Fukko Shintō
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Le Fukko shintō (復古神道, litt. "Shintō de la restauration de l'antique") est une branche du shintoïsme prônée par les études nationales japonaises durant l’époque d'Edo[1]. Il est également appelé « Koshintō », « Kodō » (古道), « Kōgaku » (皇学) ou « Honkyō » (本教). Il considère Ame-no-Minakanushi comme la divinité suprême.

Caractéristiques
Les doctrines du Fukko Shinto sont diverses, mais elles partagent généralement l'idée d'un retour à l'esprit propre au peuple japonais, avant l'influence du confucianisme, du bouddhisme et des autres religions. L'accent est mis sur le Kannagara (惟神, "Volonté des dieux"), c'est-à-dire le fait d'incarner la volonté divine[2][3]
À l'instar du shintoïsme Suika, apparu au début de l'époque d'Edo, le Fukko Shinto eut une grande influence sur son époque. Ses érudits le placèrent néanmoins dans une posture plus académique. Des penseurs tels que Kamo no Mabuchi et Motoori Norinaga furent les premiers à promouvoir et à systématiser les voies anciennes (ja), c'est-à-dire l'idée que le Japon possède, avec le shinto, sa propre morale et façon de gouverner, en opposition au confucianisme et au bouddhisme. Ensuite, Hirata Atsutane et Honda Chikaatsu (ja) perfectionnèrent et développèrent le Fukko Shinto, en rejetant fermement le confucianisme et le bouddhisme et en chérissant la foi ancienne et pure du Japon[4]. Il bénéficiait du soutien non seulement de chounins, mais aussi de paysans à travers le pays, par l'intermédiaire des chefs de village et des propriétaires terriens. Le Fukko Shinto exerça finalement une influence majeure sur les réformistes à la fin de l'époque d'Edo et fut intégré à l'idéologie du mouvement Sonnô Joï de la restauration de Meiji[1].
Dans le Fukko Shinto, de nombreux courants ont également utilisé les concepts de Kotodama et de Sukurama (numérologie) pour interpréter le Kojiki et le Nihon shoki. De nombreux rituels ont été adoptés ou remis au goût du jour, tels que le mantra sacré des dix Togoto no Kajiri[5] et les Mikusa no Harai[6]. Les misogi (rituels de purification) étaient également considérés comme importants. Les orifus (amulettes de papier) se sont aussi développées, bien que de manière plus marginale. En fait, nombre de rituels pratiqués aujourd'hui dans les sanctuaires et autres lieux de culte sont issus du Fukko Shinto.
Histoire
Depuis l'introduction du bouddhisme au Japon au VIe siècle, le shintoïsme et le bouddhisme enchaînaient coexistence et affrontement. Après les réformes de Taika, la coexistence pacifique s'est imposée. Avec l'établissement des écoles bouddhiques Tendai et Shingon durant l'époque Heian, le shintoïsme et le bouddhisme ne se sont plus contentés de coexister, mais ont commencé à s'entremêler, un processus connu sous le nom de Shinbutsu-shugo. Le shintoïsme, également appelé « voie ancienne », ne possède pas d'écritures codifiées énonçant des préceptes et des doctrines comme le bouddhisme et le christianisme. C'est l'une des rares religions à avoir conservé une forme simple de croyance animiste, ce qui rend difficile l'élaboration d'une « théologie shintoïste ». De ce fait, dans le shinbutsu shugo, c'est finalement la théorie bouddhiste qui a été utilisée pour expliquer les divinités japonaises antiques.
Durant l'époque d'Edo, Kamo no Mabuchi défendit l'existence d'une voie religieuse et politique propre au Japon dans des œuvres telles que Kokuikou (ja), et Motoori Norinaga, influencé par celui-ci, acheva son œuvre majeure, le Kojikiden. Dans le volume 1, intitulé "Naobi no Mitama" il décrit la "voie des dieux" découverte dans le Kojiki et le Nihon shoki, et contribua grandement à l'établissement du Fukko Shinto, qui visait à faire revivre le shintoïsme autochtone du Japon[2].
Hirata Atsutane, inspiré par les écrits de Motoori Norinaga, joua un rôle majeur dans la formation du Fukko Shinto en étudiant l'histoire ancienne, et en cherchant à démontrer la légitimité de la voie impériale. Il obtint une certaine célébrité avec ses recherches sur la spiritualité, notamment l'au-delà et l'âme, et perfectionna l'« École Hirata d'études nationales », qui puisait dans d'autres religions telles que le bouddhisme de Nichiren, le bouddhisme ésotérique, le christianisme et le taoïsme[1]. Cette École Hirata donna naissance à de nombreuses figures religieuses du « shinto ancien », parmi lesquelles Honda Chikaatsu et Kawatsura Bonji (ja).
Plus tard, à l'époque Meiji, des érudits de l'école Hirata, spécialistes des classiques japonais et membres du gouvernement, ont promu le shinbutsu bunri ainsi que l'établissement du shintoïsme comme religion nationale[7]. Toujours durant l'ère Meiji, Honda Chikaatsu, son disciple Nagasawa Katsutate et d'autres membres de son école de pensée, tels que Deguchi Onisaburo, ont systématisé l'ancienne théorie japonaise de « l'esprit unique et des quatre âmes », selon laquelle l'esprit humain est contrôlé par un "naohi", une émanation du dieu originel, qui contrôle quatre âmes : "aratama", "nakamitama", "kimitama" et "sakimitama"[8].