Ghislain Uhry
peintre, décorateur et scénariste français
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Ghislain Uhry est un artiste peintre, décorateur de théâtre et de cinéma et scénariste français, né le à Lwów (Pologne) et mort le à Paris.
| Naissance | |
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| Décès |
(à 93 ans) 15e arrondissement de Paris |
| Nom de naissance |
Ghislain Georges Edmond Uhry |
| Nationalité | |
| Activités |
Biographie
Sa mère est autrichienne, son père originaire de Strasbourg, ville où Ghislain Uhry, après une petite enfance parisienne, va passer plusieurs années, y faisant partiellement ses études secondaires et y étudiant à l'École des arts décoratifs, une cité à laquelle il restera attaché même lorsqu'il s'installera à Paris[1].
Dès le début des années 1950, il y fréquente, rue Brûlée, la galerie de la Maison d’art alsacienne dirigée par le libraire Octave Landwerlin, qui expose là ou dans sa propre galerie de la rue des Frères, Véronique Filozof, Jacques Houplain, Jean Brisson-Duval, Jean Couy, François Baron-Renouard, J.-J.-J. Rigal, Jean-Jacques Hueber et bien d'autres artistes importants[1]. Bien que fort jeune, il joue un rôle de « détonateur » dans le mouvement qui veut faire accepter l'art moderne à Strasbourg et parvient à créer une section à laquelle les frères Horn feront don d'objets de leurs collections (dont une statuette de Alexandre Archipenko dénichée par Ghislain Uhry dans un magasin de vêtements)[2].
Par sa famille, Ghislain Uhry est proche de Hans Haug qui dirige les musées strabourgeois[3] ; par son entregent personnel, il se constitue un réseau de relations parisiennes qui inclut Daniel-Henry Kahnweiler et Louise Leiris, Marie Cuttoli, Claire Goll. Il devient un acteur des premières expositions d’art moderne et contemporain à Strasbourg, s'engageant personnellement dans la production d'une importante exposition en 1958 et de celle qui se déroule de juin à septembre 1963 au Palais Rohan, La grande aventure de l’art du XXe siècle[4]. Il contribue au retour de Jean Arp dans la métropole strasbourgeoise. Grâce à lui aussi, Claire Goll rassemble pour les musées de Strasbourg un important lot de tableaux, dessins, manuscrits originaux et correspondance, pour une exposition qui n'aura pas de suite dans la ville, faute d'intérêt de la part des musées ; ce fonds sera ensuite partagé entre Saint-Dié-des-Vosges et le musée Schiller de Marbach am Neckar[1].
Sa première exposition date de 1958, à la Galerie de Seine[5]. Ses œuvres, en tant que peintre, se retrouvent au Fonds d'art du Musée d'Art moderne de Paris, aux musées de Lausanne, Strasbourg, Genève, à la Bibliothèque nationale de France et à celle de Munich, au Musée de Saint-Louis, au Museum of Modern Art[6].

Costumier, décorateur, conseiller artistique
Cinéma
À partir de 1964 où il crée les costumes et décors pour le Der Rosenkavalier, opéra de Richard Strauss, monté au Festival dei due mondi de Spolète en 1964[7] par Louis Malle, Ghislain Uhry devient l'un des plus proches collaborateurs de ce réalisateur. C'est à lui qu'on doit les costumes de Jeanne Moreau et Brigitte Bardot dans le film Viva Maria ! en 1965 — Pierre Cardin ne les créant pas mais s'occupant de leur exécution[8] —. Ces tenues remportent un tel succès qu'elles lancent une mode, comme l'explique le fort sérieux quotidien Le Monde : « Deux tendances vont s'affronter dans le prêt-à-porter de printemps. La première, très féminine, dans des tons de bleu, vert, mauve et rose, et toute de séduction, s'inspire du film de Louis Malle, " Viva Maria ", dont Brigitte Bardot et Jeanne Moreau sont les vedettes. Les costumes, dus au peintre Guillain (sic) Uhry, seront adaptés en grosse quantité et à bas prix par les gros industriels de la mode : Devanlay et Recoing pour les blouses, Timwear[N 1] et Léonard pour les chandails, Dofan pour les sacs, les Tricoteries de Chaligny pour les maillots de bain, Rosy pour les dessous, le Rouge Baiser pour les maquillages. Enfin, en avant-première, de charmantes poupées Bella seront sans tarder mises en vente pour Noël avec toute la garde-robe 1910 des deux vedettes ainsi que les maquettes des principaux décors mexicains du film. La tendance op' art, elle, se retrouve dans un grand nombre de modèles de printemps où le dessin et les mélanges de couleurs remplacent le style »[9]. Ghislain Uhry crée d'autres décors et costumes pour les films de Louis Malle, comme ceux du Voleur en 1967 (où il provoque le changement de rôle de Françoise Fabian qui joue finalement le rôle de Ida alors qu'elle était prévue pour celui de Geneviève[10]), des Histoires extraordinaires (1968) et de Lacombe Lucien sorti en 1974. Dans ce film, comme pour Le Souffle au cœur (1971), il est clairement conseiller artistique du réalisateur[11].
