État impérial d'Iran
état iranien de 1925 à 1979
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L'État impérial d'Iran, appelé officiellement État impérial de Perse jusqu'en 1935 (traductions officielles en français du persan : دولت شاهنشاهی ایران Dowlat-e Shāhanshāhi-ye Irān, littéralement « l'État impérial d'Iran »), est le régime politique monarchique de l'Iran de 1925 à 1979.
Salāmati-ye Dolat-e 'Aliyye-ye Irān
"Salut du sublime état d’Iran"
سرود شاهنشاهی ایران
Sorud-e Šâhanšâhi-ye Irân
"Hymne impérial d’Iran"
Monarchie constitutionnelle parlementaire
- Dictature militaire (1925-1941 ; 1953-1955 ; 1978-1979)
- Système à parti unique (1964-1975)
- Régime autoritaire à parti unique (1975-1978)
- État en déliquescence (1978-1979)
État impérial d'Iran (-)
(fa) دولت شاهنشاهی ایران
Dowlat-e Shāhanshāhi-ye Irān
1925 – 1979 (officiel)
Drapeau |
Armoiries |
| Hymne |
سلامتی دولت علیهٔ ایران Salāmati-ye Dolat-e 'Aliyye-ye Irān "Salut du sublime état d’Iran" سرود شاهنشاهی ایران Sorud-e Šâhanšâhi-ye Irân "Hymne impérial d’Iran" |
|---|
| Statut |
Monarchie constitutionnelle parlementaire
|
|---|---|
| Capitale | Téhéran |
| Langue(s) | Persan |
| Religion | Chiisme duodécimain |
| Monnaie | Toman, puis Rial iranien |
| 1925 | Prise du pouvoir par Reza Pahlavi. |
|---|---|
| 1941 | Invasion anglo-soviétique |
| 1953 | Coup d'État contre Mossadegh |
| 1963 | Lancement de la révolution du Roi et du Peuple |
| 1979 | Révolution iranienne |
| 1925-1941 | Reza Chah |
|---|---|
| 1941-1979 | Mohammad Reza Chah |
| 1979-1980 | Mohammad Reza Chah |
|---|---|
| 1980 | Farah Pahlavi, régente |
| Depuis 1980 | Reza Pahlavi |
Entités précédentes :
Entités suivantes :
Le régime, qui utilisait le français comme langue internationale, traduisait officiellement le terme par « Empire de Perse » de 1925 à 1935 puis « Empire de l'Iran » de 1935 à 1979, dans les documents de l'époque[1],[2]. En historiographie, il est également désigné par le terme d'« Iran pahlavi »[3], nom qu'il doit à la dynastie Pahlavi au pouvoir durant toute son existence, et qui lui donna deux souverains : Reza Chah et Mohammad Reza Chah. La dynastie Pahlavi est la dernière des dynasties de l'Empire perse dont la première fut la dynastie achéménide vers -550. Elle régna sur le pays pendant 53 ans. Mohammad Reza Chah fut aussi le dernier chah d'Iran.
Les Pahlavi arrivèrent au pouvoir après que Ahmad Chah Qadjar, le dernier dirigeant de la dynastie Qadjar, se soit révélé incapable d'arrêter les ingérences britanniques et soviétiques dans la souveraineté iranienne, et qu'il ait vu sa position extrêmement affaiblie par un coup d'État en 1921, avant de quitter le pays pour la France. L'Assemblée nationale, connue sous le nom de Madjles, convoqua une Assemblée constituante le , déposa le jeune Ahmad Chah Qadjar puis proclama le généralissime Reza Khan, ministre de la Guerre puis Premier ministre, nouveau monarque du pays sous le nom de Reza Chah, auquel il fit prendre le nom de Gouvernement impérial de Perse. En 1935, Reza Chah changea le nom international du pays de « Perse » en « Iran » et le pays prit alors le nom de Gouvernement impérial d'Iran[4].
Lors de la Seconde Guerre Mondiale, Reza Chah, au pouvoir depuis 16 ans, abdiqua et fut remplacé par son fils qui régna plus de 37 ans. Le régime impérial chuta le à la suite de la révolution iranienne qui abolit la monarchie et provoque l'avènement de la république. La république islamique fut ainsi proclamée le .
Le fils du chah, le prince héritier du trône d'Iran Reza Pahlavi, est le prétendant actuel au trône des Pahlavi et ne cesse de lutter pour retrouver le pouvoir. Celui-ci a notamment déposé plainte[5] pour « crime contre l'humanité » contre le guide suprême iranien Ali Khamenei en date du 23 janvier 2012.
Histoire
Avènement de la dynastie
En 1921, un jeune officier de l'unité des cosaques, le général Reza Khan Mirpandj, fait un coup d'État militaire avec l'aide de Seyyed Zia'eddin Tabatabai, devient chef de l'armée et prend le nom de Reza Khan Sardar Sepah. Il prendra ensuite le poste de Premier ministre jusqu'en 1925. Il a d'abord envisagé de faire de l'Iran une république, suivant en cela le modèle d'Atatürk en Turquie, mais y renonce face à l'opposition du clergé. Le , le Madjles, réuni en tant qu'Assemblée constituante, nomme Reza Khan Sardar Sepah nouveau chah d'Iran. Il sera couronné le sous le nom de Reza Chah Pahlavi.
Règne de Reza Chah (1925-1941)
Reza Chah avait des plans ambitieux pour moderniser l'Iran. Ces plans incluaient le développement d'industries lourdes, de projets d'infrastructures majeurs, la construction d'un chemin de fer national, le Trans-iranien, la création d'un système d'éducation public national, la réforme de la justice jusque-là contrôlée par le clergé chiite par la création du code civil iranien, et l'amélioration de l'hygiène et du système de santé. Il avait pour cela besoin d'un gouvernement centralisé et fort, ainsi que de plus d'indépendance par rapport à la Grande-Bretagne et à la Russie, ce qu'il obtiendra en annulant les droits spéciaux accordés aux étrangers pendant l'époque qajar.

Le , il demande officiellement à la communauté internationale de ne plus utiliser le terme « Perse » mais de se servir du nom « Iran » pour désigner son pays (qui est le nom en langue locale depuis toujours) et ordonne la même année l'interdiction du port du voile pour les femmes et l'obligation de porter un habit « à l'occidentale » pour les hommes.
Malgré les avancées qu'il fait faire au pays, son style de gouvernement dictatorial et son combat pour la modernisation de l'Iran en dépit des positions du clergé lui valent de grands ressentiments parmi la population.
Reza Chah essaya d'éviter tout rapport avec le Royaume-Uni et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS, formée sur le territoire de l'Empire russe en 1922). Bien que ses projets de développement nécessitaient l'expertise technique étrangère, il évita de conclure des contrats avec des compagnies britanniques et soviétiques. Même si le Royaume-Uni, à travers la possession de l'Anglo-Iranian Oil Company, contrôlait les ressources pétrolières de l'Iran, Reza Chah préféra obtenir de l'assistance de l'Allemagne, de la France, de l'Italie et d'autres pays européens. Ceci créa des problèmes à l'Iran après 1939, quand l'Allemagne et le Royaume-Uni devinrent ennemies pendant la Seconde Guerre mondiale. Reza Chah proclame l'Iran neutre dans le conflit, mais les Britanniques affirmèrent que les techniciens et ingénieurs allemands en Iran étaient des espions ayant pour mission de saboter les installations pétrolières britanniques dans le Sud-Ouest de l'Iran. Le Royaume-Uni demanda à l'Iran d'expulser tous les citoyens allemands, mais Reza Chah refusa, soutenant que cela aurait un impact négatif sur ses projets de développement.
Seconde Guerre mondiale
Après l'invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne en juin 1941, le Royaume-Uni et l’Union soviétique devinrent alliés. Ils tournèrent tous deux leur attention vers l’Iran. Le Royaume-Uni et l’URSS voyaient dans le chemin de fer transiranien un excellent moyen de transporter du matériel et de la nourriture du golfe Persique jusqu’à la région soviétique. En août 1941, parce que Reza Chah avait refusé d'expulser les citoyens allemands, le Royaume-Uni et l'URSS envahirent l'Iran, arrêtèrent le Chah et l'envoyèrent en exil, prenant ainsi le contrôle des réseaux de communications et de transport en Iran. En 1942, les États-Unis, alliés du Royaume-Uni et de l'URSS, envoyèrent une force militaire en Iran pour aider à maintenir et à faire fonctionner des sections du chemin de fer. Les Britanniques et les Soviétiques ont permis la chute du système de gouvernement de Reza Chah et ont limité les rapports avec le gouvernement constitutionnel. Ils ont permis au fils de Reza Chah, Mohammad Reza, de lui succéder sur le trône.
En , les Alliés signèrent un accord pour respecter l'indépendance de l'Iran et retirer leurs troupes au maximum 6 mois après la fin de la guerre. En 1943, à la conférence de Téhéran, les États-Unis réaffirmèrent cet engagement. En 1945, l'URSS se refusa à annoncer un calendrier de retrait des provinces iraniennes situées au nord-ouest du pays, l'Azerbaïdjan de l'Ouest et l'Azerbaïdjan de l'Est, où des mouvements autonomistes soutenus par les Soviétiques s'étaient développés.
Règne de Mohammad Reza Chah (1941-1979)
Début de la guerre froide
Après la Seconde Guerre mondiale, le début du règne de Mohammad Reza Chah fut marqué par la crise irano-soviétique, au cours de laquelle le gouvernement central repris la main face aux velléités indépendantistes des mouvements kurde et azéri soutenus par les Soviétiques[6]. L'URSS retira ses troupes en mai 1946, mais les tensions continuèrent pendant plusieurs mois. Cet épisode est un des premiers dans le cadre de l'émergence de la guerre froide, la rivalité d'après-guerre entre les États-Unis et leurs alliés d'une part, et l'URSS et ses alliés d'autre part.

