Marie-Claire Blais
dramaturge oeuvrant au Québec
From Wikipedia, the free encyclopedia
Marie-Claire Blais est une écrivaine québécoise née le à Québec et morte le à Key West en Floride. Elle se fait connaître avec son premier roman La Belle bête, paru en 1959. Une Saison dans la vie d'Emmanuel, paru en 1965, remporte un très grand succès critique qui lui permet de se faire connaître sur la scène internationale. Autrice prolifique, elle publie de nombreux romans, pièces de théâtre, ainsi que des scénarios pour le cinéma et la télévision. Son œuvre romanesque la plus marquante est sa suite Soifs, s'échelonnant sur plus d'une dizaine d'ouvrages parus entre 1995 et 2020.
Québec
Key West, Floride
| Naissance |
Québec |
|---|---|
| Décès |
(à 82 ans) Key West, Floride |
| Pays de résidence | États-Unis, France |
| Activité principale |
Romancière |
| Autres activités |
Poétesse, dramaturge |
Œuvres principales
La Belle bête (1959)
Une Saison dans la vie d'Emmanuel (1965)
Les manuscrits de Pauline Archange (1968)
L'univers de Marie-Claire Blais est caractérisé par l’attention particulière qu’elle accorde aux marginaux et aux exclus, aux victimes de toute forme de discrimination, qu’elle soit fondée sur les origines sociales, le genre ou l’orientation sexuelle. Elle fait particulièrement figure de pionnière dans sa description des relations homosexuelles, tant masculines que féminines, et des destinées gay ou trans. Si Marie-Claire Blais observe avec une lucidité implacable les forces sombres qui animent la société – guerres, violences, abus –, au point où son œuvre a parfois été lue comme un constat pessimiste de l’expérience humaine, cette même œuvre représente en soi un appel à la compassion. En outre, Marie-Claire Blais a toujours célébré la force unificatrice et rédemptrice de l’art, de tous les arts.
Son œuvre a fait l'objet de nombreuses études. Elle a également remporté plusieurs prix littéraires, dont le prix Médicis en 1966. Elle est l'une des seules écrivaines québécoises à avoir remporté le prix littéraire du Gouverneur général à quatre reprises (en 1968, 1979, 1996 et 2008).
Biographie
Jeunesse et formation
Marie-Claire Blais vient au monde dans la paroisse Saint-Fidèle, dans le quartier Limoilou, à Québec. Elle est l'aînée de cinq enfants nés de Fernando Blais et de Véronique Nolin. Elle grandit dans cette famille ouvrière. À l'âge d'onze ans, elle commence à écrire. En 1951, elle obtient une bourse d'études, lui permettant d'accéder au collège classique. Elle entre ainsi au couvent de Saint-Roch, chez les religieuses de la Congrégation, un milieu qu'elle juge très snob[1]. Toutefois, elle profite de cet environnement pour assouvir sa plus grande passion : la lecture[2].
Dans un entretien, Marie-Claire Blais affirme avoir « subi » plutôt que suivi une instruction religieuse : « On nous a tellement enseigné la peur de Dieu et la peur de vivre… Les livres sont pour moi une évasion, une délivrance. J'essaie de créer un monde différent de moi ». De tempérament plutôt solitaire, elle ajoute : « Quand on a reçu l'éducation que j'ai eue, on se méfie de toutes les religions, même de celle de l'amour humain[3] ».
Malgré le soutien moral de ses parents, sa situation financière ne lui permet pas de poursuivre ses études classiques. Après avoir complété son année de Belles-Lettres, à l'âge de quinze ans, elle se voit contraint d'abandonner l'école pour se trouver du travail. Elle est d'abord embauchée dans une fabrique de biscuits. Puis, après une année de formation commerciale, elle enchaîne les emplois de secrétaire, caissière de banque, commise de bureau et vendeuse. Tout en travaillant, elle suit un cours du soir en création littéraire à l'Université Laval. Elle y fait la rencontre de la professeure Jeanne Lapointe et du père Georges-Henri Lévesque, doyen de la faculté des Sciences sociales et vice-président du Conseil des arts du Canada à cette époque. Remarquant son talent naturel, les deux l'encouragent vivement à publier ses écrits[4].
Débuts
La Belle bête (1959)
Influencée par Françoise Sagan et le succès de son roman Bonjour tristesse, Marie-Claire Blais raconte en entrevue : « J'ai commencé à publier quelques années après Françoise Sagan. C'est elle qui m'a donné le courage de le faire. Elle avait pourtant des critiques sévères. On disait qu'elle était amorale. On n'aimait pas beaucoup à l'époque que les jeunes filles écrivent[5] ». Animée par « [u]ne sorte d'instinct qui est peut-être amour pour les êtres », en particulier pour les « êtres anormaux […] isolés, maudits », Marie-Claire Blais fait paraître son premier roman, La Belle bête, en 1959[6].
