Elizabeth Lyon
Criminel et prostituée anglaise
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Elizabeth Lyon (active vers 1722–1726), surnommée Edgworth Bess ou Edgware Bess, est une criminelle et prostituée anglaise, connue comme la compagne du brigand anglais Jack Sheppard. On dispose de très peu d’informations sur ses origines et sa jeunesse. Il est toutefois établi qu’elle exerçait la prostitution à l’auberge du Black Lyon dès 1722 ou 1723. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Sheppard, alors apprenti charpentier, avec qui elle entame une relation.
| Alias |
Edgworth Bess ou Edgware Bess |
|---|---|
| Nationalité | Anglaise |
| Pays de résidence | Angleterre |
| Profession |
Prostituée |
À l’instigation de Lyon, Sheppard se lance rapidement dans une carrière criminelle. Il commence par voler sur ses lieux de travail, avant de se tourner vers le cambriolage. Lyon ainsi que le frère de celle-ci deviennent alors ses complices. Sheppard est arrêté à plusieurs reprises pour ses délits, mais parvient systématiquement à s’évader peu après son incarcération, le plus souvent avec l’aide de Lyon. En mai 1724, celle-ci est arrêtée alors qu’elle lui rend visite en prison. Tous deux réussissent pourtant à s’évader de la prison de New Prison vers l’établissement voisin de Clerkenwell Bridewell, avant de s’échapper définitivement.
Après l’exécution de Sheppard en novembre 1724, Lyon entretient des relations avec d’autres hommes impliqués, ou qui s’impliquent par la suite, dans des activités de cambriolage. Elle les accompagne parfois afin de participer directement aux délits. Elle est arrêtée en mars 1726 et déportée en octobre vers la province du Maryland, alors colonie britannique d’Amérique du Nord. Son nom ne réapparaît plus dans les sources officielles après cette date.
La notoriété d’Elizabeth Lyon repose essentiellement sur son lien avec Jack Sheppard. Dans les années qui suivent l’exécution de ce dernier, plusieurs romans et pièces de théâtre sont publiés et mis en scène, reprenant et romançant leur histoire.
Biographie
Jeunesse
Elizabeth Lyon serait née à Edgware, dans le Middlesex. Aucun document ne permet de préciser son origine sociale ni les conditions de sa jeunesse, et l’on ignore si le nom de Lyon correspond à son nom de naissance ou à un nom acquis par mariage[1]. Il est possible qu’elle ait entretenu une relation avec un soldat absent, mais les sources divergent quant à la nature de ce lien : certains la présentent comme son épouse, d’autres comme sa maîtresse, tandis que d’autres encore suggèrent qu’elle aurait exercé la prostitution auprès de lui[2],[3],[4].
Philip Sugden, son biographe pour l’Oxford Dictionary of National Biography, avance qu’Elizabeth Lyon pourrait être identique à une certaine Elizabeth Miller, dite Lyon, arrêtée pour le vol de soie et de batiste au préjudice de son logeur, John Davenport, dans la paroisse de St Peter, Westcheap, à Londres. Elizabeth Miller est reconnue coupable de ce vol à l’Old Bailey en octobre 1721 et se voit infliger la peine du marquage au fer rouge[1].
Vie avec Jack Sheppard
Vers 1722 ou 1723, Elizabeth Lyon exerce la prostitution à l’auberge du Black Lyon, établissement tenu par Joseph Hinds, mouleur de boutons, situé dans Lewkenor’s Lane, à St Giles, Londres. Les habitués du lieu la surnomment alors « Edgworth Bess »[3]. Hinds emploie plusieurs prostituées dans sa taverne, dont le rôle consiste à courtiser les clients afin de les inciter à consommer davantage[3],[4].
C’est dans ce contexte que Lyon fait la connaissance de Jack Sheppard, l’un des clients de l’établissement. À cette époque, celui-ci est apprenti charpentier à Drury Lane, où il acquiert également des compétences en fabrication et en crochetage de serrures[1],[5]. Sheppard s’éprend rapidement de Lyon, et une relation s’établit entre eux[6]. Les sources décrivent Lyon comme une femme de forte corpulence, tandis que Sheppard est présenté comme un homme de petite taille et de constitution frêle, mesurant environ 1,63 mètre[1],[3],[4].