Il crée les costumes du long-métrage Malevil réalisé par Christian de Chalonge en 1981 et sera directeur artistique de l'Invitation au voyage de Peter Del Monte en 1982.
Théâtre
Il travaille avec la Compagnie Renaud-Barrault, décorant le plateau et costumant les comédiens dans divers styles pour différents metteurs en scène (notamment Jean-Louis Barrault (Les Nuits de Paris de Restif de la Bretonne en 1975, Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo en 1984, Théâtre de foire d'après Alain-René Lesage et Jacques-Philippe d'Orneval en 1986), Jean-Pierre Granval (Madame de Sade de Yukio Mishima en 1978, Pense à l'Afrique d'après Gordon Dryland en 1984, La salle d'attente de Catherine Muschamp en 1987), Eiji Mihara (L'Arbre des Tropiques de Yukio Mishima en 1993)[6].
Il œuvre pour Jean-Paul Lucet (Un Faust irlandais au théâtre des Célestins 1987), Claudia Stavisky au théâtre national de la Colline (Avant la retraite d'après Thomas Bernhard 1990), Michel Fagadau au théâtre des Champs-Élysées (Colombe en 1996 avec un décor de panneaux mobiles[12], Les marchands de gloire 1997, La ménagerie de verre 1998)[13].
Opéra
Outre son travail pour Der Rosenkavalierqui lance sa collaboration avec Louis Malle en 1964, il crée scénographies et costumes de plusieurs opérette (Monsieur Beaucaire , mise en scène par Caroline Huppert à l'Opéra national de Lorraine, 1980) et opéras mis en scène à l'Opéra de Marseille, par exemple par Tito Serebrinsky (Les Noces de Figaro en 1979) et Jacques Karpo (Rusalka 1982, Lohengrin et Elektra, 1983, spectacle qu'il coproduit[14]) à une époque où il vit chez son ami André Masson rencontré en 1958[15]. André Batisse l'engage de même pour son Pelléas et Mélisande présenté en 1986 au théâtre de Rennes et Les Mamelles de Tirésias, l'année suivante, au Grand Théâtre de Tours[6].
Scénariste
Il co-écrit le scénario de Black Moon, sorti en 1975, avec Joyce Buñuel et Louis Malle.
Proche de Jean Genet[16] dont il a fait le portrait, il coécrit avec lui à partir de 1976[17] le scénario de La Nuit venue. Plusieurs versions naissent d'un travail qui s'étale sur trois ans[18] et dont la mise en scène devait être réalisée en collaboration avec les deux auteurs[19]. Le scénario reste inédit, car Jean Genet renonce au film à la veille du tournage[20].
Un autre titre avait été envisagé : Le Bleu de l’œil ; c'est celui que Ghislain Uhry donne à l'exposition-hommage à Genet qu'il monte avec Pierre Constant dans la galerie de la Maison de la Poésie de Paris, en 2008[21].
Publications
- André Masson. Ses amis, ses ateliers, Nouveaux mondes, 1999, 77 pages, catalogue d'exposition ;
- André Masson. Théâtre, Paris, Espace Carole Brimaud, 2000, 75 pages ;
- André Masson. Au pays des hommes, Paris, Espace Carole Brimaud, 2001, 82 pages ;
- André Masson. Le songe Erotique, Paris, Espace Carole Brimaud, 2002, 79 pages ;
- Avec Martica Sawin, André Masson, America. Exposition du 23 septembre au 20 novembre 2004, Paris, Galerie Cazeau-Béraudière, 2004, 79 pages.