Compagnie Renaud-Barrault

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La compagnie Renaud-Barrault est une compagnie théâtrale française fondée en 1946 à Paris par l'acteur et metteur en scène Jean-Louis Barrault (1910-1994) et sa femme, l'actrice Madeleine Renaud (1900-1994).

Date de création1946
Direction artistiqueJean-Louis Barrault et Madeleine Renaud
Faits en bref Lieu, Date de création ...
Compagnie Renaud-Barrault
illustration de Compagnie Renaud-Barrault
Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud lors de la tournée aux États-Unis de la compagnie en 1952.
Compagnie
Lieu Paris Drapeau de la France France
Date de création 1946
Direction Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud
Direction artistique Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud
Résidence
Résidence théâtre Marigny (1946-1956)
théâtre Sarah-Bernhardt (1957)
théâtre du Palais-Royal (1958-1959)
Odéon-Théâtre de France (1959-1968)
Élysée-Montmartre (1968-1970)
théâtre Récamier (1970-1974)
théâtre d'Orsay (1972-1981)
théâtre du Rond-Point (1981-1991)
Fermer

Au cours de ses 45 ans d'existence, jusqu'à la retraite des deux fondateurs en 1991, la compagnie mettra en scène plus d'une centaine de pièces dont de nombreuses créations, jouées dans plusieurs théâtres parisiens dont elle assurera la direction, ainsi que lors de tournées internationales.

Histoire

La compagnie

L'initiative revient à Simonne Volterra qui a pris en 1946, au lendemain de la guerre, la direction du théâtre Marigny à Paris : elle souhaite y créer une troupe « maison » sous la houlette de Jean-Louis Barrault qui vient de quitter la Comédie-Française à la suite d'un décret limitant les possibilités pour les sociétaires de jouer en dehors[1],[2] ; il est suivi dans la foulée par son épouse Madeleine Renaud (qui jouait à la Comédie-Française depuis 1920), Jean Desailly et Pierre Bertin[3]. Parmi les premiers membres de la compagnie, figurent André Brunot, Catherine Fonteney, Georges Le Roy, Jacques Dacqmine, également transfuges de la Comédie-Française, ainsi que Marie-Hélène Dasté, Régis Outin, Pierre Renoir, Simone Valère, Jacqueline Pagnol, Gabriel Cattand, Jean-Pierre Granval (fils de Madeleine Renaud), et les jeunes musiciens Maurice Jarre et Pierre Boulez. Ce dernier, qui est recommandé par la pianiste Andrée Vaurabourg, entre dans la compagnie en 1946 pour y tenir la partie d’ondes Martenot de la musique de scène d'Hamlet, composée par Honegger ; il est nommé directeur de la musique de scène[4],[5],[6] et Jean-Louis Barrault, qui est l'un des membres fondateurs avec Boulez de la société de concerts le Domaine musical créée en 1954, en accueille les premiers concerts au Théâtre Marigny[7]. Barrault fait appel pour les musiques de scène des spectacles à des compositeurs reconnus tels que Joseph Kosma, Georges Auric, Francis Poulenc, Maurice Ohana, Henri Sauguet, Darius Milhaud et Arthur Honegger.

Au cours de son histoire, la compagnie accueille

Certains des anciens membres créeront à leur tour leur propre troupe tels Jean Desailly et Simone Valère (compagnie Valère-Desailly).

En 1953 sont créés Les Cahiers Renaud-Barrault, revue-programme de la troupe éditée sous la direction d'André Frank, Jean Capin et Simone Benmussa aux éditions Julliard, puis chez Gallimard ; ils compteront 115 numéros et paraissent jusqu'en .

Les théâtres de la compagnie

De 1946 à 1956, la compagnie Renaud-Barrault joue au Théâtre Marigny, situé à l'angle de l'avenue des Champs-Élysées et de l'avenue de Marigny, dans le 8e arrondissement de Paris ; en 1954, Jean-Louis Barrault y fait aménager une seconde salle de 300 places, le Petit-Marigny.

La troupe fait escale en 1957 au Théâtre Sarah-Bernhardt, place du Châtelet[9], puis en 1958-1959 au Théâtre du Palais-Royal, rue de Montpensier, où elle monte notamment en 1958 La Vie parisienne de Jacques Offenbach, Henri Meilhac et Ludovic Halévy qui avait été créée dans les murs en 1866[10],[11],[12], ainsi que Le Soulier de satin de Paul Claudel, puis en 1959 La Petite Molière de Jean Anouilh.

En 1959, André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, confie la direction du théâtre de l'Odéon, qui servait de seconde salle à la Comédie-Française depuis 1946, à Jean-Louis Barrault. Celui-ci y transfère la troupe et rebaptise la structure « Odéon-Théâtre de France »[13] avec la promesse de « poursuivre le Beau sans se dérober au Difficile » selon la devise de la compagnie. Le , l'inauguration officielle a lieu avec Tête d'or de Paul Claudel, mis en scène par Jean-Louis Barrault, en présence du chef de l’État, Charles de Gaulle, et d'André Malraux[14]. Parmi les spectacles les plus marquants, dont certains sont confiés aux metteurs en scène Jean-Marie Serreau et Roger Blin, figurent les créations de Rhinocéros d'Eugène Ionesco en 1960 et de Oh les beaux jours de Samuel Beckett en 1963 avec Madeleine Renaud dans le rôle de Winnie[15]. En , la création des Paravents de Jean Genet, mis en scène par Roger Blin, est l'objet d'un énorme scandale en raison du regard critique que la pièce porte sur l'armée française dans le conflit algérien. La pièce est perturbée chaque soir par des militants d'extrême-droite[16],[17] et Malraux doit s'exprimer à l'Assemblée nationale pour s'opposer à l'interdiction de la pièce[18].

La salle accueille parallèlement les concerts du Domaine musical fondé par Pierre Boulez et les productions du théâtre des Nations durant la fermeture de leur salle, place du Châtelet. Le petit foyer est transformé quant à lui en « Petit-Odéon », sorte de « laboratoire » et inauguré en avec deux pièces de Nathalie Sarraute, Le Silence et Le Mensonge.

Les prises de position des Renaud-Barrault lors des événements de , ouvrant notamment le théâtre aux étudiants qui l'occupent pendant plus d'un mois, leur valent la rancœur de Malraux qui pousse Barrault à la démission au mois d'août suivant.

La troupe s'installe brièvement à l'Élysée-Montmartre, le temps de monter deux spectacles musicaux : Rabelais sur une musique de Michel Polnareff en 1968 et Jarry sur la butte sur une musique de Michel Legrand en 1970. Le lieu est encore à cette époque une salle de catch et c'est un ring qui fait office de scène[19],[20].

Le Théâtre Récamier dans le 7e arrondissement de Paris accueille de 1970 à 1974 la compagnie, qui y joue des pièces de Samuel Beckett, Jean Genet et Roland Dubillard. La version française de Harold et Maude de Colin Higgins dans une adaptation de Jean-Claude Carrière, avec Madeleine Renaud dans le rôle de Maude, créée aux Entrepôts Lainé à Bordeaux dans le cadre d'Octobre à Bordeaux, y est présentée en 1973.

En 1972, les Renaud-Barrault obtiennent également la permission d'utiliser la gare d'Orsay, désaffectée depuis les années 1950 et dans les sous-sols de laquelle Barrault fait édifier une structure démontable en bois, le théâtre d'Orsay. Y sont montées notamment en 1972 la quatrième journée du Soulier de satin de Paul Claudel, Sous le vent des îles Baléares, en création mondiale, et en 1979 l'intégrale du Soulier de satin du même dramaturge qui est distinguée en 1980 par le Grand prix du théâtre du Syndicat de la critique récompensant le meilleur spectacle de l'année[21], Ainsi parlait Zarathoustra d'après Friedrich Nietzsche ou encore Zadig d'après Voltaire.

Lorsque la décision est prise de transformer la gare en musée en 1981, la troupe se transporte au Palais de glace, un des panoramas édifiés sous le Second Empire sur les Champs-Élysées[22],[23],[24]. La structure en bois du théâtre d'Orsay y est remontée[25]. Le lieu devient le Théâtre du Rond-Point (en raison de sa proximité avec le rond-point des Champs-Élysées) et rapidement surnommé « théâtre Renaud-Barrault ». Inauguré en avec un spectacle de Jean-Louis Barrault, L'Amour de l'amour sur des textes d'Apulée, La Fontaine et Molière[26], il est dirigé par la compagnie jusqu'en 1991, date à laquelle le couple prend sa retraite et la troupe est dissoute.

Spectacles hors Paris

La troupe se produit également dans d'autres théâtres en France,, notamment au théâtre des Célestins à Lyon (parfois avec une distribution différente comme dans Pour Lucrèce de Jean Giraudoux en [27]) :

Plusieurs des pièces créées à Paris sont régulièrement reprises aux Célestins.

