Femmes à l'Académie française

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Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie française en 1980 (photographie de 1983).

La présence de femmes à l'Académie française est récente. L'Académie, fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu ne voit entrer une femme dans ses murs qu'en 1980, avec l'écrivaine Marguerite Yourcenar[1]. Si pendant ces 345 années, divers motifs politiques, moraux, religieux et sociétaux ont été invoqués pour en interdire l'accès aux femmes, plusieurs candidatures ont néanmoins été proposées au cours des décennies précédentes. Onze femmes ont, depuis 1980, été élues académiciennes ; cinq y siègent actuellement.

Pauline Savari.

Sous l'Ancien Régime, les femmes ne peuvent entrer dans des assemblées élues que si le règlement les y autorise (certaines assemblées permettent leur présence[N 1]).

Jean de La Bruyère, académicien depuis , serait le premier à évoquer l'acceptation d'une candidature féminine au sein de la Compagnie. Il aurait, en effet, dit aux académiciens qu'il donnerait son suffrage et soutiendrait Anne Dacier, épouse de l'académicien André Dacier, « si vous admettiez parmi vous des personnes de son sexe »[2].

Jean le Rond d'Alembert, académicien depuis , propose en , afin de promouvoir la candidature de Julie de Lespinasse, de réserver 4 des 40 sièges aux femmes[3]. La tentative échoue. Des années plus tard, l'Académie propose à Félicité de Genlis de l'accueillir, mais elle doit pour cela arrêter l'écriture d'un manifeste hostile aux Encyclopédistes ; elle refuse[3].

Le , Jules Barbey d'Aurevilly publie un article dans le journal Le Gaulois, un brocard à charge contre l'Académie française intitulé « L’Académie sans candidats », dans lequel il écrit : « Il est vrai que les gens d’esprit lui manquant, il lui restera les imbécilles pour candidats, à l’Académie, et si les imbécilles eux-mêmes vieilcastelisés ne voulaient plus mordre à la grappe de l’Académie, elle aurait, en dernier désespoir, les femmes, qui déjà la guignent avec convoitise »… Combien de bas-bleus pour faire la monnaie du moindre des candidats ?... Et de terminer par une attaque politique directe : « Pauvre Académie ! Tombée en quenouille, enjupponnée, finie, morte sur pied, faute de candidats ! C’est triste, mais ce serait gai, n’est-ce pas ? si l’autre république, comme celle-ci, discréditée, dépopularisée, sous l'use du mépris public, allait périr aussi, faute de candidats[4],[5] ! »

La candidature de la féministe Pauline Savari est refusée par l'Académie, le . Et le duc d'Aumale de déclarer : « Les femmes ne sont pas éligibles, puisqu’on n’est citoyen français que lorsqu’on a satisfait à la conscription[3]. »

La question d'une candidature féminine au sein de l'Institut de France, dont fait partie l'Académie française, s'est posée violemment avec celle de Marie Curie en à l'Académie des sciences[6]. « L'Assemblée générale de l'Institut, consultée, se déclara hostile aux candidatures féminines au nom de « traditions immuables ». Le professeur Esmein publia de son côté, dans le Journal des Débats, un article sur « l'inégibilié des femmes à l'Institut » qui concluait : « C'est une règle générale et certaine de droit public français que les femmes ne sont pas capables des fonctions publiques. Pour les leur interdire, un texte n'est pas nécessaire ; il en faut un, au contraire, pour leur en ouvrir exceptionnellement l'accès[7]. » »

Ce n'est qu'en 1980, sous la pression de l'opinion et à la suite du militantisme de Jean d'Ormesson qu'une femme est élue en la personne de Marguerite Yourcenar[8]. Jusque-là, de nombreux académiciens s'opposaient à l'entrée de femmes, comme Claude Lévi-Strauss ou Georges Dumézil. L'historien Pierre Gaxotte déclara même : « Si on élisait une femme, on finirait par élire un nègre[9] »

Hélène Carrère d'Encausse est secrétaire perpétuel de l'Académie de 1999 à 2023.

Les femmes membres de l’Académie

AnnéeNomQualitéFauteuilPrédécesseurSuccesseur
1980-1987Marguerite YourcenarÉcrivaineno 3Roger CailloisJean-Denis Bredin
1988-2010Jacqueline de RomillyHellénisteno 7André RoussinJules Hoffmann
1990-2023Hélène Carrère d'EncausseHistorienneno 14Jean MistlerFlorian Zeller
2000-2025Florence DelayÉcrivaineno 10Jean Guitton-
2005-2015Assia DjebarÉcrivaineno 5Georges VedelAndreï Makine
2008-2017Simone VeilFemme politiqueno 13Pierre MessmerMaurizio Serra
Depuis 2011Danièle SallenaveÉcrivaineno 30Maurice Druon-
Depuis 2013Dominique BonaÉcrivaineno 33Michel Mohrt-
Depuis 2018 Barbara Cassin Philosophe no 36 Philippe Beaussant-
Depuis 2021 Chantal Thomas Écrivaine no 12 Jean d'Ormesson-
Depuis 2023 Sylviane Agacinski Écrivaine, philosophe no 19 Jean-Loup Dabadie -