Les effets de la guerre ont été déstabilisants pour l'Iran : pénurie de nourriture et d'autres produits de base, forte inflation, détérioration des conditions de vie pour les classes moyennes et basses alors que certains ont fait fortune en spéculant sur les produits difficiles à trouver, montée de sentiments nationalistes à cause de la présence des troupes étrangères, et augmentation de l'exode rural. Le pays s'étant libéré depuis la fin du règne de Reza Chah, l'activité politique et de la presse a fleuri ; particulièrement l'activité du Parti communiste Tudeh qui a organisé les ouvriers.
Le système politique s'ouvrit un peu plus par la suite. Les partis politiques se développèrent et les élections de 1944 au Madjles furent les premières à voir un peu de compétition en plus de 20 ans. L'influence étrangère restait un sujet délicat pour tous les partis. L'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), détenue par le gouvernement britannique, continuait à produire et à vendre le pétrole iranien. Au début des années 1930, certains Iraniens avaient commencé à militer pour la nationalisation des champs de pétrole. Après 1946, ce mouvement politique devint de plus en plus populaire.
Cette activité du parti Tudeh, ajoutée à la présence de l'Union soviétique dans le pays, a encore plus déstabilisé le pays. En , les Américains et les Soviétiques tentent de négocier des concessions pétrolières en Iran ; mais en décembre, le Madjles vote une loi empêchant de discuter de ces questions avant la fin de la guerre. Cette loi déclenche une vive propagande soviétique dans les cinq provinces du Nord (majoritairement azéries et qui étaient visées par la demande de concession de pétrole soviétique). En , le Parti démocratique d'Azerbaïdjan, lié au Tudeh et mené par Jafar Pishevari, annonce la création d'une république autonome portant le nom de Gouvernement populaire d'Azerbaïdjan et soutenue par l'URSS. Au même moment, le mouvement autonomiste kurde crée la république de Mahabad au Kurdistan iranien. Ces deux républiques autonomes bénéficient du soutien de l'URSS, et les troupes soviétiques occupent des parties du Khorasan, du Gorgan, du Mazandaran et du Guilan. Parallèlement, d'autres troupes soviétiques empêchent les troupes gouvernementales iraniennes de rentrer en Azerbaïdjan et au Kurdistan. La situation est rendue encore plus tendue par le fait que les troupes américaines et britanniques étaient en train de se retirer du pays. Sous la pression conjointe des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'ONU, les Soviétiques obtiennent finalement une concession et acceptent de retirer leurs troupes du territoire iranien. En , en vue des élections législatives de la Madjles, Ghavam os-Saltaneh, premier ministre, envoie l'armée iranienne en Azerbaïdjan et au Kurdistan et les gouvernements républicains, qui ne sont plus soutenus par l'URSS, s'effondrent. Leurs dirigeants sont ensuite pendus en place publique[7]. La nouvelle législature, dominée par le Front national de Mossadegh, fait passer une loi imposant au gouvernement d'exploiter lui-même ses ressources pétrolières.
L'influence soviétique diminue encore plus en 1947, quand l'Iran et les États-Unis signent un accord portant sur de l'aide et du conseil militaire afin d'entraîner l'armée iranienne. En , le Tudeh est accusé d'une tentative d'assassinat sur le Chah et est banni d'Iran. C'est à partir de cette époque que commence l'influence américaine en Iran.
Nationalisation de l'industrie pétrolière

Mohammad Reza Pahlavi remplaça son père sur le trône le 16 septembre 1941. Il voulait continuer les réformes entreprises par son père, mais une contestation sur le contrôle du gouvernement se fit jour entre le Chah et un politicien plus vieux, le nationaliste Mohammad Mossadegh.
Malgré son désir d'agir comme un monarque constitutionnel qui se plierait au pouvoir d'un gouvernement parlementaire, Mohammad Reza Pahlavi s'engagea de plus en plus dans les affaires gouvernementales. Il se concentra à faire revivre l'armée et à s'assurer qu'elle resterait sous contrôle royal en tant que base du pouvoir monarchique. En 1949, une tentative d'assassinat du Chah, attribuée au parti Tudeh, eut pour conséquence le bannissement de ce parti et le renforcement des pouvoirs constitutionnels du Chah.
En 1951, le Madjles nomma Mohammad Mossadegh nouveau premier ministre par un vote de 79 contre 12, qui, peu de temps après, nationalisa la compagnie pétrolière détenue par les Britanniques. Mossadegh était opposé au Chah qui craignait un embargo pétrolier imposé par l'Occident, qui laisserait l'Iran ruiné économiquement. Le Chah s'enfuit d'Iran mais revint quand la CIA organisa un coup d'État contre Mossadegh en août 1953 (voir : Opération Ajax). Mossadegh fut ensuite arrêté par les forces armées pro-Chah.
Règne personnel de Mohammad Reza Chah et révolution blanche
Dans ce contexte de troubles régionaux et de guerre froide, le Chah se posa en allié indispensable de l'Occident. Sur le plan national, il poussait aux réformes, culminant en 1963 dans son programme connu sous le nom de révolution blanche, qui incluait des réformes agraires, une extension des droits de vote aux femmes et l'élimination de l'analphabétisme. Des projets majeurs de construction d'infrastructures en Iran furent menés, une classe moyenne nouvelle émergea et en moins de deux décennies, l'Iran devint un acteur majeur au Moyen-Orient, politiquement et militairement.
Le Chah essaie dans les années 1960 de créer un climat politique plus actif pour accélérer le futur de l'Iran. Il crée pour cela un nouveau parti politique, Iran Novin, « Nouvel Iran », loyal à la couronne, s'attirant le soutien de l'élite technocratique et des masses éduquées, afin de renforcer l'administration et l'économie du pays. Ce parti remporte les élections parlementaires du 21e Madjles en septembre 1963.
Au début de 1964, le Chah nomme Hassan Ali Mansour nouveau premier ministre, avec l'intention de le voir mener des réformes économiques et administratives. Mansour crée quatre nouveaux ministères, qui permettent d'introduire plus de rationalisation dans la planification et le budget, et nomme de jeunes administrateurs aux postes-clés. Au Madjles, le gouvernement jouit d'une majorité confortable et l'opposition, majoritairement constituée du parti Mardom, vote généralement dans le même sens que le gouvernement, à une exception près qui cause un fort ressentiment dans la population iranienne : la loi sur le statut des Forces, une mesure qui accordait l'immunité à tout le personnel militaire américain et à leurs familles sur le territoire. Cette loi autorisait les Américains à être jugés par les États-Unis plutôt que par des tribunaux iraniens. Au moment du vote en octobre 1964, 65 parlementaires se sont absentés du Parlement et 61 ont voté contre. Dans le pays, la situation est la même. Khomeini, libéré de son assignation à domicile depuis avril 1964, dénonce cette loi devant une très grande assemblée à Qom en novembre 1964. Khomeini est de nouveau arrêté peu après son sermon et exilé en Turquie puis à Najaf en 1965.

