Grammaire du sanskrit
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La grammaire du sanskrit comprend, au sens strict, la morphologie et la syntaxe de la langue sanskrite. La morphologie décrit la formation des mots de cette langue, la syntaxe étudie l'agencement de ces mots dans les phrases.
Prolégomènes
L'étude de la grammaire du sanskrit permet de mieux comprendre les citations en sanskrit que présentent les articles relatifs à la culture indienne, et prépare la lecture d'une vaste littérature rédigée en sanskrit. Un survol de l'évolution de la langue qui se figea dans le sanskrit classique, la découverte de ses systèmes d'écriture, et un hommage rendu aux grammairiens qui transmirent ce savoir de l'antiquité à nos jours, préparent l'exposé de cette grammaire[1].
Sciences propédeutiques
Suivre l’évolution de la langue du proto-hittite jusqu'au hindi contemporain, étudier la phonologie du sanskrit, se tourner ensuite vers les écritures du sanskrit et ses transcriptions, se souvenir enfin de quelques érudits anciens et modernes, permet d'aborder avec fruit la grammaire du sanskrit.
Histoire du sanskrit
L'histoire du sanskrit couvre trois grandes périodes détaillées dans l'article en épigraphe.
Phonologie du sanskrit
La phonétique du sanskrit est l'étude des sons élémentaires de cette langue.
L'orthophonie (bonne prononciation)
La phonologie est la science qui élabore une théorie des phonèmes. Elle nomme phonèmes les sons élémentaires, abstraits d'une langue (ici, du sanskrit), étudiés en fonction de leurs points d'articulation, de leurs modes d'émission, de leurs durées, et cela sans tenir compte de leurs valeurs grammaticales ou sémantiques.
Le premier phonologue (connu) du sanskrit fut le grammairien Pāṇini, qui discrimina dans l'ensemble des 46 sons fondamentaux de sa langue deux groupes de phonèmes : les vocaliques et les consonantiques.
Écritures du sanskrit
Les langues indiennes utilisent diverses écritures, la plus courante étant la devanāgarī. La difficulté d'imprimer les caractères nāgarī- en Occident imposa aux érudits européens l'usage de diverses translittérations et transcriptions. Le moyen international d'écrire le sanskrit est l'IAST.
Philologie du sanskrit
Différents érudits anciens et modernes s'attachèrent à l'étude du sanskrit. Des grammairiens indiens d'époque ancienne, des philologues indiens modernes, mais aussi de nombreux philologues occidentaux répertoriés dans l'article en épigraphe.
Grammaire
La grammaire du sanskrit étudie la morphologie et la syntaxe de la langue sanskrite.
Morphologie
La morphologie étudie successivement les racines, les thèmes et leurs dérivations primaire et secondaire, les flexions nominale et verbale, et les mots invariables.
Racines
Lexème
La racine est l'élément fondamental du mot sanskrit. Sa structure est ternaire et comprend généralement une initiale consonantique, une vocalisation, et une finale consonantique (e.g. TUD-). À quelques racines manquent un ou deux de ces trois éléments théoriquement constitutifs de la racine (e.g. AD-, DHÂ-, I- ,). Le tiret qui suit la racine marque l'absence de terminaison grammaticale nécessaire pour que le mot puisse fonctionner dans le contexte (samhitâ) d'une phrase.
Alternances vocaliques
En sanskrit une racine se présente sous la forme C1VC2 où C représente une consonne et V une voyelle. La voyelle peut présenter trois degrés consistant en l'ajout d'un a qui se combine à la voyelle de base . Par exemple, pour une voyelle de base i (degré zéro ou faible ou réduit), le degré plein (ou fort) est a + i qui devient e. Le degré accru (ou long) est a + e qui devient la diphtongue notée ai (à prononcer comme le mot français ail). De même avec un degré réduit u le degré plein est o (a + u) et le degré accru au (diphtongue à prononcer comme l'allemand au). Avec un degré réduit a, les choses se brouillent un peu car le degré plein est ā (a long) semblable au degré accru. Enfin quatre sons pouvaient, dans la période antérieure au sanskrit, prendre une valeur vocalique ou consonantique. Il s'agit de r, l, n et m (formes consonantiques). En sanskrit les formes vocaliques des deux premières se sont maintenues et s'écrivent ṛ et ḷ (r ou l avec un point souscrit) actuellement prononcées comme un r ou un l suivi d'un i court ou d'un u court). Les nasales, n et m, sont devenues toutes les deux a en sanskrit. Les degrés pleins sont alors ar, al, an, am (n et m refaisant leur apparition) et les degrés accrus ār, āl, ān, ām. Les alternances vocaliques interviennent dans la dérivation et la morphologie (conjugaison et déclinaison).
Mots-racine
Thèmes
Dérivation
Dérivation primaire L'utilisation d'affixes permet de créer des mots nouveaux en partant de la racine. Ces affixes sont des préfixes (e.g. adhiKAR-) des infixes (e.g. BHInaD-) ou des suffixes (e.g. MANana-). Ces mots dérivés ont un sens plus spécifique que celui, très général, de la racine. L'utilisation d'affixes permet au mot de passer de l'état de racine à l'état de thème (déclinable ou conjugable selon les règles de flexion décrites ci-après).
