Franz Rudorfer s'engage dans l'armée austro-hongroise dès la fin de ses études secondaires et combat dans l'infanterie jusqu'en , lorsqu'il est transféré dans l'aviation des troupes impériales et royales austro-hongroises. Après avoir passé un an comme officier-observateur au sein de la Flik 19(it), Rudorfer apprend à piloter grâce à l'aide de ses camarades d'escadrille. Il est transféré dans une escadrille de chasse en et obtient son insigne de pilote sans jamais avoir suivi de formation officielle. Malgré cela, il est crédité en tout de 11 victoires homologuées pendant la guerre, même si l'examen des archives italiennes par Paolo Varriale indique que certaines de ses revendications sont erronées. Après l'armistice de Villa Giusti, Rudorfer s'engage dans l'armée ukrainienne de Galicie et combat pendant environ 6 mois dans la guerre polono-ukrainienne. Il meurt ensuite dans des circonstances inconnues à l'âge de 22 ans, le .
Franz Rudorfer posant devant un Hansa-Brandenburg C.I de la Flik 19 à Haidenschaft à l'automne 1917. La photographie est signée de sa main: «F. Rudorfer Lt [Leutnant]»
Franz Rudorfer devient dès son arrivée un élément apprécié de son escadrille en raison de la qualité de ses rapports d'observation[2]. Il prend également part à des missions d'attaques au sol à l'aide de mitrailleuses et de bombes[2]. Au cours de la 11e bataille de l'Isonzo (du au ), il se distingue particulièrement en effectuant des missions de reconnaissance au cours desquels il communique par radio avec les troupes austro-hongroises au sol[2]. Cette communication s'avère surtout utile pour calibrer les tirs des unités d'artillerie du 24ecorps d'armée[2].
Franz Rudorfer remporte sa première victoire aérienne le en collaboration avec son pilote, le Zugführer(en) Josef Schantl[2]. Les deux hommes attaquent un ballon d'observation italien au nord-est Carbonera[5] et réussissent à l'abattre malgré un violent barrage anti-aérien depuis le sol[2]. Après la débâcle italienne de la bataille de Caporetto, la Flik 19 quitte son aérodrome de Haidenschaft pour gagner celui de Ghirano(it) près de Prata di Pordenone (soit 120 km vers l'ouest)[2]. La ligne de front se trouve maintenant dans le secteur du Piave à un peu moins de 50 km au nord/nord-est de Venise.
Pendant tout ce temps, cependant, Franz Rudorfer ne se satisfait pas pleinement de son rôle d'observateur: il veut piloter lui-même[6]. Pour cela, il s'entraîne officieusement avec l'aide des autres membres de son escadrille[7]. La durée de cet apprentissage est inconnue, mais en , Rudorfer est transféré à la Fliegerkompanie 51J et obtient l'insigne de pilote sans jamais avoir suivi de formation officielle[7]. La Flik 51J est une unité de chasse stationnée sur le même aérodrome que la Flik 19 que Rudorfer vient de quitter[7]. Commandée par l'as Benno Fiala von Fernbrugg, elle jouit comme la précédente d'un statut d'élite et est équipée en conséquence d'Albatros D.III[7] produits sous licence par Oesterreichische Flugzeugfabrik AG et modifiés pour compenser les défauts des modèles allemands originaux, sortis en [8]. Rudorfer retrouve dans sa nouvelle escadrille certaines de ses anciennes connaissances de la Flik 19: Stefan Fejes et Ludwig Hautzmayer notamment[7].
Flik 51J
Franz Rudorfer pendant l'été 1918, devant son appareil fétiche, l'Albatros D.III no153}.141 décoré d'une variante de l'étoile à six branches utilisée par Flik 51J[9].
Le , Franz Rudorfer est crédité de sa deuxième victoire aérienne, contre un avion de reconnaissance italien au-dessus du Monte Grappa[7],[10]. Pour cette première victoire accordée dans sa nouvelle escadrille, Rudorfer pilote l'avion qui va devenir sa monture personnelle: l'Albatros D.III no153.141[note 1]. En réalité, l'examen des sources italiennes par l'historien Paolo Varriale indique que l'avion pris pour cible par Rudorfer (et Eugen Bönsch), un SIA 7B de la 27ª Squadriglia(it), réussit à rentrer à sa base malgré une vingtaine d'impacts de balles, dont l'une a fini sa course dans la ceinture de sécurité d'un aviateur italien, sans le blesser[11]. L'avion est ensuite envoyé à la casse, cependant[11].