Bien que les conditions économiques s'améliorent, le pays n'a pas encore récupéré de la récession de 1959-1963, qui avait imposé des restrictions très fortes aux classes pauvres. Mansour essaie de combler un déficit estimé à 300 millions de dollars en imposant de fortes taxes sur l'essence et le kérosène, et sur les sorties de personnes. Une grève de chauffeurs de taxi se déclenche à Téhéran et Mansour est obligé d'abandonner l'idée des taxes sur le carburant en janvier, six semaines après leur mise en place. C'est grâce à la rentrée de 200 millions de dollars provenant de revenus pétroliers, à travers les bonus pris sur des concessions américaines et européennes, que les difficultés financières du gouvernement sont finalement surmontées.
Avec l'assistance étrangère, Mohammad Reza Chah a été capable de maintenir la stabilité financière malgré l'assassinat de Mansour et une tentative d'assassinat sur sa personne le 21 janvier 1965 par des membres d'un groupe radical islamique lié à Khomeini. Le Chah nomme alors Amir Abbas Hoveyda premier ministre ; c'est le début d'une décennie d'importante croissance économique et du renforcement militaire du pays dans la région du golfe Persique.
Cependant, ces mesures provoquèrent les meneurs religieux qui craignaient de perdre leur autorité traditionnelle, ainsi que les intellectuels qui cherchaient les réformes démocratiques. Ces opposants critiquaient le Chah pour ses réformes et les violations de la Constitution, qui limitait le pouvoir royal et reconnaissait l'existence d'un gouvernement représentatif.
Un acteur majeur du Moyen-Orient
Sur le plan des relations internationales, le Chah utilise la baisse de la tension entre Est et Ouest pour améliorer ses relations avec l'URSS. Mohammad Reza Chah signe par exemple en 1965 un accord afin d'échanger du gaz iranien contre une assistance technique russe pour la construction de hauts fourneaux.
En 1964, le Chah rejoint les chefs d'État de la Turquie et du Pakistan afin de créer une nouvelle organisation : la Coopération Régionale pour le Développement. Ce rapprochement avec les voisins est destiné à diminuer l'influence des organisations internationales dans la région.
Dans les années 1970, l'Iran commence à prendre un rôle plus important dans le golfe Persique. Il soutient les royalistes pendant la guerre civile du Yémen (1962-1970). Il assiste le sultanat d'Oman en 1971 pour mater la rébellion au Dhofar et arrive à un accord avec la Grande-Bretagne à propos de l'indépendance de Bahreïn, qui était iranienne jusque-là. L'Iran gardera tout de même la souveraineté sur les îles Tunb et Abu Moussa en les prenant de force sans que la Grande-Bretagne réagisse (toujours sujettes à désaccord).
L'incident des îles du golfe Persique pose un problème à l'Irak, qui rompt les relations diplomatiques avec Téhéran jusqu'à l'accord d'Alger en 1975, accord qui règle les questions de navigation sur le Chatt-el Arab et de soutien de l'Iran à la rébellion kurde dans le nord de l'Irak.
Afin d'augmenter le rôle de l'Iran dans la région, et dans le cadre de la doctrine Nixon, le président des États-Unis a autorisé le Chah, à partir de 1972, à acheter n'importe quelle arme conventionnelle aux États-Unis ; inversement, les Iraniens autorisent les États-Unis à installer deux centres militaires pour surveiller les activités soviétiques.
Mohammad Reza Chah modernise l’industrie iranienne et, grâce aux revenus très importants du pétrole, l'Iran entre dans une période de prospérité fulgurante et de modernisation accélérée, mais la société, bouleversée dans ses racines, souffre du manque de moyens d'expression. Son règne autocratique, l'absence de liberté d'opinion et la répression violente des opposants conjugués à une occidentalisation rapide créent des mécontentements profonds, pour des raisons différentes, à la fois chez le clergé et parmi les mouvements intellectuels de gauche, et préparent le terrain à la révolution.
Chute de la dynastie

Au milieu des années 1970, s'appuyant sur la croissance des revenus pétroliers, le Chah commença une série de projets encore plus larges et ambitieux pour le progrès de son pays et la marche vers la « Grande civilisation ». Mais la répression continue de la part du gouvernement qui était montrée du doigt par des groupes pro-démocratiques, et ses avancées socio-économiques irritaient le clergé. Les meneurs islamiques, particulièrement le religieux en exil l'ayatollah Rouhollah Khomeini, réussirent à focaliser le mécontentement des masses populaires grâce à une critique du règne du Chah et à une idéologie liée aux principes islamiques. Le gouvernement du Chah fut renversé à la suite de soulèvements populaires en 1978 et 1979 de tous les opposants au régime du Chah (communistes, extrême gauche urbaine, opposition démocratique laïque, clergé chiite) ; soulèvements qui ont ensuite été appelés révolution iranienne. Ces soulèvements eurent la particularité de se tenir tous les quarante jours en réponse aux morts des précédentes manifestations. Le vendredi 8 septembre, le shah avait décrété la loi martiale et lancé ses troupes sur une nouvelle manifestation : les soldats avaient tiré à vue pendant des heures. C’est le « Vendredi noir », qui fit des centaines de victimes et constitua un point de non-retour dans la révolution[8]. La haine du pouvoir a ainsi été de plus en plus importante, et les islamistes ont ainsi pu accaparer la sympathie des classes populaires. Le Chah s'enfuit du pays, mourant quelque temps après en Égypte.
Gouvernance et institutions politiques
Structures politiques et équilibre des pouvoirs
Durant toute son existence, l’État impérial d'Iran avait pour texte juridique suprême la Constitution de 1906, qui datait de l'époque de la dynastie Qadjar, bien qu'elle fut amendée en 1925 (pour permettre l'accession au trône de Reza Pahlavi), et à plusieurs reprises sous le règne de Mohammad Reza Chah. Cependant cette monarchie constitutionnelle fut dans les faits presque tout le temps un régime autoritaire, gouverné par les shahs successifs.
Après son couronnement en 1926, Reza Chah veilla à contrôler les contre-pouvoirs, comme le Majlis ou les pouvoirs locaux, notamment via des listes officielles qui présentaient les candidats autorisés par le pouvoir à se présenter. Une fois élus, les députés avaient une liberté d'action très réduite, car Reza Chah n'avait pas confiance en le parlementarisme, et encore moins en l'efficacité des partis politiques. Il voyait tous les autres contre-pouvoirs comme les relais des ingérences des Soviétiques et des Britanniques, comme lors du conflit qui l'avait opposé au cheikh Khazal Khan en 1923, alors qu'il était ministre de la Guerre, ou alors que les jeux de pouvoir minaient l'autorité centrale et étaient facteurs de désordre, comme dans les années qui avaient suivi la Révolution Constitutionnelle et la Première Guerre mondiale. Du reste, il pensait savoir mieux que personne ce dont avaient besoin les Iraniens, leurs habilités politiques, leurs forces et leurs faiblesses[9].

