Edmond Boissonnet
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Edmond Oscar Antoine Boissonnet[1] |
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Edmond Boissonnet (1906 - 1995) est un artiste plasticien français de la Seconde École de Paris, né à Bordeaux.
L’art de Boissonnet couvre la quasi-totalité du XXe siècle. Il est le reflet des courants artistiques de ce siècle tout en étant indépendant de ceux-ci.
Famille
Il naît à Bordeaux[note 1], le , au 11 rue Leo Saignat[2].
Il est le troisième garçon de Jean Boissonnet (1871-1951) et de Marie-Thérèse Broqua (1872-1956). Les origines sociales de sa famille sont modestes. Son père est steward à bord des paquebots qui relient Bordeaux à l’Amérique.
Sa mère, orpheline, a été prise en charge, par sa tante ; elle lui a fait faire ses études à Paris, avec sa propre fille, Marie Bounet. L’institution, gérée par les Chanoinesses de Notre-Dame, est connue comme « le Couvent des Oiseaux » de la rue de Sèvres ; elle était spécialisée dans l’éducation des filles de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie[3].
Plus tard, Marie Bounet, appartiendra au monde du spectacle et de la politique[note 2]. Elle était l’égérie de l’avocat franc-maçon, René Viviani, (1863-1925), député socialiste de Paris, ami de Jaurès et président du Conseil en 1914[note 3].
Jeunesse et formation
En 1914, Jean Boissonnet, est mobilisé ; sa mère travaille à domicile comme couturière. Edmond Boissonnet, élève studieux, ne peut continuer ses études au lycée, et doit choisir un métier.
Il rencontre en 1917 un émigré russe, sculpteur sur bois[note 4]. Le jeune garçon passe des heures à observer l’artisan étranger et lui poser des questions. Il veut devenir sculpteur sur bois. Avec l'accord de sa famille, il entre en apprentissage chez un patron, ancien curé, qui lui permet de suivre les cours de l’École des Beaux Arts le soir[4]. Des « Prix » de fin d’année récompensent son travail et ses œuvres : en 1922, deux prix en sculpture décorative, en 1923, un prix pour une étude d’après un plâtre[5],[6].
Après son apprentissage, il entre dans une entreprise de décoration et s’intéresse à la peinture. Il fait son service militaire dans l’aéronautique de 1926 à 1928[7]. Le commandant de la base lui confie la décoration du mess des officiers. L’œuvre a disparu.
Les années de jeunesse
De ses années de jeunesse, Boissonnet conserve une grande affection pour ses parents, et surtout pour sa mère, et le sentiment que leur situation sociale était imméritée. D’où son désir de s’élever par ses propres moyens. Il continuera à se former, intellectuellement et artistiquement. Il sait qu’il faut savoir être « indépendant » dans une activité artistique. Il en discute avec des amis, comme Pierre Molinier (1900-1976) qui s’apprêtent à fonder une association artistique.
La période « réaliste » (1929-1945)
Boissonnet évolue au long de sa carrière de 1929 à 1995. Ses « périodes » durent entre 15 et 20 ans. La première est qualifiée de réaliste : à partir de sa vision de la réalité, il peint des scènes intérieures et s’inspire de paysages avec personnages. La crise économique commence à Wall Street en 1929[note 5]. Boissonnet s’enrichit des nombreuses rencontres avec les artistes contemporains. Enfin, il connaît les camps de la « drôle de guerre » et en rapporte un témoignage saisissant[réf. nécessaire].
Le sociétaire des A. I. B.
Les A. I. B. sont « Les Artistes Indépendants Bordelais ». Les statuts de cette association artistique ont été déposés le , son but est de « grouper tous les artistes décidés à défendre un art sans contrainte, ni restriction et d’établir entre eux des relations de sympathie et d’intérêt »[8]. Elle organise un Salon annuel sans jury. Elle s’oppose à l’art académique et au goût bourgeois. Boissonnet devient l’un des premiers sociétaires[9]. Il y rencontre sa future épouse, Paule Cécile Jude, artiste d’une grande sensibilité. L’entreprise qui l'emploie est vendue et licencie tout le personnel. Boissonnet se retrouve au chômage et connaîtra cinq ans de précarité. Il va voyager.
Les voyages

