Genre neutre en français moderne et contemporain

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Le genre neutre est une catégorie grammaticale qui existait dans la langue latine et en ancien français, et dont il ne reste rien, sinon quelques vestiges, en français moderne. Des propositions de neutralisation de la langue voient le jour en français contemporain, et peuvent donner lieu à la création de néologismes, soit en réaction à ce qui est considéré comme un sexisme de la langue française, soit comme une option pour les personnes non binaires.

L'ancien français a gardé du latin des formes neutres (ni masculines ni féminines), comme le pronom neutre « el », et ses variantes « ol », « ul » et « al », provenant du « illud » latin ; ces pronoms disparaissent après le XIIe siècle[1],[2]. Les pronoms démonstratifs « cest » et « cel », encore constatés au XIIe et au XIIIe siècle, sont également des formes neutres. Le pronom « ce » (d'abord sous les formes « ço » ou « ceo ») était une autre forme neutre qui entraînait une désinence ∅ ni masculine ni féminine[1].

En français moderne

Absence du genre neutre et binarisme du français moderne

Il n'y a en français moderne que des noms de genre grammatical masculin ou féminin. « Le français est une langue à deux genres », déclare ainsi Éliane Viennot[3]. De même selon Daniel Elmiger, le français moderne a « un système binaire dans lequel le genre masculin a traditionnellement occupé une place plus importante que le genre féminin »[4].

Traces du neutre et structures impersonnelles

D'autres linguistes sont moins catégoriques pour d'autres catégories de mots. Selon Christiane Marchello-Nizia, tout au long de l'histoire du français, les grammairiens se sont montrés hésitants quant à l'existence d'un éventuel genre neutre en français. Les pronoms démonstratifs « ce », « ça », « ceci » et « cela » sont quasi unanimement considérés comme des formes neutres et dans une moindre mesure comme des formes de genre indifférencié. Il en va de même pour « rien » et « quelque chose ».

« Il », employé dans les verbes impersonnels et les locutions verbales impersonnelles, est le plus souvent classé comme un pronom impersonnel ou unipersonnel, et parfois comme un pronom neutre, mais dans ce cas, la distinction n'est pas morphologique mais sémantique[1].

Statut du masculin comme éventuel marqueur du neutre

La question du masculin fait débat. Pour l'Académie française, « le neutre, en français, prend les formes du genre non marqué, c’est-à-dire du masculin » ; c'est ainsi que l'on parle de « quelque chose de beau », même quand l'objet en question est désigné par un nom féminin (on ne dit pas : « une table, c'est quelque chose de belle »). Au contraire, pour la linguiste Anne Abeillé, « le masculin n’est pas un genre neutre, mais un genre par défaut : en l'absence de formes neutres, le masculin prévaut en français »[3].

Une autre question est celle de la valeur générique que les grammaires traditionnelles attribuent au masculin pluriel. En effet, depuis le XVIIe siècle, il faut dire « Les hommes et les femmes sont intelligents », le masculin l'emportant sur le féminin, et valant pour tous[5]. Avant le XVIIe siècle, plusieurs pratiques coexistaient, et il était possible de dire, en vertu de la règle de proximité, « les hommes et les femmes sont intelligentes » : le sujet le plus proche du verbe étant « les femmes », l'accord pouvait se faire au féminin[5],[Note 1]. Il semble toutefois que l'accord au masculin était l'usage le plus fréquent : analysant le corpus en moyen français de l'ATILF (textes de 1330 à 1500) et la fréquence des accords de proximité, Marie-Louise Moreau conclut que l’accord au masculin y est majoritaire[7].

Selon la Commission générale de terminologie et de néologie, en français moderne ; « héritier du neutre latin, le masculin se voit conférer une valeur générique, notamment en raison des règles du pluriel qui lui attribuent la capacité de désigner les individus des deux sexes et donc de neutraliser les genres »[Note 2]. Cette affirmation est contestée par certains linguistes, pour qui l'accord au masculin pluriel serait l'expression d'un sexisme linguistique. Alain Rey déclare ainsi : « le fait que 99 femmes et un homme deviennent "ils" au pluriel est évidemment scandaleux. Cette situation est aggravée par le fait que la langue française a la malchance de ne pas avoir de neutre : l’accord au masculin est clairement antiféministe »[3]. Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) partage cette opinion et avance l'argument des effets psychologiques de l'accord au masculin sur les personnes francophones : « l’usage du masculin n’est pas perçu de manière neutre en dépit du fait que ce soit son intention, car il active moins de représentations de femmes auprès des personnes interpellées qu’un générique épicène »[3] (par exemple « les diplomates » est un générique épicène, qui ne précise pas le sexe des individus concernés, à la différence de « les ambassadeurs », ou « les ambassadrices »). Dans son essai La distinction, Pierre Bourdieu considère que la place grammaticale centrale du genre masculin dérive du symbolisme lié au groupes dominants et subordonnés, et participe à l'univers social où les femmes occupent un rôle secondaire[9]. Markus Brauer et Mickaël Landry se basent sur 5 études en langue française pour démontrer que le masculin générique n'est pas neutre comme il est parfois présenté[10].

Comparaison avec d'autres langues

« La plupart des langues du monde ne possèdent pas de genre grammatical », selon la linguiste Anne Abeillé. Par exemple, le chinois, le japonais ou le turc ne possèdent pas de genre[11]. La distinction de genre existe dans 44 % des langues selon un atlas qui en répertorie 256, cependant parmi ces 44 %, toutes les langues ne font pas correspondre nécessairement la distinction de genre et le sexe des individus[5]. La différence entre genres grammaticaux peut servir à classer les humains et les non-humains, ou encore, les animés et les inanimés. Certaines langues ont une dizaine de genres[11].

Les langues binaires en termes de genre comme le français seraient minoritaires également selon la linguiste Johanna Nichols, qui a comparé sous cet angle 174 langues. Le français compte, selon elle, parmi les 27 % de langues « dotées d’un genre grammatical ou d’une autre forme de classification nominale »[12].

En français contemporain

Voir aussi

Notes et références

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