Francis Bebey
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Francis Bebey, né (sous réserve) le dans le quartier d'Akwa à Douala (Cameroun) et mort le à Paris (France)[1], est un chanteur, musicien, ethnomusicologue et écrivain, membre de l'UNESCO camerounais. Il est le père, entre autres, de Kidi Bebey, journaliste et auteure. Ses parents lui donnent le nom « Bebey » qui signifie en langue duala « les marées » ; chez les Duala les marées symbolisent ce qui ne passe pas, ce qui est éternel[2].
Francis Bebey naît officiellement le d'une famille pauvre « de dix à treize enfants » (il précise qu'à l'époque il ne savait réellement compter que jusqu'à dix) du quartier d'Akwa à Douala. Dernier de la fratrie, sa mère décède à sa naissance. Il a connu la faim « j'avais très faim » (son père a fait vœu de pauvreté), se décrivant comme « maigre et avec un gros ventre ». Sa date de naissance a sans doute été modifiée par un de ses frères, ses frères aînés souhaitant qu'il aille à l'école avant l'âge légal (de dix-douze ans pour les enfants noirs) ; il pense être né plutôt en 1934[3].
Il est initié à la musique par son père, pasteur protestant, et joue de l'harmonium et de l'accordéon. Il grandit donc au son de la musique classique occidentale (Bach, Haendel) tout en gardant une oreille attentive pour les musiques traditionnelles africaines. Il écoute ainsi, en cachette de son père, Eya Mouessé, un voisin qui passe ses nuits à jouer de l'arc en bouche et de la Sanza. Francis commence réellement la musique en jouant du banjo, dont le tout premier lui fut offert par son frère aîné Marcel Bebey Eyidi, qui fut en réalité celui qui l'éleva. Il s'initie par la suite en autodidacte à la guitare en 1947, instrument mythique pour lui, car il y avait chez son père une guitare « presque talisman » dont personne ne jouait[4],[3].
Il suivra le parcours de son frère Marcel qui a obtenu une bourse d'études en France. Il obtient lui aussi une bourse et débute dans un lycée de La Rochelle, puis poursuit à Paris des études de sciences puis d'anglais. Il apprend à faire de la radio à la SORAFOM OCORA, passe quelques mois aux USA où il découvre New York, le jazz et le racisme ségrégationniste[3].
Il fut tout d'abord journaliste et producteur à Radiodiffusion Outre-Mer[5] en Afrique et en France à Radio France internationale (RFI), puis rattaché à l'UNESCO comme directeur du Programme de la Musique pour l'ensemble des États membres de l'organisation. Il écrit de nombreux ouvrages, dont le roman Le Fils d'Agatha Moudio qui lui vaut le Grand prix littéraire d'Afrique noire en 1968[6].
En 1972, sort son premier album, Idiba. En 1974, il décide de se consacrer uniquement à la musique. Il se fait d'abord connaître avec des chansons humoristiques telles que Agatha, La Condition masculine, Divorce pygmée, Cousin Assini, et Si les Gaulois avaient su, avant de composer des pièces plus « sérieuses » et poétiques. Bebey a été le premier musicien africain à ancrer sa musique avec des synthétiseurs, des claviers électriques et des boîtes à rythmes programmables, en les intégrant avec des instruments africains traditionnels (xylophone, arc à bouche, harpe traditionnelle, tambour, sanza, flûte pygmée, guitare, et percussions)[7]. En 1977 il obtient le Prix de la chanson française décerné par la Sacem[8].
Il se produit dans plus de 75 pays du monde, et dans des salles prestigieuses telles que la Maison de Radio-France à Paris, le Carnegie Hall à New York, la Radio Deutschland à Berlin, le Musée Munch à Oslo ou le Masonic Auditorium à San Francisco.
Il composera également la musique du long métrage Yaaba du réalisateur burkinabé Idrissa Ouedraogo, qui est primé au Festival de Cannes en 1989[9]. Une critique du film de le Los Angeles Times a qualifié la musique de Yaaba comme « délicatement troublante » [10] tandis qu'une autre critique a observé « qu'une musique douce accompagne les intermèdes lorsque les plans larges captent la campagne. Un rythme plus rapide transmet le drame, comme dans le prélude à la bataille des garçons et pendant l'enterrement de Sana »[11]. Il compose également le générique du film Sango Malo (1991) de Bassek Ba Kobhio.
Le , il meurt à Paris d'une attaque cardiaque. Sa mémoire est entretenue par des personnes comme Ismaïla Touré (Touré Kunda), Erick Orsenna ou encore Claude Nougaro. En 2014, le festival Africolor lui rend hommage avec une création originale, La boîte magique de Francis Bebey, autour de son fils Patrick et de nombreux invités[12],[13]. Dans le roman Mon royaume pour une guitare paru en 2016 aux éditions Michel Lafon, sa fille Kidi évoque sa vie[3].
Citations
« L'Afrique d'aujourd'hui est au carrefour de plusieurs cultures. Nous, Africains d'aujourd'hui, nous le portons en nous. Nous sommes le dialogue Nord/Sud avant la lettre ! Qu'est-ce que tu veux ? Descartes, je connais. Mais Birago Diop aussi, et au-delà de Birago Diop, il y a de vieux proverbes que j'ai la chance de connaître très bien. Si je ne dis l'un sans dire l'autre, je n'ai donné qu'une partie de moi. »[4]
« Je voulais à tout prix que les Noirs d'Afrique prennent conscience de leur musique et que les non-Africains sachent aussi que nous existons à partir de là. Si on ne connaît pas cette musique africaine, sa philosophie, son passé, son présent et son avenir sont compris dans ce qu'il exprime musicalement, musique d'écoute ou de danse. »[4]