Avec l'abdication de Reza Chah en 1941, le pouvoir central devint moins oppressif, le Majlis devint plus indépendant du pouvoir impérial et les partis politiques se multiplièrent[9]. Mais dans les années qui suivirent la fin de la Seconde Guerre mondiale s'instaurèrent une grande instabilité et un climat de violence politique, avec l'assassinat de personnalités comme Ahmad Kasravi et des Premiers Ministres Abdolhossein Hajir et Haj Ali Razmara, ou encore la tentative d'assassinat du chah à l'université de Téhéran en 1949[10]. Quelques années plus tard, lors de la crise d'Abadan, lorsque le premier ministre Mohammad Mossadegh perdit le soutien de plusieurs de ses collaborateurs, notamment des religieux en 1952, il souhaita organiser de nouvelles élections ; il soumit la dissolution du Majlis au vote des Iraniens via un référendum, disposition inédite au regard de la Constitution, qui fut victorieux. Peu de temps après, il fut renversé par un coup d'état militaire, soutenu par les religieux et surtout la CIA et la MI6, qui mena le général Fazlollah Zahedi au pouvoir[11]. Une période de répression politique s'ensuivit.
Zahedi quitta le pouvoir en 1955. Le chah resserra par la suite son emprise sur le pouvoir, créant un système bipartite, avec le parti Nationaliste et le parti du Peuple, puis avec le parti Iran Novin. Bien que tous aient été très inféodés au chah, véritable maître du pays, il existait des rivalités entre les membres de ces partis, comme entre le premier ministre (de 1965 à 1977) Amir Abbas Hoveida et Ardeshir Zahedi[12]. Ils furent tous remplacés par un parti unique sans véritable idéologie, le Rastakhiz, en 1975. Certains Premiers Ministres furent des indépendants, comme Ali Amini, de 1961 à 1962, mais le chah le soupçonnait d'être un agent américain à la solde de John F. Kennedy. Le Parlement avait bien des dynamiques internes, mais le manque de pluralité politique restreignait à nouveau le champ d'action des députés. Le chah utilisa lui aussi le système du référendum en 1963 pour lancer la Révolution Blanche, une série de réformes à grande échelle. Là aussi, le référendum fut victorieux. En 1977, sous l'égide du nouveau premier ministre Jamshid Amouzegar, une libéralisation du régime fut amorcée, le Rasthakiz fut dissous en 1978, et de nouvelles élections complètement libres furent prévues pour 1979. Des élections qui n'eurent jamais lieu du fait de la révolution Iranienne[13].
Modernisation de la justice

Avant le règne de Reza Chah, les plaintes et les litiges étaient gérés par les gouverneurs et les mollahs selon des procédures anciennes et en l'absence de lois systématiques, en se fondant sur des principes religieux et coutumiers, comme prévu par la Constitution qui accorde une large part à la jurisprudence religieuse. Les verdicts étaient ainsi liés à l'interprétation des mollahs, y compris lorsque cela concernait des non-musulmans. Ces applications avaient parfois lieu sans considérations pour les droits humains, ordonnant parfois des peines telles que l'amputation ou la flagellation[14].
Après l'accession au pouvoir de Reza Chah, un comité d'érudits et de juristes iraniens, dirigé par Ali Akbar Davar, fut constitué. Par le recrutement d'avocats et de conseillers belges et français, les législations civile et pénale de l'Iran furent élaborées en privilégiant la protection des droits individuels et sociaux ainsi que l'égalité de tous devant la loi, indépendamment de la classe sociale ou de la religion. Par la suite, les tribunaux appliquant la charia furent supprimés et le système judiciaire iranien fut mis en place[15]. Parallèlement, des facultés de droit furent créées pour assurer la formation de futurs juristes. De même, les questions relatives au mariage, au divorce et à la succession (auparavant du ressort du clergé iranien) furent placées sous la supervision du ministère de la Justice grâce à la création d'offices officiels. Le régime des capitulations (gérant l'extraterritorialité des Britanniques et des Russes) fut également aboli durant cette période[14].
Réformes administratives et découpage territorial
Reza Chah mena également lors de son règne une série de réformes administratives d'envergure en Iran. Le système de gouvernement de l'époque qadjare souffrait de plusieurs dysfonctionnements lié au clan des proches du shah et des favoris de la cour, ce que Reza Chah tenta de résoudre par l'adoption de nouvelles lois. En outre, de nombreuses dispositions prévues par la Constitution de 1906 n'avaient jamais été instaurées avant l'arrivée au pouvoir des Pahlavi, comme la convocation du Sénat (1949) ou la mise en place de conseils de province (1962)[16].
En vertu des lois approuvées en 1937 et 1938, l'ancien découpage territorial (caractérisé par une multitude de provinces de tailles diverses) fut aboli au profit de dix provinces définies selon des critères économiques et géographiques pertinents, chacune englobant des subdivisions administratives telles que des comtés et des districts[17].
Autoritarisme et droits de l'homme
L’une des réalisations les plus importantes de l'ère des Pahlavi fut le souci des droits des minorités religieuses en Iran, dès le règne de Reza Chah[18]. Cependant le chah dirigeait une dictature, et les droits de l'homme ne furent pas respectés pour bon nombre d'opposants emprisonnés dans la prison de Qasr, inaugurée en 1929. Certains, comme le poète Farrokhi Yazdi ou l'ancien proche du chah disgracié Abdolhossein Teymourtash furent assassinés par le médecin de la prison Ahmad Ahmadi, lequel prétendit lors de son procès en 1943 avoir agi sur ordre du chah[19].
Bien que le pays ait bénéficié d'une période de liberté politique après 1941, malgré l'interdiction du parti communiste Tudeh en 1949, le coup d’État de 1953 remplit à nouveau les prisons et permit au chah de consolider son pouvoir[20]. La répression qui suivit la chute du gouvernement de Mossadegh fut gérée par une loi martiale, appliquée par le général Teymour Bakhtiar. En 1957, la loi martiale fut remplacée par la SAVAK, organisation chargée de la sécurité et du renseignement en Iran faisant office de services secrets. Dans les faits, il s'agissait d'une véritable police politique chargée de traquer et d'éliminer les opposants politiques au régime impérial. La terreur qu'elle fit régner s'arrêta avec le renvoi, en 1961, de Bakhtiar, et son remplacement par le général Hassan Pakravan, personnalité intellectuelle et plus portée sur la conciliation. Le chah congédia Pakravan en 1965, car il considérait que le laxisme de ce dernier avait conduit à l'assassinat du premier ministre Mansour, et le remplaça par le général Nematollah Nassiri, militaire jugé plus bourru[21]. Nassiri resta en poste jusqu'en 1978, date à laquelle il fut remplacé par le général Nasser Moggaddam, peu de temps avant la chute du régime.
Selon Parviz Sabeti, cadre de la SAVAK, l'organisation ne commença une véritable répression politique qu'après 1971, et l'augmentation des activités des guérillas d'extrême-gauche, qui attaquèrent notamment un poste de gendarmerie à Siakhal le 8 février 1971[22], alors que le chah souhaitant justement accéder à une visibilité internationale grâce aux fêtes de Persépolis. La répression politique s'exerça notamment dans la prison d'Evin, inaugurée en 1974, qui fut le théâtre de multiples violations des droits de l'homme, les prisonniers politiques y étant victimes de tribunaux d’exception, d’exécutions sommaires, d’assassinats, de tortures. Dans les années 1970, le gouvernement de Mohammad Reza Chah apparut ainsi comme une « dictature royale » qui éliminait systématiquement ses opposants avec violence[23]. Si, depuis la chute du régime en 1979, la réalité du nombre de victimes politiques a été revue à la baisse[24], le régime des Pahlavi reste régulièrement associé à la violence politique et aux violations des droits de l'homme commises durant son existence[25].
Corruption
Le futur ministre de l'Education Manouchehr Ganji dirigea un groupe d'étude sur la corruption qui soumit au gouvernement, en treize ans, au moins trente rapports détaillant les actes de corruption impliquant de hauts responsables et de l'entourage de la famille royale. Toutefois, le chah qualifia le contenu de ces rapports de « fausses rumeurs et d'inventions ». Parviz Sabeti, haut responsable de la SAVAK, estimait que les allégations de corruption constituaient l'une des principales raisons du succès de l'opposition au régime[26].
Politique étrangère

