Francisco Manella Corrales
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Commandant en chef Regiment of «Cazadores of Alcantara», 14 of Cavalry (d) |
|---|
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalité | |
| Activité |
Militaire |
| Grade militaire |
Coronel (d) |
|---|---|
| Conflits |
Francisco José Manella Corrales (Cadix, 1870 – Anoual, Maroc, 1921) est un militaire espagnol, officier supérieur dans l’arme de cavalerie.
Après sa formation militaire, Manella Corrales occupa quelques postes en métropole, avant d’être incorporé en 1895 dans des unités combattantes à Cuba, d’abord dans le cadre de la guerre d’indépendance, puis de la guerre hispano-américaine, où sa conduite lui valut plusieurs distinctions et décorations. De retour en métropole fin 1898, il exerça diverses fonctions dans la haute administration militaire et comme instructeur de tir. Au printemps 1921, il fut nommé tour à tour commandant en chef du régiment de cavalerie Alcántara, en mission dans la Maroc espagnol, et commandant de la circonscription militaire d’Anoual, dont le camp fortifié était le centre névralgique d’un ample dispositif de défense mis en place après une récente et hardie campagne de conquête dans le Rif. C’est à ce titre qu’il fut témoin et acteur de la mémorable débâcle espagnole de juin-, où il périt sous le feu des résistants rifains lors de l’évacuation précipitée du camp d’Anoual le .
Formation et débuts dans la carrière militaire

Né en 1870 à Cadix, Francisco José Manella Corrales était le fils de Juan Manella Jiménez, lieutenant-colonel à la retraite, et de Dorotea Corrales de la Concha. Son parcours militaire commença en , lorsqu’il fut inscrit à l’Académie d’infanterie de Tolède, dont il suivit les cours jusqu’à fin . Il assista ensuite au cours préparatoire d’entrée à l’Académie de cavalerie de Valladolid, où il fut admis sitôt passées les épreuves finales. Le , ayant achevé « avec profit » sa première année d’études à Valladolid, il se vit conférer le grade d’élève-enseigne de cavalerie[1]. Il obtint son diplôme le , puis fut versé, avec le rang de sous-lieutenant, dans l’arme de cavalerie, en l’espèce dans le Régiment de lanciers de la Reine, cantonné à Madrid, et fut promu lieutenant par effet d’ancienneté en [1],[2].
Affectation à Cuba
Le , Manella Corrales fut affecté aux Hussards de la Princesse, également de garnison à Madrid, et reçut l’ordre de s’incorporer d’urgence dans l’escadron expéditionnaire destiné à s’embarquer pour Cuba, conjointement avec 26 régiments, afin de renforcer l’armée espagnole dans l’île, face aux milices indépendantistes[3]. Le , ces effectifs quittaient Madrid pour Cadix, où ils s’embarquèrent le sur le vapeur Cataluña, pour mettre pied à terre, le 31 du même mois, au port de La Havane. Le même jour, la troupe fit route vers le proche village de San Felipe, où elle fut dotée d’armement et de montures[3].
À Cuba, Manella Corrales prit part ensuite à diverses opérations militaires. Son escadron sortait sur le terrain quasi journellement, soit pour des missions de reconnaissance, soit pour escorter des convois, soit pour prendre sous son feu les groupes d’insurgés qui s’approchaient de Sancti Spíritus[4]. Pour les opérations de campagne d’, il lui fut attribué la croix rouge de 1re classe du Mérite militaire[5]. En particulier aussi, il participa à l’opération d’Ingenio Esperanza (du nom d’une grosse sucrerie industrielle) de 1896, ce pourquoi il se vit décerner la croix de l’ordre de Marie-Christine, et élevé quelques mois plus tard au grade de capitaine pour mérites de guerre. En , il monta au rang de commandant de cavalerie, en à celui de lieutenant-colonel, puis deux ans plus tard, à celui de colonel[2].
