Expédition italienne au K2 de 1954
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L’expédition italienne au K2 de 1954 est une expédition alpine parrainée par le Club alpin italien, par le Conseil national de la recherche, l'Istituto Geografico Militare et l’État italien. Sa conduite est confiée à Ardito Desio. Le , deux membres de l'expédition atteignent le sommet du K2 — la deuxième montagne la plus élevée au monde derrière l'Everest — pour la première fois de l'Histoire.
La voie empruntée est surnommée l'« éperon des Abruzzes » et les deux alpinistes qui atteignent le sommet sont Achille Compagnoni et Lino Lacedelli, avec l'aide des autres membres de l'expédition. Walter Bonatti et Amir Mahdi, alors qu'ils transportaient des bonbonnes d'oxygène — essentielles pour le succès de l'ascension — pour ravitailler Compagnoni et Lacedelli, sont contraints de bivouaquer une nuit à plus de 8 100 mètres dans des conditions qui sont bien souvent fatales aux alpinistes.

L'expédition de 1954 au K2 est composée, outre le grand nombre de porteurs employés entre la dernière escale aérienne et le camp de base, de trente membres[1],[2],[3] :
- 13 alpinistes italiens
- Erich Abram (it) : bien qu'il ne soit pas très connu du grand public, ce dernier possède alors une grande expérience et a réalisé plusieurs ascension de sixième degré dans les Dolomites ;
- Ugo Angelino : représentant de commerce de profession, son expérience en matière d'alpinisme se cantonne à quelques ascension dans les Alpes occidentales[4] ;
- Walter Bonatti : âgé de seulement 24 ans (qu'il fête le pendant l'expédition), il est le benjamin de l'équipe italienne. Malgré cela, il est déjà considéré comme l'un des meilleurs alpinistes au monde grâce à ses ascensions, notamment celle de la paroi Est du Grand Capucin ;
- Achille Compagnoni (il atteint le sommet le ) : guide de haute montagne et skieur émérite, son expérience en matière d'alpinisme se concentre sur le mont Rose et le mont Cervin ;
- Mario Fantin (it) (photographe et ciné-opérateur) : sans expérience en alpinisme, il est alors connu pour ses photographies et ses films au sein du monde de l'alpinisme ;
- Cirillo Floreanini : dessinateur de profession, il avait réalisé de grands exploits d'alpinisme dans les Alpes juliennes[5] ;
- Pino Gallotti : en tant qu'ingénieur, il est nommé responsable du matériel technique de l'expédition, y compris des bombonnes d'oxygène. En matière alpinisme, il possède alors une expérience considérable dans les Alpes occidentales et en particulier sur le mont Blanc[6] ;
- Lino Lacedelli (il atteint le sommet le ) : guide de haute montagne et skieur émérite, il faisait partie du groupe des Scoiattoli di Cortina (it) (les « Écureuils de Cortina »), il avait réalisé plusieurs ascensions difficiles dans les Dolomites et dans les Alpes occidentales ;
- Guido Pagani (médecin de l'expédition) : médecin et alpiniste d'un niveau raisonnable, il est choisi comme médecin de l'expédition ;
- Mario Puchoz (décédé d'un œdème pulmonaire au début de l'expédition) : guide de haute montagne, il possède une bonne connaissance des environs du mont Blanc ;
- Ubaldo Rey : guide de haute montagne et gérant d'un refuge alpin, avec une expérience considérable sur le mont Blanc et dans les Alpes occidentale en général[7] ;
- Gino Soldà (it) : le doyen du groupe (il est âgé de 47 ans), il possède une grande expérience et avait réalisé plusieurs ascensions de sixième degré dans les Dolomites ;
- Sergio Viotto (it) : guide de haute montagne et charpentier de profession, il avait gravi tous les « grands classiques » autour du mont Blanc.
- 10 alpinistes bourouchos
Répertoriés officiellement comme « porteurs de haute montagne ». Parmi eux, Amir Mahdi (it) atteint les 8 100 mètres d'altitude (le dernier camp), et Isakhan atteint les 7 300 mètres d'altitude au camp VII.
- 5 scientifiques
- Ardito Desio : géologue, chef de l'expédition ;
- Paolo Graziosi : paléontologue, chargé de cours à l'Université de Trieste ;
- Antonio Marussi : géophysicien, directeur de l'Institut de géophysique de l'Université de Trieste ;
- Bruno Zanettin : pétrographe, chargé de cours à l'Institut de géologie à l'Université de Padoue ;
- Francesco Lombardi : géodésite[8] et topographe de l'Istituto Geografico Militare.
- 2 membres pakistanais
- Ata Ullah : observateur du gouvernement pakistanais ;
- Badshajan : assistant topographe.
De nombreux porteurs originaires du Baltistan sont également embauchés pour le transport du matériel à travers le glacier du Baltoro jusqu'au camp de base, sur le glacier Godwin-Austen.
Riccardo Cassin, qui l'année précédente avait conduit avec Desio une mission de reconnaissance sur site, est exclu de l'équipe de manière inexplicable, à la suite des résultats de tests médicaux réalisés avant l'expédition. Selon la croyance populaire, le professeur Desio craint que la forte personnalité et le charisme de Cassin puissent contester son leadership et atténuer son prestige en cas de succès de l'entreprise[9], [10].
Voie empruntée

La voie empruntée est l'éperon des Abruzzes, découverte en 1909 par l'expédition du Louis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes[11].
Pour la conquête du sommet (8 611 m) les camps suivants sont établis (les altitudes sont celles figurant dans le rapport officiel de Desio)[12] :
- 4 970 m : camp de base ;
- 5 580 m : camp I ;
- 6 095 m : camp II ;
- 6 378 m : camp III ;
- 6 560 m : camp IV ;
- 6 678 m : camp V ;
- 6 970 m : camp VI ;
- 7 345 m : camp VII ;
- 7 627 m : camp VIII ;
- 8 050 m (8 060 m sur les cartes de l'IGM) : camp IX (l'altitude est incorrecte ; en effet, le camp IX devait se trouver à 8 150 m ~ 8 160 m, une altitude plus élevée que celle du bivouac Bonatti-Mahdi)[13] ;
- 7 990 m : bivouac Bonatti-Mahdi (l'altitude est incorrecte ; le bivouac devait plutôt être situé à un peu plus de 8 100 m)[14].
Conduite de l'expédition
La complexité des problèmes à surmonter, la gravité des risques encourus, mais également le fait que l'entreprise était chargée — en Italie — d'une symbolique nationaliste et extra-sportive, ont conduit Ardito Desio à mettre en place une discipline quasi-militaire dans la conduite de l'expédition, comme l'avait fait Karl Herrligkoffer l'année précédente lors de l'expédition au Nanga Parbat. Ce comportement sera plus tard, l'objet de nombreuses critiques et de controverses[15].
Ardito Desio, en tant que chef de l'expédition, n'est jamais allé plus avant que le camp de base (4 970 m) et il avait confié à Compagnoni la direction de l'ascension jusqu'au sommet, se contentant d'émettre à partir du camp de base quatorze ordres de service dactylographiés, qui étaient ensuite transmis (certains avec un retard considérable), aux camps plus élevés. Sa manière autoritaire de conduire l'expédition lui vaut le surnom ironique de ducetto[16].