Sous le règne de Reza Chah, la Perse puis l'Iran établissent des relations privilégiées avec l'Allemagne, qui devint son principal partenaire commercial, avec plus de trois mille experts allemands qui s'installèrent en Iran. Ce renforcement des liens avec l'Allemagne tendit les relations avec le Royaume-Uni et l'Union soviétique, et constitua l'un des prétextes de leurs attaques contre l'Iran en 1941[27]. Les tensions entre les Britanniques et le premier empereur de la dyanstie Pahlavi remontent au début de son règne : en 1928, Reza Chah entama des négociations avec la Grande-Bretagne pour récupérer plusieurs îles du golfe Persique, notamment Bahreïn. Cependant, il ne parvint pas à obtenir gain de cause, les négociations échouèrent et les relations entre la Perse et l'Angleterre se détériorèrent. Suite à cet échec, Reza Shah ordonna l'envoi de troupes à Bahreïn, et les Britanniques dépêchèrent leur marine dans le golfe Persique afin de se préparer à affronter les forces persanes[28]. Mais la Perse ne disposait alors pas d'une marine suffisamment bien équipée et comprit qu'un conflit militaire avec une puissance comme celle de Londres serait vain. Finalement, la Perse décida de saisir la Société des Nations afin d'obtenir la restitution de Bahreïn. Mais elle ne parvint qu'à reconquérir de petites îles du golfe Persique, et l'influence britannique au sein de la société empêcha la restitution du Bahreïn à la Perse. Si le gouvernement de Reza Chah accepta cette semi-défaite, l'Iran a continué à considérer Bahreïn comme faisant partie de son territoire pendant plusieurs décennies[28].
Reza Chah avait une grande admiration pour la Turquie de Mustapha Kemal Atatürk. Il souhaitait que l'Iran suive la même politique de modernisation et de reconstruction nationale, et s'inspira également de plusieurs réformes kémalistes pour son propre pays, comme le dévoilement obligatoire des femmes. En juillet 1937, le traité de Sa'dabad fut signé entre l'Iran, l'Afghanistan, la Turquie et l'Irak, scellant une alliance entre les quatre pays[29]. Le Royaume-Uni, de plus en plus méfiant à l'égard du chah en dépit des liens qui avaient existé entre eux initialement, voyait d'un mauvais œil les liens de l'Iran avec l'Italie, la France et l'Allemagne, et orchestra une véritablement campagne de diffamation et de propagande hostile à l'encontre de Reza Chah. Cette campagne de dénigrement médiatique, relayée par les alliés du Royaume-Uni, s'aggrava lorsque l'Iran se rapprocha du Japon en 1939[29], et devait continuer durant toute la Seconde Guerre Mondiale, même après la déposition du chah. Lorsque Reza Chah mourut en exil à Johannesburg le 26 juillet 1944, un journal sud-africain titra « le dupe d'Hitler est mort »[30].

Son fils Mohammad Reza s'employa à restaurer les relations avec le Royaume-Uni, mais les relations avec l'URSS se tendirent de par la crise irano-soviétique. Avec le début de la guerre Froide, l'Iran se rapprocha à la fin des années 1940 du nouveau pays fort du bloc de l'Ouest : les États-Unis d'Amérique. Les relations irano-britanniques se tendirent à nouveau quelques années plus tard du fait de la nationalisation de l'industrie pétrolière, initiée par le Premier Ministre Mohammad Mossadegh. Ce dernier fit appel aux États-Unis pour servir de médiateurs dans le conflit entre les gouvernements britannique et iranien, mais le Royaume-Uni imposa un blocus sur le pétrole iranien tandis que Mossadegh refusa de renégocier les termes de la nationalisation, ce qui entraîna la crise d'Abadan. Cette crise mina gravement l'économie iranienne et fit perdre à Mossadegh le soutien du chah, des religieux et d'une partie de l'armée. Cela couplé à l'arrivée au pouvoir de Dwight D. Eisenhower modifia la perception américaine, car Washington commença à voir l'intransigeance du Premier Ministre et sa tolérance envers le parti communiste iranien, le Tudeh, comme une menace pour le bloc de l'Ouest. Finalement, à partir de mars 1953, les États-Unis abandonnèrent la diplomatie et s'allièrent secrètement au Royaume-Uni, au chah et à toute l'opposition à Mossadegh pour planifier l'opération Ajax, le coup d'État qui mena à son renversement[31].
Le remplaçant de Mossadegh, le général Zahedi, et le chah s'alignèrent sur les États-Unis par la suite, et les relations avec le Royaume-Uni s'améliorèrent également. D'autant que le pétrole iranien, bien que nationalisé, était désormais exploité par un consortium de sociétés occidentales[32]. Au début des années 1960, l'influence des compagnies américaines sur l'industrie pétrolière iranienne est si grande que Nelson Rockefeller put ainsi déclarer à Dwight D. Eisenhower en 1962 : « Nous avons pu nous assurer le contrôle total du pétrole iranien… À l’heure actuelle, le shah ne saurait entreprendre le moindre changement dans la composition de son gouvernement sans consulter notre ambassadeur accrédité auprès de lui[8]. » Cependant, Mohammad Reza Chah sut tirer parti de l'exploitation pétrolière et, dans les faits, dès le début des années 1960, put défendre les intérêts de l'Iran en tant que puissance pétrolière et régionale, même auprès de ses alliés occidentaux, notamment avec la fondation de l'OPEP en 1960[33]. L'Iran de la fin des années 50 reste cependant clairement dans le camp du bloc de l'Ouest, comme en atteste le Pacte de Bagdad (devenu par la suite le CENTO), conclu entre l'Iran, l'Irak, la Turquie et le Pakistan en 1958 sous l'égide du Royaume-Uni, qui visait à contrer l'influence communiste dans la région[34].

À partir du milieu des années 1960, le chah améliora ses relations avec l'Union soviétique. Suite à sa visite officielle à Moscou en 1956, de nouveaux liens économiques et politiques furent tissés avec l'URSS. Outre les avantages économiques, ce rapprochement renforça la position et le pouvoir de négociation du chah face à l'Occident, et face à ses rivaux régionaux tels que l'Irak baasiste et l'Égypte de Gamal Abdel Nasser, ainsi qu'aux forces d'opposition internes[35].
En 1971, Mohammad Reza Chah s'empara militairement d'Abou Moussa, de la Grande et de la Petite Tunb, imposant ainsi durablement la souveraineté iranienne sur le détroit d'Ormuz[36] mais, en contrepartie, renonça à toute revendication de souveraineté sur Bahreïn, qui devint indépendant[37]. Fort de sa position diplomatique dominante, le chah fit de l'Iran le centre du monde pour quelques jours lors des célébrations de l'anniversaire de la fondation de l'empire Perse, pour lesquelles la quasi-totalité des chefs d'Etat des deux blocs furent conviés en octobre 1971 à Persépolis. L'Iran pahlavi signa en 1975 les accords d'Alger, mettant fin aux différends frontaliers avec l'Irak de Saddam Hussein[38].
En 1964, le shah d'Iran fut nommé pour le prix Nobel de la paix. Selon les informations publiées sur le site officiel de la Fondation Nobel, le nom de Mohammad Reza Pahlavi, shah d'Iran, figurait parmi les treize finalistes pour le prix Nobel de la paix[39]. Le chah était nommé pour sa médiation entre l'Inde et le Pakistan[40].
Force militaire

Lorsqu'il était ministre de la Guerre puis Premier ministre, Reza Chah parvint à constituer une armée relativement bien équipée en fusionnant la brigade cosaque et la gendarmerie, et en unifiant les différentes forces militaires. Auparavant, la présence de conseillers militaires, administratifs et financiers britanniques dans le pays, ainsi que leur ingérence dans les affaires intérieures, qui dura pendant toute l'ère des Qajar, suscitait un mécontentement constant au sein de la population. Reza Chah, qui était alors chef d'état-major, les expulsa d'Iran et promut des officiers iraniens à des postes de commandement. Une fois devenu chah, il entreprit de former une armée régulière, moderne et bien équipée. De jeunes officiers furent envoyés dans diverses écoles européennes afin d'introduire de nouvelles techniques dans le pays. Grâce à cela, dans la seconde moitié des années 1920, des lycées, des collèges et des écoles militaires furent construits, et l'Iran acquit des armes modernes telles que des chars d'assaut, des canons, des avions et des navires. Parallèlement, des usines d'armement furent ouvertes en Iran pour produire une partie du matériel nécessaire au fonctionnement de la nouvelle armée iranienne. Elle comprenait une force terrestre, une force navale et une force aérienne. Par la suite, tout cela prit plus d'ampleur, mais certains projets, comme la création de manufactures aéronautiques, ne furent pas mis en œuvre[41]. La marine iranienne fut le département le plus développé du temps de Reza Chah. Il s'intéressa également beaucoup à la force aérienne, assez petite sous son règne mais dont le développement fut achevé par son fils[42].

