Les droits des personnes LGBTQ à Saint-Vincent-et-les-Grenadines ne sont pas les mêmes que ceux du reste de la population. Le Code pénal érige en infraction les relations sexuelles entre personnes de même sexe, passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison, bien que cette loi ne soit pas appliquée. De plus, il interdit la sodomie (rapports anaux et oraux), qu'elle soit pratiquée par des personnes de même sexe ou pas, et indépendamment du consentement. La législation du pays ne traite pas non plus de la discrimination ou du harcèlement fondés sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre, et ne reconnaît aucune forme d'union entre personnes de même sexe, qu'il s'agisse de mariage ou de partenariat civil. Les ménages dirigés par des couples de même sexe ne bénéficient d'aucun des droits accordés aux couples mariés. En 2024, la Haute Cour de Saint-Vincent-et-les-Grenadines a confirmé l'interdiction des relations sexuelles entre personnes de même sexe[1].
Efforts de décriminalisation
L’article 148 du Code pénal stipule que:
«Quiconque, en public ou en privé, commet un acte d'indécence grave avec une autre personne du même sexe, ou incite ou tente d'inciter une autre personne du même sexe à commettre un acte d'indécence grave avec elle, est coupable d'une infraction et passible d'une peine d'emprisonnement de cinq ans.»
—Article 148 du Code pénal
L'article 146 du Code pénal de 1990 stipule que [2]:
«Quiconque commet un acte de sodomie avec une autre personne, avec un animal, ou permet à quiconque de commettre un tel acte, est coupable d'une infraction et passible d'une peine d'emprisonnement de dix ans.»
—Article 146 du Code pénal de 1990
Comme elle ne précise pas le genre des auteurs, la loi sur la «sodomie» s'applique aux personnes de même sexe ou pas. Plusieurs rapports indiquent que ces lois ne sont pas appliquées[3].
En , après avoir été victime d'une agression transphobe en , Leswan Stewart, un adolescent gay travesti accusé d'avoir escroqué un homme en se faisant passer pour une femme, a vu ses charges pour fraude abandonnées par le procureur, qui n'a fourni aucune explication[4].
En 2018, Human Rights Watch a exhorté Saint-Vincent-et-les-Grenadines et d'autres pays des Caraïbes orientales à abroger les lois coloniales condamnant la sodomie[5]. En , suite à des agressions physiques contre trois jeunes hommes travestis, le Premier ministre Ralph Gonsalves a déclaré qu'il était indigne et inacceptable d'agresser physiquement une personne en raison de préjugés liés à son orientation sexuelle. Il a également condamné l'incident, affirmant que cette homophobie irrationnelle était totalement inacceptable et appelant à un dialogue ouvert sur l'homosexualité[6],[7],[8].
En , deux hommes homosexuels ont intenté une action en justice pour contester les lois du pays relatives à la «sodomie» et à l'«outrage aux bonnes mœurs». Les deux requérants ne se connaissent pas. Il s'agit de Javin Johnson, 22 ans, qui a obtenu l'asile au Royaume-Uni en 2017 après avoir démontré qu'il ne pouvait vivre son homosexualité à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et de Sean Macleish, 53 ans, Vincentais résidant à Chicago, aux États-Unis. M. Macleish a publiquement plaidé auprès du Premier ministre pour l'abrogation de ces lois afin de pouvoir rentrer chez lui avec son compagnon, mais en vain. Selon leurs déclarations sous serment, ces lois, draconiennes et néfastes, les ont contraints à l'exil. Les deux recours devraient être examinés conjointement par la Haute Cour de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, à Kingstown, la capitale. Le Conseil privé britannique, à Londres, pourrait avoir le dernier mot sur ces lois[9],[10],[11],[12],[13],[14]. Un jugement de 2024 a confirmé la légalité de l'interdiction des activités homosexuelles[15].
Réagissant à ces contestations judiciaires, le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Ralph Gonsalves, a déclaré: «Quoi qu’il arrive ici (à Saint-Vincent-et-les-Grenadines), il s’agira d’une décision de l’OECS (Organisation des États de la Caraïbe orientale)… elle s’appliquera donc, car toutes les dispositions légales et constitutionnelles sont similaires, et la législation est fondamentalement la même. Si la législation est jugée inconstitutionnelle ici… elle le sera également dans les autres États membres»[16].
Conditions de vie
À Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la vie des personnes LGBT est invisible et stigmatisée. Il n'existe aucune association ni organisation vouée aux personnes LGBT, ni aucune ligne d'écoute ou centre d'aide pour les jeunes LGBT.
En , un couple homosexuel a officialisé sa relation en publiant un court article dans le Vinci Kallaloo, intitulé «Introduction: Être gay à Saint-Vincent-et-les-Grenadines n’est pas chose facile». L’article a suscité un intérêt sans précédent, avec plus de 3 400 visites en moins de 24 heures et plus de 50 commentaires, soit le troisième meilleur score jamais enregistré pour un article du journal à cette époque. Plusieurs de ces commentaires contenaient des menaces de mort[17].
En 2011, trois enseignants du St. Vincent and the Grenadines Community College ont été victimes d'un complot orchestré par le directeur de l'établissement, qui les accusait d'avoir des «tendances homosexuelles». Un article du Vinci Kallaloo accuse le directeur d'avoir lancé cette rumeur afin de licencier les enseignants et d'éliminer tout opposant politique au sein du collège, car ces derniers étaient soit des sympathisants du Nouveau Parti démocratique (NPP), soit n'avaient exprimé aucune opinion politique particulière[18].
↑(en) «Hogan Lovells advises on case aiming to decriminalise homosexuality in St Vincent», www.hoganlovells.com, (lire en ligne[archive du ], consulté le )