Ginette Kolinka

survivante du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau et passeuse de mémoire de la Shoah From Wikipedia, the free encyclopedia

Ginette Kolinka, née Cherkasky le à Paris 11e, est une survivante du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Ginette Kolinka reste la seule survivante de sa famille et, à partir des années 2000, passeuse de mémoire de la Shoah[1].

Naissance
Nom de naissance
Ginette CherkaskyVoir et modifier les données sur Wikidata
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Activité
Faits en bref Naissance, Nom de naissance ...
Ginette Kolinka
Ginette Kolinka lors d’un témoignage devant des lycéens à Dunkerque, le 21 mai 2019.
Biographie
Naissance
Nom de naissance
Ginette CherkaskyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Père
Léon Cherkasky
Mère
Berthe Fairstin
Conjoint
Albert Kolinka
Enfant
Parentèle
Roman Kolinka (petit-fils en lignée masculine)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Distinctions
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Biographie

Famille et origines

Ginette Cherkasky naît le dans une famille juive athée[2]. Elle a cinq sœurs aînées et un frère cadet, Gilbert, né le .

Son père, Léon Cherkasky, d’origine ukrainienne[3], né à Paris le , est tailleur et dirigeant d’un petit atelier de fabrication d’imperméables dans le quartier du Faubourg du Temple. Sa mère, Berthe Fairstin, née le à Pitești en Roumanie, est femme au foyer.

Dans les années 1950, elle se marie avec Albert Kolinka (1913-1993)[4], avec qui elle a un fils Richard Kolinka[5], batteur du groupe de musique Téléphone, dont les premières répétitions du 2 au se dérouleront dans sa cave[6]. Elle est la grand-mère de l'acteur Roman Kolinka (fils de Richard).

Jusqu'aux années 1990, elle est marchande foraine au marché de la Porte de la Villette à Aubervilliers[4].

Enfance et déportation

Elle passe sa petite enfance dans le 11e arrondissement de Paris puis à Aubervilliers avec ses parents, ses cinq sœurs et son frère[7],[8],[9].

La Seconde Guerre mondiale bouleverse sa famille quand son oncle et son beau-frère sont arrêtés en 1941.

A partir de 1942, la législation des lois anti-juives contraignent davantage les membres de sa famille : son père doit céder son atelier, tandis que ses sœurs ne peuvent plus travailler et que le port de l'étoile jaune est imposée à tous les membres de la famille leur interdisant de fait l'accès à de très nombreux lieux publics comme les parcs ou les piscines[10].

En , sa famille fuit son domicile en raison de son arrestation imminente ; la cause, on accuse une de ses sœurs de cacher un individu communiste. Ils rejoignent alors la zone libre, non occupée par les Allemands, et trouvent refuge à Avignon (Vaucluse) ou ils se font passer pour une famille d'origine russe et de confession chrétienne orthodoxe[10].

Le , à dix-neuf ans, elle est arrêtée avec son père, Léon Cherkasky[11], son jeune frère de douze ans[2], Gilbert Cherkasky, et son neveu de quatorze ans, Georges Marcou[12], par la Gestapo à la suite d'une dénonciation[13]. Sa mère, malade, se reposait à l'étage. On ne sait pas pourquoi les agents de la Gestapo ne sont pas montés. Leur dernière adresse est au 72 rue Joseph Vernet à Avignon[11]. D'abord incarcérée à la prison d'Avignon puis à celle des Baumettes à Marseille, la famille est ensuite internée au camp de Drancy. Un mois plus tard, la famille est déportée par le convoi no 71 du 13 avril 1944[14] en direction du camp d'Auschwitz-Birkenau. C'est le même convoi que Simone Veil[15].

Dès l'arrivée du train, son père ainsi que son frère sont gazés. Ginette, quant à elle, est sélectionnée pour le travail et rejoint le camp des femmes. Son neveu, faisant plus âgé, est également sélectionné[16].

À la fin de la guerre, Ginette Kolinka apprendra sa mort dans les camps[10].

Tatouée sur son avant-bras sous le numéro 78599, elle décrit les conditions terribles de survie dans le camp, ses règles de fonctionnement avec les fouilles quotidiennes, la violence des kapos chargées de maintenir l'ordre, le travail forcé, les souffrances physiques et psychiques endurées comme le froid, la faim omniprésente, la saleté et la puanteur engendrés par des conditions terrifiantes de promiscuité et d'hygiéne dégradée dans les baraquements et l'avilissement permanent déployé par le service concentrationnaire pour affaiblir les deporté(e)s et parvenir à leur disparition programmée au prix d'une déshumanisation constante[8],[10].

D' à , elle se retouve dans les camps de Bergen-Belsen et de Theresienstadt[17]. Au camp de Bergen-Belsen, elle travaille dans une usine de pièces d'aviation. Elle y contracte le typhus[10].

En , elle change de camp par le train dans des conditions difficiles mais, à son arrivée, le camp est libéré, et elle est donc accueillie par les Alliés et rapatriée à Lyon avant de rejoindre Paris le pour retrouver les membres de sa famille qui ont survécu[16] : sa mère et quatre de ses cinq sœurs[8].

Agée de 20 ans, elle pèse alors 26 kgs[8],[10].