En 1930, il visite l’Espagne et effectue un grand périple. En 1932, il part en Italie. Milan, Florence, Rome, etc. lui révèlent l’art italien. De retour en France, il se consacre à la peinture et se marie en 1935 avec cette jeune artiste, rencontrée aux A. I. B. Ils auront un enfant[10].
Un certain « populisme » triste
Il n’est pas étonnant que le climat sociopolitique influence son art, sachant que sa sympathie pour les gens de gauche date de cette époque. En effet, ses peintures expriment un certain « populisme » triste dans ses portraits, mais aussi dans ses natures mortes et même dans ses paysages. Les scènes d’intérieur, les personnages, essentiellement féminins ou enfantins pris dans leur intimité, ne sont pas très joyeux, mais il s’en dégage une sobriété et une lumière intérieure qui ne laissent pas indifférents les visiteurs du Salon des A.I.B ou de certaines galeries. Le portrait de sa mère (1932) est typique de ce moment.[réf. nécessaire]
Les rencontres avec les artistes « parisiens »
Les A. I. B., société très ouverte sur l’art contemporain avait pour habitude d’inviter des artistes parisiens comme Picasso, Matisse, Gromaire, Tal-Coat, Friesz, Kisling, Van Dongen, Utrillo et André Lhote[note 6]. Au cours de ses conversations avec ces artistes, Boissonnet comprend qu'il lui faut approfondir son art pictural. En 1937, il vient à Paris visiter l’Exposition Universelle. À partir de cette date, son art évolue et devient moins sombre[11]. À Paris, il a des entrevues déterminantes.


La rencontre avec Bonnard
Boissonnet reste plusieurs semaines à Paris. Il rend visite à quelques artistes et leur montre ses œuvres[12]. L’un d’eux lui suggère de voir Bonnard. Bonnard a soixante dix ans, cinquante ans de carrière, Boissonnet a trente ans et dix ans de peinture. L’accueil est chaleureux. Bonnard regarde les œuvres qu’il a apportées, et dit simplement : « Vos couleurs font l’amour ! »[13]. Boissonnet arrête la sculpture sur bois pour la peinture et le dessin.
L’entretien avec Dufy
Il rend visite à Dufy au moment particulier de La Fée Électricité. Dufy confirme le jugement de Bonnard. Il lui recommande un procédé pictural : le médium Maroger[note 7]. Ce procédé donne aux couleurs une transparence et une luminosité durables. Revenu à Bordeaux, Boissonnet utilisera ce procédé pendant quelque temps.[réf. nécessaire]
La rencontre avec Lhote
En 1938, les A. I. B., dont Boissonnet est le chef de file, publient un ouvrage de poèmes illustrés et demandent à André Lhote d’en écrire la préface[note 8]. C’est leur première rencontre. Lhote est son aîné de vingt et un ans. Les origines sociales, artistiques (la sculpture sur bois) sont semblables. Une amitié naît qui durera jusqu’à la mort de Lhote, en 1962. Ils partagent la même détestation de l’art pompier, de la peinture académique, le même amour pour le Bassin d’Arcachon, côté Cap Ferret, fréquenté par des écrivains comme Cocteau et Radiguet[note 9] et des artistes comme Marquet au Pyla[note 10], et le même combat pour l’art moderne. Boissonnet se fait construire une maison-atelier sur ses plans, du côté de Lège Cap Ferret, en Gironde.
La « drôle de guerre »
Boissonnet est mobilisé le . Le , c’est la guerre. Il est envoyé dans l’Est de la France, sur la Ligne Maginot en tant que pionnier du 618e régiment de pionniers. Durant les moments d’inaction, il exécute des dessins de la « drôle de guerre »[note 11]. Lors de la débâcle, il est capturé dans les Vosges avec le reste de son régiment. Après un regroupement à Strasbourg, il arrive à Nuremberg, en Bavière, le . Il est conduit dans un stalag rural[note 12] près de Thanstein, en forêt de Bohème. Il fait une tentative d’évasion, contracte une sciatique et est envoyé dans un hôpital militaire à Ratisbonne (Regensburg). Il continue à dessiner et à peindre des gouaches, au vu et au su des Allemands. À l’hôpital le médecin-commandant, francophile, est un descendant de Lucas Cranach, le peintre de la Renaissance. Il le libère pour « raisons de santé » en 1942[note 13]. Ces œuvres sont un témoignage de ces années. Elles disent l’absurdité de la guerre et « nous élèvent aux plus hauts sommets de la sauvegarde de la Liberté », comme disent les légendes de ses œuvres. En grande majorité, elles sont numérisées et se trouvent au Musée d’Aquitaine de Bordeaux[note 14].
À la Libération, Boissonnet prend de grandes décisions. Sa période « réaliste » va prendre fin ; il veut être davantage présent à Paris. Il s’intéresse à la création du Salon de Mai[note 15] ; ce sera sa « deuxième période », marquée par le cubisme[note 16].
La période « cubiste » (1946-1962)



Boissonnet arrive à Paris, accueilli par ses amis : André Lhote, le dessinateur Yvan Le Louarn, dit Chaval[14], le sculpteur Joseph Rivière[note 17], etc. Ils l’aident à rencontrer artistes et notabilités de l’art contemporain. Il prend contact avec Gaston Diehl, le fondateur avec d'autres du Salon de Mai en 1943. Bernard Dorival, Conservateur du Musée d’Art Moderne, écrit : « La jeunesse a en lui son Salon… un Salon jeune, ouvert à la jeunesse, accueillant à ses inquiétudes, à ses recherches, à ses coups d'essai… »[15]. Diehl l’encourage à présenter sa candidature au Prix Drouant-David de la Jeune peinture. Il y montre Poissons et citron, 1948. Il obtient un 2e prix et le critique Pierre Descargues écrit dans Arts du : « Le choix de Boissonnet, peintre plus tendre, plus délicat, demeure dans la ligne de conduite du jury », où se trouvent Jacques Lassaigne et André Lhote. Ce prix est déterminant pour sa carrière : il entre au Salon de Mai, il va y rencontrer des artistes de sa génération qui font les mêmes recherches. En préservant sa liberté créatrice et son indépendance, il va créer son style. Cela durera pendant trois à quatre ans. Le meilleur exemple se trouve aujourd’hui au musée des Beaux Arts de Bordeaux, sous le titre de Synthèse de Formes, 1951. Il revient ensuite à un cubisme plus figuratif. Sa créativité s’exerce dans de nombreux domaines : dessins[note 18], peintures, vitraux, décorations murales.
Les premières expositions parisiennes
Grâce au Salon de Mai, il entretient des relations amicales et correspond avec Pignon[note 19], Bores[note 20], Lanskoy[note 21], Sarthou[note 22], etc. Ils exposent comme lui dans ce Salon d’avant-garde. Boissonnet éprouve respect et admiration pour Braque et Lhote. Il rencontre Bissière dans sa maison de Boissièrette dans le Lot[note 23]. Ces artistes l’encouragent à exposer dans une galerie. Ses œuvres avaient été remarquées à Turin, à l'exposition des Peintres d’aujourd’hui France Italie, en 1951[16] et à Menton, (où il obtient la Médaille d’Or en 1955)[17]. Encouragé par André Lhote et le journaliste critique d’art, Jacques Lassaigne[note 24], il choisit la galerie Saint Placide[note 25], (organisatrice par ailleurs du Prix de la Critique).
En 1956, il présente seize peintures, dont les célèbres Poissons et Citron, (aujourd’hui, au musée des Beaux Arts de Bordeaux), ainsi que dix dessins pour gravure. Certaines de ces œuvres sont à la limite du cubisme abstrait.
Un an plus tard, il se tourne vers la galerie de l’Élysée, rue du Faubourg-Saint-Honoré[note 26] et y présente seize peintures dont Village de pêcheurs, acheté par le Musée de Soulac[note 27]. Au vernissage, il retrouve de nombreux artistes du Salon de Mai. Ils saluent l’art de Boissonnet ; Jacques Lassaigne écrit :« art d’effusion venu du cœur, guidé par une raison claire, dans lequel s’affirme la permanence des plus hautes préoccupations de matière, d’espace et de lumière »[18]. Le public le découvre. Raymond Cogniat, critique d’art, parle : « d’un art sain, rayonnant, (qui) appelle l’adhésion. »[19]
L’exposition à la maison de la pensée française en 1961

L’atelier parisien de Boissonnet se trouve maintenant à Paris dans le 14e arrondissement. Il y reçoit une invitation à exposer à la « Maison de la pensée française ». Cet établissement, rue du Faubourg-Saint-Honoré, était la vitrine culturelle du Parti communiste français à la fois, librairie, lieu d’exposition, lieu de commémoration. Elle exposa Picasso en 1949 et 1954, Marquet en 1953, Bonnard en 1954, Lhote en 1961 etc. Boissonnet a été choisi pour la qualité de son art et l’importance de l’exposition en nombre d’œuvres. Boissonnet présente, en effet, quatre-vingts peintures, gouaches et dessins récents[20]. Le vernissage a lieu le , en présence de J. Chaban-Delmas, président de l’Assemblée nationale, de Léon Moussinac, directeur honoraire de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, de journalistes critiques d’art comme J. Lassaigne, J. Bouret, W. George, P. Cabanne, de nombreux conservateurs de musées, de ses amis et d'une foule importante. La dimension picturale de cette exposition est donnée par J. Lassaigne dans le catalogue : « […] tout un ballet de formes envolées se déroule entre les horizontales fluides de l’eau et des nuages, dirigé par la baguette savante d’un homme épris de lyrisme d’ordre et de liberté »[21]. » Dans le journal Arts[22], le critique et auteur Pierre Cabanne écrit : « Il ouvre les portes d’un monde éclatant de lumière où son style structural s’épanouit avec une extraordinaire liberté. »
Boissonnet, avec le Salon de mai, expose au Japon en 1962[note 28]. Cette année, la « Maison de la pensée française » organise une exposition de certaines œuvres des artistes qu’elle a exposées depuis la Libération. Boissonnet se trouve entre Marquet, Bonnard et Lhote[23].
Les commandes publiques

