Du conte de fées

From Wikipedia, the free encyclopedia

Titre original
(en) On Fairy-StoriesVoir et modifier les données sur Wikidata
Langue
Genre
Du conte de fées
Titre original
(en) On Fairy-StoriesVoir et modifier les données sur Wikidata
Langue
Auteur
Genre
Date de parution
Pays

« Du conte de fées » (On Fairy-Stories) est un essai de J. R. R. Tolkien portant sur la nature, les origines et les fonctions du conte de fées. Issu d'une conférence donnée à l'université de St Andrews en 1939, il a été publié en 1947 et fréquemment réédité depuis.

Tolkien y théorise son point de vue sur le genre mythopoéique et introduit les concepts d'eucatastrophe et de monde secondaire. Il illustre ainsi les principes qui sous-tendent la majeure partie de son œuvre de fiction, y compris ses romans les plus connus que sont Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux, l'essai se situant chronologiquement entre ces deux ouvrages. Au-delà de l'œuvre de Tolkien, « Du conte de fées » s'inscrit également dans la continuité des études du XIXe siècle portant sur le folklore et les mythes.

Qu'est-ce qu'un conte de fées ?

En introduction, Tolkien énonce les trois questions auxquelles son essai tente de répondre : « qu'est-ce qu'un conte de fées ? Quelle en est l'origine ? À quoi sert-il[1] ? » Il est structuré en cinq parties : « Le conte de fées », « Les origines », « Les enfants », « Fantasy » et « Recouvrement, évasion, consolation », les trois dernières s'attachant à répondre à la dernière question, la plus importante selon Tolkien.

Partant de la définition que donne l'Oxford English Dictionary pour « conte de fées » (fairy-story), Tolkien la juge insatisfaisante pour son propos : définir le conte de fées comme un « conte qui se rapporte aux fées » serait trop étroit, mais étiqueter ainsi toute histoire irréelle ou incroyable serait trop large. Il propose de définir le conte de fées comme « un conte où il est question de Féerie, c'est-à-dire de la Faërie, le royaume ou l'état dans lequel les fées ont leur être[2] », ou comprenant des créatures fantastiques. Cette définition, quoique vague (Tolkien ne définit jamais clairement le concept de Faërie, qui « ne peut être capturée dans un filet de mots[3] »), exclut plusieurs récits parfois considérés comme des contes de fées dans l'imagination populaire, tels que le Voyage à Lilliput de Jonathan Swift (en réalité un récit de voyage), les aventures d'Alice de Lewis Carroll (leur cadre onirique est un mécanisme étranger au conte de fées) ou la plupart des fables animalières comme le Jeannot Lapin de Beatrix Potter ou Les Trois Petits Cochons (la compréhension de l'animal par l'homme peut être un motif de Faërie, mais pas les récits où n'apparaît aucun homme et où l'animal « n'est qu'un masque posé sur un visage humain[4] »).

Quelle en est l'origine ?

« Nous devons nous contenter de la soupe que l'on nous présente [le conte], et non chercher à voir les os du bœuf avec lesquels elle a été préparée [ses sources][5]. Tolkien reprend ici une citation de George Dasent, en l'adaptant à son propos. »

Tolkien aborde rapidement la question des origines du conte de fées, se jugeant incompétent pour traiter en détail de ce sujet complexe. Il rappelle brièvement les hypothèses envisagées jusqu'alors : « l'évolution (ou plutôt l'invention) indépendante de l'identique ; l'héritage d'un ancêtre commun et la diffusion à différentes époques[6] ». Si le langage et l'esprit humains jouent un rôle important dans la naissance des contes de fées, ceux-ci sont issus d'un mélange entre mythologie, religion, histoire et légende qui est souvent difficile à démêler, mais clairement sous-tendu par une visée littéraire : « les éléments présents ont souvent dû être maintenus (ou introduits) parce que, d'instinct ou consciemment, les conteurs en éprouvaient la « portée » littéraire[7] ». Néanmoins, Tolkien juge moins pertinent de s'intéresser aux sources des contes, ou bien de chercher à les classer suivant leurs motifs récurrents, qu'examiner « un point trop souvent oublié : l'effet produit aujourd'hui par ces éléments dans les contes tels qu'ils sont[8]. »

À quoi sert-il ?

Tolkien s'en prend ensuite au lieu commun, relayé par des folkloristes comme Andrew Lang, Max Müller ou George Dasent, voulant que les contes de fées soient destinés et réservés aux enfants. Selon lui, il s'agit d'« un accident de notre histoire domestique[9] » : les contes de fées en sont venus à être réservés aux enfants, pour la seule raison qu'ils ont été jugés comme démodés par les adultes à une certaine époque. Pourtant, tous les enfants ne les aiment pas, contrairement à certains adultes.

« Quiconque héritant de la faculté de Fantasy du langage humain peut dire le soleil vert. […] Mais ce fait ne suffit pas […] La création d'un Monde Secondaire dans lequel le soleil vert serait crédible […] requiert probablement du labeur et de la réflexion […][10] ».

Pour ces adultes, Tolkien énumère quatre valeurs apportées par le conte de fées :

  • la Fantasy, c'est-à-dire la « sub-création » d'un Monde Secondaire (par opposition au Monde Primaire, le monde réel) crédible ;
  • le Recouvrement « d'une vision claire[11] », d'une capacité à l'émerveillement ;
  • l'Évasion, un désir qui n'a pour lui rien de lâche ou de négatif, contrairement à l'opinion générale ;
  • et enfin, la Consolation que procure « la fin heureuse, ou plus exactement, l'heureuse catastrophe, le « retournement » joyeux et soudain[12] », ce coup de théâtre qu'il baptise eucatastrophe.

Ainsi, conclut Tolkien, le signe caractéristique du conte de fées est la joie. Pour lui, les eucatastrophes des Mondes Secondaires inventés par les auteurs de contes de fées sont les reflets d'une réalité bien plus vaste, qui est elle liée au Monde Primaire : le récit du Nouveau Testament possède pour lui toutes les caractéristiques du conte de fées. « La naissance du Christ est l'eucatastrophe de l'Histoire de l'Homme. La Résurrection est l'eucatastrophe de l'histoire de l'Incarnation[13]. » L'invention de contes de fées, en tant que reflets du Monde Primaire, permet ainsi l'enrichissement de la Création.

Rédaction et publication

Critiques

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI