Gian Giacomo Poldi Pezzoli
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| Décès |
(à 56 ans) Milan |
| Sépulture | |
| Nationalité |
Italien |
| Activités | |
| Autres activités | |
| Père |
Guiseppe Poldi |
| Mère |
Rosa Trivulzio |
| Distinction |
Gian Giacomo Poldi Pezzoli d'Albertone, né à Milan le et mort dans cette même ville le , est un collectionneur d'œuvres d'art italien notamment connu pour la constitution d'une importante collection regroupée au sein du Musée Poldi-Pezzoli.
Collectionneur, esthète et historien, il prit également une part active dans la politique de son pays et de sa région, en soutenant notamment les causes indépendantistes du Risorgimento.
Famille et jeunesse
Giacomo Poldi Pezzoli naît à Milan le . Son père, Giuseppe Poldi, descend de la famille des Poldi de Parme, dont il hérite la fortune; sa mère, Rosa Trivulzio, est une descendante des comtes Pezzoli d'Albertone de Bergame, une famille de précepteurs d'impôts[1]. À la mort de son père en 1833, Pezzoli reçoit donc titre et fortune, hérités de deux familles illustres par le mariage de ses parents en 1819.
Giacomo grandit dans une famille d'intellectuels et de passionnés d'art. Son grand-père maternel, le marquis Gian Giacomo Trivulzio (1774-1831) était une figure intellectuelle majeure du Milan néo-classique et des Lumières. Ami d'artistes et de poètes tels que Giuseppe Parini ou encore Vincenzo Montigny, le marquis était marié à Beatrice Serbelloni, l'inspiratrice d'un salon pré-romantique[1]. Comme plus tard son petit-fils, Trivulzio était un collectionneur d'art, notamment de livres anciens et de manuscrits enluminés[2]; mais également de camées, d'ivoires, d'orfèvrerie, d'antiquités et d'objets précieux tels qu'on pouvait les trouver dans un cabinet de curiosités du XVIIIe siècle[1]. L'oncle maternel de Pezzoli, l'abbé Giovanni Maria Pezzoli, possédait quant à lui une importante bibliothèque de publications italiennes.

C'est donc de part sa famille maternelle que Pezzoli tient ses goûts artistiques. Sa mère, Rosa, est d'une fine sensibilité. Dès son veuvage à l'âge de 33 ans, elle commence à se lier d'amitié avec des arti\stes tels que le sculpteur Lorenzo Bartolini (1777-1850). Ses goûts sont principalement tournés vers l'art de son époque et les objets d'orfèvrerie et meubles d'art, mais sa maison devait également comporter quelques bons tableaux. En 1848, Rosa Trivulzio adresse une missive au Gouvernement Impérial et Royal en demandant de pouvoir faire revenir à Milan les oeuvres d'art qu'elle fit transporter de deux villas de la région de Côme, après le retrait des troupes piémontaises[3]. Cette lettre témoigne de l'importance de sa collection à l'époque.
Afin de parfaire ses connaissances, Pezzoli reçoit également une éducation privée sous la tutelle d'Antonio Gussalli, disciple de Pietro Giordani, qui l'initie à la culture classique, l'histoire contemporaine les idéaux libéraux progressistes[4].
Formation du goût artistique
Au XIXe siècle, Milan est l'un des plus importants carrefours du marché de l'art en Europe. Les collectionneurs, amateurs d'art et directeurs des grands musées naissants de Londres, Paris et Berlin s'y retrouvent, certains d'y trouver des chefs-d'œuvre de la peinture italienne et plus particulièrement lombarde. Au milieu du siècle, la fermeture des églises et des couvents, contraints de vendre leurs biens[5], mit en circulation de nombreuses œuvres d'art qui devinrent vite des objets de convoitise pour les plus grands collectionneurs européens. Pezzoli grandit donc dans un environnement urbain propice à l'étude des arts, d'autant plus que sa famille est déjà largement versée dans la collection de maîtres anciens et objets d'art. Par ailleurs, il s'est rapidement entouré de connaisseurs, artistes et antiquaires qui le conseillèrent au mieux dans ses acquisitions. Ce groupe, assez restreint, était notamment constitué du peintre et restaurateur Giuseppe Molteni (1800-1867), du connaisseur Giovanni Morelli et enfin de Giuseppe Bertini, qui deviendra en 1860 le premier directeur de la Pinacothèque et de l'Académie de Brera[6]. Très intéressé par la production artistique milanaise, Pezzoli se présente également à l'Exposition annuelle de Brera, et intègre les rangs d'une clientèle cultivée qui soutient l'académie locale[4].