Un pour cent du coût des constructions de bâtiments publics peut être consacré à des travaux artistiques. En 1955, Lhote reçoit la commande d’une grande peinture murale à la Faculté de médecine de Bordeaux[note 29]. Boissonnet surveille le bon déroulement du marouflage. En 1958, il se voit attribuer la décoration du restaurant universitaire de Bordeaux, une décoration murale intitulée Jeunesse[note 30]. Dans le même temps, il reçoit commande de vitraux abstraits pour la grande chapelle de l’Institution des Sourdes et Muettes, dans la banlieue de Bordeaux[note 31]. Boissonnet devient artiste plasticien. Des maîtres mots le caractérisent à cette période : création de lignes et de couleurs, liberté, sincérité, évolution, indépendance, refus du compromis artistique.
La fin du cubisme
André Lhote disparaît le , puis Georges Braque le . Les grands cubistes disparaissent, sauf Picasso. La seconde « École de Paris » s'achève. En 1964, l’américain Rauschenberg[note 32] reçoit le premier prix à la biennale de Venise, à la place de Roger Bissière. Il ouvre la voie au new-dada et au pop art. La déconstruction de l’art de Paris, d’après la Libération, continue dans le cadre de la liberté d’expression chère aux Américains. L’immensité du marché américain accentue le mouvement : Paris est supplanté par New York. Boissonnet va s’adapter et devenir progressivement expressionniste et plasticien.
La période « expressionniste » (1963-1978)


Les États-Unis imposent au monde occidental un art pictural qui s’appuie sur la puissance financière de Wall Street et des facilités fiscales[note 33]. Le pop art, entre autres, permet à New York d’évincer Paris. « L’affaire » Michelson va faire évoluer Boissonnet.
L’ « affaire » Michelson
Charles Michelson est un homme d’affaires, de confession juive, né en 1900 en Roumanie et mort aux États-Unis à Los Angeles en 1970. Avant la Seconde Guerre mondiale, il était précurseur dans le domaine des radios privées, avec Radio Tanger. Inquiété par le Gouvernement de Vichy, il s’évade et rejoint les États-Unis. À la Libération, il revient en France. En 1954, il lance la chaine Télé Monte Carlo et devient le conseiller en communication du prince Rainier III de Monaco. En 1955, il fonde Europe no 1 avec Louis Merlin de Radio Luxembourg. Les débuts d’Europe no 1 sont incertains, Charles Michelson est obligé par l’État Français de vendre sa part, (estimée à 245 millions de francs) à Sylvain Floirat (future Sofirad). Il en appelle aux tribunaux pour une réévaluation. L’affaire remonte à l’Élysée, qui menace la Principauté de blocus. En 1962, les biens de Charles Michelson sont mis sous séquestre, au motif de non-paiement de ses impôts en France.
Or, Charles Michelson projettait de créer une importante Galerie d’art moderne ; il rencontre Boissonnet dans son atelier d’Arcachon, et l'enrôle dans ce projet, comme André Lhote et d’autres. La mise sous séquestre des biens de Charles Michelson entraine la saisie des œuvres de Boissonnet qui se trouvaient chez ce futur galeriste, après l’exposition à la Pensée Française, fin 1961.
Boissonnet, pour rentrer en possession de ses œuvres, doit alors se battre contre le magnat des ondes privées pour non-respect de ses obligations, et contre l’Administration française pour mise sous séquestre abusive de ses œuvres. Ce double procès va durer près de dix ans. Il permettra à Boissonnet de recouvrer son bien.