L'histoire est centrée sur Louise, une riche veuve vivant sur une ferme avec ses deux enfants. Le premier, Patrice, est un adolescent d'une très grande beauté, mais dépourvu d'intelligence. Louise adore son fils au point de l'idolâtrer tout en méprisant sa fille Isabelle-Marie, travaillante, mais ayant un physique ingrat.
Patrice, à vingt-deux ans, est toujours aussi bête alors que sa mère Louise est malade et que son état ne cesse de s'aggraver. De son côté, Isabelle-Marie entretient une relation d'amour-haine avec sa fille Anne. Elle continue également à être jalouse et à détester son frère. Tandis que Louise se distrait de ses souffrances avec Patrice, Isabelle-Marie décide de s'en prendre à lui. Elle le brûle gravement au visage. Louise, qui trouve désormais son fils affreux, le rejette subitement. Un jour, Anne révèle à sa grand-mère comment Patrice a été défiguré. Louise confronte alors Isabelle-Marie. Celle-ci justifie son geste, mais en vain; Louise la chasse de la ferme familiale.
L'histoire se termine de façon tragique. Isabelle-Marie met le feu aux récoltes de la ferme maternelle, puis à sa mère à l'agonie, avant de se précipiter sous un train. Désespéré, abandonné, Patrice se jette dans le lac où il admirait jadis le reflet de sa beauté[7].
Réception
Dès sa parution, le roman suscite de fortes réactions. Au Québec, la plupart des critiques se montrent assez sévères. Bien qu'elles remarquent le talent de la jeune autrice, dans l'ensemble, elles demeurent déroutées par la haine, la jalousie et la violence de son univers, ainsi que par son décor relevant presque du conte ou de la fable, n'étant pas ancré dans un pays clairement identifié (comme le faisaient la majorité des écrivains au Québec, à cette époque). Gilles Marcotte, l'un des seuls à prendre la défense de la jeune autrice, relève de son côté :
« […] la sûreté d'expression, la fidélité à un rêve intérieur étrangement cruel et tendre, qui font de La Belle bête l'une des œuvres les plus saissantes parues ces dernières années au Canada français, et peut-être même au Canada. […] La logique interne, les articulations essentielles, et aussi l'écriture du roman manifestent dans l'ensemble une étonnante solidité. La Belle bête n'est du reste pas une œuvre isolée dans la littérature canadienne-française contemporaine. Elle se situe dans un climat de primitivité, de commencement du monde, où s'amorce également – mais pour s'ouvrir à une espérance de vie – le beau roman d'Anne Hébert, Les Chambres de bois »[8].
Malgré ces réactions perplexes, parfois même très violentes, du côté du Québec, le roman est traduit en anglais sous le titre Mad Shadows en 1960. Du côté du Canada anglais, les critiques se montrent davantage étonnées qu'élogieuses à l'endroit de Marie-Claire Blais. De son côté, le critique littéraire américain Edmund Wilson la prendra en affection, disant qu'elle était « un véritable phénomène, peut-être même un génie » dans un numéro spécial du New Yorker consacré aux auteurs du Canada français[9].
Tête blanche
L'année suivante, en 1960, elle publie son deuxième roman, Tête blanche. Celui-ci tient également du conte et de la fable et poursuit l'exploration des relations dures, voire cruelles entre adultes et enfants.
Le roman raconte l'histoire d'Evans, dit « Tête blanche », un garçon de dix ans laissé à lui-même. Placé dans une pension chez un certain monsieur Brenner, loin de son père et de sa mère qui négligent de venir le visiter et de répondre à ses lettres, Tête blanche se défoule en s'en prenant méchamment à ses camarades. C'est du moins ce qu'il prétend dans plusieurs lettres qu'il adresse à sa mère. Aussi est-il difficile de déterminer s'il maltraite réellement ses camarades ou s'il se réclame d'un comportement violent pour attirer l'attention de sa mère. Entrant lentement dans l'adolescence, à l'âge de treize ans, il fait la rencontre d'une dénommée Émilie, une jeune fille également négligée par sa mère, souvent absente. Elle permet à Tête blanche de s'ouvrir à une part inconnue de lui-même. Les deux jeunes deviennent amoureux. Toutefois, un été, la mère d'Émilie rapatrie ses enfants auprès d'elle, ce qui les force à couper le contact. Le temps passe, sans qu'ils ne se revoient. Monsieur Brenner, constatant que Tête blanche avance en âge, souhaite maintenant que le garçon âgé de quinze ans s'émancipe. Pour prendre ses distances par rapport à lui, il le force à devenir externe du collège qu'il fréquente. Le roman s'achève avec Tête blanche, devenu un jeune homme, qui revoit un jour Émilie dans une foule, aux côtés d'un homme ayant sa main sur son épaule. Tête blanche pleure la perte d'Émilie, emportée dans « la nuit glacée[10] ».
