Familles anciennes de Salé

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Les Slaouis, natifs de Salé, communément appelées Ahl Sala les gens de Salé »), sont considérées comme Slaoui (salétines), c'est-à-dire des descendants et héritiers des familles fondatrices d'une ville installée sur la rive occidentale du fleuve Bouregreg, l'un des plus importants fleuves du Maroc qui a de tous temps nourrit le Maroc, les provinces qui en dépendent aux assauts maritimes euro-ottomans, grâce à sa géographie particulière, a longtemps été une ville conservatrice, elle compte ainsi plusieurs familles cherifa (de chorfas) affiliées au prophète ou aux marabouts de la ville. Salé est aussi constituée de familles d'origine andalouse qui ont longtemps formé l'aristocratie des deux rives. La « noblesse » de ces familles provient soit d'un élitisme religieux (chorfas) ou des accomplissements de la famille et leur participation significative à l'histoire du pays. Parmi les grandes familles établies à Salé depuis des générations, on peut citer les Hajji, Sbihi, Kadiri, Amar, Benkhadra, Bensaïd, Bouallou, Zouaoui, Chemaou, Laâlou, Maâninou, Zniber, Fennich, Hassouni, Aouad, Jaidi, Sedrati, Hassar, Touhami, Mrini, Alaoui et Naciri[1].

Histoire

La Médersa mérinide de Salé quand elle était foundouq.

Fondée au XIe siècle, la ville de Salé connut un véritable développement à l'époque des Almohades (XIIe siècle) et des Mérinides (du XIVe siècle), du fait de sa position stratégique sur la voie terrestre : Fès/Marrakech et grâce à son port, centre d’échanges entre l’Europe et le Maroc.

L’activité commerciale de Salé durant le XVIIIe siècle lui permit d’étendre son influence dans le pays jusque dans des régions très éloignées. Au XVIIe siècle, l’arrivée des réfugiés musulmans d’Espagne donna un nouveau souffle à la cité et créa une rivalité avec la ville toute voisine de Rabat. Les Morisques andalous, animés par un esprit de vengeance contre les Chrétiens, s'attaquent à la course maritime et constituent une puissante entité politique du nom de République du Bouregreg menant des expéditions des plus osées jusqu'en Cornouailles. Connus pour leur audace et leur ruse, les corsaires de Salé laissèrent l'image des Sallee Rovers dans la mémoire des Anglais. Salé comme le dit Narcisse Cotte, se réclame toujours une complète indépendance. Salé, la « ville des Saints » a donné naissance à plusieurs grands moujahidin tel que Sidi Ahmed Hajji et Raïs El Hadj Abderrahmane Britel, Abdallah Slaoui grand Amiral du Maroc.

Avec le XIXe siècle s’annonce la fin du rôle commerciale prépondérant dont jouissait la ville, et Salé s’enferma sur elle-même et demeura au cours du XIXe et pendant l’époque des protectorats français et espagnol un haut lieu de culture, de résistance et de vie religieuse. La médina de la ville demeure un musée à ciel ouvert offrant une panoplie de monuments, de riads d'inspiration hispano-morisque, de zaouiyas, de marabouts et de bibliothèques privées. Salé a la réputation d’être la ville jumelle de Rabat, mais elle dispose de ses traditions et de son histoire propres. Pendant ces dernières années Salé fut la proie d'une importante vague d'immigration qui lui vaut le déclin de son prestige.

Organisation socio-culturelle

Quartiers

Derb à Salé

Salé a toujours été considérée comme la sœur rivale de Rabat, elle dispose d'une culture et d'une identité propres. L'oued Bouregreg sépare la capitale de Salé. La ville de Salé est composée de plusieurs quartiers dont les plus anciens sont la médina, le mellah intra-muros, ainsi que l'ancien quartier français appelé Rmel (qui signifie « sable » en arabe) qui comprend une ancienne église fermée datant du Protectorat.

