Filière d'Artigat
réseau islamiste en France
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La filière d'Artigat[1], aussi appelée communauté d'Artigat[2] est un réseau djihadiste installé au lieu-dit « Les Lanes » à Artigat, en Ariège. Olivier Corel, surnommé « l'émir blanc », en est la figure centrale. Il influence de nombreux jeunes dans un islam radical, bien qu'il n'ait jamais été prouvé qu'il ait directement incité à des actions terroristes.

Précurseur, ce réseau envoie plusieurs djihadistes en Irak dès 2006. Son membre le plus célèbre, Mohammed Merah, assassine sept personnes dont trois enfants juifs en . Il s'étend dans le Sud-Ouest de la France, notamment à Albi et Toulouse, au point d'être parfois surnommé filière de Toulouse.
En 2014, la filière envoie depuis la région toulousaine une vingtaine de djihadistes vers l'État islamique[3]. Parmi eux figurent notamment Sabri Essid, accusé de participation au génocide des Yézidis, et les frères Clain, qui revendiquent les attentats du 13 novembre 2015 pour le compte de l'État islamique. Au moins huit membres de ce réseau sont tués pendant la guerre, tandis que sept autres sont faits capturés par les Forces démocratiques syriennes et détenus sur place. Huit ont été jugés en France, avec des peines allant jusqu'à trente ans de prison pour Abdelkader Merah.
Historique
Années 80 : les débuts
À la fin des années 1980, Olivier Corel (né Abdulilah al-Dandachi), musulman originaire de Syrie et naturalisé français en 1983, s'installe avec sa femme dans une vieille ferme sur les hauteurs d'Artigat au lieu-dit « Les Lanes ». Surnommé « l'Émir blanc d'Artigat »[4], il fonde en 1987 une communauté islamiste d'obédience salafiste piétiste, attirant ainsi une dizaine de familles, pour la plupart des Français récemment convertis à l'islam, qui construisent leurs maisons dans le hameau[5]. Vivant de manière recluse, la communauté périclite au bout de quelques années.
Constitution d'une filière terroriste

Olivier Corel est à l'origine de l'une des principales filières du djihadisme en France, connue sous le nom de « filière d'Artigat ». Il est ainsi devenu un proche de Mohammed Merah et de sa famille, ainsi que de Fabien Clain dit Omar, qui a revendiqué les attentats du 13 novembre 2015 pour le compte de l'État islamique.
En , une perquisition est menée chez lui. Les policiers y découvrent des images de Ben Laden et d'Al-Zarqaoui, ancien chef d'Al-Qaïda en Irak ainsi que des livres djihadistes. Il est alors mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » par le juge Marc Trévidic, placé sous contrôle judiciaire, puis bénéficie d'un non-lieu[6].
En 2006, huit djihadistes de la filière sont arrêtés par l'armée syrienne alors qu'ils tentent de rejoindre l'Irak pour combattre les forces américaines aux côtés d'Al-Qaïda en Irak. L'un d'eux, Miloud Chachou, réussit à atteindre le front mais meurt en 2007 lors de la guerre d'Irak. Parmi ces hommes figurent Thomas Barnouin, Sabri Essid, Fabien Clain et Imad Djebali, ami d'enfance de Mohammed Merah[7].
Rapatriés en France, ils sont condamnés en à cinq ans de prison[8]. Après avoir purgé leur peine, les membres d’Artigat ne renoncent pas à leurs convictions et, en janvier et , plusieurs d'entre eux, dont Jean-Michel Clain, Imad Djebali, Sabri Essid (dont le père a épousé la mère de Merah), Mohamed Megherbi (marié à l'une des sœurs de Fabien Clain) ou Thomas Barnouin, profitent d’une surveillance laxiste pour rejoindre l'État islamique en Syrie (Daech) avec femmes et enfants[8].