Le jour est noir et premiers recueils de poésie
À la suite de la publication de ces deux romans, avec l'aide du père Georges-Henri Lévesque, Marie-Claire Blais obtient une bourse lui permettant de séjourner pendant quelques mois à Paris, en 1961. C'est là qu'elle écrit le roman court Le jour est noir. Il se déroule dans un univers poétique et flou, presque fantasmatique. Le jour est noir raconte l'histoire de deux couples. Les quatre jeunes gens tentent de faire la transition entre l'adolescence et l'âge adulte, sans trahir leurs désirs et leur innocence. Toutefois, peu importe la puissance de la passion qui les anime et qui leur donne le goût de vivre, leurs tourments les mènent inévitablement vers la folie ou la mort[11].
De retour à Montréal, Marie-Claire Blais publie ses premières poésies : Les voyageurs sacrés ou L'invraisemblable instant, un roman-poème paru dans les Écrits du Canada français (1962), et les recueils Pays voilés (1963) et Existences (1964)[12],[13],[14].
Durant la même période, avec le soutien du critique américain Edmund Wilson, elle obtient deux bourses Guggenheim. Elle s'installe alors aux États-Unis, à Cambridge dans le Massachussetts. Elle y fait la connaissance de la peintre américaine Mary Meigs. En 1963, elle emménage avec Meigs et sa conjointe, l'écrivaine Barbara Deming, à Wellfleet dans la région de Cape Cod[15].
Une saison dans la vie d'Emmanuel
En 1965, Marie-Claire Blais fait paraître Une saison dans la vie d'Emmanuel. L'histoire se déroule sur une ferme, dans un Québec rural d'avant la Révolution tranquille. Une famille pauvre accueille son seizième enfant, prénommé Emmanuel. Dans ce monde, la vie est d'une rudesse excessive, ne laissant aucune place à la chaleur ou à la tendresse la plus élémentaire. Les enfants sont présentés comme des êtres vils, sales et méprisables, se comportant comme des bestiaux. Les parents, épuisés par le poids de leurs responsabilités, accueillent avec froideur la naissance de leur petit dernier. Enfin, toute cette famille vit sous le règne de la toute-puissante Grand-mère Antoinette. Cette vieille femme dure et cruelle « semblait diriger le monde depuis son fauteuil », « semant des malédictions sur son passage ou recueillant quelque bébé plaintif tombé dans la boue[16] ».
Le roman suit principalement les aventures de trois enfants de la famille. Le premier, Jean-Le Maigre, est un adolescent doué et espiègle avec une âme de poète, mais aussi avec une tête pleine de poux et atteint d'une grave tuberculose. Son état de santé s'en ressent. Il tousse et crache du sang régulièrement. Un jour, Grand-Mère Antoinette décide de l'envoyer au Noviciat afin que l'on s'occupe de lui. En allant poursuivre ses études, Jean-Le Maigre remplace Léopold, son frère aîné qui était également doué mais qui a fini par se suicider. Dans ce Noviciat, « ce jardin étrange où poussaient, là comme ailleurs, entremêlant leurs tiges, les plantes gracieuses du Vice et de la Vertu[17] », Jean-Le Maigre finit par mourir à son tour, dans une scène surréaliste où il est exécuté par le père Directeur[18].
L'intrigue raconte aussi les péripéties de la grande sœur Héloïse. D'une piété absolue, déterminée à devenir une sainte, elle s'enferme dans sa chambre et ne sort que pour la prière du soir. Elle refuse d'avaler tout ce que Grand-mère Antoinette lui amène à manger. Dans cet état, elle se plonge dans des transes à la fois mystiques et érotiques. Elle entre dans un couvent, mais finit par le quitter. Peu à peu, sa candeur et sa naïveté la détournent accidentellement du droit chemin et la font aboutir dans le village voisin, dans un bordel où elle devient prostituée[19]. D'autres enfants, comme Pomme et Le Septième, quittent à leur tour la maison familiale. Le premier se trouve du travail en ville dans une usine, puis dans une boucherie tandis que le deuxième se retrouve au Noviciat. Il devient la proie captive de l'un des frères de la congrégation qui assouvit sur lui ses plaisirs sadiques[20].
Le roman se termine avec la mère de la famille, pleurant la perte de Jean-Le Maigre. Comme Grand-mère Antoinette, elle découvre que « comme plusieurs de ses enfants, [il] lui était plus cher mort que vivant[21] ». Pour se consoler, elle se consacre à son bébé Emmanuel en lui offrant « son sein flétri[21] ». En rejoignant dans la mort ses frères et sœurs disparus, Jean-Le Maigre a ainsi cédé sa place à tous les petits Emmanuel qui viendront[22].
Réception
Œuvre phare dans l'univers de Marie-Claire Blais, ce roman a donné lieu à de nombreuses interprétations. Lors de sa parution, il a été perçu comme une critique virulente de la religion catholique. Ce roman a également été considéré comme une critique contre un monde d'antan, implacable et inhumain, où le poids de la tradition, de l'autorité et d'un certain mode de vie finit par broyer tous les individus. Il a aussi été interprété comme le cri d'une écrivaine de la nouvelle génération, exprimant la révolte de la jeunesse contre la société[23].