À partir du et jusqu’au , Manella Corrales exerça comme officier d’intendance auprès du capitaine général de Cuba. Le , la guerre contre les États-Unis terminée, il s’embarqua à La Havane, au titre de membre de l’état-major du capitaine général de Cuba, à bord du vapeur Villaverde à destination de la métropole espagnole, où il arriva le et où il passa au cadre de réserve de la 1re région militaire (correspondant alors grosso modo à la Castille-La Manche et l’Estrémadure)[5].
Vie de garnison en métropole
Au rebours de sa feuille de service, qui indique que sa santé était « bonne », il est probable que Manella Corrales avait contracté quelque maladie à Cuba. En , il fut désigné membre de la Junta Consultiva de Guerra (Comité consultatif de la Guerre), remplissant cette fonction jusqu’à fin 1904, date à laquelle il fut attaché à l’Inspection générale des Comisiones Liquidadoras del Ejército (commissions chargées, au lendemain de la guerre de Cuba, de gérer la démobilisation, de déterminer les prestations des militaires, de régler les sommes dues au titre de soldes, etc.), où il travailla jusqu’en , avant de rejoindre à nouveau le cadre de réserve de la 1re région militaire[6].
À la mi-, son régiment fut transféré à Madrid — où Manella Corrales resta en garnison jusqu’en —, avant de retourner à Alcalá de Henares, puis, en 1916, se retrouver de nouveau à Madrid. En lui fut octroyée la croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Herménégilde[6].
Lors de la grève générale du 13 au , Manella Corrales contribua avec son régiment à maintenir l’ordre public à Madrid. En , il monta au grade de lieutenant-colonel. En juin, il repassa au cadre de réserve de la 1re région militaire, mais fut affecté quelques jours plus tard au régiment de lanciers Príncipe, dans lequel il dut s’incorporer le et qui en septembre fut déplacé à Alcalá de Henares. Du au , il jouit d’une permission afin de pouvoir régler ses affaires personnelles en relation avec la guerre de Cuba. À la fin de la même année, il lui fut conféré une Mention honorifique en récompense du zèle et de la compétence dont il avait fait preuve dans ses missions d’instruction de tir pour son régiment durant l’année 1917[6]. En , il reçut un poste au ministère de la Guerre, et fut promu colonel en mai de la même année[6],[2].
Fonctions de commandement au Maroc et débâcle d’Anoual
Commandant en chef du régiment Alcántara et de la circonscription d’Anoual

Le , Manella Corrales fut nommé à la tête du régiment de chasseurs de cavalerie Alcántara no 14, de garnison à Melilla, dans le Maroc espagnol, et après avoir fait acte de présence à Melilla le 21 du même mois prit possession du commandement à Zeghanghane le 24, en présence du commandant général Silvestre[7],[2],[8]. Il avait ainsi sous ses ordres les effectifs de six escadrons de 150 cavaliers chacun, soit au total 1 078 hommes.
Le , Manella Corrales fut désigné chef de la circonscription militaire d’Anoual et remplacé à la tête du régiment Alcántara par le lieutenant-colonel Fernando Primo de Rivera, frère du futur dictateur Miguel Primo de Rivera[2]. Il quitta ses fonctions à la tête de la circonscription d’Anoual le [9], mais les réassuma le [10]. C’est en cette qualité qu’il lui fut donné d’assister en juin et à la dislocation, sous les coups des milices rifaines d’Abdelkrim, du vaste dispositif militaire, fait de postes avancés et de camps fortifiés, mis en place dans le Rif par le général Silvestre au cours de l’année passée.
Un épisode emblématique de la dénommée bataille d’Anoual est l’encerclement et le siège par les Rifains de la position espagnole d’Ighriben (Igueriben pour les Espagnols), à quelques kilomètres au sud-ouest du camp central d’Anoual. Manella Corrales ordonna le aux Regulares, corps de supplétifs, d’entreprendre une tentative d’approvisionner la position d’Ighriben[11],[12], mais, devant l’intense feu de barrage rifain, dut donner ordre à cette colonne de secours de rebrousser chemin[12]. Une ultime tentative de désencerclement et d’évacuation de la position fut entreprise le , sous les espèces de trois colonnes marchant de concert et commandées par Manella, pendant que Navarro dirigeait l’opération depuis Anoual, mais cette action s’acheva en débandade[13].