Autres affaires auxquelles est liée la filière

En 2011, Olivier Corel a officié le mariage religieux entre la mère de Merah, auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban[4], et le père de Sabri Essid[9].
La filière est également citée dans l'affaire Sid Ahmed Ghlam,qui relie l'assassinat d'Aurélie Châtelain à une tentative d'attentat contre une église de Villejuif[2].
Le , la filière d'Artigat, et plus particulièrement le domicile d'Olivier Corel, a fait d'une perquisition administrative dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Paris et de Saint-Denis le 13 novembre 2015[10]. Surnommé « l'émir blanc », Olivier Corel a alors été placé en garde à vue[11], puis condamné le à six mois de prison avec sursis pour détention d'arme (un fusil de chasse), lors d'une comparution immédiate au tribunal correctionnel de Foix. Sa peine a été assortie d’une mise à l’épreuve de deux ans, avec obligation de signaler tout changement de situation personnelle, d’informer le juge de l’application des peines de tout déplacement à l’étranger et d’obtenir une autorisation préalable, ainsi que d'une interdiction totale de posséder une arme pendant cinq ans[12].
Élimination

Plusieurs des membres importants de la filière trouvent la mort pendant la guerre. En 2018, Sabri Essid est annoncé mort par l'organisation djihadiste, affirmant qu'il aurait sauté sur une mine. En , les frères Clain sont présumés tués lors de bombardements de la coalition durant la bataille de Baghouz, marquant l'effondrement territorial du califat.
En , les Forces démocratiques syriennes arrêtent six djihadistes français dans la région de Hassaké, alors qu'ils se dirigeaient vers la frontière turque. Selon le journal Libération, ils sont dénoncés par leur passeur[13]. Parmi eux cinq membres appartiennent à la filière d'Artigat : Thomas Barnouin, Thomas Collange, Kévin Gonot, Mohamed Megherbi et son frère Najib. Ils sont placés en détention dans la « prison noire » de Derik, dans le nord-est syrien. Kévin Gonot est toutefois transféré vers l'Irak, où il est condamné à mort en 2019[14],[15],[16],[8], avant que sa peine ne soit commuée en perpétuité en 2023[17]. En 2025, tous les autres djihadistes français sont transférés de la Syrie vers l'Irak en vue d'y être jugés[18].
Rapatriements
En , trois femmes et leurs neuf enfants sont arrêtés en Turquie puis rapatriés en France en septembre. Parmi elles se trouvent l’épouse de Thomas Collange ainsi que la mère et l'épouse de Kevin Gonot, cette dernière étant également la nièce de Fabien Clain[19]. Elle témoigne lors du procès des attentats du 13 novembre 2015, son oncle ayant revendiqué l'attaque au nom de Daech. Elle y partage ses désillusions sur la vie au sein du califat et évoque une brouille avec ses oncles, responsables de l'emprisonnement de certaines de ses connaissances. Elle confie : « chez Daech, je ne pensais plus par moi-même en fait. C'était seulement le groupe. Et puis si je commençais à remettre des choses en doute, c'était dangereux pour ma vie. »[20],[21].