Lors de sa parution, le roman polarise la critique. Au Québec, certains y trouvent la preuve d'une attitude radicale, d'un rejet en bloc de tout un monde de rites et de symboles déjà mis à mal non seulement dans la société québécoise, mais dans le monde occidental en général, durant les années 1960. D'autres, comme Monique Bosco, Jean Hamelin et Jean Éthier-Blais relèvent la qualité exceptionnelle de l'écriture de Blais. Traduit et édité en anglais, le livre provoque des réactions aussi mitigées dans le Canada anglais et aux États-Unis[24].
Toutefois, ces réactions initiales seront éclipsées par l'accueil triomphal du livre en France. En , moins d'un an après sa parution au Québec, Une saison dans la vie d'Emmanuel est édité par Grasset à Paris. Lors du lancement, l'écrivain Claude Mauriac se montre élogieux, parlant « d'un livre rédigé dans notre langue alors que personne, chez nous, n'aurait pu l'écrire ». Un mois plus tard, le livre remporte le prix France-Québec[Note 1]. Puis en , il remporte le prestigieux prix Médicis. Première Québécoise depuis Gabrielle Roy à remporter un prix littéraire important à Paris, Marie-Claire Blais devient du jour au lendemain une écrivaine de stature internationale[25],[26],[27].
Le roman est adapté au cinéma par le Français Claude Weisz en 1973[28]. Par la suite, il a fait l'objet de plusieurs études et analyses dans les cercles académiques et littéraires[29].
Théâtre et autres créations
À compter du milieu des années 1960, Marie-Claire Blais produit une œuvre de plus en plus diversifiée, comptant non seulement des romans et des recueils de poésie, mais aussi des pièces de théâtre et des pièces radiophoniques. Les thèmes de l'angoisse et du mal de vivre (souvent assimilés à celui d'une jeunesse en quête d'émancipation) demeurent au cœur de ses créations.
Elle livre ainsi le roman L'insoumise en 1966, explorant les conflits de l'être et du paraître. Il raconte l'histoire de Paul, un adolescent énigmatique, vu à travers le regard de sa mère Madeleine, de son père Rodolphe et de son ami Frédérik. Chaque personnage s'exprime sur sa relation particulière avec Paul et tente de percer le mystère de sa vie intime. C'est dans ce livre que le thème de l'homosexualité est évoqué pour la première fois[30]. En 1967, elle publie David Sterne, l'histoire tragique de la mort de trois jeunes, chacune racontée à travers les souvenirs du narrateur David Sterne. Une œuvre explorant les sentiments de honte et de culpabilité, ainsi que l'inaptitude à vivre. La même année, paraît L'exécution, un drame en deux actes. Dans un collège, deux étudiants nommés Louis et Stéphane assassinent l'un de leurs camarades de classe, Éric, âgé de quatorze ans. Les deux garçons cherchent ensuite à cacher leur crime. Toutefois, le cynique Louis, qui a tout planifié, réussit à faire croire que l'ensemble des élèves de sa classe sont également responsables. Deux autres élèves sont finalement accusés. Toutefois, Stéphane, rongé par les remords, finit par avouer son rôle, tandis que Louis triomphe en échappant à la justice[31]. Cette pièce est montée au Théâtre du Rideau vert au printemps 1968.
Prix littéraire du Gouverneur général (1968)
En 1968, Marie-Claire Blais remporte le prix du Gouverneur général pour son roman Les manuscrits de Pauline Archange, « un récit troublant qui traite de l’enfance, de la cruauté et de la transgression, et dans lequel une myriade de personnages s’échangent les rôles de victimes et de bourreaux[24] ». Le récit suit l'apprentissage de Pauline Archange. À travers ses souvenirs d'enfance, elle décrit « une société confite en dévotion, avec ses prêtres pervers, ses bonnes sœurs sadiques, ses petits bourgeois malveillants, ses boutiquiers rapaces, ses bouchers sanglants et ses vagabonds[32] ». Elle raconte comment elle se sentait déjà coupée du monde qui l'entourait, notamment de ses parents et des religieuses du pensionnat qu'elle fréquente, avec leur bonté cruelle et leurs corps « qui puent légèrement la mort ». Elle raconte également son premier amour pour une autre fille du pensionnat, Séraphine Lehout, et de sa fin tragique. Ce roman est le premier d'une trilogie, suivi de Vivre! Vivre! (1969) et de Les apparences (1970)[33].
Séjour en France
En 1972, Marie-Claire Blais s'installe en Bretagne avec la peintre Mary Meigs. C'est là qu'elle écrit son roman Le loup. L'histoire suit un jeune homosexuel, étudiant en musique au conservatoire, guidé par un idéal de compassion. Attiré par les êtres tourmentés, il cherche à les guérir par son amour. Sa narration fait la rétrospective de ses relations. Dans ce milieu composé d'êtres sensibles et blessés, la constellation des sentiments et la violence parfois animale de l'amour sont ainsi apparentées à « la relation entre le loup et l'agneau[34] ». Toujours en 1972, Marie-Claire Blais produit Le disparu, L'envahisseur et Deux destins, trois pièces de théâtre pour la radio[35].