Contrairement au goût aristocratique lombard, Pezzoli innove en assemblant l'art des grand maîtres et l'art décoratif. Il crée plusieurs comparaisons et dialogues entre les écoles européennes, ainsi qu'entre l'Est et l'Ouest[7]. À Florence, Pezzoli visite l'exposition nationale de 1861 et les célébrations dédiées à Dante en 1865. Durant la période du Risorgimento, il s'intéresse à l'art « primitif » de la Lombardie, de la Toscane, de la Vénétie et de l'Ombrie, un goût partagé avec la National Gallery. Le renouveau culturel et la nostalgie du passé triomphent lors de grandes expositions d'art européennes, à commencer par l'Exposition universelle de Londres de 1851[8].
Loin de ne s'intéresser qu'à l'étude de l'art, Gian Giacomo est également un bienfaiteur, impliqué dans le soutien et la gestion d'organisation caritatives et de bienfaisance, d'institutions éducatives et professionnelles, ainsi que d'associations culturelles et patriotiques[4].
Rôle politique et exil
Pezzoli nait à Milan au sein du royaume de Lombardie-Vénétie, un territoire dirigé par l'Empire autrichien depuis la défaite de Napoléon en 1815 et le congrès de Vienne. Après ce congrès, l'influence française dans la vie politique italienne continua de se manifester par la diffusion des idées et des journaux littéraires. Les idéaux révolutionnaires traversent les Alpes et avec eux le besoin pour le peuple italien de se constituer en une nation unie. Dès les années 1820, des révoltes ont lieu sur les territoires occupés par l'Autriche pour l'accès à l'indépendance. En 1848, la première guerre d'indépendance italienne s'organise autour de plusieurs mouvements révolutionnaire, dont une insurrection à Milan contre l'empire d'Autriche[9]. Les révolutionnaires sont alors soutenus par les troupes du royaume de Sardaigne et transforment la ville en un véritable champs de bataille : 1700 barricades faites de meubles, de marchandises et de chariots scandent la ville. Il s'agit véritablement d'un soulèvement populaire[10]. Le , le maréchal tchèque Radetzky, qui dirigeait la ville, est contraint d'abandonner Milan après la prise par les insurgés de la Porta Tosa (aujourd'hui Porte de la Victoire)[11].

Élevé au sein d'une famille d'esthètes et d'amateurs d'art, et ayant comme professeur un néo-libéral affirmé, Giacomo Poldi Pezzoli fut très jeune mis au contact de discussions politiques animées. Sa grand-mère, Béatrice Serbelloni, tenait un salon préromantique où l'on discutait d'art et de littérature, mais où conspiraient également les plus illustres patriotes tels que Silvio Pellico et Federico Confalonieri[1]. Cultivant très jeune un esprit patriotique et souhaitant la libération de Milan du joug autrichien, le jeune seigneur libéral Giacomo Poldi Pezzoli soutient les insurgés de l'armée lombarde, notamment en finançant leurs actions et en leur achetant des éléments d'artillerie. En 1848, il est envoyé à Venise en tant que représentant du gouvernement provisoire de Lombardie dans les provinces vénitiennes. Toutefois, en août, les nationalistes subissent une défaite qui se solde par la reprise du contrôle de la ville par les Autrichiens, menés par le général Radetzky. L'Autriche rétablit son autorité en Italie du Nord pour encore une dizaine d'années.
Pezzoli est contraint à un an d'exil à Lugano en Suisse et doit s'acquitter d'une amende de 600 000 lires autrichiennes pour rentrer dans sa ville natale[8]. Se réfugiant d'abord en Suisse, il voyage également à Paris et à Londres. À la suite de la défaite il subira également un pillage de son arsenal lors des Cinq Jours d'Insurrection de 1848[8], en guise de représailles pour ces actions.