La compagnie Renaud-Barrault a également créé plusieurs pièces dans des festivals ou des théâtres hors de Paris, puis les a reprises dans le théâtre parisien qui l'accueillait. Le Livre de Christophe Colomb de Paul Claudel est créé par Jean-Louis Barrault le au Festival de musique "Mai musical" de la ville de Bordeaux, puis repris à partir d'octobre à Marigny ; il sera également repris en 1975 au Théâtre d'Orsay. C'est aussi le cas pour l'Orestie d'après Eschyle, avec une musique de scène de Pierre Boulez, créée le au Grand-Théâtre de Bordeaux, dans le cadre de ce même festival, et reprise le au Théâtre Marigny. En 1972, Sous le vent des îles Baléares, 4e journée du Soulier de satin de Paul Claudel, mise en scène par Jean-Pierre Granval, est créée aux Rencontres internationales claudéliennes de Brangues dans l'Isère[34], puis reprise au Théâtre d'Orsay la même année. Jean-Pierre Granval crée en 1983 au théâtre de La Criée à Marseille les Lettres d’une mère à son fils de Marcel Jouhandeau, spectacle repris au Théâtre du Rond-Point. D'autres pièces sont créées en coproduction : ainsi en 1984 la pièce Les apparences sont trompeuses de Thomas Bernhard est coproduite avec la Comédie de Saint-Étienne (où elle est créée le ) et La Rose des vents de Villeneuve-d'Ascq, avant d'être présentée au Rond-Point.

Tournées internationales

Affiche de Raoul Dufy pour la tournée aux États-Unis en 1952.

La compagnie Renaud-Barrault effectue à plusieurs reprises des tournées à l'étranger :

  • au Amérique du Sud en 1950[35] ;
  • en Amérique du Sud d'avril à [47],[48] puis en où sont jouées notamment Les précieuses ridicules de Molière mises en scène par Jean-Pierre Granval.

La compagnie effecture deux tournées en Grande-Bretagne en 1956[51] et en 1969, du au  : Rabelais est joué au Théâtre Old Vic[52], Madeleine Renaud joue au Royal Court Theatre L'Amante anglaise de Marguerite Duras mise en scène par Claude Régy et Oh! les beaux jours de Samuel Beckett.

Le fonds Renaud-Barrault à la Bibliothèque nationale de France

En , une vente aux enchères des archives de la compagnie est organisée au Théâtre Marigny[53]. Une grande partie est préemptée par la Bibliothèque nationale de France[54],[55],. L'ensemble ainsi acquis est conservé au Département des Arts du spectacle[56].

Répertoire

Théâtre Marigny (1946-1956)

Théâtre Sarah-Bernhardt (1957)

Théâtre du Palais-Royal (1958-1959)

Odéon-Théâtre de France (1959-1968)

  • 1966 :
    • Les Paravents de Jean Genet (création), mise en scène de Roger Blin, scénographie et costumes d'André Acquart, avec Madeleine Renaud dans le rôle de Warda et Jean-Louis Barrault dans celui de Si Slimane[17].
    • Henri VI de William Shakespeare, mise en scène de Jean-Louis Barrault.
    • Ruzzante, retour de la guerre de Ruzzante, mise en scène Jean-Louis Barrault.
    • Comment va le monde, môssieu ? Il tourne, môssieu de François Billetdoux (création), mise en scène de Jean-Louis Barrault.
    • Spectacle Beckett-Ionesco-Pinget composé de :

Élysée-Montmartre (1968-1970)

Théâtre Récamier (1970-1974)

Théâtre d'Orsay (1972-1981)

  • 1980 :
    • reprise de Harold et Maude de Colin Higgins, adaptation de Jean-Claude Carrière, mise en scène de Jean-Louis Barrault.
    • Le Soulier de satin de Paul Claudel (création de l'intégrale de la pièce), mise en scène de Jean-Louis Barrault et Jean-Pierre Granval, décors et costumes de Lucien Coutaud, avec Jean-Louis Barrault (dans le rôle de l’annoncier, d'un machiniste, d'un porte-épave et d'un poisson) et Madeleine Renaud dans le rôle de Doña Honoria[157].

Théâtre du Rond-Point (1981-1991)


Expositions

puis 1er -  : Théâtre du Rond-Point, Paris ; -  : Guéret.

Collections

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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