L'armée impériale iranienne constituait le gros des forces armées de l'Empire d'Iran sous la dynastie Pahlavi. Sa mission principale était de maintenir l'intégrité territoriale et de défendre le pays contre toute invasion étrangère. Si elle avait été fondée par Reza Chah, elle connut une modernisation et un renforcement accélérés sous le règne de son fils Mohammad Reza Chah. Sur ordre direct du nouveau chah, l'armée de l'air impériale fut équipée de chasseurs F-14 et d'autres avions de chasse américains modernes, ce qui contribua grandement à la supériorité militaire de l'Iran lors de la guerre Iran-Irak, après la chute du régime. La marine acquit également des navires de guerre, lui permettant ainsi de contrôler le golfe Persique. Les forces terrestres réprimèrent avec vigueur les groupes séparatistes iraniens et mirent fin à l'invasion azerbaïdjanaise. L'armée impériale assura fermement la souveraineté nationale sur l'ensemble du territoire iranien. L'armée de l'air impériale iranienne fut la force de défense la plus importante pendant plus de deux décennies, et en 1979, elle était la force aérienne la plus puissante d'Asie de l'Ouest, avec une flotte de 462 avions de combat[43],[44].
Sous le régime impérial, l'Iran possédait l'une des forces armées les plus importantes au monde, dont l'organisation fut rapidement dissoute lors de la chute de la monarchie suite à la révolution de 1979[45].
Relations du pouvoir avec le clergé

Sous Reza Chah, le clergé chiite fut marginalisé et écarté des affaires de l'État, son rôle étant strictement limité à ses fonctions traditionnelles : l'éducation religieuse, la prière et l'application de la charia. Le chah considérait les religieux comme des propagateurs de « superstition ». Malgré la réouverture du séminaire de Qom par l'ayatollah Abdolkarim Haedi Yazdi, ce dernier refusa de s'opposer aux programmes modernistes du gouvernement[46]. A la fin du règne du premier chah Pahlavi, le clergé chiite était marginalisé de par les réformes juridiques et politiques qui les avaient privé de leur pouvoir, et majoritairement hostile au pouvoir, choqué par des réformes comme le kashf-e hijab ou l'introduction de la gynécologie en Iran, considérées comme contraires à la loi islamique. Pour des figures comme Khomeiny, cette politique anticléricale servit surtout les intérêts occidentaux et marqua le début d'une répression systématique de l'influence politique et sociale du clergé[47].
Les relations s'améliorèrent sous Mohammad Reza Chah. Au début de son règne, il adopta une attitude plus libérale, rapatriant des religieux d'exil et favorisant le transfert de l'autorité chiite de Nadjaf vers l'Iran[46]. En 1953, lors de la chute de Mossadegh, le clergé iranien fit partie des principales forces populaires sur lesquelles s'appuyèrent les putschistes menés par Zahedi qui rétablirent le chah sur le trône[48]. Cependant, dans les années 1960 et 1970, le clergé se tourna vers l'« islam politique » pour contester les réformes gouvernementales comme la réforme agraire, ou l'octroi du droit de vote aux femmes. L'hostilité culmina à la fin des années 1970 suite à plusieurs mesures perçues comme anti-islamiques comme le changement de calendrier, la suppression de subventions par le Premier Ministre[49], et surtout après la publication d'un article injurieux contre Khomeiny en 1978. La répression des manifestations à Qom déclencha le mouvement révolutionnaire rythmé par la tradition chiite des cycles de deuil de quarante jours[50], poussant Khomeiny à appeler publiquement au renversement du régime[50].
Cette haine viscérale persista après la révolution de 1979. Le juge révolutionnaire Sadeq Khalkhali, qui fit mettre à mort de nombreux officiels de l'ancien régime impérial, raconta dans ses mémoires avoir vainement tenté de brûler le corps de Reza Chah (qui ne fut pas trouvé dans son tombeau), avant d'ordonner, avec l'approbation de Khomeiny, la destruction totale de son mausolée en mai 1980 afin d'effacer définitivement l'héritage de la dynastie Pahlavi en Iran[51],[52].
Société

Statut des femmes
Sous Reza Chah, les projets de modernisation permirent aux Iraniennes d'acquérir des droits civiques et d'intégrer la sphère sociale grâce à l'instruction obligatoire[53]. Jugeant le voile et les traditions d'isolement incompatibles avec l'exercice de nouvelles professions (enseignement, médecine), le gouvernement a imposé le dévoilement, une mesure perçue par certains comme une attaque contre l'islam[54]. Dès 1936-1937, les jeunes filles purent étudier à l'université et participer à des événements publics sans hijab. Plusieurs associations féminines furent soutinrent cette politique d'émancipation ou furent créées pour le faire, provoquant la colère des religieux dont les manifestations (notamment à la mosquée Goharshad) furent violemment réprimées, bien que certaines sources soulignent que cette intégration fut en partie imposée par la force[55].
Les avancées se sont poursuivies avec l'obtention du droit de garde (Code civil de 1935), puis du droit de vote et d'éligibilité en 1962. Les femmes intégrèrent progressivement la police, la justice et les hautes sphères de l'État : Mehrangiz Manouchehrian fut la première femme a entrer au Sénat, et Farrokh-Rou Parsa devint la première femme iranienne ministre, suivie par Mahnaz Afkhami[56]. Des réformes majeures furent adoptées, comme la loi sur la protection de la famille de 1967, et défendues par des structures comme l'Organisation des femmes iraniennes. À la fin du règne des Pahlavi, les femmes représentaient 29 % des étudiants en 1975 et 38 % en 1978[57],[58]. À la veille de la révolution, elles occupaient 33 % des emplois dans l'enseignement supérieur et le pays comptait 1 500 femmes cadres, 22 députées et 5 mairesses[59].
Santé
Lors du règne de Reza Chah, d'importantes mesures furent prises pour l'amélioration de la santé des Iraniens : création d'écoles de pharmacie, de médecine et d'odontologie, formation de médecins et de spécialistes, mise en place d'écoles de soins infirmiers et d'aide sociale, et construction de centaines d'hôpitaux et de dispensaires à travers tout le pays. Auparavant, sous la dynastie Qajar, le manque de médecins, de médicaments et de centres de santé entraînait de nombreux décès dus à diverses maladies infectieuses. Le paludisme, le trachome et le pityriasis versicolor étaient parmi les maladies les plus courantes, et probablement plus de la moitié des Iraniens en souffraient. Avec l'arrivée au pouvoir des Pahlavi, outre la création de centres médicaux et de centres de santé, des mesures très importantes furent prises pour éradiquer les maladies épidémiques et soigner les malades[60].
Egalement, dans la période qui suivit, l'Organisation impériale des services sociaux fut fondée le 6 mai 1947, dans le but d'améliorer encore la situation sanitaire du pays, sous la présidence du chah et dont la vice-présidence fut confiée à la princesse Ashraf Pahlavi, jumelle du souverain qui occupa plus tard plusieurs postes aux Nations Unies[61].
Éducation et recherche
Dans les années 1930, lors du règne de Reza Chah, l'enseignement public, gratuit et obligatoire est instauré, permettant l'éclosion des premiers lycées publics ainsi que de l'Université de Téhéran[62],[63]. Les anciens maktabkhanehs qui dispensaient auparavant un enseignement sommaire, dont l'alphabétisation, gérés par des mollahs aux enseignements de qualité variable, furent fermés[64]. À la place, un système éducatif moderne inspiré de l'Europe se déploya, utilisant un système de manuels, employant des professeurs étrangers et envoyant des d'étudiants à l'étranger pour mieux les former. Des écoles furent bâties jusque dans les villages, favorisant l'alphabétisation et la création de mouvements sportifs ou scouts. Afin de préserver et de valoriser la culture, des bibliothèques, des écoles d'art et des musées (comme le Musée de l'Iran antique) furent créés[64]. Enfin, l'Académie iranienne fut fondée afin de promouvoir le persan et de supprimer du langage les mots étrangers, notamment d'origine arabe, une politique linguistique qui fut par la suite contestée[64].
Économie, énergie et infrastructures
Économie