Membres de la filière

De nombreuses personnes connues pour leur salafisme et des personnes connues comme terroriste islamiste sont passées par les cours d'Olivier Corel, il y a notamment :
- Sabri Essid, un demi-frère par alliance de Mohammed Merah[23] son père ayant épousé la mère de Mohammed Merah[8], il est l'une des figures centrales de la filière, particulièrement prosélyte à Toulouse. Rejoignant la Syrie avec femme et enfants, il apparaît le , dans une vidéo ultra-violente du groupe terroriste Daech, au cours de laquelle son beau-fils Rayan, 12 ans, abat un prisonnier[22],[24]. Il est présumé mort en 2018, de même que son beau-fils et son frère Walid[25]. En l'absence de preuve matérielle de sa mort, il est jugé en son absence et condamné à la prison à vie pour sa participation au génocide des Yézidis[26] ;
- Fabien[24],[27] (dit Omar) et Jean-Michel (Abou Othman) Clain, deux frères d'ascendance réunionnaise convertis à l'islam. Olivier Corel les a côtoyé régulièrement depuis la fin des années 1990[22]. Ils sont des figures centrales de la filière, disposant d'une certaine autorité du fait de leurs connaissances religieuses. Ils influencent notamment Mohammed Merah, avec un soutien moral et financier[28]. Rejoignant l'État islamique en Syrie (Daech), leurs voix ont été identifiées sur la bande audio de revendications des attentats du 13 novembre 2015. Ils sont présumés morts dans un bombardement en ;
- Thomas Barnouin (dit Abdelhakim[29] puis Abou Ahmed el Fransi), né vers 1981 et originaire d'Albi[8] converti à l'islam en 2000, Barnouin s'est progressivement radicalisé en fréquentant des mosquées à Albi et Toulouse et le IESH de Château-Chinon[30]. Il est connu de la justice pour trafic de stupéfiants et vol avec arme[31]. Vers 2002, quand il intègre la mouvance salafiste toulousaine en fréquentant une mosquée du quartier de Bellefontaine, il s'y lie avec les frères Clain et Sabri Essid[8], puis part étudier la théologie wahabbite à l’Université islamique de Médine, en Arabie Saoudite, entre 2003 et 2006. Depuis, il parle couramment arabe. De retour en France, il embrigade des jeunes du quartier albigeois de Cantepau[32] et décide de participer au djihad irakien[8]. En , lui et Sabri Essid sont arrêtés les armes à la main par les autorités syriennes. Après deux mois d’incarcération, ils sont expulsés le et interpellés à leur descente d'avion à Orly, puis condamnés en à cinq ans de prison[8]. Non repenti, il profite de la prison pour étendre son réseau djihadiste. Devenu très proche d'Imad Djebali[33], il part rejoindre l'État islamique avec sa famille et Jean-Michel Clain en [30], où il devient un cadre influent du groupe terroriste[23]. Juriste au sein de l'organisation, il est notamment chargé de faire appliquer la loi islamique[13]. Il est capturé mi- par des combattants kurdes en Syrie alors que les troupes de l'EI n'occupent plus qu'une petite fraction de territoire[8] ;
- Kévin Gonot (dit Abou Sofiane), se convertit à l'islam avec ses parents et son demi-frère Thomas Collange[34], il épouse une nièce des frères Clain. Il rejoint la Syrie en et rallie d'abord le Front al-Nosra avant de prêter allégeance à l’État islamique[35]. Il convainc d'autres membres de la filière de le rejoindre, en plus de sa femme et ses parents. Il participe notamment à la bataille de Kobané en 2015. Son père meurt lors de la bataille de Raqqa, en 2017[36]. Condamné à neuf ans de prison en France en son absence, il est transféré vers l'Irak après son arrestation en Syrie, et est condamné à la peine de mort pour son appartenance à une organisation terroriste le [14].
- Thomas Collange (dit Mokhtar), né en 1983 et originaire de Pau, converti à l'islam en 2001, est le demi-frère de Kévin Gonot par sa mère. Il est capturé en même temps que Thomas Barnouin. Interrogé par la justice et les services de renseignement avant 2014, il assume une radicalité violente, louant notamment les attentats du 11 septembre 2001 et les assassinats de policiers irakiens[8],[31]. Sa mère Christine Allain et sa femme fuient la Syrie lors de la déroute du califat et son arrêtées en Turquie en 2019 puis rapatriées en France. Elles sont condamnées à 13 et 10 ans de prison respectivement, pour association de malfaiteurs terroristes[37],[38],[39].
