaa, de la région de Laghouat (Territoires du Sud de l'Algérie française). Son père Lakhdar ben Mohammed (1836-1914), est nommé caïd des Maamra en 1870, puis agha des Larbaa en 1875.
Lakhdar fut notamment désigné pour faire partie de l'escorte d'honneur du tsar Nicolas II de Russie lors de son voyage en France en 1896[5],[6].
Deux des fils de Djelloul ont également été élevés à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur. Son fils Belkacem, bachagha, élevé à la dignité de grand-croix par décret du [7] et son fils cadet, Dehilis (1877-), bachagha en 1930, qui succède à son père en 1940, comme chef de la confédération des Larbaa, élevé à la dignité de grand-croix par décret du [8], [9]. Tous deux sont décorés par le général de Gaulle le . Son petit-fils, Mahroun (1901-1968), élevé à la dignité de grand officier dans cet ordre le [10], sera également sénateur d'Alger de 1951 à 1958 durant la Quatrième République[11].
Carrière

Djelloul est nommé caîd de la tribu des Mekhalif Lazreg le , il a été décoré chevalier de la Légion d'honneur[12] puis nommé agha des Larbaa en 1913, à la mort de son père en 1914, il lui succède dans le commandement de la Confédération des Larbaa[13].
Pendant la Première guerre mondiale il parvient à décider de nombreux algériens de son commandement, parmi lesquels se trouvaient de proches parents, dont son fils Belkacem, à s'engager pour combattre au côté de la France, notamment au sein du régiment de spahis auxiliaires algériens. Il se rend en personne sur le front des Flandres pour motiver ses hommes[14],[13]. En , il rend visite aux blessés musulmans de l'hôpital complémentaire du Val-de-Grâce à Paris[15].
Après la guerre, nommé bachagha en 1919, il s'intéresse à tous les problèmes économiques en vue d'augmenter le bien-être de ses tribus, en particulier à l'élevage, source essentielle de leurs moyens d'existence, et obtient de très bons résultats[16].
Le bachaga Djelloul devient le chef de la famille des ben Ferhat, en même temps que le chef de la branche des Lakhdar, « noble lignée qui jouit dans le Sud-Algérien comme dans le Tell d'un ascendant moral et d'un prestige incontestés »[13].
Le à Paris, il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur par le président Gaston Doumergue[2]. Il est le premier Algérien musulman à recevoir cette distinction au cours du XXe siècle[17].
Lors de la visite du président Doumergue en Algérie pour le Centenaire de l'Algérie en , Djelloul présente au Président de la République les principaux chefs algériens musulmans et, en leur nom, offre au Président le traditionnel cheval de Gada [18]. Le général Descoins qui commandait la brigade de cavaliers de Djelloul durant la campagne du Maroc en 1925, lui rend hommage à l'occasion de cet événement[19] :« Nul n'était plus qualifié que lui pour symboliser l'âme de l'Algérie musulmane. Par l'élévation de ses sentiments, la dignité de son caractère, l'indéniable autorité qu'il possède sur ses coreligionnaires, son âge, ses services de guerre et enfin par sa grande origine familiale, il se tient incontestablement au premier rang dans cette Algérie musulmane qu'il a si brillamment représentée »[20].
En août 1930, il reçoit des mains de Pierre Bordes, gouverneur général de l'Algérie, le titre de « khalifa », titre rétabli spécialement pour lui[16].
Le gouvernement le décore par la suite de la médaille militaire, « pour couronner sa belle carrière et donner à ce grand chef un vibrant témoignage de la haute estime dans laquelle il le tenait » et qui « récompense justement le plus ancien et le plus valeureux goumier de l'Algérie »[16].
Il est invité plusieurs fois au palais de l'Élysée, notamment par le président Albert Lebrun le [21] puis le [22].
En , lors du voyage d'Édouard Daladier en Algérie, Djelloul, monté sur un cheval blanc, accompagne aux côtés de son ami le général Catroux et du cheik Si Bouaziz ben M'hamed ben Gana le cortège officiel[22],[23].
En septembre 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il écrit à Georges Lebeau[24], le gouverneur général de l'Algérie, une lettre où il affirme que la France peut compter sur la « fidélité de ses tribus prêtes à marcher, comme en 1914, contre l'ennemi commun » et où il exprime son entière confiance dans la victoire finale[16].