Lyon encourage Sheppard à s’engager dans une carrière criminelle. Celui-ci commence par voler deux cuillères en argent à la taverne du Rummer, à Charing Cross, où il effectue alors des travaux de menuiserie[1],[7],[8]. En juillet 1723, Lyon est arrêtée, soit pour avoir causé un trouble à l’ordre public[5], soit pour le vol d’une bague en or[9], puis conduite au poste de détention du St Giles’s Roundhouse. Sheppard s’introduit par effraction dans le bâtiment, renverse le bedeau et libère Lyon. Peu après, en août 1723, il abandonne son apprentissage et s’installe avec elle à Fulham[5]. Il se tourne alors vers le cambriolage, tandis que Lyon devient sa complice, aux côtés du frère de Sheppard, Thomas[1],[7].
En mai 1724, Sheppard est arrêté et détenu au St Ann’s Roundhouse. Lors de la visite que lui rend Lyon le lendemain, celle-ci est à son tour arrêtée comme suspecte de complicité. Tous deux sont ensuite transférés à la New Prison de Clerkenwell. Se présentant comme mari et femme, ils obtiennent d’être incarcérés dans la même cellule[4]. Le geôlier, informé des précédentes évasions de Sheppard, le fait enchaîner et lui fait fixer deux masses de 6,4 kilogrammes chacune. À la suite de la visite d’amis qui leur font parvenir clandestinement des outils, Sheppard scie ses entraves et une barre de fer, puis perce une poutre de chêne de 23 cm d’épaisseur. À l’aide de cordes fabriquées à partir de draps, de robes et des jupons de Lyon, le couple descend d’une hauteur de 7,6 mètres. Ils ignorent alors qu’ils ont pénétré dans la prison voisine de Clerkenwell Bridewell. Après avoir escaladé les murs de 6,7 mètres de hauteur, ils parviennent finalement à s’évader[10],[1].
Jonathan Wild, justicier autoproclamé connu sous le surnom de « Thief-Taker General », se joint à la traque de Jack Sheppard. Il retrouve Elizabeth Lyon dans une maison de brandy de Temple Bar, où il la menace ou la fait boire, selon les versions. Elle lui révèle alors l’endroit où se cache Sheppard. Celui-ci est ensuite arrêté et conduit à la prison de Newgate. Le 13 août 1724, il est jugé et reconnu coupable. Il implore d’être condamné à la déportation, mais est finalement condamné à la peine capitale par pendaison[3],[8],[10]. Son exécution est fixée au 4 septembre et il est replacé à Newgate, dans la Condemned Hold, la cellule réservée aux condamnés en attente de leur exécution, que l’écrivain Aaron Skirboll qualifie de « l’une des cellules les plus sûres de toute l’Angleterre »[4].

Sheppard entreprend alors de scier l’un des barreaux de fer de sa cellule. Le 31 août, l’ouverture est suffisamment large pour lui permettre de s’y glisser. Lyon et son amie, la prostituée Polly Maggot, l’aident à franchir le passage et lui fournissent un ensemble de vêtements féminins. Déguisé, il sort par la porte principale de la prison[4],[7],[10].
Après cette évasion, Lyon et Sheppard se rendent dans une taverne de Westminster, puis dans une autre à Holborn, où il se débarrasse des chaînes et des entraves qu’il porte encore. Lyon est arrêtée le lendemain. On lui administre des émétisants afin de la contraindre à révéler la cachette de Sheppard, sans succès. Elle est détenue pendant trois mois. Ce sera la dernière rencontre entre les deux anciens complices. Sheppard parvient à échapper aux autorités pendant dix jours, avant d’être de nouveau arrêté sur Finchley Common le 10 septembre. Il est exécuté le 16 novembre 1724 à Tyburn[1],[3],[7].