La médina de Salé a été fondée au début du XIe siècle[2], elle s'enorgueillit de fontaines, de riads et de mosquées. La porte Bab el-Mrissa, près du centre-ville permet de pénétrer dans la médina. la médina qui correspond à la ville historique, avec ses vieux remparts et ses anciennes portes. Elle constitue, en général, le lieu d’habitation de Salétins qui appartiennent aux Chorfas (aristocratie religieuse), aux Oulémas (savants), aux familles présentes depuis des générations à Salé. Ce site entre dans la catégorie des villes qualifiées par l'historien Ahmed Naciri de « hadaria » c’est-à-dire la « citadinité ».

Il existe dans la médina de Salé le quartier Qçatla déformation de Qashtala qui signifie Castille en arabe. Ce « quartier castillan » fut appelé ainsi en référence à l'endroit d'où sont entrer les assaillants espagnols en 1260 lors de la Prise de Salé.

Le mellah de Salé est l'ancien quartier juif où une importante communauté se réfugia bien avant la chute de Grenade.[réf. nécessaire]

Caractéristiques culturelles

Traditions et coutumes

Procession des cierges

Salétins portant les cierges

Cette tradition salétine remonte au règne du sultan Ahmed al-Mansur Saadi[3] (1578-1603) qui avait été très impressionné lors de son séjour en Turquie par la procession des cierges à l’occasion de Aid Al-Mawlid. Ainsi le sultan saadien Ahmed al-Mansur Saadi décida d'organiser cette fête pour la première fois au Maroc précisément dans la ville de Marrakech. La tradition s'est ensuite répandue dans le Maroc et c'est à partir de 1569 que la ville de Salé a organisé son premier moussem.

Ramadan

C’est au mois sacré du ramadan que les Salétins prennent le temps de se recueillir, de lire le Coran et de réciter les invocations recommandées par le prophète Mahomet portant un chapelet à la main. Pour l’accueillir, le 29 Chaâbane, un groupe de neffara, musiciens traditionnels, scrute la lune depuis le minaret de la Grande mosquée. Dès son apparition, il court vers les habitants leur annoncer l’arrivée du mois de ramadan en disant : « Naâm Allah m’sakoum Ramdan ha houa jakoum! ».

Ce groupe réveille les dormeurs au Sahur pour prendre un repas léger, afin de mieux se préparer physiquement au jeûne, certaines personnes se réfugient dans les mosquées ou dans d’autres lieux saints au cours de ce mois sacré précisément vers les dix derniers jours pour consacrer leur temps à la prière, c’est le Iεtikāf.

Le moment du « Moughroub » ou de l'Iftar est marqué par un enchaînement de coup de canons tirés depuis les forteresses de Sidi Ben Acher al-Andaloussi. Après l’Iftar, des soirées de musique andalouse, du Madih ou de Malhoune sont organisées pour le plaisir de tous[4].

Musique

La musique dominante à Salé est la musique arabo-andalouse (arabe : الطرب الأندلسي), aussi appelée al-ala, al-andaloussi. Elle est l'héritière de la musique chrétienne pratiquée en Espagne et au Portugal avant la Reconquista et de la musique maure musulmane transmise à Cordoue et Grenade depuis le califat Abbasside. À la suite de la chute de Grenade, les expulsés morisques et les Juifs séfarades la ramenèrent à Salé comme à Rabat, à Fès et à Tétouan. Elle est composée de formes poétiques tels le mouachah ou le zadjal (qui furent l'une des sources des Cantigas de Santa María du roi Alphonse X de Castille, du flamenco et des troubadours)[5]. Plusieurs instruments sont utilisés dans la ville de Salé dont le riqq, le naqarat, la darbouka, le qanûn, l'oud, le violon (tenu sur la jambe à la manière typique marocaine) et ney.

Ce qui fait la particularité de Salé depuis l'époque ancienne, c'est qu'elle a été le berceau de l'art du samae (louanges et panégyriques chantés en chœur).

Salé est aussi un centre de rayonnement de la musique andalouse, où les nombreuses vagues de réfugiés andalous façonnèrent un ordre de vivre et une culture. Comme variétés de musiques présentes à Salé, on a entre autres al-alla, mouachah et le zadjal : une production poétique et musical en rupture avec la poésie bédouine qui fut la première source d’inspiration pour le Melhoun.