Cet exil forcé donne le goût du voyage à Gian Giacomo. En 1860, il reçoit un nouveau passeport, et retourne fréquemment visiter les grands centres culturels de toute l'Europe : Paris, Florence, Genève, Londres. Il dédia le reste de sa vie à la constitution de sa collection et à l'embellissement de sa propre demeure. Après la mort de sa mère, Rosa, en 1859, il commence également à préparer sa succession[3]. N'ayant pas établit de relation maritale, il fait un premier testament dans lequel il lègue ses biens à son neveu Fabio Gonzaga, fils de sa sœur Mathilde. Fabio mourant en 1868, un second testament est fait au profit d'une fondation d'art qui devait soutenir, grâce à l'argent légué, un nouveau musée mettant en avant les collections de Giacomo.
Le , Giacomo Poldi Pezzoli s'éteint d'une crise cardiaque et est enterré à Bellagio, dans un mausolée romantique de style néo-gothique réalisé par le sculpteur Charles Maciachini (en)[4].
Constitution de la collection
Une collection d'abord tournée vers la région lombarde
Dès 1846, Gian Giacomo Poldi Pezzoli s'applique d'abord et surtout à la recherche et à la collection d'armes et d'armures anciennes, fournies par l'armurier Carlo Maria Colombo. Ces nombreuses armes (plus de 1500), datant pour la plupart du XVIe siècle, étaient exposées dans une salle entière du palais. Entre 1846 et 1848, cette Sala d'Armi (salle d'armes) fut créée avec un décor néo-gothique par Filippo Perone, décorateur du Teatro alla Scala[8]. De retour dans sa ville natale après son exil forcé, Giacomo élargit sa collection et témoigne de son patriotisme et de son attachement pour la Lombardie en acquérant de nombreuses oeuvres de la Renaissance lombarde, dont les peintres sont particulièrement appréciés par les collectionneurs milanais; Bernardino Luini (? - 1532) ainsi que les disciples de Léonard de Vinci (1452-1519) sont alors très renommés. Il semblerait que le premier tableau dont Giacomo Poldi Pezzoli se rend acquéreur est Le Repos durant la fuite en Égypte d'Andrea Solari (1460-1524)[3]. Morelli découvre par la suite pour le compte du collectionneur des chefs-d'œuvres de la Renaissance de la plaine du Pô tels que la Terpsichore de Cosmè Tura (1430-1495) ou encore, en 1856, un tableau d'Andrea Mantegna (1431-1506) représentant une Madone (Madone Poldi Pezzoli (en)).
La recherche de chefs-d'œuvres

Bien que très versé dans l'art lombard, Poldi Pezzoli s'intéresse aussi à d'autres écoles italiennes comme l'école vénitienne et l'école florentine, bien représentées dans sa collection avec des oeuvres de Sandro Botticelli (1445-1510), Giovanni Bellini (1430-1516) ou encore Antonio Vivarini (? - 1480)[6]. Selon Annalisa Zanni, directrice du musée entre 2000 et 2022, plusieurs tableaux que collecta Giacomo Poldi Pezzoli peuvent même être qualifiés de chefs-d'œuvre à l'instar de l'image-symbole du musée, le Portrait de dame de Piero Pollaiuolo (1443-1496)[12], La Lamentation sur le Christ mort de Botticelli ou encore la Pietà de Bellini. En effet, bien que s'intéressant à chaque école, Poldi Pezzoli et ses conseillers privilégiaient les chefs-d'œuvres et les pièces uniques, conformément à la vision des collectionneurs d'élites au XIXe siècle. Gian Giacomo était un collectionneur passionné mais également sélectif, privilégiant la qualité de sa collection à la quantité d'œuvres qui la composait. Un bon exemple est sa collection d'horloges, assez peu fournie mais extrêmement intéressante du point de vue de la technique et de l'histoire de l'art [13].
Une collection hétérogène
Inspiré sans doute par sa visite de l'Hôtel de Cluny à Paris et du musée du comte Alexandre du Sommerard (1779-1842), Giacomo Poldi Pezzoli se tourne également vers les arts décoratifs à la suite de son exil forcé. Il commence à acquérir de splendides émaux de Limoges, des objets d'orfèvrerie français et lombards du Moyen Âge et de la Renaissance, ainsi que des tapis, des tapisseries et des bijoux. Dans chaque domaine, il privilégie les pièces uniques et les chefs-d'œuvre, afin de créer des dialogues entre les arts majeurs et les arts appliqués[8].
La collection de peintures couvre une vaste période chronologique. L'œuvre la plus ancienne est une croix portable à double face réalisée par Bernardo Daddi (? - 1348) entre 1328 et 1348 environ. La plus récente est le portrait de Poldi Pezzoli lui-même, peint en 1851 par Francesco Hayez (1791-1882), artiste contemporain dont il était proche[12]. Malgré cet intérêt pour l'art de son temps, les œuvres du Quattrocento demeurent largement surreprésentées au sein de la collection. Vieilles de plusieurs siècles, certaines de ces peintures durent être restaurées par les peintres Luigi Cavenaghi (1844-1918) et Giuseppe Molteni[3].
- Quelques œuvres phares ayant appartenues à la collection de Giacomo Poldi Pezzoli, maintenant collection du musée Poldi Pezzoli
- Le Repos durant la fuite en Égypte, Andrea Solari, 1515.
- Madone Poldi Pezzoli, Andrea Mantegna, 1490-1500.
- Portrait de dame, Piero Pollaiolo, vers 1470.
- Armures présentées dans la salle d'armes du musée Poldi Pezzoli.
- « Petit navire de Venise ».