Le , toujours aux commandes du même avion, Rudorfer et trois autres pilotes attaquent un groupe de sept Sopwith Camel près de Bocca Callalta(sh)[7]. Au cours du combat qui s'ensuit, Rudorfer réussit à abattre un avion ennemi au-dessus de Cimadolmo[7],[10]. Plus tard dans la journée mais dans le même avion, il attaque un ballon d'observation italien près de San Biagio di Callalta[12]. Malgré des tirs anti-aériens qui criblent son avion de balles, il réussit à faire exploser le ballon après une dernière passe à 600 pieds d'altitude[7],[10].
Le , Franz Rudorfer remporte sa 5e victoire aérienne (ce qui fait de lui un as) en abattant un SPAD italien près de Roncadelle, toujours aux commandes de son Albatros fétiche[7],[10]. Plus tard dans la journée, il revendique avoir abattu un Camel dans la zone d'opération de la 33e division d'infanterie austro-hongroise, mais cette revendication n'est pas comptabilisée dans son tableau de chasse, faute de confirmation par un observateur terrestre[7]. Un cas similaire se reproduira le [7]. Trois autres victoires lui seront cependant créditées les , et [10]. Comme pour sa 2e victoire officielle, celle du est mise en doute par Paolo Varriale, qui ne relève aucune perte italienne susceptible de correspondre à la revendication de Rudorfer[13].
Cinq pilotes de la Flik 51J le de gauche à droite: Stefan Fejes, Michael Dorcic, Benno Fiala von Fernbrugg, Franz Rudorfer et Eugen Bönsch. La disposition de la photo met en évidence la stricte séparation au sein de l'armée austro-hongroise entre les officiers (bras dessus, bras dessous au centre) et les sous-officiers, relégués sur les côtés[14].
Franz Rudorfer achève sa carrière de pilote lors de la bataille de Vittorio Veneto. Au cours de celle-ci, l'aviation austro-hongroise est clairement dépassée en hommes et en matériel[7],[5]. Cependant, Rudorfer réussit à abattre un nouveau ballon d'observation italien près de Breda di Piave le puis à abattre deux Camel au-dessus de l'île de Papadopoli (dans le cours du Piave) trois jours plus tard[7],[10].
Les causes et les circonstances de la mort de Franz Rudorfer sont entourées de mystères. Lorsque Martin O'Connor rédige son étude des as austro-hongrois dans les années 1980, il se borne à dire qu'il est mort de causes inconnues le , à 22 ans[7]. Le 9e volume de l'Österreichisches Biographisches Lexikon 1815–1950, publié dans la même décennie, évoque cependant une mort accidentelle à Milan (à la même date)[3].
Le Nieuport 23 de Franz Rudorfer, qu'il pose près de Košice le [15].
↑Cet avion est décoré d'une variante de l'étoile à six branches utilisée par Flik 51J. L'emblème est entouré de noir et de blanc et est divisé en deux couleurs, probablement rouge et jaune, par une diagonale partant du côté supérieur droit pour aller vers le côté inférieur gauche. Après avoir survécu à la guerre, le D.III 153.140 est stocké dans un dépôt sur l'aérodrome d'Aspern jusqu'en [9].
123(de) Österreichisches Biographisches Lexikon und biographische Dokumentation, «Rudorfer, Franz», sur Austrian Centre for Digital Humanities and Cultural Heritage
Österreichisches Biographisches Lexikon, (consulté le )
(de) Thomas Albrich et Nikolaus Hagen, Österreich-Ungarns Fliegerasse im Ersten Weltkrieg 1914–1918, Innsbruck, Universitätsverlag Wagner, (ISBN978-3-7030-0997-6).
(en) Christopher Chant, Austro-Hungarian Aces of World War 1, Osprey, (ISBN978-1-84176-376-7).
(en) Norman Franks, Russel Guest et Gregory Alegi, Above the War Fronts: The British Two-seater Bomber Pilot and Observer Aces, the British Two-seater Fighter Observer Aces, and the Belgian, Italian, Austro-Hungarian and Russian Fighter Aces, 1914–1918, Grub Street, (ISBN978-1-898697-56-5).
(en) Martin O'Connor, Air Aces of the Austro-Hungarian Empire, 1914-1918, Paladin Press, (ISBN978-1-891268-06-9).