Parmi les instrumentalises illustres de Salé figurent: Salah Cherkaoui dit Cherki le virtuose du Qanûn, Hajj Ahmed Zniber talentueux musicien du Gharnati et précurseur de l'utilisation du Qanûn dans la musique moderne, Mohammed Baroudi un expert de Al-Ala. On peut aussi citer les pros du Malhoune : artistes de l'art du malhoune : Cheikh al-Barri, Mohammed Chlih, Larbi Maâninou, Hassan Yacoubi, Cheikh Mohammed ben Ghanem, Cheikh ben Aissa et Cheikh Haj Mohammed Bensaid. Salé fut aussi le berceau de tant de poètes depuis l'ère Mérinide.

Type de Maison traditionnelle Salétine, ici Dar Naciri

Aboul Abbas Ahmed ibn Kassim ibn Achra en est l'exemple ; L'un des vers de son poème dit : « J'aime Salé parce que tu es de Salé. Car tout ce qui est de Salé m'est cher ». Citons aussi les poètes Ibn Bakki qui résidait à Salé chez le cadi Aboul Abbas Ahmed ibn al-Kasim ibn Achara ou encore Aboul Hassan ben Abi al-Homara[6].

Langue

L'arrivée de certains Andalous à Salé-le-Vieil puis Morisques expulsés d'Espagne à Salé-Le-Neuf a beaucoup influencé le parler de l'époque. On trouve ainsi des emprunts à l'espagnol ou au turc (expliqué par la venue de certains corsaires depuis les territoires sous domination ottomane). Les tournures issues de l'arabe andalou y sont particulières ; elles ont tendance à féminiser, enjoliver ou utiliser des diminutifs pour les mots : On a ainsi « chjira » pour « chajara » (arbre), « tfifha » pour « touffaha » (pomme). Ce parler s'est façonné au fil du temps jusqu'à créer un propre dialecte à la ville que l'on entend toujours au bout de la langue des « purs salétins »[7].

Architecture

Salé connut son apogée architecturale sous les Almohades puis sous les Mérinides. L'architecture locale réunit les influences des architectures marocaine et arabo-andalouse. Le docteur en études ibériques et hispano-lusophones Oumama Aouad Lahrech affirme, en parlant de sa demeure familiale à la médina de Salé, qu'au débuts des années 1920 le style architectural sévillan de l'ère musulmane était à la mode dans la cité[8].

Listes des noms de famille

Du Xe au XVIIe siècle

Oqbat l'mdarsa (la pende de la médersa)

À partir du XVIIIe siècle

Plus de 200 familles s'installèrent ensuite du XVIIIe au XXe siècle dans la vieille médina de Salé dont la population ne dépassait guère les 50 000 habitants à l'aube de l'indépendance du pays en 1956, avant de connaître à partir de cette date-là une explosion démographique multipliant la population de la ville par 10 en l'espace de 30 ans[réf. nécessaire], du fait de son attractivité due notamment à sa proximité de la nouvelle capitale mais aussi à son passé et à sa réputation de ville majeure de la résistance d'où a débuté la lutte contre les colons français au tout début des années 1930.

Personnalités appartenant à de grandes et anciennes familles de Salé

Personnalités littéraires, culturelles et artistiques

Personnalités sportives

  • Larbi Zniber[18] (1916 -1989), alias Ba-Arroub, muezzin, gardien de but et entraîneur de l'ASS du football de Salé.
  • Abderraouf El-Fassy (en), (1940 -), escrimeur
  • Amine Laâlou, (1982 -), athlète spécialiste du demi-fond.

Personnalités politiques

Photo des Frères Hajji (dont Saïd Hajji au premier rang) et Abdelhadi Zniber à l'Université de Beyrouth

Corsaires et guerriers

Gouverneurs de la ville de Salé depuis 1700

Notes et références

Voir aussi

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