Dérivation secondaire La dérivation secondaire est analogue (utilisation d'affixes) mais part d'un dérivé primaire et non de la racine. Ce mode de dérivation permet entre autres de passer d'un dérivé primaire masculin à son dérivé secondaire correspondant féminin. (e.g. DÂtr.- DÂtrî-)
Mots
La lexicologie conçoit chaque mot (lemme) comme un radical (lexème) entouré d'affixes. La racine sanskrite est l'élément fondamental du radical-lexème. La mentalité védique ne séparait pas les notions de signifiant et signifié. Les mots védiques n'étaient pas conçus comme des étiquettes apposées à des objets. Un "pouvoir dynamique" se manifeste dans l'élocution de chaque mot sanskrit, infusé en lui par cette syllabe fondamentale que nous nommons racine. Ce pouvoir s'incarne dans un corps humain vivant qui prononce des syllabes puissantes modulées par les affixes qui lui donnent l'aspect des mots d'un chant magique très fortifiant (telle est la fonction des chandas du rigveda). Le texte écrit n'a aucun pouvoir d'évocation, il n'est que l'empreinte graphique de ce qui est dit, une sorte d'aide-mémoire.
Flexion nominale
Des désinences complètent les thèmes décrit ci-dessus, afin de constituer des mots fléchis pouvant entrer en contexte (samhitâ) dans une phrase.
La catégorie de nom recouvre en sanskrit les noms, pronoms, noms de nombre et adjectifs. En sanskrit un nom se décline: il ajoute au thème nu une désinence qui indique le genre, le nombre, et le cas du mot rendu capable de rejoindre une phrase.
Flexion verbale
La construction d'un verbe se forme à partir de sa racine. On note un alternance vocalique de la racine en fonction du genre, du nombre et du temps utilisé. Trois systèmes de conjugaisons existent : le présent, l'aoriste, le parfait.
- Les genres : masculin, féminin, neutre.
- Les nombres : singulier, duel, pluriel.
- Les voix : actif, moyen, (le passif dispose d'un thème propre).
- Les temps du système du présent : le présent, l'imparfait, le futur, l'injonctif, le subjonctif, l'optatif présent, l'impératif présent, le participe présent, le participe passé, le passif, le causatif, le dénominatif, le désidératif, l'intensif, l'absolutif, le futur périphrastique.
- Les temps du système du parfait :
- Les temps du système de l'aoriste :
| Tableau récapitulatif | Voix active | Voix médiane | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Singulier | Duel | Pluriel | Singulier | Duel | Pluriel | ||
| Primaire | Première personne | mi | vás | más | é | váhe | máhe |
| Deuxième personne | si | thás | thá | sé | ā́the | dhvé | |
| Troisième personne | ti | tás | ánti, áti | té | ā́te | ánte, áte | |
| Secondaire | Première personne | am | vá | má | í, á | váhi | máhi |
| Deuxième personne | s | tám | tá | thā́s | ā́thām | dhvám | |
| Troisième personne | t | tā́m | án, ús | tá | ā́tām | ánta, áta, rán | |
| Parfait | Première personne | a | vá | má | é | váhe | máhe |
| Deuxième personne | tha | áthus | á | sé | ā́the | dhvé | |
| Troisième personne | a | átus | ús | é | ā́te | ré | |
| Impératif | Première personne | āni | āva | āma | āi | āvahāi | āmahāi |
| Deuxième personne | dhí, hí, — | tám | tá | svá | ā́thām | dhvám | |
| Troisième personne | tu | tā́m | ántu, átu | tā́m | ā́tām | ántām, átām | |
Les suffixes primaires sont utilisés avec les formes présente, indicative et future. Les suffixes secondaires sont utilisés avec les temps imparfait, conditionnel, aoriste et optatif. Les suffixes parfait et impératifs sont utilisés avec le parfait et l'impératif respectivement.
Mots invariables
Syntaxe
La syntaxe étudie l'emploi des cas, l'usage des temps et modes verbaux, la composition nominale et la phrase nominale.
Composition nominale
La composition est un trait notable du système nominal du sanskrit. Elle permet de joindre en un thème deux thèmes indépendants qui forment dès lors un mot composé. Dans la langue littéraire, de tels mots composés peuvent contenir jusqu’à plusieurs dizaines de thèmes, comme cela arrive dans certaines langues modernes comme l’allemand ou le finnois. Les composés nominaux obéissent morphologiquement à la règle suivante : seul le dernier thème du composé porte la désinence flexionnelle, et le genre du composé est celui de ce dernier thème ; les autres constituants, quel qu’en soit le nombre, figurent sous la forme du thème nu (sans désinences). Les paradigmes des quatre sortes de composés en sanskrit furent repris par la linguistique moderne pour signaler divers modes de composition dans d'autres langues que le sanskrit.
- Composés de type dvandva (composés copulatifs, ou coordonnés) : Ce type de composés juxtapose des mots formant une énumération de deux ou plusieurs éléments. Le composé porte une désinence duelle s'il comporte deux éléments, une désinence plurielle s'il comporte plus de deux éléments, une désinence du neutre singulier si l'on considère que les éléments forment un tout (exemple : mâtâpitâ, formé de mâtṛ, mère, et de pitṛ, père, signifie les parents).
- Composés de type bahuvrîhi (composés exocentriques, ou possessifs) : Ces composés se rapportent à un référent qui n'est directement lié à aucun des constituants du mot, mais dont ils indiquent un trait distinctif permanent ou contingent (exemple : le terme bahuvrihi est lui-même un mot composé de bahu, beaucoup et de vrîhi, riz ; il s'applique à un champ pour en dénoter la grande fertilité). Grammaticalement, ce type de composés s'accordent en genre et en nombre avec le terme auquel ils se réfèrent.
- Composés tatpurusha (IAST tatpuruṣa):
- Composés karmadhâraya :