Témoin et rescapée de la Shoah

Pendant quarante ans, elle tient un étal de bonneterie sur un marché d’Aubervilliers avec son mari, Albert Kolinka, qu'elle a rencontré en Juillet 1952. En Juillet 1953, elle donne naissance à son enfant, Richard Kolinka, qui deviendra par la suite le batteur du groupe de rock Téléphone[8].

Longtemps, elle ne souhaite pas transmettre son histoire et l'horreur de la Shoah en disant qu'elle ne veut pas « ennuyer les gens »[10].

"Je ne parle jamais de ce qui s'est passé la bas. Comment donner des détails sur ce que vous avez vécu lorsque les vôtres ne sont pas revenus ?"[10]

Mais peu à peu l'envie de parler lui vient. Elle est notamment sollicitée en 1997 suite à la sortie du film en 1993, la liste de Schindler par la fondation, l'USC Shoah Foundation, créée par le réalisateur américain, Steven Spielberg, en 1995 pour témoigner et conserver la mémoire de la déportation auprès du grand public[10],[8].

Au début des années 2000, veuve, elle pousse la porte d’une association d’anciens déportés, l'Union des Déportés d'Auschwitz ou UDA[10],[18]. Ginette Kolinka devient alors une ambassadrice de la mémoire qui sillonne la France pour raconter son vécu aux jeunes générations dans les lycées et les colléges[10],[8].

En 2003, elle est également sollicitée pour accompagner pour la première fois, les classes d'élèves lors de voyage à destination du camp de Birkenau[10],[17]. Elle va également d’établissement en établissement scolaire pour parler de la Shoah et sensibiliser les jeunes à la dure réalité des camps de concentration et d'extermination[8],[10].

En , elle publie son livre de temoignage de rescapée des camps intitulé : Retour à Birkenau qui est vendu à plus de 80 000 exemplaires[8],[10].

Elle est l'une des participantes du documentaire La Case du siècle : Les Filles de Birkenau (2024)[19].

Prise de position Politique

Dans le cadre des élections législatives françaises de 2024, Serge Klarsfeld déclare que s'il était confronté à un duel entre La France insoumise et le Rassemblement national, il voterait, « sans hésitation », pour le candidat RN, et nie les accusations d'antisémitisme portées contre l'extrême droite, accusant ce qu'il classe à l'extrême gauche d'être actuellement véritablement antisémite en revanche. Il est fortement critiqué par Ginette Kolinka[20], qui lui répond notamment que c'est bien en raison de la présence de l'extrême droite au pouvoir qu'elle a été déportée[21], témoignant de son inquiétude et de son incompréhension face à ce point de vue politique, tout en exprimant dans le cadre de ses engagements mémoriels qu'elle regrette l'oubli de l'histoire, sa déformation et la recrudescence des comportements antisémites en rapport avec le conflit israélo-palestinien. Elle ne croit pas dans ce contexte que l'extrême droite puisse jamais sincèrement défendre les Juifs et être plus ouverte que le camp progressiste[22].

Distinctions

Décorations

Le , Ginette Kolinka est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur, au titre de « ancienne commerçante, membre du conseil d'administration d'une association ; 63 ans d'activités professionnelles et associatives »[23] puis est faite chevalier de l'ordre le [24]. Elle est promue au grade d'officier le au titre de « ancienne déportée œuvrant au devoir de mémoire »[24] puis est faite officier le [25]. Elle est promue au grade de commandeur dans l'ordre le au titre de « ancienne déportée, ancienne commerçante, intervenante en milieu scolaire au titre du devoir de mémoire »[25],[26].

Le , Ginette Kolinka est nommée directement au grade de commandeur dans l'ordre national du Mérite, au titre de « intervenante en milieu scolaire au titre du devoir de mémoire ; 76 ans de services »[27].

Depuis le , Ginette Kolinka est commandeur de l'ordre des Palmes académiques[28]. Sa médaille lui est remise le par la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem[29].

Depuis le , elle est également commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres[30].

Hommages et reconnaissances

Ginette Kolinka a reçu la médaille de citoyenne d'honneur de la Ville de Roanne le . Une rue porte son nom dans le centre-ville de la commune[31].

Le , le Conseil départemental de la Haute-Garonne a attribué au nouveau collège de Seysses le nom de « Ginette Kolinka »[32]. L'inauguration de la plaque associée a eu lieu le .

Publications

Adaptation

  • Retour à Birkenau de Ginette Kolinka et Marion Ruggieri, adaptation théâtrale par la compagnie A ContraTempo dans une mise en scène d'Emily Lombi, avec Capucine Derval dans le rôle de Ginette Kolinka.
  • Ginette Kolinka d´Aurore d'Hondt, BD sur la vie de Ginette Kolinka, éd Des ronds dans l'O - 2023.
  • Adieu Birkenau : Une survivante d'Auschwitz raconte, Ginette Kolinka, Jean-David Morvan, Victor Matet, Efa, Cesc, Roger Sole (EAN 9782226465269), Albin Michel, 2023.
  • Ginette Kolinka, contre la haine, Catel Muller (ISBN 2488611026), La Sirène, 2026.

Notes et références

Voir aussi

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