La filière d'Artigat s'étend ensuite dans le Sud-Ouest de la France, notamment sous l'influence d'Abdelkader Merah à Toulouse et Thomas Barnouin à Albi :
- Nicolas né en 1982 (dit Abou Abdel Rahman) et Jean-Daniel Bons né en 1990, proches d'Abdelkader Merah. Nicolas, le frère aîné, connait un passé de trafiquant de drogues et est condamné à porter un bracelet électronique. Il fréquente le quartier des Izards à Toulouse, comme de nombreux protagonistes de la filière. Il se convertit à l'islam en 2009 et influence son petit-frère, qui se convertit à son tour en 2012. Les frères rejoignent Daech en Syrie dès . Le plus jeune est tué en aout 2013 lors de la bataille d'Alep tandis que le second se fait exploser à Homs en [40],[41].
- Léonard Lopez, converti au salafisme et proche de Sabri Essid, il administre un site extrémiste (Ansar Al-Haqq) qui publie des communiqués d'organisations terroristes et fonde une association, qui sous couvert d'aide aux détenus tente de radicaliser en prison[42]. En 2015, il rejoint Daech en Syrie avec sa femme et ses deux enfants. Il est arrêté en par les Forces démocratiques syriennes, puis transféré en Irak et condamné à mort[43],[44].
- Jonathan Geffroy, convertit à un jeune âge, rencontre Abdelkader Merah en Égypte. Il rejoint la Syrie en , peu après le premier attentat revendiqué par Daech en France. Il est arrêté en par les forces turques, qui épaulent les rebelles syriens, lors de la bataille d'al-Bab. Extradé en France, il est jugé pour association de malfaiteurs terroristes, ayant combattu au sein de deux katibas de sinistre réputation. Il se présente comme un repenti et fournit des informations sur Daech. Les juges estiment toutefois qu'il s'agit d'une stratégie opportuniste, d'autant que selon la DCSI, toutes ces informations étaient déjà connues des services. Il est condamné à 18 ans de réclusion criminelle[45],[46].
- Mohamed et Najib Megherbi, le premier est « candidat jihadiste de la première heure » selon le procès de 2009 qu'il l'a condamné à six ans de prison pour avoir tenté de rejoindre le djihad en Irak en 2006 avec d'autres membres de la filière. Ils rejoignent la Syrie début 2014, avant d'être arrêtés par les Kurdes en avec trois autres membres de la filière[47]. Mohamed avait épousé une demi-sœur des frères Clain, Amélie Grondin, qui est depuis réfugiée dans la région d'Idlib[48]. Najib se marie avec une Toulousaine et a deux enfants sur zone, qui sont rapatriés en France[49].
- Quentin Le Brun (Abou Osama Al-Faransi), né en 1988, originaire du Tarn (Labastide-Rouairoux), se convertit à l'islam vers la vingtaine. Il devient un proche des frères Clain, qu'il rencontre dans une mosquée toulousaine. Il rejoint Daech en avec sa femme, une Française d'origine marocaine, et sa fille, et le couple a trois autres enfants en Syrie. En , il brule un passeport français dans une vidéo de propagande de l'organisation avec Romain Garnier, où ce dernier appelle à « tuer les Français par les armes, les voitures, le poison ». Il devient un cadre de la communication de l'organisation. Il est arrêté par les forces kurdes lors de la bataille de Baghouz, en [50].
De nombreux autres individus engagés dans le djihad gravitent autour de cette filière. Chahid Tahiri, qui a combattu, incite Jonathan Geffroy à le rejoindre[51]. On peut aussi citer Imad Djebali, Abdelouahed El-Baghdadi (époux de Souad Merah), Noureddine Othmani et Gaël Maurize, qui rejoignent la Syrie en et sont accusés d'avoir combattus pour Daech. S'affirmant déçus par l'organisation, ils rentrent en France en aout 2014. Ils expliquent avoir été arrêtés par l'organisation lors leur retour puis menacés d’exécution sous l'accusation d'espionnage, mais parviennent à s'enfuir. En 2017, ils sont respectivement condamnés à 15, 9, 9 et 8 ans de prison[52],[53],[54].