Boissonnet n’arrête pas de travailler. Cette période est d’une richesse créative tous azimuts. Il trouve d’autres supports et traduit son indignation et sa colère en « calligraphie tumultueuse », comme dira Pierre Cabanne, en 1971, lors de l’exposition à la Galerie de Paris.
Une évolution radicale
Dans une lettre à Léon Moussinac, ancien directeur des Arts Déco, datée du , il écrit : « Je suis un peu inquiet sur ma peinture qui me parait évoluer vers des touches plus larges et un désir encore plus grand d’amour. Ce désir me rassure sur cette nouvelle évolution, mais elle me hante, me tracasse, tout au moins pour l’instant »[note 34]. Pour Boissonnet, « vivre, c’est évoluer »[note 35]. Le peintre n’est pas un spectateur passif, il est dans le monde. Son style évolue vers des rythmes tumultueux, mystérieux et même violents. Comme plasticien, il exprime les turbulences du monde dans une sorte d’expressionnisme, aussi bien dans ses peintures, ses gouaches, ses tapisseries ou ses mosaïques proches de l’art brut[note 36].
Les mosaïques

La rencontre avec Jacques Dupuy, maître verrier bordelais, lors de l’exécution de vitraux, l’oriente vers la mosaïque à partir de matériaux bruts. Il utilise des déchets de céramique, des schistes ou minéraux divers, des tessons etc. Le ciment sert à lier l’ensemble, comme le plomb dans les vitraux. Auparavant, il établit une maquette à la gouache[note 37], inversée, l’artisan n’a plus qu’à suivre les indications pour placer les matériaux et couler un lit de ciment afin de les lier. Il réalise une centaine de maquettes, expressionnistes ou abstraites. Le monde artistique opère à l’inverse de la méthode de Boissonnet. Il entre donc dans le mouvement de l’art brut et connaîtra bien Dubuffet[note 38]. Il travaille dans la mosaïque de 1963 à 1973 et reçoit de nombreuses commandes publiques[note 39]. Il continue de travailler activement dans le domaine des papiers collés, de la gouache et de la peinture sur toile, pour une grande exposition à Paris.
L’exposition de 1971

En 1970, Boissonnet montre au critique d’art et auteur, Pierre Cabanne[note 40], sa « production » des années soixante, dites les sixties. Ils se connaissaient, Cabanne ayant « couvert » l’exposition de 1961 pour ARTS[24]. Cabanne est stupéfait par ces œuvres nouvelles, très différentes de celles des sifties. Il encourage Boissonnet à exposer au plus vite.
Boissonnet choisit la Galerie de Paris[note 41], dirigée par la fille du peintre Manguin. Le , il présente 25 peintures et 10 gouaches[25]. Le public comme les critiques découvrent son anticonformisme. Pierre Cabanne rédige la préface du Catalogue[note 42] :
Jacques Lassaigne fait un bilan[26] : « Il a gardé toute la verve jaillissante de son inspiration. C’est comme une gerbe, une fusée d’éléments d’une beauté pure et naturelle. Nature vraie recréée avec ses propres éléments, restituée par l’artiste dans ses rythmes essentiels. »
Pour René Barotte, qui était aussi à l’exposition de 1961, Boissonnet est le fils spirituel de Cézanne[27]. Ce critique rapporte, dans cet article, les paroles d’André Lhote à Boissonnet : « C’est merveilleux, comment faites-vous donc pour vous libérer ainsi, tout en conservant à la nature, cette fidélité que nous lui devons ? »
Boissonnet fait partie des peintres de la Galerie de Paris comme Oudot, Ciry, Chastel, Rohner, Despierre, Cathelin, etc. Boissonnet décide alors de garder son atelier parisien du 14e, mais d’habiter, dès 1972, à plein temps, son atelier en face d’Arcachon. Il y installe un métier à tisser et commence une série de tapisseries.
Les tapisseries

Il construit un métier à tisser très simple et, avec son épouse, réalise des tapisseries originales sans intermédiaires. C’est le pendant en laines multicolores des mosaïques en matériaux, eux aussi multicolores. Proche de l’art brut pour les mosaïques, il l'est de la « Nouvelle Tapisserie »[28] pour ces nouvelles œuvres. Il réalise, avec son épouse, 16 tapisseries expressionnistes et fantasmatiques. Le temps du Bol à café[note 43] est loin. Huit tapisseries et son métier à tisser appartiennent aujourd’hui à des collections publiques[29].
En 1971, Boissonnet expose à Munich (R.F.A.)[note 44]. En France, il expose presque tous les ans à Paris ou à Bordeaux. Il participe à l’inauguration du Centre national Jean-Moulin de Bordeaux, consacré à la Résistance, avec ses dessins de guerre[note 45]. Ils feront l’objet d’une donation au Musée en 2008[note 46]. Dans les dernières expositions de cette période, il commence à présenter des paysages irréels. Au tournant des seventies, son art évolue vers des créations abstraites, issues de son imaginaire. Il entre dans sa quatrième période, dite « fantasmatique ».