Elle fait paraître ensuite le roman Un joualonais, sa joualonie, en 1973. Portrait ironique et mordant de la société québécoise, l'histoire suit Ti-Pit, ex-ouvrier d'une usine de produits de caoutchouc devenu piller de taverne. Celui-ci évolue dans un univers rempli de personnages vivant à l'écart de la société : Ti-Cul, un assassin; Ti-Guy, un utopiste meurtri; Mimi et Dany, des homosexuels; Vincent, un prêtre ouvrier. Un jour, Ti-Pit fait la rencontre d'un homme : Éloi Papillon. Cet homme est un professeur et écrivain. Attiré par le pittoresque du monde des marginaux, il a appris le « joualonais » (le joual) afin de parler à tous et au nom de tous. Papillon présente Ti-Pit à ses amis Corneille et Papineau-le-marxiste. L'un, avocat féru des droits de l'Homme, est aussi un éditeur sans scrupules, publiant n'importe quoi. L'autre, Papineau-le-marxiste, laisse mourir de froid sa famille, au nom de ses principes. À travers les yeux de Ti-Pit, tous les personnages portent la voix d'un sous-groupe de la société se jugeant lésé dans ses droits. Toutefois, chacun reste dans son malheur, n'arrivant pas à communiquer ou à établir de lien avec les autres, malgré leurs situations similaires[36].
En 1975, elle revient à Montréal et publie son roman Une liaison parisienne, un portrait à la fois tendre et féroce des milieux littéraires et mondains parisiens, critiquant leur vanité et leur hypocrisie[37]. Le roman est accueilli froidement par la critique[38]. À son retour, elle reçoit le prix Belgique-Canada pour l'ensemble de son œuvre et reçoit un doctorat honorifique de l'Université York de Toronto. Durant la même période, elle devient professeure honoraire de l'Université de Calgary. Elle produit également pour la radio, la télévision et le théâtre : Fièvres (1973), Un couple (1974), Sommeil d'hiver (1974), Marcelle (1976), L'océan (1976) et Murmures (1977)[39]. Elle participe également à l'écriture de la pièce féministe La Nef des sorcières avec Marthe Blackburn, Nicole Brossard, Luce Guilbeault, France Théoret et Pol Pelletier[40],[41].
Les nuits de l'Underground et Le sourd dans la ville
Son roman Les nuits de l'Underground (1978) est une étude sur le milieu des lesbiennes. L'histoire suit les rencontres clandestines entre des femmes voulant vivre leur amour en toute liberté, loin des regards indiscrets. Opposant l'amour hétérosexuel et l'amour lesbien, Marie-Claire Blais cherche à montrer que l'espoir de la Terre réside dans le deuxième. Cependant, à travers les souffrances des personnages, l'amour ressort comme une expérience profondément humaine et universelle[42]. Bien accueilli, le critique Gilles Marcotte le qualifie de « l'un des meilleurs ouvrages de Marie-Claire Blais », non seulement par sa volonté à fouiller ce thème, peu exploité à l'époque dans la littérature québécoise, mais aussi pour sa réflexion sur « les rapports entre l'art et la vie, entre l'amour de la beauté et l'amour des êtres[43] ». Cet ouvrage est désormais considéré comme « une des principales œuvres de l'écrivaine, ainsi qu'un texte majeur de la littérature lesbienne[44] ».
Le sourd dans la ville (1979) se déroule également dans un milieu marginal. Le récit suit une série de rencontres, souvent très brèves, dans un hôtel miteux de Montréal, entre des personnages issus de divers milieux. Le « sourd dans la ville » est un enfant nommé Mike souffrant d'une tumeur au cerveau. Autour de lui gravitent sa mère (patronne de l'hôtel et danseuse érotique), les trois enfants de celle-ci issus d'un ancien mariage, son nouveau mari, ainsi que des clients de l'hôtel. Le roman est une « méditation angoissée sur la douleur de vivre », avec des personnages enfermés dans leurs préoccupations et incapables de communiquer adéquatement avec les autres[45].
Chaleureusement accueilli par la critique, comparé à un retour au souffle d'Une saison dans la vie d'Emmanuel, ce roman mérite à Marie-Claire Blais son deuxième Prix littéraire du Gouverneur général[46]. Traduit en anglais sous le titre Deaf to the city (1980), il est ensuite adapté à l'écran par Mireille Dansereau en 1987. Ce film fait partie de la compétition lors de la 44e édition de la Mostra de Venise[47].
Années 1980 et 1990
La décennie 1980 est très fertile pour Marie-Claire Blais. Elle produit pour la radio et le théâtre Fantôme d'une voix (1980), L'exil (1984), L'île (1988), et Un jardin dans la tempête (1989). Elle publie également les romans Pierre, la guerre du printemps 81 (1984) et L'ange de la solitude (1989). Son roman Visions d'Ana, publié en 1982, est probablement la plus marquante des œuvres de cette période. Il raconte l'angoisse d'une jeune femme, belle et brillante, cherchant à fuir son époque de désillusion en s'exilant au Canada, au Mexique et aux Caraïbes. La même année, elle remporte le prix Athanase-David, puis le prix Anaïs-Ségalas de l'Académie française en 1983[48],[49].