Reza Chah fit du développement économique de l'Iran une priorité de sa politique. Le développement économique du pays fut lié à celui de tous les secteurs industriels sous son règne[65]. En 1928, il mit fin au privilège d'émission de billets de banque précédemment accordé aux Britanniques ; la Banque Meilli, créée en 1927, obtint alors le monopole de cette émission, permettant ainsi à l'Iran de maîtriser sa propre politique monétaire[65].
Bien que dirigée par la seule volonté du Chah, cette politique étatique a permis l'émergence du secteur privé et la modernisation du pays[66]. Dépourvu d'industrie à l'origine, l'Iran s'est massivement industrialisé avec l'aide de la France et de l'Allemagne pour répondre à ses propres besoins locaux, mais aussi pour des activités industrielles parfois peu en phase avec certaines nécessités[67]. Les transports furent révolutionnés par la création du réseau ferroviaire national, le Transiranien, et le remplacement des chemins en terre battue par des routes asphaltées[68].
L'année 1965 marqua un tournant avec des investissements industriels massifs liés aux pays étrangers : création d'une fonderie soviétique près d'Ispahan, d'une usine pétrochimique près de Bandar Shahpour sous l'égide de l'American Chemical Society, modernisation des ports grâce à plusieurs pays européens. La croissance s'est accélérée les années suivantes grâce à la hausse des revenus pétroliers (dopés par la guerre de Six-Jours), aux investissements privés et à la gestion de la masse monétaire par la nouvelle banque centrale. La création de la Banque de développement industriel et minier d'Iran (IMDBI), soutenue par un consortium de banques internationales (Lazard, Chase International), a joué un rôle clé dans l'intégration du pays au capitalisme mondial[69].
Ainsi, en 1977, le revenu par habitant de l'Iran représentait le double de celui de la Corée du Sud, et le passeport iranien permettait de voyager en Europe sans avoir besoin de visa[70],[71]. À la veille de la révolution de 1979, le PIB avoisinait les 100 milliards de dollars, dépassant largement celle de pays similaires comme la Turquie (37 milliards de dollars) ou la Corée du Sud (60 milliards de dollars), et la croissance du pays, dans la dernière décennie de l'époque impériale, fut toujours maintenue entre 5 % et 17 %, un exploit économique inégalé par la suite sous la République islamique[72].
Politique énergétique
L’Organisation iranienne de l’énergie atomique fut créée en 1974 afin de mettre en place un réseau de plus de 20 centrales nucléaires, avec le concours de la société française Eurodif, dont l'Iran devient actionnaire et acquis le droit d’acheter 10 % de la production d’uranium enrichi de deux sites dont la construction débuta[73]. En 1978, deux réacteurs de 1 200 mégawatts près de Bouchehr étaient presque achevés et leur mise en service était imminente, mais le gouvernement révolutionnaire stoppa le programme. L’un de ces réacteurs a depuis été achevé grâce à une importante aide de la Russie et a commencé à fonctionner en 2011[74]. Le programme nucléaire iranien se développa ensuite lors des années 2000, mais la république Islamique fut suspectée par l'Occident de vouloir acquérir la bombe atomique, entraînant plusieurs complications diplomatiques qui aboutirent à la signature de l'accord sur le nucléaire iranien de 2015[75].
Génie civil et développement urbain
Avant Reza Chah, les villes étaient principalement faites de rues en terre battue, vite inondées en hiver, et de constructions en brique[76]. Son règne transforma radicalement le paysage urbain : les villes comportaient désormais des rues pavées, l'éclairage public, de nombreux parcs ainsi que des zones vertes, tandis que des commerces, des gymnases, des hôpitaux, des bâtiments gouvernementaux modernes à plusieurs étages, des restaurants ou encore des centres de loisirs sortirent de terre. Le gouvernement accorda un grand intérêt à la restauration de monuments anciens alors menacés, comme Persépolis[76]. Mohammad Reza Pahlavi a plusieurs fois mis en avant le goût architectural inné de son père, dont le style a profondément marqué le pays. Grâce à ces politiques, la population de Téhéran a plus que doublé en seize ans, passant de 200 000 à 530 000 habitants. De nombreuses autres villes d'Iran ont connu ce spectaculaire développement, faisant du règne de Reza Chah une grande époque pour l'urbanisme du pays, comme le fut le règne d'Abbas Ier[77].
Tourisme
Pratiquement ignoré jusqu'aux années 1960 par manque d'infrastructures, le tourisme connut en Iran une forte croissance grâce aux constructions routières et hôtelières du régime des Pahlavi, avant d'être presque arrêté par la révolution de 1979[78]. Durant cette période, des accords internationaux et l'adhésion de l'Etat Impérial d'Iran à l'Organisation mondiale du tourisme permirent au pays de devenir l'un des plus touristiques du monde, plaçant l'Iran parmi les destinations prisées, notamment par les citoyens américains[79].
Culture, arts et identité
Musique, danse et théâtre
Dans les années 1950 et 1960, la musique iranienne s'est transformée avec l'apparition des musiques pop et rock, influencée par l'Occident. Les studios, bars et boîtes de nuit ont favorisé l'émergence de nouvelles stars et d'un modernisme musical[80],[81]. Auparavant, Reza Chah avait soutenu le développement de la musique en créant deux conservatoires (musique du monde et nationale) et divers orchestres, dont l'Orchestre symphonique de Téhéran. Malgré l'opposition religieuse, il fit envoyer des étudiants en Europe et encouragea la recherche sur la culture folklorique[82].
La danse s'est également largement développée dans les années 1960 avec la création du Ballet national d'Iran et l'inauguration de la salle Rudaki, une salle de spectacle d'envergure internationale, en 1967[83]. L'Organisation nationale du folklore iranien vit le jour la même année pour promouvoir les danses traditionnelles, parallèlement à l'émergence de troupes privées et de spectacles inspirés de modèles européens[84],[85].
À la fin des années 1950, la Troupe du théâtre National et, plus tard, la télévision nationale (avec l'émission l'Atelier de théâtre à partir de 1969) développèrent les arts dramatiques, soutenus par des financements publics et privés et des événements comme le Festival des arts de Chiraz[86].
- Danse bharata natyam au festival des Arts de Chiraz, années 1970.
- La chanteuse Mahasti, chanteuse de pop et de musique traditionnelle
- Le "sultan du Jazz" ou "Roi de la pop iranienne" Vigan Derderian
Arts et identité

La création du Musée d'art contemporain de Téhéran, qui abritait la plus grande collection d'art moderne hors d'Occident, fut impulsée par l'impératrice Farah Pahlavi[87],[88],[89]. Le modernisme artistique avait déjà prospéré grâce aux réformes de Reza Chah, avec la création de galeries privées et l'organisation de festivals annuels par le ministère de la Culture[90]. Le Festival des Arts de Chiraz-Persépolis, créé en 1967, devint vite un événement international majeur, prisé pour la qualité et la diversité de ses prestations[91].
La dynastie Pahlavi eut également le souci de l'héritage culturel de la Perse préislamique ; Reza Chah avait initié ce mouvement avec des événements comme le millénaire de Ferdowsi en 1934, et cela se perpétra sous Mohammad Reza Chah et Farah Pahlavi[92], bien que les chahs de la dynastie se soient également souciés de la culture de la Perse musulmane, comme en témoignent plusieurs actions comme la construction du mausolée de Hafez. Le ministre de la Culture Mehrdad Pahlbod fonda l'Orchestre national d'Iran, et des maisons de la culture furent bâties à travers le pays pour diffuser l'art jusque dans les villages[93].
Sous les règnes des Pahlavi, une grande place est accordée à l'identité préislamique de la Perse, ce qui mécontente grandement le clergé dès le règne de Reza Chah. Mohammad Reza Chah lui-même se voyait comme un héritier des rois de la Perse antique, et en 1971, il organisa la célébration des 2 500 ans de monarchie perse. En 1976, il remplaça le calendrier solaire "islamique" (année 1355) par un calendrier solaire "impérial" (année 2535). Ces actions furent perçues comme anti-islamiques et résultèrent dans une opposition encore plus grande du clergé.

