Witold Gombrowicz
écrivain polonais
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Witold Gombrowicz, né le à Małoszyce, près de Opatów, en Pologne alors russe, mort le en France à Vence, près de Nice (Alpes-Maritimes), est un écrivain polonais qui a influencé de nombreux écrivains, tels que Milan Kundera.
Małoszyce, alors dans l'Empire russe, Gouvernement de Radom
| Naissance |
Małoszyce, alors dans l'Empire russe, Gouvernement de Radom |
|---|---|
| Décès |
(à 64 ans) Vence, France |
| Activité principale |
écrivain, dramaturge |
| Distinctions |
| Langue d’écriture | polonais |
|---|---|
| Mouvement | existentialisme, postmodernisme polonais, proto-dadaïsme, structuralisme, surréalisme |
| Adjectifs dérivés | gombrowiczien |
Œuvres principales
- prose : Ferdydurke, Journal, Pornographie, Trans-Atlantique, Cosmos, Bakakai
* théâtre : Yvonne, princesse de Bourgogne, Le Mariage, Opérette
Compléments
Biographie
Issu d'une famille de la noblesse terrienne de la région de Varsovie originaire de Lituanie, Witold Gombrowicz étudie le droit à l'université de Varsovie, puis la philosophie et l'économie à l'Institut des hautes études internationales[note 1] de Paris. La publication des Mémoires du temps de l'Immaturité en 1933, puis de Ferdydurke en 1937 l'impose comme l'enfant terrible de la littérature moderne polonaise. Il se lie avec les écrivains d'avant-garde Bruno Schulz et Stanisław Ignacy Witkiewicz (dit « Witkacy »).
En Argentine
Arrivé en Argentine pour un court séjour en 1939, l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie le dissuade de rentrer en Europe. Il y reste pendant vingt-quatre ans, entre Buenos Aires et Tandil[1], à quelque 300 km de la capitale. Sa vie argentine et ses rares fréquentations dans l'intelligentsia de l'émigration polonaise sont racontées dans son Journal, publié à Paris dans la revue polonaise Kultura ; on en trouve également des échos romancés dans son roman Trans-Atlantique.
L'œuvre de Gombrowicz, interdite en Pologne par les nazis, puis par les communistes, tombe dans un relatif oubli jusqu'en 1957, année où la censure est levée pendant quelques mois et où les premières traductions de ses œuvres commencent à paraître en Europe.
Retour en Europe
Gombrowicz ne revient en Europe qu'en 1963, à Berlin d'abord, grâce à une bourse de la fondation Ford. Son œuvre connaît alors un succès croissant en France et en Allemagne. En , il s'installe en France à Royaumont, près de Paris. Il y emploie comme secrétaire Rita Labrosse, une Canadienne de Montréal qui devient sa compagne, puis sa femme, le , après cinq ans de vie commune.
En , il déménage définitivement à Vence (près de Nice), petite ville où résident de nombreux artistes et écrivains. En 1967, Cosmos reçoit le Prix international de littérature[2].
Il est proposé pour le prix Nobel de littérature en 1966, 1967, 1968 et 1969, sans succès[3].
Mort
Il meurt à Vence en 1969 d'insuffisance respiratoire, à la suite d'une longue maladie.
Postérité
En 2013, Rita Gombrowicz décide de publier le journal intime de son époux, intitulé Kronos, qui révèle les expériences homosexuelles de celui-ci[4].
Analyse de l'œuvre
Style
Les œuvres de Gombrowicz sont caractérisées par une analyse psychologique profonde, un certain sens du paradoxe, un ton absurde et anti-nationaliste. En 1937, il publie son premier roman, Ferdydurke, qui présente de nombreux thèmes explorés dans ses écrits précédents : le problème de l'immaturité et de la jeunesse, le masque que revêt l'homme face à autrui et un examen critique du rôle des classes dans la société polonaise et la culture, spécialement parmi les nobles, représentatifs de l'église catholique. Ferdydurke a suscité des critiques acerbes et deux camps rivaux, ses partisans d'une part et ses farouches opposants d'autre part, se sont vite affrontés.
Gombrowicz s'est débattu avec la tradition polonaise et l'histoire difficile de son pays. Souvent, ce combat est le point de départ de ses œuvres, qui restent profondément ancrées dans la tradition et l'Histoire.
Thèmes
Comme romancier, Gombrowicz part de la tradition du roman comique (au sens de Rabelais, Cervantes, Fielding). Il traite les problèmes existentiels de façon légère et gaie, comme provocatrice, ce qui a souvent été mal compris. Il considère le roman comme stérile et malhonnête par rapport à la réalité.