Les candidatures malheureuses

AnnéeNomQualitéFauteuil demandéAncien titulaire du fauteuilMotif du refusNouveau titulaire du fauteuil
1893Pauline SavariÉcrivaine et artiste d'opéra et de théâtre--Candidature non retenue-
1971Françoise Parturier[N 2],[10],[11]Écrivaineno 3Jérôme CarcopinoÉchec (1 voix)[N 3],[N 4],[11]Roger Caillois
1975Janine CharratDanseuseno 25Marcel PagnolÉchec (6 voix)Jean Bernard
1975Louise WeissJournaliste et femme de lettresno 25
no 37
Marcel Pagnol
Jean Daniélou
Échec (4 voix)
Échec (1 voix)
Jean Bernard
Ambroise-Marie Carré
1983Edmée de La RochefoucauldFemme de lettresno 16Antoine de Lévis-MirepoixÉchec (10 voix)[12]Léopold Sédar Senghor
2001Frédérique HébrardÉcrivaineno 20José CabanisÉchec (0 voix)[13]Angelo Rinaldi
2002Christina OrcyanacÉcrivaineno 34Jacques de Bourbon BussetÉchec (0 voix)[14]François Cheng
2004Paule ConstantÉcrivaineno 32Maurice RheimsÉchec (8 voix)[15]Alain Robbe-Grillet
2004
2007
Dominique BonaÉcrivaineno 32
no 28
Maurice Rheims
Henri Troyat
Échec (0 voix)[15]
Élection blanche[16]
Alain Robbe-Grillet
Jean-Christophe Rufin
2007Danièle SallenaveÉcrivaineno 39Bertrand Poirot-DelpechÉlection blanche[17]Jean Clair
2009Catherine Hermary-VieilleÉcrivaineno 32Alain Robbe-GrilletÉchec (2 voix)[18]François Weyergans
2011Violaine VanoyekeÉcrivaine et universitaireno 30Maurice DruonÉchec (0 voix)[19]Danièle Sallenave
2012
2013
Isaline RemyÉcrivaine, journalisteno 40Pierre-Jean RémyÉlection blanche[20]
Échec (0 voix)[21]
Xavier Darcos
2012Florence Brillet-no 31Jean DutourdÉlection blanche[22]Michael Edwards
2013Sylvie GermainÉcrivaineno 40Pierre-Jean RémyÉlection blanche[23]Xavier Darcos
2013Linda BastidePoétesseno 40Pierre-Jean RémyÉlection blanche[23]Xavier Darcos
2013Frédérica Calmettes-no 40Pierre-Jean RémyÉchec (0 voix)[21]Xavier Darcos
2013Catherine ClémentPhilosophe, écrivaineno 2Hector BianciottiÉchec (3 voix)[24]Dany Laferrière
2016Isaline RemyÉcrivaine, journalisteno 37René GirardÉlection blanche[25]Michel Zink
2018Marie de HennezelPsychanalysteno 36Philippe BeaussantÉchec (3 voix)[26]Barbara Cassin
2024Isabelle AutissierÉcrivaine, navigatriceno 16Valéry Giscard d'EstaingRetrait de candidature[27]Raphaël Gaillard
2025Caroline Champagne-no 22René de ObaldiaÉchec (1 voix)[28]Alain Aspect

Les femmes et l'habit d'académicien

Habit vert

L'habit vert que les académiciens revêtent, avec le bicorne, la cape et l’épée, lors des séances solennelles sous la Coupole, a été dessiné sous le Consulat, dessin attribué au peintre Jean-Baptiste Isabey. Il est commun à tous les membres de l’Institut de France, mais n'a pas été prévu pour les femmes. Marguerite Yourcenar refuse de l'endosser, mais toutes les autres académiciennes le portent lors de leur cérémonie de réception, à l'exception d'Assia Djebar, reçue en 2006.

Épée ou substitut

Les femmes et les ecclésiastiques sont dispensés du port de l'épée[29].

Hélène Carrère d'Encausse, Florence Delay, Assia Djebar, Simone Veil, Danièle Sallenave, Dominique Bona et Barbara Cassin ont cependant choisi d'en porter une lors de leur réception[29].

Marguerite Yourcenar, élue en , qui n'a pas voulu porter l'habit vert, a reçu du comité de l'épée constitué de proches un aureus de l'empereur Hadrien, transformé en pendentif[30].

Jacqueline de Romilly, élue en , a reçu une broche symbolique après son élection à l'Académie des inscriptions et Belles-Lettres en 1975, et a préféré remplacer l'épée par un sac à main[29].

Hélène Carrère d'Encausse, élue en , la première femme à porter l'épée, a choisi une arme créée pour l'occasion par l'orfèvre géorgien Goudji.

L'épée de Barbara Cassin, élue en , qui est en cuir végétal pour être non létale, est « connectée »[31].

Chantal Thomas, élue en , a préféré porter un éventail japonais du théâtre , à la place de l'épée[32].

Citations

Notes et références

Voir aussi

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