Le jour même de son exécution, Sheppard fait imprimer un pamphlet. Apprenant que Lyon a communiqué sa cachette à Jonathan Wild, il la décrit comme « la créature la plus perverse, trompeuse et dissolue qu’il soit possible de trouver en Angleterre » et affirme qu’« elle fut la cause de sa perte »[11]. Il fait également porter la responsabilité de sa chute à Joseph Hinds et à Lyon, déclarant que la fréquentation de l’auberge du Black Lyon, tenue par Hinds, lui a permis de rencontrer Elizabeth Lyon et l’a entraîné dans une succession de vices auxquels il était, jusque-là, entièrement étranger[1],[7],[11].
Après la mort de Sheppard

Elizabeth Lyon poursuit ses activités criminelles après la mort de Jack Sheppard et exerce, selon Philip Sugden, « une influence tout aussi déterminante sur d’autres jeunes hommes »[1]. En mars 1725, le journal Parker’s London News rapporte qu’elle est condamnée pour avoir « entraîné le fils d’un marchand dans le vol »[1]. Elle est alors envoyée au Tothill Fields Bridewell, prison située à Westminster. Au milieu de cette même année, elle cohabite avec un peintre nommé James Little. Le révérend James Guthrie, aumônier de la prison de Newgate, estime que Lyon l’a « précipité vers sa perte », bien que Little ait déjà été impliqué dans des activités criminelles avant leur rencontre[1],[4]. James Little est pendu pour ses crimes en novembre 1725[12].
En mars 1726, Lyon est liée à un certain John Smith, employé d’Edward Bury, boucher exerçant dans Allen Street, à Clerkenwell[1]. Lyon et Smith sont arrêtés pour le vol de six cuillères en argent, de pinces en argent, d’une passoire en argent, d’une robe et d’un mouchoir appartenant à Bury. Lors du procès, Smith rejette la responsabilité sur Lyon en déclarant devant le tribunal : « Elle m’a persuadé de voler la maison de mon maître et m’a dit qu’elle m’accompagnerait et me montrerait comment faire. J’étais ivre, et nous y sommes allés ensemble. »[13] Un témoin affirme avoir vu Lyon en possession des cuillères alors qu’elle buvait avec Smith. Ce même témoin rapporte que Lyon prétendait que les cuillères lui avaient été laissées par Sheppard et qu’elle les avait récupérées chez un prêteur sur gages. Elizabeth Lyon est reconnue coupable et condamnée à sept années de déportation[13],[1],[3],[4]. Elle embarque à bord du Loyal Margaret et débarque dans la province du Maryland en octobre 1726. Aucune source ne permet de connaître la suite de sa destinée après cette date[1],[14],[15].
Postérité

En raison de son lien avec Jack Sheppard, Elizabeth Lyon acquiert une certaine notoriété dans les années qui suivent sa mort, en particulier à l’époque victorienne. Cette célébrité posthume s’exprime notamment à travers plusieurs œuvres littéraires. Parmi elles figure le roman anonyme de 1839, The History of Jack Sheppard: His Wonderful Exploits and Escapes. Le biographe Stewart Marsh Ellis souligne que Lyon y est « curieusement transformée, de la prostituée athlétique et redoutable que révèlent les faits, en une laitière innocente et fragile de quinze ans, aux cheveux clairs, à la peau éclatante de blancheur et aux yeux d’un bleu limpide »[2].
En 1898, le romancier William Harrison Ainsworth publie Jack Sheppard; A Romance, ouvrage illustré par George Cruikshank. Celui-ci choisit de représenter Lyon, pourtant décrite historiquement comme une femme de forte corpulence, avec une silhouette mince et élancée[16]. Parmi les autres œuvres où apparaît le personnage de Lyon figurent le roman anonyme Edgeworth Bess, or, Shephard in Danger (1867) ainsi que l’ouvrage de Joseph Hatton, When Rogues Fall Out (1899). Elizabeth Lyon est également intégrée comme personnage dans plusieurs pièces de théâtre consacrées à la vie de Sheppard[1].