Elle publie ensuite le recueil de nouvelles L'exilé (1992) et Parcours d'un écrivain (1993), carnets autobiographiques publiés dans les pages du Devoir.
Soifs
En 1993, après avoir été élue à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, Marie-Claire Blais se lance dans la rédaction de Soifs. Cette suite romanesque foisonnante, se déroulant sur la petite île de Key West (lieu de résidence de l'autrice) au large de la Floride, se compose d'une multitude de points de vue, de références et d'anecdotes inspirées de l'actualité. Ces personnages, plutôt que d'être des porte-paroles d'un combat idéologique, forment une vaste communauté d'individus appelés par l'autrice « le chœur des misères lointaines[50] ». Cette œuvre se veut une sorte de tour d'horizon des angoisses de la société à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle :
« [U]ne spirale incessante passe de personnage en personnage, qui vivent dans une luxuriante île du golfe du Mexique aveuglée de soleil, noyée dans les reflets bleus de la mer, où se côtoient richesse et misère, qui est en suspens entre le passé et un avenir incertain, entre la beauté du monde et les horreurs de l’Histoire. Sont réunis pour trois jours et trois nuits d’une grande fête marquant la fin du XXe siècle et l’arrivée au monde d’un enfant :
- Renata, avocate, femme d’un juge, en convalescence après l’ablation d’un poumon, tourmentée par la soif (de justice, de plaisirs, d’ivresse), opposée au juge qu’est son mari ;
- Jacques, un professeur de littérature spécialiste de Kafka, qui meurt du sida ;
- le pasteur noir Jérémy, dont la famille est dominée par Mama, et qui a du mal à mettre ses enfants dans le droit chemin ;
- la famille blanche de Mélanie, la nièce de Renata, et Daniel, qui est dominée par Mère, témoin de la fête, qui se reproche d'être insensible aux drames des autres, et se sent, en fin de vie, «comme une fleur fanée qu'on jette sur le trottoir» ;
- des artistes dont un romancier juif ;
- la femme de ce romancier dont la mère voudrait qu'elle ait une carrière politique ;
- Julio, jeune réfugié cubain dont la famille a péri en mer ;
- des Noirs échappés d'une autre île soumise à la dictature, et qui risquent, dans celle-ci, d'être victimes des “Cavaliers Blancs”, membres du Ku Klux Klan qui rôdent autour du jardin, trouvant que la famille de Mélanie favorise trop les fréquentations interraciales.
Les riches comme les pauvres, les vieillards que l’âge rapproche inexorablement de la mort comme les enfants tout à l’innocence de leurs jeux, toute cette humanité est en proie au doute et à la souffrance. Les malheurs du passé, ceux du présent et ceux de l'avenir sont alternativement évoqués, en particulier ceux que connaissent les femmes »[51].
Dans la foudre et la lumière
Suit le deuxième volet, Dans la foudre et la lumière, en 2001. Poursuivant la fresque, le roman reprend la vaste majorité des personnages présentés dans Soifs, toujours en empruntant des anecdotes et des situations à l'actualité récente. Ce roman a aussi une structure similaire à celle du précédent, soit un seul bloc d'écriture, sans chapitres ni alinéas. L'intrigue passe d'un personnage à un autre, d'un point de vue à un autre (de la troisième à la première personne du singulier). « Leur destin se creuse davantage, car le temps, même court, avance très vite[52] ».
Augustino et le cœur de la destruction
Le troisième volet, paru en 2005, poursuit l'action avec le même ensemble de personnages, mais en ajoutant de nouveaux visages. Le narrateur, Augustino, est un jeune de seize ans qui voit des forces invisibles mais implacables en train de préparer sa propre destruction. Ses pensées font écho à la souffrance des autres qui l'entourent. Leurs pensées se mélangent à celles d'Augustino. Ces autres, issus de divers milieux et de diverses professions, sont tous témoins impuissants de la même disparition du monde connu et de l'émergence d'un nouveau monde inquiétant et flou dont ils ne possèdent pas encore les clés[53].
Autres volets de Soifs
Au départ, le cycle Soifs était envisagé comme une trilogie. Toutefois, réalisant qu'elle n'avait pas tout exprimé ce qu'elle avait à dire, Marie-Claire Blais décide de poursuivre l'intrigue avec Naissance de Rebecca à l'ère des tourments (2008), Mai au bal des prédateurs (2010), Le Jeune homme sans avenir (2012), Aux jardins des acacias (2014), Le Festin au crépuscule (2015), Des chants pour Angel (2017), Une réunion près de la mer (2018), Petites Cendres ou la capture (2020) et Augustino ou l'illumination, inachevé à la morte de l'autrice, mais publié de manière posthume en 2022[54].
