François Massoulard
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| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
François Le Cadet Massoulard-Maffrand |
| Surnom |
Malfranc, Masfrand |
| Nationalité |
France |
| Activité |
Missionnaire |
| Famille |
Léonard Massoulard (frère aîné) |
| Conjoint |
Catherine Gertrude Casier (m. ~1792, †1801) |
| Enfants |
Pierre Ignace (1793-1870) Prairial (1795-) Pierre Ignace Le Jeune (1800-1881) |
François Le Cadet Massoulard-Mafran ou de Maffrand ou Masfrand, également appelé Malfranc (né le à Bellac et mort le à Montrol-Sénard), est un prêtre catholique français, vice-préfet apostolique de Saint-Louis du Sénégal de 1781 à 1782, puis prêtre constitutionnel, membre du club des Cordeliers pendant la Révolution française.
Connu pour son tempérament radical et son « zèle indiscret »[1], il s'oppose successivement aux autorités coloniales au Sénégal, à l'administration du séminaire de Cambrai, puis à la Garde nationale parisienne. Figure du radicalisme révolutionnaire dans le faubourg Saint-Marcel, il joue un rôle déterminant dans la préparation de la pétition du Champ-de-Mars en [2].
Origines et formation
François Massoulard-Mafran naît le à Bellac (diocèse de Limoges), cadet d'une famille de petite noblesse ou bourgeoisie terrienne limousine. Son frère aîné, Léonard Massoulard (1742-1805), porte le titre de « sieur de Maffrand en Blanzac », du nom d'une propriété familiale.
Conformément à la tradition des familles nobles et bourgeoises de l'époque, le cadet se destine à la carrière ecclésiastique. Il n'effectue pas sa formation au séminaire du Saint-Esprit de Paris, mais se présente néanmoins à cet établissement en pour proposer sa candidature à une mission apostolique coloniale[1].
Mission au Sénégal et aux Antilles (1781-1783)
Le comptoir de Saint-Louis est repris aux Anglais le par le duc de Lauzun, lors d'une action militaire sans victime menée depuis l'escadre du marquis de Vaudreuil en route pour l'Amérique[3]. La population saint-louisienne, restée fidèle à la France et au catholicisme, réclame des prêtres. Le séminaire du Saint-Esprit, qui fait office d'intermédiaire entre la Congrégation de la Propagande et le gouvernement royal pour les missions coloniales, est chargé de pourvoir au rétablissement religieux de la colonie. L'abbé Déglicourt, missionnaire en route pour la Guyane française, est débarqué par le duc de Lauzun et devient le premier préfet apostolique de Saint-Louis en 1779. En , Massoulard se présente spontanément au séminaire du Saint-Esprit pour offrir ses services. Cependant, ses pouvoirs ecclésiastiques tardent à lui parvenir. Le convoi pour le Sénégal appareille le sans qu'il puisse embarquer. Il retourne alors temporairement dans sa région natale, le Limousin. Il part finalement « quelque temps après » (fin 1780 ou début 1781) avec le titre de « préfet apostolique pour M. Déglicourt », ce qui fait de lui, dans les faits, le vice-préfet apostolique de Saint-Louis[1].
À Saint-Louis, Massoulard « remplit les fonctions de préfet » et devient « le seul chargé du service de la mission » après le départ de Déglicourt[1]. Il est logé dans une maison du roi où il célèbre le culte catholique[3]. Son tempérament radical le conduit à des « différends nombreux et violents » avec le major de la place, notamment lors d'« obsèques de militaires » en [3]. L'arrivée du nouveau gouverneur Dumontet en juin ou n'arrange pas la situation. Massoulard demande finalement à rentrer en France. Avant son départ, le maire de Saint-Louis, Charles Cormier, et plusieurs notables (Pellerin, Thevenot, Laviolette, Dubois, Flamand, Jouga, Aussenac, Étienne de la Brue) lui remettent un certificat attestant qu'il s'est comporté « en bon citoyen » et a « administré avec exactitude les secours de son ministère »[3]. Ce soutien de la population locale contraste avec ses conflits avec l'administration militaire. Il embarque le et est emprisonné jusqu'à son départ pour avoir été en conflit avec le commandant Bertrand[4]>.
Après son retour à Paris, Massoulard se plaint auprès de l'archevêque de Paris, Antoine-Éléonor-Léon Leclerc de Juigné, d'avoir « servi plusieurs années de sa jeunesse » sans compensation appropriée[1]. Le , il obtient du maréchal de Castries, ministre de la Marine, l'autorisation de partir aux Antilles comme aumônier. Il s'embarque sur la corvette du roi Lively, séjourne deux mois aux Antilles, et rentre en métropole en [5].
Un rapport ministériel du reconnaît que Massoulard « a rempli les fonctions de préfet » et « a été le seul chargé du service de la mission », lui donnant droit aux appointements de préfet (2 000 livres annuelles). Le rapport note que « ses torts paraissent être l'effet d'un zèle indiscret » mais précise qu'il « ne manqua à aucun de ses devoirs sacerdotaux »[1]. Le rapport ajoute que ce zèle indiscret « ne permet pas qu'on songe à l'employer de nouveau », mais le ministre lui accorde néanmoins une gratification exceptionnelle de 1 000 livres, annoncée le [1].
Séminaire de Cambrai (1783-1792)
De retour en France en , Massoulard est nommé vicaire -directeur du séminaire de Cambrai[5]. L'établissement, qui avait fermé fin 1790, rouvre le , mais ferme définitivement le faute d'élèves[5].