Selon Georges Hirtz, administrateur de Laghouat dans les années 40, le Khalifat Djelloul était un personnage puissant, pouvant « faire sauter » les officiers ou les administrateurs « qu'il croyait hostiles à ses intérêts ou à ses vues », mais il était toujours disponible pour « mobiliser ses goums de remarquables cavaliers et à en prendre lui-même le commandement pour toutes les expéditions militaires »[25].
De nombreuses personnalités politiques françaises ou étrangères lui rendirent visite dans sa propriété de Milok au cours de leur séjour en Algérie, telles Robert Nivelle en [26], Albert Ier, roi des Belges, et son épouse Élisabeth, en [27] ou encore Charlotte, grande-duchesse de Luxembourg et son époux le prince de Luxembourg en [28].
Agé de 84 ans, il meurt à Alger le [29].
Hommages
Grande figure du monde musulman algérien durant l'Algérie française, « premier des chefs indigènes d’Algérie », de nombreux hommages lui sont rendus après sa mort. Les condoléances des personnalités politiques les plus importantes de la métropole, d'Albert Lebrun, de Camille Chautemps, du général Maurice Gamelin etc se joignent à celles des plus hautes autorités militaires et civiles d’Algérie[29].
Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, adresse au gouverneur général de l'Algérie le télégramme suivant : « J'apprends avec émotion le décès du Khalifa Djelloul. Je vous prie d'être mon interprète auprès des fils de la famille du disparu pour les assurer de la part très grande que le Gouvernement et moi prenons à leur deuil et du souvenir fidèle qui sera gardé du chef respecté dont les preuves d'attachement à la Mère Patrie se sont si hautement et si souvent manifestées. »[22].
Le général Catroux, gouverneur général de l’Indochine, ami personnel de Djelloul, exprime ses condoléances au gouverneur général de l'Algérie dans les termes suivants : « Je tiens à vous dire, au moment où vient de mourir le Khalifa Djelloul, le beau souvenir que je garde de ce grand et fidèle chef indigène qui était mon ami. »[30].
Les plus grands quotidiens français d'alors, Paris-Soir, Le Petit Parisien, Le Journal, Le Matin, Le Petit Journal etc lui rendent également hommage :
« Un grand ami de la France, le khalifat des Larbaa vient de mourir. Si Djelloul ben Lakhdar, calife des Larbaa, vient de mourir. Avec lui disparaît une des plus grandes figures du monde musulman algérien. Grand-croix de la Légion d'honneur, titulaire de la Médaille militaire et de la Croix de guerre, le calife Djelloul était un beau et noble guerrier et laisse le plus bel exemple de droiture et de dévouement à la France. »
— Paris-Soir, 21 janvier 1940.
Portrait
Georges Hirtz (1911-2014), dresse le portrait suivant du khalifa Djelloul « Sa tenue vestimentaire, le style de ses réceptions, l'éducation qu'il donnait à ses enfants, étaient tendus vers l'affirmation d'une personnalité originale, quelque peu surannée et d'allure militaire. Sa barbe rousse, son profil d'aigle, ses guennour légendaires, ses burnous pastel, ses faucons, la classe de ses chevaux, son extraordinaire demeure du Milok, étaient célèbres dans toute l'Algérie. Il était l'un des hôtes les plus remarqués du Palais d'Eté, et le gouverneur général ne manquait jamais d'accepter son hospitalité à ses passages dans le Sud. Il ne se privait pas non plus de lui demander de traiter à Laghouat, au caravansérail de Tilrempt ou au Milok ses amis comme ses invités officiels. »[25]
Distinctions
Décorations françaises

Médaille militaire[31]
Grand-croix de la Légion d'honneur le [2],[4]
Croix de guerre - (1 citation)[31]
Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs (1 citation), Guerre du Rif[31]
Croix du combattant (1929)[31]
Commandeur de l'ordre du Mérite agricole[31]
Médaille commémorative du Maroc[31]- Médaille de la Paix du Maroc (Espagne)[31]
- Médaille d’or de Sauvetage[31]
Décorations étrangères
Grand officier de l'ordre de la Couronne (Belgique)[31]
Officier du Nichan Iftikhar (Tunisie)[31]
Commandeur de l'Étoile noire (Bénin)[31]- Commandeur de l'Ordre du Nichan el Anouar[31]