Par cette œuvre, selon le professeur Michel Biron, Marie-Claire Blais « s'impose comme une des grandes voix de la littérature contemporaine, inspirée par Virginia Woolf et William Faulkner, mais portée surtout par une vision du monde toute personnelle et toute contemporaine, par une passion pour les êtres hors du commun qui hantent nos consciences par-delà le bien ou le mal : les marginaux triomphants ou miséreux, les artistes en tous genres, les homosexuels et les transgenres, les réfugiés et les itinérants, les militants et les criminels, les défenseurs des droits de la personne et les monstres les plus inhumains[50] ».
Selon le professeur Alex Noël, l'œuvre de Marie-Claire Blais conserve une grande pertinence au XXIe siècle : « On la lit comme notre contemporaine, et non comme une dame de 82 ans qui écrit des romans depuis 1960 […] Blais réussit cet exploit de mettre la compassion au cœur de son écriture sans faire une œuvre édulcorée, qui perdrait de son ambiguïté, qui ne traiterait pas de sujets difficiles […] Elle complexifie toujours les enjeux politiques en présentant les points de vues opposés. Et elle permet l’opposition à même son texte[55] ».
Autres œuvres et collaborations
En 1997, elle collabore au scénario du film Tu as crié : Let me go d'Anne Claire Poirier, qui remporte le prix Génie du meilleur documentaire lors de la 18e cérémonie en . En 2005, la documentariste Suzette Lagacé réalise sur elle le film Au-delà des apparences - Portrait de Marie-Claire Blais. La même année, elle produit la version française de la pièce The Burial at Thebes - Sophocle's Antigone du poète irlandais Seamus Heaney. La pièce est mise en scène au Théâtre du Nouveau Monde en . Elle produit également sa pièce Noces à midi au-dessus de l'abîme en 2006, mise en scène au Théâtre L'Eskabel de Trois-Rivières[56].
En 2012, Marie-Claire Blais publie Passages américains, un essai dans lequel elle revient sur de grands événements en lien avec l'histoire des États-Unis, plus particulièrement la Marche de la paix du Canada à Guantanamo organisée à Québec le , le meurtre de Robert Kennedy le et la mort des étudiants lors de la manifestation à l'Université d'État de Kent en Ohio le [57].
Mort
Marie-Claire Blais meurt le à 82 ans à Key West, en Floride[58],[59],[60],[61].
Hommages

- En 2001, elle est nommée membre d'honneur de l'Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ)[62].
- Depuis 2005, le prix littéraire Québec-France Marie-Claire-Blais, que l'auteure parraine, est décerné annuellement à un auteur français par le Réseau Québec-France/Francophonie.
- En 2023, la Bibliothèque Canardière de Québec change de nom pour devenir la Bibliothèque Marie-Claire-Blais.
Œuvre
Parmi ses principales influences, Marie-Claire Blais compte Virginia Woolf, Marcel Proust, William Faulkner, Dante et Dostoïevski.
Presque toutes ses œuvres sont traduites en anglais et certaines, surtout les romans, dans plusieurs langues, y compris le chinois.
Dans son ensemble, l'œuvre de Marie-Claire Blais comprend une vingtaine de romans, un essai, cinq pièces de théâtre, un téléthéâtre, des pièces radiophoniques, des poèmes, des scénarios et une dictée pour la Dictée des Amériques, intitulée La Bête fragile (1998). Peuplé de personnages fantomatiques, souvent des enfants ou de jeunes adolescents, solitaires, il conjugue à la fois humour, ironie et sentiment tragique, voire de moments de fulgurantes violences[63]. La critique sociale y est présente, souvent en filigrane. Les titres ont paru au Québec à l'origine aux Éditions du Jour, puis chez Stanké, et ont été repris pour la plupart par les éditions du Boréal ; en France, on les retrouve chez plusieurs éditeurs : Laffont, Belfond, Grasset, Gallimard et surtout, depuis 1995, le Seuil.