Architecture

L'architecture de l'époque pahlavie est d'abord caractérisée par une importante influence occidentale, influence qui décroît au fil des décennies pour laisser place à une renaissance des styles traditionnels adaptés à la modernité. Sous le règne de Reza Chah, ce sont d'abord des constructions aux influences et aux fonctions occidentales qui sont construites, poursuivant un mouvement amorcé sous les Qadjar. Sous le règne de Mohammad Reza Chah, les nouveaux bâtiments conservent une forte influence occidentale dans leurs fonctions, mais l'inspiration architecturale doit plus à la réinterprétation des styles antiques et notamment préislamiques de la Perse. L'un des meilleurs exemples est la construction en 1971 de la tour du mémorial des Rois, Shahyad, renommée Azadi après la révolution[94], et dont l'architecture est un mélange de style achéménide, sassanide et islamique[95]. Le bureau de Farah Pahlavi est également à l'origine de la construction d'édifices majeurs, comme le Théâtre municipal de Téhéran construit en 1967[96].
Développement des médias
Le premier émetteur télévisé est installé à Téhéran en 1937[97], permettant le développement de la télévision qui remplaça peu à peu les divertissements traditionnels, comme les spectacles de rue[98]. La télévision a joué un rôle clé dans la diffusion de programmes éducatifs et informatifs, diffusant des événements mondiaux comme l'alunissage d'Apollo 11 en 1969 ou les Jeux Asiatiques en 1974, qui se tinrent à Téhéran, ou encore des célébrations nationales telles que le couronnement du chah en 1967 et les célébrations du 2500e anniversaire de la fondation de l'empire Perse en 1971. La télévision diffusait également de nombreux films occidentaux qui familiarisèrent le public iranien avec les modes de vie venus de l'Occident[97].

Cinéma
Le premier cinéma officiel du pays fut construit en 1926 et le premier film muet, Âbi o Râbi d'Ovanes Ohanian, date de 1931. Le premier film iranien parlant, Dokhtar Lor d'Ardeshir Irani, date quant à lui de 1933. L'industrie cinématographique pris son essor dans les années 1940[99]. Un essor qui se poursuit dans les années 1950 avec Shahla Riahi, qui devient la première réalisatrice du pays avec son film Marjan, en 1956, et l'apparition du cinéma d'animation.

L'âge d'or du cinéma iranien a eu lieu dans les années 1960, soutenu par l'institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes[99],[100]. Dans le contexte de la valorisation du passé antique de la Perse par le pouvoir impérial, plusieurs réalisations s'inscrivent dans ce thème, comme le court-métrage Cyrus le Grand de 1961, de Féri Farzaneh, premier film iranien à être présenté au festival de Cannes. Dans les années 1970, le cinéma iranien rayonne à l'international (participations à la Berlinale et à la mostra de Venise, nominations aux Oscars) et le festival international du film de Téhéran est considéré comme le plus grand du genre en Asie[101]. Avant la révolution de 1979, il y avait un cinéma pour 70 000 habitants[102].
Sports
Le football, introduit en Iran au début du XXe siècle et plus largement répandu à partir des années 1920, devient un sport très populaire en Iran dans les années 1960[103],[104]. L'équipe nationale de football remporta la Coupe d'Asie des nations à trois reprises (en 1968, 1972 et 1976) et se qualifia pour sa première Coupe du monde en 1978[105]. Le gouvernement encourageait vivement la pratique du sport féminin, symbole de modernité. Les Iraniennes participèrent à leurs premiers Jeux asiatiques en 1958 et à leurs premiers Jeux olympiques en 1964. Les équipes de football féminin étaient liées à des clubs officiels masculins déjà existants (Taj, Persépolis)[106],[107].

L'Iran accueillit de grands événements sportifs internationaux, notamment les Jeux asiatiques de 1974 à Téhéran, inaugurant le moderne complexe sportif Aryamehr[108],[109]. La Fédération asiatique de handball fut également officiellement créée à Téhéran en 1974[110].
- Le complexe sportif Aryamehr, renommé Azadi après la révolution, qui fut pendant plusieurs années le plus grand du monde.
- Clud de basket-ball féminin du club Taj de Téhéran, renommé Esteghlal après la révolution.
- L'haltérophile poids lourds iranien Houshang Kargarnejad avec les médailles d'or qu'il remporta aux Jeux Asiatiques de 1974.
Héritage
L'héritage du régime impérial des Pahlavi est double. D'un côté, Reza Chah et Mohammad Reza Chah sont considérés comme les bâtisseurs de l'Iran moderne, artisans d'une transformation économique, urbaine et culturelle sans précédent qui propulsa le pays sur la scène internationale et permit à une partie de la société de s'émanciper de ses carcans traditionnels, notamment religieux, via d'audacieux projets comme la Révolution Blanche[111],[112]. Reza Chah est vu comme le réunificateur de l'Iran qui rétablit l'unité du pays en restaurant le gouvernement central. Ce processus a entraîné une résurgence du nationalisme perse qui a perduré jusqu'en 1979 ; une dynamique qui s'est notamment concrétisée par l'interdiction officielle de l'usage des langues minoritaires dans les écoles et la presse, ainsi que par la répression efficace des mouvements séparatistes, comme le mouvement du Gilan mené par Mirza Kuchak Khan, les révoltes kurdes de Simko Shikak ou encore au Khouzistan avec le cheikh Khaz'al[113].

De l'autre côté, ce centralisme est aussi vu comme un écrasement des nationalismes locaux, y compris lors de la crise irano-soviétique au début du règne de Mohammad Reza Chah[114]. Également, le père comme le fils sont pointés du doigt pour leur autoritarisme, la restriction voire l'absence de liberté de la presse, le manque de pluralité politique et la répression exercée sous leurs règnes[25]. Mohammad Reza Chah est particulièrement critiqué par ses opposants pour le rôle qu'il joua dans l'opération Ajax, qui aurait fait de lui le chef d'un État fantoche, une marionnette au service des intérêts occidentaux et notamment américains[115].
Pourtant, au XXIe siècle, l'ère des Pahlavi reste souvent associée à la modernisation et à la croissance économique de l'État iranien au cours du XXe siècle, ce qui contribue à la visibilité de ses dirigeants auprès de l'actuelle population iranienne, tant en Iran qu'au sein de la diaspora. Depuis 2016 et une protestation lors du jour de Cyrus, des slogans favorables à l'ancienne dynastie (actuellement représentée par Reza Pahlavi, fils de Mohammad Reza Chah), tels que « Javid Shah » (« Vive le Chah »), « Reza Chah, que ton âme soit bénie » ou encore « C'est le combat final, Pahlavi reviendra » sont régulièrement repris, parfois massivement, par les manifestants opposés à la République islamique, notamment lors du mouvement de contestation lié à la mort de Mahsa Amini et lors des manifestations iraniennes de 2025-2026[116],[117],[118].