Évacuation du camp d’Anoual et mort
Avant l’évacuation du camp principal d’Anoual le , l’opportunité d’une telle décision avait préalablement été débattue lors de plusieurs séances de discussion dans la tente du général Silvestre, auxquelles assistaient notamment — outre Manella Corrales — les officiers supérieurs suivants: le colonel Morales (de la Police indigène), les lieutenants-colonels Marina (de Ceriñola) et Pérez Ortiz (du régiment San Fernando), le commandant Villar (Police indigène), les aides de camp de Silvestre, etc.[14] Morales et Manella étaient opposés à la retraite, affirmant que l’honneur dictait de périr en luttant, à l’instar des défenseurs d’Ighriben, et estimant plus prudent de rester dans le camp d’Anoual et d’y attendre des renforts, vu qu’il était trop tard pour évacuer dans l’ordre le camp encerclé et que l’on ne pourrait pas atteindre Ben Taïeb, position la plus proche d’Anoual, cependant la majorité des présents opinait en faveur du repli. Face à cette divergence d’opinion, Silvestre trancha et annonça sur un ton cassant sa décision péremptoire d’évacuation du camp vers Driouche[15],[16].
Le , lendemain de cet ultime débat, Manella Corrales, son confrère Morales et le médecin militaire D’Harcourt, les derniers à quitter le camp d’Anoual, se joignirent à l’arrière-garde de la colonne de repli[17]. D’Harcourt déclara plus tard qu’il avait rencontré Manella seul, monté sur un cheval, à environ un kilomètre d’Anoual. À même hauteur marchait une compagnie d’infanterie Ceriñola, chargée de garantir le flanc, mais remplissant sa mission de manière si défectueuse et dans un tel esprit de démoralisation, que Manella jugea utile d’inciter Morales, que la commandait, ainsi que le témoin, à faire effort pour ranimer et réorganiser ladite compagnie[18].
Plus loin, aux alentours de la position intermédiaire « C », Manella, toujours à cheval, et entouré de quelques compagnons, s’employait à regrouper les forces espagnoles afin de faire front aux Rifains qui les assaillaient. À l’entrée du col d’Issoumar, Manella tenta une défense extrême, s’efforçant de regrouper les éléments épars de la troupe, dont peu cependant purent répondre à son appel et dont la plupart avaient de toute façon égaré leurs armements, et leur ordonnant de faire halte, de se jeter à terre et de riposter au feu rifain[19],[20],[18]. Manella périt au combat lorsqu’il tenta de rallier — à pied, car son cheval avait été abattu — la colonne de repli en coupant court par un ravin[17].
Sa veuve reçut une lettre d’un sergent lui annonçant que le cadavre de son mari avait été identifié et enterré dans une fosse commune près d’Anoual. Toutefois, le cadavre ne put pas être retrouvé après la reconquête espagnole[2]. Le , passé le délai d’un an s’appliquant aux disparus sur le champ de bataille, un ordre royal disposait que Manella Corrales soit rayé des effectifs de l’armée espagnole[7], ce qui permit à sa veuve de toucher une pension annuelle de 12 000 pesetas, avec effet rétroactif à partir d’[2].
Décorations et hommages
Outre ses ascensions pour mérites de guerre, Manella Corrales fut décoré, entre autres, de trois croix « rouges » du Mérite militaire, d’une croix de Marie-Christine et d’une Mention honorifique[7].
Dans ses dépositions sur les événements d’Anoual, le lieutenant-colonel Eduardo Pérez Ortiz, chef incidentel du régiment d’infanterie San Fernando au moment des faits et futur mémorialiste et maire de Ceuta, qualifia le colonel Manella de « brillant commandant en chef »[7].