Romans
- La Belle Bête (1959)
- Tête blanche (1960)
- Le jour est noir (1962)
- Une saison dans la vie d'Emmanuel (1965)[64]
- L’Insoumise (1966)
- David Sterne (1967)
- Manuscrits de Pauline Archange :
- Manuscrits de Pauline Archange (1968)
- Vivre! Vivre! (1969)
- Les Apparences (1970)
- Le Loup (1972)
- Un Joualonais, sa Joualonie (1973)
- Une liaison parisienne (1975)
- Les Nuits de l'Underground (1978)
- Le Sourd dans la ville (1979)
- Visions d’Anna (1982)
- Pierre, la guerre du printemps 81 (1984 ; version définitive, 1986)[65]
- L’Ange de la solitude (1989)
- Soifs[66]
- Soifs (1995)
- Dans la foudre et la lumière (2001)
- Augustino et le Chœur de la destruction (2005)
- Naissance de Rebecca à l'ère des tourments (2008)
- Mai au bal des prédateurs (2010)
- Le Jeune Homme sans avenir (2012)
- Aux jardins des acacias (2014)
- Le Festin au crépuscule (2015)
- Des chants pour Angel (2017)
- Une réunion près de la mer (2018)
- Petites Cendres ou la capture (2020)[67]
- Un cœur habité de mille voix (2021)[68]
- Augustino ou l'illumination (2022)
Théâtre
Pièces pour la scène
- L'Exécution (1967), publiée en 1970
- La Nef des sorcières (Marcelle) (1976)
- Sommeil d'hiver (1984)
- L'Île (1988)
- Petites Éternités perdues (2007)
- Désir (2007)
Pièce pour la télévision
- L'Océan (1976)
Pièces radiophoniques
- Un couple (1971-1974)
- Deux Destins (1971-1974)
- L'Envahisseur (1971-1974)
- Le Disparu (1971-1974)
- Fièvre (1971-1974)
- Murmures (1977)
- Fantômes d'une voix (1980)
- L'Exil (1981-1984)
- Un jardin dans la tempête (1990)
- Noces à midi au-dessus de l'abîme (2005)
Poésie
- Pays voilés (1963)
- Existences (1964)
- Œuvre poétique, 1957-1996 (1997)
Essais
- Passages américains (2012)
- À l'intérieur de la menace (2019)
Filmographie
En tant que scénariste
- 1997 : Tu as crié : Let me go, documentaire réalisé par Anne Claire Poirier, scénario de Marie-Claire Blais
- 2006 : La Belle Bête, film franco-canadien réalisé par Karim Hussain, avec Carole Laure, Caroline Dhavernas et Marc-André Grondin
Adaptations
- 1973 : Une saison dans la vie d'Emmanuel, film français réalisé par Claude Weisz, d'après le roman éponyme, avec Germaine Montero, Claude Richard et Hélène Darche
- 1987 : Le Sourd dans la ville, film québécois réalisé par Mireille Dansereau, d'après le roman éponyme, avec Angèle Coutu, Guillaume Lemay-Thivierge et Sophie Léger
Prix et distinctions
- 1961 - Prix de la langue-française de l’Académie française, La Belle Bête
- 1966 - Prix Médicis, Une saison dans la vie d'Emmanuel
- 1966 - Prix France-Québec, Une saison dans la vie d'Emmanuel
- 1968 - Claude Weisz a reçu le prix de la Quinzaine des réalisateurs pour Une saison dans la vie d'Emmanuel
- 1969 - Prix du Gouverneur général, Les Manuscrits de Pauline Archange
- 1972 - Compagnon de l'Ordre du Canada
- 1976 - Prix littéraire Canada-Communauté française de Belgique
- 1979 - Prix du Gouverneur général, Le Sourd dans la ville
- 1982 - Prix Athanase-David
- 1983 - Prix Anaïs-Ségalas de l’Académie française, Visions d'Anna
- 1986 - Membre de la Société royale du Canada
- 1986 - Membre de l'Académie des lettres et des sciences humaines
- 1987 - Mireille Dansereau a obtenu le prix de la Mostra au Festival de Venise pour Le Sourd dans la ville
- 1988 - Prix Ludger-Duvernay
- 1993 - Membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
- 1994 - Membre de l'Académie des lettres du Québec.
- 1995 - Officier de l'Ordre national du Québec
- 1996 - Prix du Gouverneur général, Soifs
- 1997 - Mention du American Biographical Institute
- 1999 - Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres du ministère de la Culture (France)
- 1999 - Prix international Union latine des littératures romanes
- 2000 - Grand prix Metropolis bleu
- 2000 - Prix W. O. Mitchell
- 2001 - Nommée pour le Prix du Gouverneur général, Dans la foudre et la lumière
- 2002 - Prix Prince-Pierre-de-Monaco
- 2005 - Nommée pour le Prix du Gouverneur général, Augustino et le Chœur de la destruction
- 2005 - Prix Gilles-Corbeil
- 2008 - Prix du Gouverneur général, Naissance de Rebecca à l'ère des tourments
- 2009 - Doctorat honoris causa ès lettres (Université Laval)
- 2012 - Grand prix du livre de Montréal, pour son roman Le Jeune Homme sans avenir
- 2012 - Doctorat honoris causa remis par la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, pour souligner l’envergure, la qualité et la pérennité de son œuvre littéraire, ainsi que la reconnaissance dont elle jouit sur la scène nationale et internationale
- 2014 - Officier de l'ordre du Mérite culturel de Monaco[69]
- 2016 - Prix Molson du Conseil des arts du Canada pour l'ensemble de son œuvre
- 2016 - Compagne de l'Ordre des arts et des lettres du Québec
- 2017 - Finaliste pour le Grand prix du livre de Montréal pour son roman Des chants pour Angel [70]
- 2018 - Grand prix du livre de Montréal pour Une réunion près de la mer[71]
- 2019 - Prix de la revue Études françaises pour À l'intérieur de la menace