Pendant cette période, Massoulard préside un temps la société populaire de Cambrai, manifestant déjà son engagement révolutionnaire[5]. Le , lors de la liquidation des biens ecclésiastiques du séminaire, il est désigné comme « vice-supérieur » (ou « supérieur nommé ») et prend en charge sous sa responsabilité plusieurs tableaux, dont un portrait de saint Vincent de Paul, en présence des commissaires du département du Nord, C. Caulet et P. J. Houillon[6].
Le , il prête le serment constitutionnel dans la paroisse Saint-Médard à Paris, à laquelle la section de l'Observatoire est rattachée[7], et R. Limouzin-Lamothe[5]. Cette double localisation (Cambrai et Paris) suggère qu'il effectue des allers-retours entre les deux villes pendant cette période de transition.
Engagement révolutionnaire à Paris (1791-1795)
Installation à Paris et radicalisme
Entre avril et , Massoulard quitte définitivement Cambrai et s'installe à Paris dans la section de l'Observatoire, au fond de la rue des Postes[2]. Il est propriétaire de la maison où il habite depuis environ neuf mois avant , ce qui situe son installation parisienne vers septembre-[2].
Dès son arrivée, il se distingue par son radicalisme. Plusieurs témoins le décrivent comme un agitateur tenace : il « ne cessait de parler des affaires publiques d'une manière inquiétante » et « paraissait tenir à un parti »[8]. Il rassemble régulièrement ses voisins dans la cour de sa maison pour les haranguer sur les problèmes politiques du moment. Le propriétaire Charles-François Amable, dit Lamouche, entrepreneur en bâtiments, confirme que l'abbé « s'était emparé de l'esprit des autres locataires » et les avait « exaltés au point qu'ils ne pouvaient recevoir les conseils de modération »[8].
Club des Cordeliers et pétition du Champ-de-Mars
Massoulard adhère au club des Cordeliers dès [2]. Le , il porte l'assemblée primaire de sa section à « déclarer nulle la nomination des électeurs »[8].
Le lendemain, (jour de la fuite de Varennes), il fait des « motions les plus incendiaires » dans une assemblée générale tenue au Val-de-Grâce, composée majoritairement de « citoyens non actifs et d'ouvriers des ateliers publics »[8]. Il demande que l'assemblée réclame des armes à la ville et que tous les ouvriers s'y rendent en corps[8].
Massoulard joue un « rôle déterminant dans la préparation de la journée du Champ-de-Mars »[2]. Il est le rédacteur de la pétition portée à l'Assemblée nationale le [9]. Avec Virchaux et Chrysostome (Chaumette), il fait partie des trois commissaires chargés de porter la pétition, suivis par une foule imposante. Le Champ de Mars est alors cerné par les troupes de La Fayette.
Après la fusillade du Champ-de-Mars, Massoulard rentre chez lui « tout effaré », disant : « Je suis perdu, je suis dénoncé, je vais être arrêté, je vais m'en aller à la campagne ». Il repart le [8]. Il a effectivement été dénoncé le par Jacques-Élie Favre, commissaire et ancien président de la section de l'Observatoire, comme « mouchard et espion » tenant au pouvoir exécutif[8]. Cependant, Massoulard ne fut pas arrêté : l'un de ses dénonciateurs, Lamouche, l'avait représenté « plutôt comme un aliéné que comme un coupable »[8], le jugeant plus fou que dangereux.
Dans sa poche fut trouvé un porte-feuille de maroquin rouge contenant plusieurs lettres qui lui avaient été adressées (, 25 et ) et deux exemplaires d'un imprimé intitulé Aux citoyens patriotes des sections de Paris et de toutes les sociétés des amis de la constitution française, signé notamment par Bonneville et plusieurs clubs patriotiques[8].
Activité au sein des Cordeliers
Massoulard reste très actif au sein du club des Cordeliers. Le , il signe, au nom du Comité des Cordeliers, l'« adresse aux Parisiens », aux côtés de Tallengrain, Sachy, Dousban, Aubry, Dunouy, Reimes et Salvar[10].
Le , il assure la présidence du club[2]. Cette période correspond à la fin du gouvernement révolutionnaire, peu avant la chute de Robespierre (9 thermidor an II, ).
Réponse à La Harpe
En fructidor an III ( - ), pendant la réaction thermidorienne, Massoulard publie une brochure de huit pages intitulée Réponse à La Harpe, ex-académicien, par François Massoulard, républicain. Il y signe « François Massoulard, de Bellac », revendiquant son origine limousine[11].
Ce pamphlet constitue une réponse au texte de Jean-François de La Harpe, Le salut public ou la vérité dite à la Convention par un homme libre. La Harpe, ancien soutien de la Révolution devenu contre-révolutionnaire virulent, y attaquait les républicains. Massoulard, se présentant comme « républicain », défend les acquis révolutionnaires dans le contexte du retour en force des modérés et des royalistes après la chute de Robespierre.
En 1794, alors qu'il était marié et père de famille, Massoulard sollicite du ministre de la Marine des secours financiers en raison de ses « anciens services Outre-Mer »[5].
Vie familiale et fin de vie (1792-1801)
Vers 1792, Massoulard se marie à Paris (arrondissement Paris-Ier) avec Catherine Gertrude Casier[5]. Comme de nombreux prêtres constitutionnels, il abandonne le célibat ecclésiastique pour fonder une famille. Le couple a trois enfants. François Massoulard meurt le à Montrol-Sénard en Haute-Vienne, à l'âge de 57 ans. Son retour en Haute-Vienne, près de sa région natale, intervient probablement après le Concordat (), qui marginalise les anciens prêtres constitutionnels mariés.