Fatou Diome

écrivaine franco-sénégalaise From Wikipedia, the free encyclopedia

Fatou Diome (/'fa.tu 'djom/), née en à Niodior au Sénégal, est une femme de lettres franco-sénégalaise.

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Fatou Diome
Fatou Diome (2019)
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Après la parution d’un recueil de nouvelles, La Préférence nationale, en , le roman Le Ventre de l'Atlantique, qui raconte l'histoire du coût de quitter l'Afrique pour la France, lui vaut une notoriété internationale. Parmi les principaux thèmes explorés dans son livre (dont ceux de l'impact de la colonisation, de l'identité et de l'exil), son œuvre explore notamment les thèmes de l'immigration en France et de la relation entre la France et le continent africain.

Biographie

Guior, l'île natale.

Fatou Diome naît en à Niodor sur la petite île de Guior, dans le delta du Saloum, en pays sérère, au sud-ouest du Sénégal[1],[2]. Conçue hors mariage, ses géniteurs se marient ensuite chacun de leur côté et la petite fille est élevée par ses grands-parents. Son nom de famille est caractéristique du Sine Saloum, où les Diome sont des Niominka, un sous-groupe des Sérères, le peuple ancestral de la Sénégambie[3].

Sa grand-mère, Aminata, née dans un département français du Sénégal, et son grand-père, sont tous les deux pêcheurs[2],[3],[4]. Pendant son enfance « ce n’était que mes grands-parents qui me traitaient comme une personne[5] », dit-elle plus tard. Sa grand-mère est sa complice à laquelle elle confie tous ses petits cahiers[5], son grand-père son guide dans la vie avec la formule: « Va au bout de toi-même avant de demander de l'aide, ta détermination est le plus fiable des secours »[6].

Contrairement à ce qu'exigent les traditions de sa terre natale, Fatou Diome côtoie les hommes plutôt que d'aller aider les femmes à préparer les repas et assurer les tâches ménagères[7]. Elle se rend à l'école de son propre chef, sans autorisation, jusqu'à ce que ses grands-parents acceptent enfin de l'y inscrire.

Elle se passionne pour la littérature francophone qu'elle explore siècle par siècle, avec une préférence pour Voltaire dont elle relit Candide presque chaque année. À treize ans, elle commence à écrire[3]. Sur l'insistance de son instituteur, elle est envoyée au collège, mais sa première année de scolarité y est marquée par un problème avec sa famille d'accueil dont l'homme est pédophile, un épisode de sa vie qu'elle narre plus tard dans une nouvelle, La Mendiante et l'écolière[8]. Grâce à l'aide du directeur du collège, elle est soustraite à cette famille d'accueil et peut loger chez des cousins. Elle y est dans de meilleures conditions mais doit exécuter de nombreuses tâches ménagères, travaux et services, afin de payer le collège et les fournitures[2].

Elle étudie au lycée de M'bour, travaille en tant que servante en Gambie et finit par entamer des études universitaires à Dakar[2],[7]. À ce moment, elle songe à devenir professeur de français, loin de l'idée de quitter son pays natal[2],[7].

En elle rencontre à l'université de Dakar un Français[9]. Ils se marient et s'installent en France en à Strasbourg, dans la région d'origine de son mari, l'Alsace[2],[10], dans l'optique de permettre à Fatou Diome de finir ses études en France et de retourner ensuite vivre au Sénégal. Mais elle est rejetée par sa belle-famille, qui lui rend la vie dure, et son époux l'abandonne brutalement : un jour, elle rentre de la fac et la maison est vide[11]. Elle divorce deux ans plus tard et se retrouve en grande difficulté, désemparée et sans ressources, abandonnée à une condition d'immigrée sur le territoire français[3]. Pour pouvoir subsister et financer ses études, elle doit faire des ménages pendant six ans, même lorsqu'elle obtient une fonction de chargée de cours durant son DEA (diplôme d'études approfondies).

Elle entame une thèse sur « Le voyage, les échanges et la formation dans l’œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane »[12]. L'étude du motif du « voyage » chez Sembène Ousmane inspire ses œuvres ultérieures et influence la liberté de ton, le sens du récit et la justesse des descriptions dans des œuvres comme Celles qui attendent[13].

Carrière

Après des études de lettres et philosophie à l'université de Strasbourg, elle y donne des cours[2],[3],[7], puis enseigne à l’Université Marc-Bloch de Strasbourg et à l'Institut supérieur de pédagogie de Karlsruhe, en Allemagne[14].

En parallèle de son activité professionnelle, elle se consacre à l'écriture. En 2001, elle publie un premier recueil de nouvelles, La Préférence nationale[15] aux éditions Présence africaine.

En , elle obtient la nationalité française[11].

Son premier roman, Le Ventre de l'Atlantique[16], paru en aux éditions Anne Carrière est distingué par la critique[8]. Il est couronné en par le LiBeraturpreis et traduit dans de nombreuses langues, lui assurant ainsi une notoriété internationale.

Elle publie plusieurs romans et essais aux éditions Flammarion, Kétala en [17], Inassouvies, nos vies en [18], Celles qui attendent en [19]. Pour ce roman, elle se voit décerner en mars le Prix Solidarité Harmonie Mutuelle qui récompense chaque année, dans le cadre du Salon du livre de Paris, un auteur de langue française choisi parmi plusieurs dizaines d'oeuvres littéraires[20].

Impossible de grandir est publié en [21]. Dans Marianne porte plainte ! publié en , elle proclame son attachement viscéral et rationnel aux principes républicains et s'élève contre les tenants de l’identité nationale[22].

En , elle reçoit les insignes de doctorat honoris causa de l'université de Liège [23].

En , elle publie Les veilleurs de Sangomar[24], aux éditions Albin Michel. Le roman s'inspire du naufrage en du Joola, un ferry qui assure la liaison entre Dakar et Ziguinchor en Casamance, et qui entraîne la mort de près de 2 000 passagers, un drame qui hante le Sénégal pendant des décennies. Fatou Diome y décrit dans la même veine lyrique que Le Ventre de l’Atlantique, le deuil d'une femme, Coumba, dont le mari périt dans le naufrage. Celle-ci vit sur une île qui abrite, selon la religion sérère, les âmes des défunts et des réunions des génies qui racontent ce qu’il est advenu des morts du Joola[25].

Pour ce roman, elle obtient le Prix littéraire des Rotary Clubs de langue française[26].

En , elle poursuit sa carrière littéraire, tout en explicitant au fur et à mesure de ses avancées comment l'histoire influence sa pensée et son travail[27]. En effet, l'histoire est très présente dans ses œuvres, et les traditions animistes de son enfance sénégalaise se croisent avec l'histoire politique et littéraire de la France des Lumières[28]. Par exemple, dans une interview accordée à Radio France, elle raconte comment ses aînés ont l'habitude de lui raconter les événements historiques après les repas de famille ou lors des parties de pêche à Sangomar. Elle poursuit en disant qu'enfants, ils considèrent ces histoires comme des légendes. Mais, en grandissant, c'est devenu plus sérieux et plus précis, et comment ils avaient l'habitude de réciter leur arbre généalogique et, pour chaque ancêtre, dire comment est sa vie et dans quel contexte[28].

Dans Marianne face aux faussaires publié en chez Albin Michel, Fatou Diome dénonce les identitaires de tous bords[22].

Le 14 janvier , elle est élue à une large majorité membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Elle reprend le fauteuil de l'écrivaine québécoise Marie-Claire Blais décédée en novembre , et dont elle est la quatrième titulaire après Benjamin Vallotton et Edmée de La Rochefoucauld. Fatou Diome figure parmi les 12 femmes de cette académie de 40 membres. La section littéraire des écrivaines étrangères a déjà accueilli en son sein les Françaises Anna de Noailles, Colette, Edmée de La Rochefoucauld, la franco-américaine Marguerite Yourcenar et la franco-algérienne Assia Djebar[29]. Lors de sa réception au Palais des Académies, le 9 décembre , le secrétaire perpétuel, le poète belge Yves Namur, retrace son parcours et la situe dans le sillage littéraire de Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Mariama Bâ, Toni Morrison et Ernest Hemingway[30]. Dans son discours de réception, Fatou Diome salue la francophonie et rend hommage au courage de Marie-Claire Blais et ses combats exemplaires pour toutes les formes de liberté[31].

Paru en , son quinzième livre, Aucune nuit ne sera noire, lui donne l'occasion de rendre hommage au grand-père qui l’a élevée et de raconter son propre parcours[32].

Prises de position

La romancière est considérée comme une « personnalité incandescente de la francophonie » et porte fréquemment sur elle la couleur mauve, symbole de l'addition, de l'alliage des cultures, de la rencontre. Elle choisit de se nommer « auteur » et refuse d'être rangée dans un tiroir identitaire, préférant se tourner vers un horizon large, dans la continuité des idées de Frantz Fanon[31].

Elle s'insurge contre les intolérants, elle défend le rôle de l’école et les valeurs républicaines[12].

Face à la montée du populisme, Fatou Diome est régulièrement invitée à partager son point de vue sur des sujets politiques et sociaux dans les médias télévisés ou dans la presse, comme des interviews à Radio France et Elle France[33],[4]. Elle prend notamment position contre les assertions populistes du Rassemblement national en France. En tant qu’écrivaine, elle souhaite par ses livres rappeler les valeurs républicaines et humaines car elle estime « qu’il ne faut plus se taire face aux obsédés de l’identité nationale[34] ».

Elle porte également un discours revendiquant une coopération plus égalitaire entre l’Europe et l’Afrique. Elle estime que pour le moment, l’Europe tire les ficelles d’une coopération inégale et que l’Afrique n’est pas maîtresse de ses biens[35]. Elle est convaincue également que le complexe colonial reste persistant tant du côté des Africains que des Européens, ce qui empêche cette coopération d’être plus égalitaire. Par conséquent, elle soutient l’idée que chacun, quelle que soit son origine, devrait se sentir comme un être humain face à un autre être humain[36]. C'est ainsi que Fatou Diome, refusant de désigner plutôt un responsable qu'un autre, défend la nécessité pour les Africains de s’affranchir de leur statut de victime[37], et pour les Européens celle de quitter une position de dominant, pour sortir des schémas exploitant/exploité, donateur/assisté. Enfin, elle précise qu’aider une personne, c’est l’aider à ne plus avoir besoin de vous, en écho à l’aide au développement mise en place par les pays occidentaux en Afrique notamment.

Distinctions

Œuvres

Collaboration

  • Weepers Circus, N'importe où, hors du monde (2011). Il s'agit d'un livre-disque auquel participe une quarantaine d'invités aux titres d'auteurs ou d'interprètes : Fatou Diome y signe un texte inédit (non mis en musique) au titre énigmatique de N'importe où, hors du monde.

Bibliographie

  • (en) Dominic Thomas, « African Youth in the Global Economy: Fatou Diome's Le Ventre de l'Atlantique », Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East, 2006, no 26(2), p. 243-259[59]
  • Jacques Chevrier, « Fatou Diome, une écriture entre deux rives », Revue des littératures d'Afrique, des Caraïbes et de l'océan Indien, no 166, 2007, p. 35-38
  • Victor Essono Ella, La crise de l’identité à travers l’écriture de Valentin Yves Mudimbe, Eugène Ebodé et Fatou Diome, Université Rennes 2, 2008, 365 p. (thèse de doctorat de Littérature française)
  • Eugénie Fouchet, La représentation romanesque de la femme africaine chez Fatou Diome et Fatou Keïta, Université de Metz, 2009, 156 p. (mémoire de master recherche 2e année de Littérature, cultures et spiritualités)
  • M. H. Kebe, « Le ventre de l'Atlantique, de Fatou Diome », L'Information psychiatrique, 2004, vol. 80, no 6, p. 491-493
  • C. Mazauric, « Fictions de soi dans la maison de l'autre (Aminata Sow Fall, Ken Bugul, Fatou Diome) », Dalhousie French Studies, 2006, vol. 74-75, p. 237-252
  • Mbaye Diouf, « Niodior ou l'économie du texte diomien », Présence Francophone, n°92, 2019, p.70-81.
  • Stéphanie Rebeix, « La situation paratopique de deux écrivaines : Fatou Diome (Impossible de grandir) et Fabienne Kanor (Je ne suis pas un homme qui pleure) », Études littéraires africaines, no 51, , p. 217–230 (ISSN 0769-4563 et 2270-0374, DOI 10.7202/1079609ar, lire en ligne, consulté le )

Notes et références

Annexes

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