Parmi ses thèmes récurrents, on trouve :
- la Forme comme seule réalité de notre existence,
- l'Immaturité,
- la Jeunesse,
- l'inter-humain, c'est-à-dire la façon dont les relations inter-personnelles façonnent les personnes (lire en particulier Ferdydurke)
- l'importance de la philosophie (existentialisme).
L’écrivain Charles Garatynski souligne, à propos de son œuvre :
« Que nous lègue Gombrowicz ? D’abord une méfiance salutaire envers toutes les identités trop assurées. À l’heure où chacun est sommé de se définir, de revendiquer une appartenance, de cultiver son "authenticité", Gombrowicz nous rappelle que nous sommes fondamentalement inauthentiques, façonnés par le regard d’autrui, prisonniers de Formes que nous n’avons pas choisies[5]. »
Œuvres
Romans et nouvelles
- Mémoires du temps de l'immaturité (Pamiętnik z okresu dojrzewania), 1933
- Ferdydurke[6], 1937 ; traduit du polonais par Brone [Roland Martin] ; préface de Konstanty Jeleński, Paris, Julliard, 1958
- Les Envoûtés (Opętani), 1939
- Trans-Atlantique[7] (Trans-Atlantyk), 1953 ; traduit du polonais par Konstanty Jeleński et Geneviève Serreau ; préface de Konstanty Jeleński, Paris, Denoël, 1976
- Bakakaï[8] (Bakakaj), 1957[note 2]
- La Pornographie[9] (Pornografia), 1960.
- Cosmos[10] (Kosmos), 1964 (Prix international de littérature en 1967).
Théâtre
Journal (Dziennik)
À l'origine publié successivement en 3 volumes[15] :
- Première partie (1953-1956), 1957
- Deuxième partie (1957-1961), 1962
- Troisième partie (1961-1966), 1966
Le Journal est aujourd'hui publié en 2 tomes par Gallimard dans la collection Folio.
- Kronos (journal intime), Stock, 2016
Autres
- Cours de philosophie en six heures un quart, 1969
- Testament, entretiens avec Dominique de Roux, 1969
- Souvenirs de Pologne, Christian Bourgois Éditeur, 1984
- Contre les poètes, Éditions Complexe, 1988, préface de Manuel Carcassonne
Adaptations de l'œuvre
Au cinéma
- Ferdydurke (1991, GB/POL/FRA), réalisé par Jerzy Skolimowski
- Opérette est la pièce répétée et représentée dans le documentaire La Moindre des choses de Nicolas Philibert (1996).
- Pornografia (2003, POL/FRA), réalisé par Jan Jakub Kolski
- Cosmos (2015, FR), réalisé par Andrzej Żuławski ; prix de la mise en scène au festival de Locarno en 2015
Au théâtre et à l'opéra
- Le Mariage (Ślub) (1953), adapté en 1964 par Coucou Chanska et Georges Sidre sur une musique de Diego Masson, avec une mise en scène de Jorge Lavelli ; représentation au théâtre Récamier[16]
- Opérette (2002), musique composée par Oscar Strasnoy, création en 2003 au grand théâtre de Reims
- Geschichte/L'Histoire (2003), opéra a cappella composé par Oscar Strasnoy, créé en 2004 au Theaterhaus de Stuttgart par les Neue Vocalsolisten, Stuttgart
- Die Besessenen (Les Possédés) (2008-2009), opéra composé par Johannes Kalitzke, créé au Theater an der Wien (Vienne, Autriche) le
- Opéras tirés de la pièce Yvonne, princesse de Bourgogne (Iwona, księżniczka Burgunda)[12] :
- Yvonne, Prinzessin von Burgund (en), composé en 1972 par Boris Blacher, dont c'est la dernière œuvre lyrique[12] et qui est aussi l'auteur du livret en allemand[17] ; création le à l'opéra de Wuppertal, dans une mise en scène de Kurt Horres[18], où le rôle-titre muet est dansé par Pina Bausch[12].
- Yvonne, opéra de chambre d'Ulrich Wagner, sur un livret en allemand, créé en 1998 à Krefeld, dans une mise en scène de Marcus Lobbes[19].
- Iwona, księżniczka Burgunda, de Zygmunt Krauze, sur un livret en polonais, dont la première mondiale a lieu en 2004 à Paris, au Théâtre Silvia-Monfort, dans une mise en scène de Grzegorz Jarzyna[19].
- Yvonne, princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans, sur un livret en français, créé en à Paris, à l'opéra Garnier[12], dans une mise en scène de Luc Bondy[19].
